Rom. i
physique, selon les théologiens, de plusieurs façons, par exemple : en mangeant par anticipation, par délicatesse, par excès ou par voracité, de même on offense la tempérance morale par plusieurs exagérations de conduite.
L'exagération de la discipline concernant les refus de sacrements, refus de parrains et de marraines, refus de sépulture, est un grand péril à éviter. Pour vous prémunir contre toute erreur d'interprétation canonique, à cet égard, ne prononcez jamais sans recours à vos supérieurs. Nous sommes d'une époque d'émancipation vis-à-vis de l'Église. Mais si, en principe, on méprise ses lois, en fait, on ne les subit jamais sans colère, et même quand on l'a renoncée, on ne veut pas toujours être renoncé par elle.
L'exagération delà sévérité au confessionnal est pire que celle du relâchement. Le jansénisme, en dépeuplant la Sainte-Table, contribua à vider les églises, a-t-on dit, autant que le philosophisme. C'est que la morale outrée peut faire plus de mal que la morale trop facile, car elle abolit insensiblement l'usage de la confession, elle abandonne à une immoralité sans frein tous ceux qu'elle exclut de ses pardons, et elle aliène à l'essence même de la religion les coupables à qui elle rendit la pratique religieuse impossible. La morale facile, même quand elle le serait un peu trop, conserve chez les hommes, avec l'espoir de la réhabilitation sacramentelle, l'habitude d'un certain effort moral pour la
mériter, des trêves vertueuses, la pointe du remords après la chute, les pratiques qui entretiennent la foi, un commerce de saintes relations avec l'Église ; enfin, une alliance avec Dieu et avec le grand parti de ses adhérents qui s'affirme à la mort mieux encore que pendant la vie. Oh! comme il y a là de quoi justifier cette parole de saint Odilon : Etiamsi damnandus sim, malo tamen de misericordiâ quam ex duritiâ vel crudelitate damnarV.
L'exagération des reproches peut être encore une fausse méthode de gouvernement pastoral. La paroisse est comme un enfant qui, à force d'être battu, ne sent plus rien, et qui s'abrutit sous le régime perpétuel du bâton. Évitons donc la monomanie des objurgations à perpétuité, et ne prononçons pas, contre les moindres abus, la peine de la damnation éternelle. Si vous tonnez si fort aujourd'hui, à propos d'un désordre sans gravité, quelle ressource vous restera-t-il, dimanche prochain, pour en stigmatiser un plus grand? Ainsi, vous pouvez vous user par emportement et par intempérance de mercuriales, plus que par la dignité du support, et rien de mieux souvent, pour n'avoir plus d'autorité, que d'en trop faire. Sans compter que ce genre grondeur, à la longue, fausse la conscience publique par des assertions à effet qui ne sont pas d'une rigueur doctrinale incontestable, donne à croire