ACTE I, SCÈNE II
à qui l’on peut se fier, toi qui ne mens jamais, pourrais-tu me donner des renseignements... je te demande cela...
De la part de votre mère. (Allant chercher une chaise qu'elle offre au Marquis.)
LE MARQUIS, s'asseyant à droite.
Oui, sur une jeune personne qui demeure ici.
MARGUERITTE
Mademoiselle Manon, ma voisine ?
LESCAUT
Précisément.
MARGUERITE
Ah! la gentille! l’adorable fille!... quel dommage...
LE MARQUIS, 'mement.
Quoi donc?...
MARGUERITE
11 y a des destinées qu’on ne peut vaincre! Imaginez-vous qu’arrivée récemment de sa province en robe d’indienne, en cornette blanche, un petit paquet sous le bras... c’était tout son bagage... on voulait la renvoyer de celte mansarde pour quelques jours de loyer qu’elle devait déjà... Dam... vous jugez bien...
LE MARQUIS
Que tu as payé pour elle?
MARGUERITE
Certainement! ce qui nous a liées ensemble. Orpheline, sans fortune, on la destinait au couvent... qui ne, lui plaisait guère, et le jour même où elle devait y entrer, elle rencontra un jeune et honnête gentilhomme de bonne maison... Il fallait que ce fût écrit là-haut... car du premier coup d’œil, tous les deux s’aiment, s’adorent, jurent de ne jamais se séparer.
LE MARQUIS, à part.
Ah ! mon Dieu !
marguerite.
Et de partir pour Paris.
le marquis.
Ensemble ?
marguerite.
Non; elle était arrivée la première avec six livres tournois dans sa poche, et il y a deux ou trois jours j’entends rire et chauterdans la mansarde... c’était lui.
LE marquis.
Qui, lui?
MARGUERITE
Le chevalier, son frère, son ami, que sa famille avait voulu retenir prisonnier, et qui s’était échappé aussi de sa province... un beau et grand cavalier, ma foi.
LE MARQUIS
Et d« son état, quel est-il? •
M tRGUERfTE.
Amoureux... comme un enragé!
LESCAUT
Que fait-il?
Rien que d’aipier.
Et elle?
MARGUERITE
LE MARQUIS
MARGUERITE
Elle aussi! ne songeant ni au malheur, ^ii aux dangers, ni au lendemain... enfin pas le sens commun, c’est à mettre en colère contre eux ! et, dès qu’on les voit, dès qu'on les entend, on n’a pas la force de leur en vouloir ! vous-même, monsieur le Marquis... vous leur pardonneriez!
LE MARQUIS, se levant et marchant avec colère.
Moi... jamais !
MARGUERITE
Ils se marieront!... quand ils le pourront... mais le chevalier Pesgrieux qui est de naissance, ne peut espérer le consentement de sqn père...
LE MARQUIS
Un honnête homme de père!
Qui ue veut pas lui envoyer d’argent,
LE MARQUIS
U a raison !
MARGUERITE, souriant.
Oh ! oh I comme vous êtes devenu sévère ! le pauvre garçon n’a pour toute ressource qu’une montre entourée de brillants qui lui vient de sa mère et que Manon ue veut pas lui permettre
de vendre... (Elle va replacer près de 1a table, la ctuùse que le Marquis vient de quitter.)
LESCAUT, bas, au Marquis.
A merveille! l’amour à jeun... ne peut se soutenir longtemps...
LE MARQUIS
Cela ne peut pas durer... Manon ne peut pas rester dans cette mansarde...
LESCAUT
Nous l’enlèverons plutôt... dans l’intérêt de la morale.
MARGUERITE, prés de la table.
Comment l’enlever?
LE MARQUIS
Oui... ear je suis furieux de ce que j’apprends.
MARGUERITE
Et moi j’y vois clair! ce n’est point pour madame la Marquise que vous prenez des renseignements, c’est pour vousmême, Monseigneur. • *• ‘ » ; -ù