‹ Manreze du pretreChapitre 128 sur 297 · Ps · texte numérisé non relu

Ps

sainteté de ces innombrables phalanges qui fait la décoration de nos tabernacles éternels. »

0 prêtre ! quelle gloire d'être l'auteur d'un si sublime ouvrage ! Mais quel malheur inénarrable ce serait de féconder la sainteté des trois Églises sans être saint, et d'introduire les élus en paradis sans y entrer.

Ainsi, votre action ne s'étend pas seulement urbi et orbi, car les mondes invisibles la ressentent comme celui que nous habitons. Y ont-ils bien songé, les insensés qui rêvent la destruction du sacerdoce? Le jour où le.dernier prêtre ferait ses adieux à la terre, serait le signal d'un ébranlement universel, car, ce jour-là, un vide, un hiatus immense s'ouvrirait à la base du plan divin. Le sacerdoce n'est pas une de ces institutions parasites que l'on puisse déraciner de notre sol sans le secouer ; il est engrené dans une harmonie qui embrasse l'universalité des choses, et, s'il pouvait être emporté par l'orage, le ciel et la terre s'effondreraient avec lui. C'est que le sacerdoce ne puise pas toute sa sève sur cette planète où l'on trame des persécutions et où l'on forge des fers, mais dans deux autres régions supérieures; et vainement on le frappe par en bas, par ses ramifications supra-naturelles, il reste invulnérable dans des sphères où les coups de la tyrannie n'atteignent pas.

Certainement, après l'Église, Dieu n'a rien fait de plus grand que le sacerdoce. Un jour, Silvio Pellico, se promenant à Rome, vers le soir, sur le mont Pinr

dus, aperçut le soleil qui se couchait derrière le dôme de Saint-Pierre. Saisi d'enthousiasme à ce spectacle, il s'écria : « Que le ciel soit béni de placer, sous mon « regard, le plus grand chef-d'œuvre des hommes et « le plus grand chef-d'œuvre de Dieu. » Malgré la beauté de son idée, Pellico se trompait; car le plus grand chef-d'œuvre de Dieu, ce n'est point le soleil qui a des taches, c'est l'Église qui n'en a point ; et le plus grand chef-d'œuvre auquel l'homme ait concouru, ce n'est point le dôme de Saint-Pierre, qui est une beauté de l'Église militante, c'est le sacerdoce qui travaille la sainteté des trois Églises à la fois.

Quels sont nos devoirs envers l'Église à titre de collaborateurs de son immortalité ?

La mort étant la conséquence du péché, l'Église qui est sans tache ne doit point la subir; et de même que Marie immaculée monta au ciel par une émigration qui fut moins un trépas qu'une assomption glorieuse, l'Église, en passant du temps à l'éternité, se transforme, mais ne s'étend pas : de sorte que si, dans le passé, son âge date du commencement des choses, son âge, dans l'avenir, doit être l'immortalité. Et, cependant, aux pieds de cette institution qui a reçu tous les

siècles en partage, il y a des vers de terre expirant par centaines de mille à la minute, qui passent leur courte vie à leur prédire qu'elle va mourir. Ne dirait-on pas ces insectes des bords de l'Hypanis qui durent un jour, et qui, mesurant la durée du monde à la leur, s'annonceraient entre eux, vers cinq heures du soir, que la nature va finir dans quelques instants1? Rien de plus usé que l'ensevelissement prématuré du catholicisme par des gens qui ne se portent pas aussi bien que lui. Eh bien f qu'en est-il de la vérité de ces pronostics funèbres ?

Puisque l'Église a été définie la personne de Jésus- Christ continuée ici-bas, puisqu'elle est Dieu lui-même uni à un organisme humain pour instruire les hommes, elle doit avoir la perpétuité de Dieu. Elle triomphe, en effet, de ces quatre éléments de destruction conjurés contre elle : le temps, le césarisme , les hérésies , la Révolution, et nous sommes les collaborateurs de son immortalité contre ces divers principes de mort.

Le temps est une puissance qui use tout et qui ne s'use pas. L'Église est .la seule chose d'ici-bas sur laquelle il passe sans marquer sa trace.

Sans doute, quand les Apôtres reçurent sur le berceau de l'Église les promesses dcNotre-Seigneur, ils avaient ses miracles pour garantie de sa parole. Au-

Page 1