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Voy. Noël et Lap

216 LE PRÊTRE ET i/ÉGLISE.

jourd'hui, nous avons une durée de dix-huit siècles qui est le plus grand de tous les miracles. L'avenir qui était l'épreuve de nos pères, est devenu notre preuve, et, par là, nous ne sommes pas moins favorisés qu'eux sous le rapport de la certitude des témoignages ; car, suivant l'antithèse célèbre de saint Augustin, ils n'ont vu que la tête de l'Église, et ils ont cru au corps, tandis que nous voyons le corps, et nous croyons à la tête : acte de foi qui se dégage comme une véritable êvidjnce des péripéties le l'histoire humaine comparée à celle du catholicisme.

Voyez, y a-t-il rien de plus éphémère que les empires? Ceux d'Assyrie ont duré à peu près deux cents ans; celui de Rome quatre siècles et demi ; ceux d'Alexandre, de Gharlemagne, de Charles-Quint, de Napoléon, moins que tout cela. Y a-t-il rien de plus éphémère que les doctrines ? Socrate est détrôné par Platon, Platon par Épicure. Dans la philosophie, le sensualisme est remplacé par l'éclectisme, l'éclectisme par le panthéisme, celui-ci par le naturalisme. Dans la théologie, la gnose est suivie de l'arianisme, qui l'est à son tour du pélagianisme, qui le sera du manichéisme vaudois, en attendant que vienne le protestantisme. Ainsi s'écroulent les œuvres des hommes, qu'ils bâtissent avec des sceptres, qu'ils bâtissent avec des idées. Seule une doctrine, seule une monarchie souffre, combat, perd de son sang et quelquefois de ses frontières, sans rien perdre de sa vitalité.

Encore si elle avait les séductions de l'esprit et de la chair à son service ; mais elle a pour croyances des dogmes étourdissants , pour morale des vertus effrayantes à la nature, et pour opposition les sept péchés capitaux. Encore si elle était soutenue par une invincible épée; mais ses souverains s'appellent ministres de paix , quand on demande leur apostasie, ils donnent leur tête, et quatre Papes seulement sont morts dans leur lit durant une période de trois cents ans. Encore si l'Église traversait les siècles sur un char de victoire, d'où elle ne fut jamais renversée, mais elle triomphe par ses défaites mêmes, parce qu'elles la remettent en contact avec le principe de son existence, l'humiliation et le martyre, et rien ne prouve mieux son immortalité que son privilège de toujours souffrir sans jamais mourir.

On a dit, il est vrai, que la persécution l'alimente, parce qu'elle est un vent qui propage la flamme du fanatisme ; mais si , d'après une telle supposition , Dioclétien favorisa l'Église, Constantin devait l'étouffer, et, après quelques siècles de cette dangereuse prospérité, les ennemis du Christ auraient pu s'asseoir sur une croix renversée1 : l'Église a résisté à la paix comme à la guerre, et tandis que tant d'autres sociétés changent dix fois de face, entre le berceau et la tombe d'un homme, celle-ci conserve, depuis

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