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De Maistre

218 LE PRÊTRE ET i/ÉGLISE.

de longs siècles , l'immuable jeunesse du soleil et de l'Océan.

0 immortelle épouse du Fils de Dieu î quand je me tourne vers ce rocher où vous fûtes posée comme un stylite impérissable, en vous voyant, par-dessus la poussière de tant de révolutions, défier les portes de l'enfer, cette fixité de votre faiblesse au milieu de tant de forces qui passent, cette indestructibilité de vos fondements que les flots du temps battent et n'ébranlent pas, m'apparaîtraient comme l'énigme insoluole de l'histoire, si elles n'en étaient le miracle évident.

Eh bien ! en quoi consiste notre collaboration à cette perpétuité? En ce que nous sommes la cause génératrice des inépuisables engendrements de l'Eglise. C'est le sacerdoce qui est le procréateur des enfants de Dieu dans son sein, l'agent indispensable de sa fécondité infinie. Aussi, de même que lorsqu'on veut détruire une race, on fait mourir les mères, les persécuteurs qui veulent exterminer une Église lui enlèvent ses prêtres, et, par le seul fait, les sources de la génération chrétienne sont taries. Au contraire, tant que nous resterons au monde, le monde sera-t-il dépeuplé de fidèles catholiques ?

Non, supposé que la Révolution fût maîtresse en Europe, qu'elle eût incendié nos cathédrales, jonché le sol transtévérin des marbres de la Basilique vaticane, et que le Pape, devenu simple évêque de Rome in partibus infidelium, allât, de patrie en patrie, mendier

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une hospitalité de proscrit, la terre n'en aurait pas fini avec le Christ. Sur son vaisseau de passager en faite, le Pape enfermerait, comme dans une seconde Arche, toute la hiérarchie sacerdotale, un Jésuite, un Dominicain, un Carme, un Curé, c'est-à-dire les chefs de race nécessaires au repeuplement de la catholicité nouvelle; il viendrait aborder à quelque lointain rivage, et, quand tout serait consommé parmi nous, là, tout serait à recommencer. Bientôt, on verrait le touriste zêlandais, dont parle Macauley, accourir pour rêver au milieu de ces deux solitudes semées de ruines, qui furent Paris et Londres. Pendant qu'appuyé contre une arche brisée du pont Henri IV, il dessinerait les ruines de Notre-Dame, les Papes inscriraient encore au-dessus du trône de Pierre déplacé, non renversé : Règne qui n'a point de fin, et le sacerdoce s'élancerait d'île en île pour crier à des chrétientés nouvelles : Le Christ était hier, il est aujourd'hui, il sera toujours...

Et il ne faut pas croire que l'Église n'est pas brisée, parce qu'elle plie. Le césarisme en sait bien quelque chose ; car il est le second antagonisme contre lequel nous avons soutenu l'immortalité de l'institution divine.

Voici un souvenir saisissant qui la caractérise dans sa destinée militante. Dioclétien fait appeler un officier chrétien de son palais pour lui demander une apostasie. N'ayant pu l'obtenir, il le livre aux archers de Mauritanie, qui le criblent de flèches et le laissent pour

mort sur le Palatin. Cependant, sainte Irène recueille ces membres ensanglantés pour les ensevelir, s'aperçoit qu'ils palpitent encore, et achève de les rendre à la vie. Le jour de sa guérison étant venu, quel usage fera, de ses premières forces, le martyr ? Il va se placer sur l'escalier du palais impérial, pour apprendre à César que si sa cruauté n'est point satisfaite, la patience de Sébastien est prête à recommencer. Telle fut l'attitude de cet intrépide soldat, telle est celle de l'Église. On la croit morte aujourd'hui, elle ressuscite demain. On l'immole dans un pays, elle va chercher des bourreaux dans un autre; et quand on ne veut pas écouter sa parole dans les chaires, comme Pierre de Vérone expirant, elle écrit avec son sang sur la poussière des amphithéâtres : Je c?*ois.

Quelle fut la part du sacerdoce dans les victoires de l'Église sur les césarismes persécuteurs ? Le césarisme romain essaya dix fois de la renverser par des massacres à fatiguer les bras des bourreaux. Mais ce césarisme trouva toujours un prêtre, tantôt en Occident, tantôt en Orient, pour opposer sa noble poitrine au glaive impérial, et qui le fit souvent reculer. Au temps de Néron, c'était saint Paul qui souffrait des douleurs de l'Église, nous dit un Père, comme s'il eût été lui-même tonte l'Église : Tanquam ipse universa Ecclesia orbis csset, discruciciuCiturK Au temps de

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