II Tim
excès de vertu; car ce fût toujours le pharisaïsme des apostats de la chasteté d'accuser la sincérité de ceux dont la pureté les accuse, comme si, pour usurper les gloires de l'innocence perdue , il leur suffisait de déchoir avec effronterie.
Au contraire , comment fleurit et prospère la moralité de la véritable Église ? Par les exemples de ce prêtre pontife , dont la parole enfante Dieu , dont les bras le soutiennent, et qui est ange par sa vie, en même temps que par ses fonctions ; par l'action de ce prêtre confesseur, qui purifie tant de secrets malsains à sa chaste tendresse, et qui, justement comparé aux rayons du soleil, touche à toutes les souillures sans se souiller; par les sacrifices de ce prêtre victime, qui préfère souvent à sa vie des âmes inconnues qu'il va chercher à l'autre extrémité de l'univers ; par le spectacle de ce prêtre parfait, qui s'immole jusqu'au sacrifice de sa fortune dans la charité de l'aumône, jusqu'au sacrifice de son orgueil dans la charité du pardon, jusqu'au sacrifice de ses égoïsmes dans la charité de la bienfaisance, jusqu'au sacrifice de la famille dans son vœu de chasteté, jusqu'au sacrifice de la liberté dans sa promesse d'obéissance ; enfin, par les pures émanations de ce prêtre vierge, assez maître de sa chair, non-seulement pour la déchirer comme font certains bonzes indiens ; non-seulement pour la refréner une fois, comme le fit la continence de Scipion ; non-seulement pour en préférer les luttes
à la mort, comme les vestales contraintes du paganisme; non-seulement pour vivre sans parjure dans l'union monogame, comme les protestants consciencieux, mais pour monter à cette station glorieuse entre les habitants de la terre et ceux du ciel , à cette montagne de l'encens, appelée la chasteté perpétuelle. 0 prêtre I c'est bien la sainteté de l'Église qui enfanta vos vertus. Mais comme vos vertus relèvent et fécondent la sainteté de l'Église î
Le prêtre la féconde encore par son ministère.
Le moteur de la moralité chrétienne, c'est la grâce, mais le plus grand affluent par où la grâce s'épanche sur la terre, ce sont les sacrements. Par conséquent, placez d'un côté l'Église qui garde intact le dépôt des sacrements les plus moralisateurs, la Pénitence, l'Eucharistie, l'Ordre, le Mariage ; de l'autre, les Églises qui en réduisent le nombre. Qu'on fasse l'expérience des deux systèmes sur des âmes également passionnées ; il est impossible que la palme du pouvoir sanctifiant ne soit pas adjugée à la religion qui en conserva intégralement les moyens.
Ne voyons-nous pas la même vérité rendue sensible par une échelle de proportion indéniable? Penchonsnous un instant sur les peuples européens, jusqu'où s'élève respectivement le thermomètre de leurs vertus? Le catholicisme, dépositaire de la totalité des sacrements, est la religion qui féconde le mieux la conscience humaine, et qui en fait jaillir le plus de sacri-
fices. Le schisme grec, qui altéra la source des sacrements, s'avance un degré plus bas; le protestantisme,, qui en renia la plus grande partie, vient après ; et le rationalisme, qui n'en reconnaît aucun, est le symbole le plus improductif sous le rapport des vertus sans convention et sans artifice.
Mais quel est le dispensateur de la sainteté sacramentelle, si ce n'est le prêtre? Per sacerdotes Dens générât inEcclesia*, a dit un Père. De telle sorte que, sans le prêtre, la sainteté de l'Église n'a plus de moyen de reproduction. Aussi, imaginez nos pouvoirs d'ordination et de juridiction supprimés, quelle détresse pour l'humanité le jour où disparaîtrait l'Agneau qui efface les péchés du monde ! Quelle lacune quand elle serait anéantie la belle institution du pardon divin, et quand chaque conscience en serait réduite â cette justice solitaire, où les timorés ne se pardonnent jamais assez, tandis que les criminels se pardonnent toujours trop ! Mes vénérés confrères, au moment où cesserait de couler sur les nations la vertu moralisante qui passe par nos mains et qui fit la civilisation chrétienne, les mœurs reculeraient jusqu'à la dissolution putride de Corinthe, des épidémies sans nom envahiraient les âmes, et que resterait-il à la place de notre ministère? Babylone vêtue en prude schismatique ou protestante, c'est-à-dire l'infamie païenne chrétiennement dissimulée !