‹ Manipulations électrotypiques, ou, Traité de galvanoplastieChapitre 9 sur 20 · V. Observations complémentaires · texte numérisé non relu

V. Observations complémentaires

75 (1). Dans les pages précédentes, je me suis efforcé d’exposer brièvement et avec clarté, les lois qui régissent cet art curieux et plein d’attraits; j’ai voulu donner des instructions pratiques suffisantes pour que les individus les moins habiles opérassent avec succès. J’ai insisté sur la manière de copier des médailles et des médaillons de plâtre, en décrivant les différentes phases du procédé, telles que je les ai observées dans le cours de mes nombreuses expériences. Il y aurait encore bien des choses à dire, mais il faudrait reculer les limites dans lesquelles j’ai dû renfermer ce traité. J’en ai dit assez pour initier à cet art et pour que les personnes qui auront réussi à reproduire les petits objets dont je me suis occupé, puissent opérer sur une plus grande échelle. En se conformant aux principes précédents, on revêtira de cuivre des bustes, des statues ou des vases , aussi facilement que les petits moules de cire (§ 28). Tous les objets sur lesquels

(1) Le paragraphe 7 Zi est entièrement consacré à la description de la manière dont l’auteur monte ses médailles. Comme ce procédé n’a rien de remarquable, et que d’ailleurs chacun dispose les épreuves à son goût , j’ai cru qu'il n’était pas nécessaire de traduire ce passage. ( isole du Tract- )

on pourra appliquer la plombagine serviront de moules pour recevoir le métal. Il est possible que le meilleur moyen d’empêcher l’accès de l’air dans les vaisseaux contenant des substances que l’on veut conserver, soit de les recouvrir de cire et d’y faire déposer une couche de cuivre. Je citerais facilement cent autres cas dans lesquels cet art pourrait être appliqué aux besoins domestiques, mais je préfère laisser tout le mérite à ceux qui feront ces diverses applications. L’horticulteur y aura recours pour mettre à l’abri de l’intempérie des saisons les statues dont le choix judicieux fait ressortir les beautés d’un parterre. Ces statues sont souvent construites en plaire par économie ; on peut donc les imprégner de cire (§ 35), les couvrir de plombagine (§ 34) , les placer dans un grand récipient tapissé de cuivre (§ 57) et les métaliiser par les procédés avec lesquels le lecteur doit actuellement être familiarisé. Il suffit ensuite de les bronzer avec de la mine de plomb appliquée à la brosse , pour avoir des statues durables et d’un fort bel effet. On métallisé de même des statuettes précieuses de cire qui ont une grande tendance à se fendre et à tomber en morceaux. Une légère couche de cuivre n’altère en rien la finesse du travail et le conserve parfaitement (1).

76. Tulle galvanisé. Ce nouveau produit de l’électrotypie fut d’abord destiné à remplacer la toile métallique dans les batteries de Smee, modifiées par le professeur Grove, (2) mais on l’a depuis employé

(î) Voir aux notes.

(2) Voy. Proceedings electrical society , part, ir, p. 117.

pour une foule d’objels de fantaisie. Une pièce de lulle est étendue sur un cadre et imprégnée de cire fondue; on l’expose alors 'a la chaleur du feu pour faire pénétrer la cire que l’on absorbe en plaçant le tissu entre deux feuilles de papier brouillard. L’application de la plombagine permet d’employer ce tulle comme un moule ordinaire, et au bout de quelques heures il est si parfaitement recouvert de métal, qu’il semble transformé en cuivre. On peut l’argenter, le dorer (§ 126) et le façonner à volonté.

77. Batterie constante avec l’acide. Depuis que j’ai publié la première édition de cet ouvrage, j’ai employé, en la modifiant légèrement, une batterie ordinaire excitée avec de l’acide, et je la trouve d’un emploi excellent pour l’électrotypie, lorsqu’on a le temps de la laisser agir. Toutes choses égales d’ailleurs , elle agit deux fois moins vite qu’une batterie garnie de sulfate de cuivre ; cet inconvénient est en partie compensé par la belle qualité du dépôt qu’elle produit et l’économie de son emploi. L’intérieur d’un vase est revêtu de cuivre (§ 57), mais on laisse agir le courant jusqu’à ce que la solution soit épuisée. Par ce moyen la surface du cuivre est parsemée d’une foule de petites aspérités dont l’hydrogène se détache très facilement. Le principe est absolument semblable à celui que M. Smee a exposé et dont il a fait l’application dans sa batterie flatini sée. J’emploie le zinc amalgamé et le diaphragme poreux (§ô4),et j’excite le cuivre ainsi que le zinc, avec une solution d’une partie d’acide sulfurique

clans dix parties d’eau. On peut supprimer le diaphragme destiné à séparer le sulfate de zinc, produit par l’action galvanique, du liquide en contact avec la plaque de cuivre.

78. Appareil sans acide ni mercure. Le lecteur aura sans doute remarqué que l’on recommande l’emploi de Y acide et du zinc amalgamé pour les divers genres d’appareils décrits dans ce traité. Il arrive souvent que cette circonstance empêche certaines personnes de se livrer au délassement que leur fournit l’électrotvpie. Tous les amateurs ne peuvent pas consacrer spécialement une pièce à ces manipulations, et il faut un soin extrême pour éviter de tacher les habits ou les meubles. Dans les premières éditions, je ne m’étais pas occupé de cette circonstance , me bornant à décrire de mon mieux les procédés les plus faciles et les moins dispendieux , parce que j’étais persuadé qu’avec un peu de soin, on pouvait employer l’acide sans inconvénients. Les personnes peu versées dans la science galvanique, pourraient croire que l’emploi de l’acide est une condition sine quâ non de l’opération. Il n’en est rien ; l’acide est très-utile pour augmenter la couductibilité du liquide et pour dissoudre l’oxyde qui se forme sur la plaque de zinc , mais il n’a pas d’autre propriété.

En le supprimant, on diminuera donc la conductibilité de la solution cuivreuse et l’oxyde de cuivre ne sera pas dissous. Le premier inconvénient n’est pas aussi grave qu’on pourrait l’imaginer d’abord; car il faut se rappeler (§ 63) que le dépôt cassant

est du en partie à la rapidité avec laquelle l’hydrogène se dégage de la solution cuivreuse, lorsqu’on a employé trop d'acide ou un trop grand morceau de zinc. Enlevez l’acide et vous ferez disparaître une des causes de cet accident. L’oxyde de zinc qui se porte sur les plaques entraverait l’opération si l’aride n’était remplacé par une substance qui agît sur cet oxyde; plusieurs sels neutres et le sel ordinaire peuvent être employés à cet usage. Une solution d’hydrochlorate d’ammoniaque remplit parfaitement le but. On peut ainsi exciter — sans acide — toutes les batteries décrites jusqu’à présent.

79. Mais, pour cette expérience , je ne connais pas d’appareil plus commode que celui qu’on a représenté dans la figure suivante. Il est composé d’une boîte bien vernie à l’intérieur et divisée en deux compartiments inégaux par une cloison de bois poreux (§ 17). Le compartiment le plus large est rempli d’une solution saturée de sulfate de cuivre , le plus petit contient une solution à demi saturée d'hydrochlorate d’ammoniaque ou de sel commun. Une petite tablette, suspendue dans le premier compartiment , reçoit les cristaux supplémentaires de sulfate. Il est important d’employer une plaque de zinc pur, parce qu’il devient alors inutile de l’amalgamer et que toute action cesse aussitôt que le courant est interrompu. Le zinc ordinaire peut servir, mais l’action sera moins forte. On emp oie cet appareil seul ou avec une auge à décomposition. Il ne faut pas espérer que l’effet sera aussi prompt qu’avec l’acide, mais il sera sûr, et peut-être plus

encore que lorsqu’on en fait usage ; on ne doit pas

oublier que « dans les expériences électrotypiques, » l’insuccès dépend, neuf fois sur dix, de la trop » grande force de la batterie et non de sa fai- » blesse (1). »

80. De nouvelles expériences m’ont fait découvrir le procédé à suivre lorsque les moules de cire adhèrent au plâtre. J’ai dit (§ 31) qu’on parvient généralement à les délacher, mais on échoue parfois; si l’eau n’a pas bien pénétré dans le plâtre ou

(1) Proceedings electrical society, part, i, p. 3!.

si elle est trop froide, la cire adhérera. Elle peut encore être adhérente, quoiqu’on ait pris toutes sortes de précautions , lorsque le moule a été mal fait. A moins qu’on n’ait employé de bon plâtre, bien mêlé et agité, le moule sera de mauvaise nature , se brisera promptement quand on le mouillera et les fragments adhéreront à l’empreinte. Dans ce cas, il est important de pouvoir les enlever sans altérer la cire. On y parvient sans peine en appliquant un peu d’acide sulfurique sur les morceaux de plâtre et en laissant le moule exposé à l’air pendant dix ou douze heures. L’acide absorbera peu à peu l’humidité répandue dans l’atmosphère, et leur action mutuelle diminuera tellement la cohésion des molécules du plâtre , qu’on pourra l’enlever entièrement avec un pinceau et de l’eau froide. Par ce simple procédé, j’ai pu conserver plusieurs moules qui auraient été mis, autrement, dans le même état que le plâtre auquel ils adhéraient. J’ajouterai quelques observations générales à ce que j’ai dit ailleurs (§ ^7-63) du dépôt cassant : — « On pensait que » le dépôt pulvérulent (connu de toutes les per- » sonnes qui ont fait quelques expériences) résultait » de la présence du sulfate de zinc dans le sulfate

» de cuivre La véritable cause se trouve dans le

» rapport qui existe entre le pouvoir générateur » produit par l’action du zinc et de l’acide, et la » force de la solution cuivreuse sur laquelle agit ce » pouvoir. Si le sulfate est bien saturé, le cuivre » révivifié sera pur et solide; lorsque la solution est » presque entièrement épuisée, il se dégage de l’hy-

» drogène en même temps que le cuivre est mis à » nu , et le dépôt est composé d’une poudre brune.

» Entre ces deux états extrêmes séparés par un » assez grand intervalle, se place le dépôt cassant,

» dont la nature est variable, suivant que la solu- >> lion se rapproche de l’état de saturation ou qu’elle » est presque épuisée, ou bien encore suivant l’af- » finité plus ou moins grande du zinc pour son li- » quide excitateur. fcetté dernière condition existe » sous une autre forme, lorsqu’un grand morceau » de zinc est employé pour reproduire un petit ob - » jet ; le dépôt est très-dur, mais peu consistant, » on le casse avec facilité. Des fragments de zinc » d’un pouce carré suffisent pour copier des em- » preintes de cachets ou d’autres petits objets sem- » blablcs (1). »

81. Au moyen de Félectrotypie , on multiplie fa-» cilement les planches de cuivre gravées. La batterie doit être proportionnée aux dimensions de la planche que l’on substitue aux moules (§ 58). Le cuivre adhère parfois si fortement qu’il résiste à tous les efforts qu’on fait pour le détacher. Un procédé facile met à l’abri de cet accident ; avant d’employer la planche, chauffez-la et frottez sa surface avec delà cire; maintenez la température et enlevez bien exactement toute la cire avec du coton doux , vous n’aurez plus alors à craindre l’adhérence. Lorsque l’épreuve est terminée, on la détache pour l’employer comme un moule dont on pourra tirer un

(i) Proceedinys eleclrical society, part, i, p. 28 .

grand nombre d’épreuves toutes aussi parfaites que l'original.

82. On a beaucoup écrit et raisonné sur la multiplication des planches d’un grand prix, au moyen de l’électrotypie (1), et sans aucun doute, on en fera usage en certains cas. Lorsqu’il s’agit, par exemple, d’un ouvrage périodique très-répandu et enrichi de gravures sur cuivre, une planche peut être épuisée avant qu’on ait fait le tirage nécessaire; l’électrotypie est ici d’un grand secours

83. électro-tint. On a donné ce nom à un autre genre de dépôt. Pour le produire, on peint sur du métal blanc, avec du vernis de graveur, en formant les teintes au moyen d’un plus ou moins grand nombre de couches; puis on applique la plombagine, et, quand le dépôt métallique est formé , on lire des épreuves comme avec une planche gravée. Après avoir produit une planche semblable , le professeur Von-Kobell examine une épreuve; lorsqu’elle est trop pâle, il prend un moule de la plaque et en fait une copie galvanique parfaitement semblable à l’original ; il ajoute alors du vernis sur les parties qui sont venues pâles au tirage et obtient sur cette planche corrigée , un nouveau dépôt qui donne de meilleurs résultats (2). Quoique je n’aie parlé jusqu’ici que du cuivre , on pourra , en prenant les précautions

(1) Voir aux notes.

(2) Voir aux notes.

nécessaires, révivifier tous les métaux de leurs solutions. Cet art est encore applicable à la reproduction d’une planche daguerrienne. Les moyens d’argenter, de dorer et de graver de différentes manières sont décrits avec soin dans la seconde partie.

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