‹ Manreze du pretreChapitre 125 sur 297 · S. Bern · texte numérisé non relu

S. Bern

A ceux qui vous diraient : On se passe bien de vos absolutions en pays hérétique et la moralité ne s'en porte pas plus mal, répondez : Que deviendrait la pruderie si vantée des nations septentrionales le jour où elles recevraient les ardeurs de ce soleil qui fait bouillonner le sang des races latines? L'erreur a fui les pays difficiles à gouverner sous le rapport du tempérament, pour s'établir dans les régions où la froideur du climat garde les mœurs à sa place ; mais le jour où la confession et la communion seraient abolies au-delà des Alpes ou des Pyrénées, il s'exhalerait de nos tièdes climats des miasmes si impurs que les vents du Midi souffleraient le poison sur le reste de l'Europe, et les sages, effrayés de la contagion, diraient à l'Église : Ressuscitez, avec le sacerdoce, toute la puissance de votre action sanctifiante , et rouvrez vos piscines probatiques pour y purifier les gangrènes morales de l'univers : Haurietis aquas in gaudio de fontibus SalvatorisK

Ah ! messieurs ! quel motif de zèle pour notre sainteté personnelle, si nous pensons à celle que nous suscitons! Pour peu que l'on ait foi dans la sainteté de l'Église, quelle gloire d'y collaborer avec tant d'efficacité ! Qui pourrait exprimer, d'un côté, la beauté morale de ce sacerdoce qui forme, depuis dix-huit siècles, les religieux, les vierges, les martyrs, tous les

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bienheureux canonisés, tout le trésor de la sainteté de l'Église, et qui pourrait dire, de l'autre, l'abaissement d'un prêtre qui opère ces prodiges ex opère operato, sans se mettre en peine d'y concourir ex opère operantis !

Instrument de fécondation par rapport à la sainteté de l'Église militante, le prêtre est encore le moyen de communication entre la sainteté de l'Église souffrante et celle des deux autres. La sainteté de l'Église souffrante est digne des respects et des attendrissements du ciel et de la terre. Les martyrs qui la composent ont vu Dieu au moment du jugement, et en ont conservé une langueur d'amour que toutes les extases de ce monde n'égalent pas. Ils se tournent vers les collines éternelles avec une ardeur et une sérénité d'espérance que les patriarches et les prophètes ne connurent pas. Pas un seul péché non pardonné n'a franchi le seuil de leur séjour. Là, Marie regarde avec tendresse ; les anges descendent pour porter les rafraîchissements de nos prières, et quand ces victimes d'une géhenne temporaire lèvent les yeux à la voûte de leur prison, elles aperçoivent la miséricorde infinie qui se penche vers leur détresse en lui tendant les bras.

Eh bien ! mes vénérés confrères, notre action s'étend sur cette patrie des douleurs expiatrices, et y exerce une bienfaisante souveraineté. Quels tresoaillements dans les profondeurs de ce monde désolé, quand nous

montons à notre autel pour le secourir! Quel empressement de la part de ces âmes infortunées, autour de notre ministère, quand viennent les heures de leur faire notre distribution de subsides? quels cris d'allégresse quand nous laissons tomber de notre calice, sur leur misère inexpiée, le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! Le prêtre est donc, comme nous l'avons déjà dit, l'aumônier de l'Église d'en bas et de celle d'en haut, auprès des âmes éplorées du purgatoire; et le jour où nous ne serions plus, ces âmes éperdues, du fond de leur abîme, crieraient vers Dieu comme Job : Cur non tollis peccatum meum, non aufers iniquitatem meam 1 ?

0 vous qui spéculez, peut-être, sur les fonds destinés à la charité envers les pauvres suppliciés de l'Église souffrante ; vous qui réduisez le plus possible les messes fondées à leur intention pour accroître d'autant le chiffre de vos honoraires ; vous qui chantez les vêpres et les divers offices ayant pour but leur soulagement, avec le double scandale de l'inattention et de la rapidité ; vous qui vous sentez humilié en revêtant les ornements noirs, parce que vous vous regardez alors comme le mercenaire des familles en deuil, au lieu de vous considérer comme l'entremetteur de la sainteté des trois Églises, relevez donc votre front et vos vues.

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