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troupeau de brebis selon l'Évangile, qu'à son troupeau de moutons sans figure.
Par conséquent, ne trempons jamais dans les affaires de Bourse. Nous avons déj à vu les inconvénients du j eu ; ils ne sont pas moindres quand le jeu n'est pas l'amour effréné du tapis vert, mais une gageure perpétuelle à la hausse ou à la baisse sur les vicissitudes publiques. La partie de cartes réduite en habitude peut abrutir le joueur; le jeu de Bourse le déprave : suivant ses engagements contractés, c'est-à-dire suivant la pression exercée sur ses sentiments par les différences à payer au terme convenu, il est souvent réduit à faire, dans son intérêt particulier, des vœux contraires à l'intérêt général. Je me souviens de m'être trouvé avec un prêtre, en tête-à-tête, le jour où l'on annonça à la France la victoire de Sébastopol; je m'associai au triomphe de nos armes, du cœur le plus patriotique. Mon confrère, au contraire, était sombre comme l'ombre de l'empereur Nicolas. Je demandai le lendemain à un de ses intimes, la raison de cette anomalie; il me répondit : « Il avait joué à la baisse sur les fonds français; la défaite des Russes l'a ruiné! » Ainsi, voilà un prêtre boursier qui s'était fait des espérances hypothéquées sur les malheurs de son pays. Il s'était mis dans la nécessité de souhaiter du mal à sa patrie pour sauver sa fortune; il en est puni; qui le plaindra?
Et l'indélicatesse du sentiment, dans de telles opérations, n'est rien en comparaison de celle des procédés.
Où sont les joueurs qui se fassent scrupule d'utiliser à leur profit des secrets qu'ils possèdent, au détriment de ceux qui les ignorent ? Où sont ceux qui négligent l'exploitation d'un faux bruit dans l'intérêt d'un marché ferme ou à découvert? Pensent-ils, en recevant l'argent de leurs bénéfices, qu'il fut ravi peut-être, par leur industrie plus ou moins légitime, à une maison où le pain fait défaut, et que d'autres pleurent sur les gains dont on s'applaudit dans ce presbytère changé en cabinet d'agent de change? Mes vénérés confrères, jadis .le prêtre désirait connaître l'avenir pour savoir s'il pouvait le promettre à son âme; aujourd'hui, certains d'entre nous voudraient le pénétrer pour savoir s'ils peuvent acheter des actions.
Des actions! quel grand mot pour exprimer une chose vulgaire ! Jadis, une bonne action était une œuvre vertueuse qui méritait le ciel ; aujourd'hui, c'est un titre, parfois véreux, qui rapporte de gros revenus : et à cette corruption du vocabulaire répond une décadence morale proportionnée; elle me rappelle une parole historique qui est belle quoiqu'elle soit un jeu de mots, et dont le sens très-profond moralise la forme un peu légère .
Le petit-flls du grand Condé sortait d'un de ces comptoirs célèbres où Law fit tant de dupes, et, tout fier [d'avoir obtenu quelques coupons de papier en échange de son or, il disait aux passants : « Je possède deux cents actions ! — Prince , lui répondit un
homme d'esprit et de cœur, pour une action de votre illustre grand-père, je donnerais volontiers toutes celles-là. » — Prêtres du Seigneur, vous êtes ainsi que les Condês, des hommes de haute et noble race; ne descendez pas jusqu'au rôle de courtiers ou de gérants d'affaires; votre messe, votre office, votre aumône sont des actions bien préférables à celles de l'agiotage contemporain, et, ce qu'ily a de plus honorable pour vous, ce n'est pas un portefeuille de titres acquis par une habileté peu sacerdotale ; c'est de pouvoir dire à votre peuple avec saint Paul : Cum essem apad vos et egerem, nulli onerosus fuiK
La force, dit saint Augustin, est une vertu qui nous porte à tout souffrir plutôt que [de rien faire contre le devoir. Ainsi se pondèrent les choses divines. La prudence toute seule nous rendrait pusillanimes; la prudence relevée par la force nous donne cet achèvement du caractère : la fermeté dans la modération. Nos aïeux, les Gaulois, n'avaient peur, disaient-ils, que d'une chose, que le ciel leur tombât sur la tête. Un