Serin
taie du nouveau monde, comme elle fut celle de l'ancien.
Le césarisme des Napoléon implora le diadème des mains de l'église, et voulut ensuite la détrôner ellemême. Mais au moment où les potentats européens étaient les courtisans de ce despotisme gréco-romain, quelques prêtres obscurs, parmi lesquels était mon saint et vénéré Père, le cardinal d'Astros, alors simple grand vicaire de Paris, s'en firent les redresseurs; leur conscience ne capitula pas devant une puissance à laquelle toute l'Europe se rendait à merci, et bientôt des catastrophes inoubliables châtièrent cette félonie napoléonienne, car le captif de Fontainebleau régnait au Vatican, tandis que son geôlier expirait à Sainte- Hélène.
Enfin, la césarisme de la maison de Savoie déchaîne aujourd'hui toutes les diplomaties, toutes les sectes, toutes les impiétés du monde actuel contre Rome ; mais un prêtre sublime, Pie IX, lui a dit : « Vous me dépouillerez, vous ne me vaincrez pas. » Un autre prêtre, digne des premiers sièeles, Léon XIII, occupe, avec une parole semblable à l'épée de flamme du Chérubin de l'Eden, la place où tomba Pie IX; et maintenant ne craignez rien des enfantements qui se préparent, mais regardez la Papauté : de ses hauteurs inexpugnables elle plane avec sérénité sur toutes ïes révoltes et sui tous les incendies allumés aux divers coins de l'horizon, comme un vieux marin considère de la plage la lutte
des éléments, assuré qu'il est, par des signes célestes, que demain l'Océan débordé rentrera dans ses abîmes et que le soleil reparaîtra1. 0 grand prêtre! ô pilote sublime du Vatican ! vous n'êtes pas seulement un spectacle encourageant pour les vrais adorateurs du Christ; vous avez encore l'autorité d'un argument vivant en faveur de l'immortalité de son œuvre.
L'erreur est aussi un pouvoir destructeur : et, tantôt sous forme de sophisme, tantôt sous forme de conjuration, elle constitua souvent une opposition formidable contre l'Église. Or, si les siècles sont semés des ruines faites par un tel fléau, les siècles sont témoins qu'il n'a jamais rien pu contre l'infrangible solidité de l'établissement divin. L'histoire des hérésies, et surtout de leur défaite par la main du sacerdoce, -en est la preuve.
L'arianisme fut une invasion cauteleuse du mensonge qui pensa devenir catholique par surprise ; mais il gronda un instant, à la manière des torrents, et refoulé par le génie de quelques prêtres docteurs, il s'écoula de même. Le mahométisme apparut longtemps formidable , comme une inondation de boue et de sang, à l'horizon de l'Église ; mais de même que Dieu mit des digues à la mer, l'Église posa au devant de cette marée montante quelques œuvres magistrales de ses prêtres,
1, Macauley.
telles que la Somme conti e les Gentils de saint Thomas, et le flot menaçant recula. Le schisme d'Occident s'est étendu comme un noir linceul sur la catholicité. Pendant ce temps, les Papes d'Italie et ceux d'Avignon se renvoient les anathèmes, les peuples et les saints se partagent en plusieurs obédiences, la nuit est profonde de toutes parts ; mais quelques prêtres et des pontifes se réunissent pour en délibérer, le concile de Constance se lève comme un soleil sur ces ténèbres, et l'Église émerge, dans toute sa splendeur, du nouveau chaos. Le protestantisme fut doué, à sa naissance, d'une rapidité de propagande faite pour lui donner des apparences de religion universelle ; mais Bossuetet tous les apologistes du temps se jettent à rencontre du courant, et il y a, aujourd'hui, moins de protestants qu'au siècle de Luther. Le nombre des catholiques, au contraire, est plus considérable que dans aucun des âges précédents; en compensation de ses pertes parmi nous, l'Église s'étend sur les vastes contrées situées entre le Missouri et le cap Horn, lesquelles, avant cent ans, contiendront probablement une population égale à celle de l'Europe. Enfin, quelques-uns attendent, à plus ou moins longue échéance, l'acte d'abjuration des nations hérétiques, et un génie prophétique n'a pas hésité à écrire : « Encore quelques révolutions, l'Angleterre sera catholique, et les peuples de l'Europe iront chanter le Te Deum dans la basilique Sainte- Sophie, à Constantinople' »
Or, si nous levons aujourd'hui la tête vers la mer des Indes avec espérance, si l'on célèbre des messes solennelles à Pékin, si l'on a stipulé à Yeddo, pour notre Christ, le droit de rentrée dans son ancienne patrie japonaise, à qui le devons-nous? Sinon à nos prêtres, soldats et pionniers de l'Évangile, envoyés par les missions étrangères. Si, un jour, l'Angleterre passe de nouveau au catholicisme, à qui le devra-t-elle ? Sinon à ses grands convertis devenus depuis docteurs et prêtres romains ! Et si jamais un légat a latere pontifie sous la voûte de Sainte-Sophie, à Constantinople, qui aura fait cette conquête? sinon le chef suprême de notre sacerdoce, reprenant possession de la chaire de nos bouches d'or et des splendeurs catholiques de l'Orient par sa paternelle autorité ?
La Révolution est un autre agent de démolition contre l'Église. Comme les précédents, il sera dompté par notre coopération à l'immortalité de l'institution divine.
La première phase de la conspiration révolutionnaire eut le centre de son action chez nous. Un demisiècle d'intrigues philosophiques avait tramé la mort de l'Église , quatre Constitutions l'avaient reniée , quatre Assemblées l'avaient persécutée, dix ans d'oppression néronienne avaient fait couler son sang, les septembriseurs avaient dansé sur sa tombe, les sages de l'époque avaient enregistré son dernier soupir !
II MANRÈZI2. 45
Voilà le premier acte de cette orgie impie et cruelle ; mais tous les prêtres n'avaient pas été mis à mort ou corrompus par la Révolution : il en resta pour relever les ruines désolées de l'Église de France. Le jour de Pâques 1802, une foule immense remplissait les nefs de Notre-Dame de Paris. Là, on voyait d'un côté des conventionnels à genoux, de l'autre des généraux qui baissaient la tête ; auprès, vingt évoques confesseurs qui revenaient de l'exil ; sur une estrade élevée, le premier consul, nouveau Constantin, qui contemplait son œuvre; en face, l'Église de Rome, représentée par son légat, qui l'approuvait. En un mot, l'anarchie avait eu son jour ; de nouvelles lois, de nouvelles dynasties, une nouvelle renaissance religieuse, un nouveau monde, allaient sortir de ce chaos.
En effet, quand le cyclone qui s'appelle la Révolution eut passé sur l'Europe, celle-ci était bouleversée: la république de Hollande, l'empire d'Allemagne, le grand conseil de Venise, la vieille ligue helvétique, nos rois, nos parlements, avaient disparu; l'Église restait toujours immuable et debout. Une fable orientale raconte que la grande pyramide fut bâtie par des monarques antédiluviens, et que seule, parmi les œuvres de l'homme, elle a survécu au déluge. Tel fut le sort de l'Église durant la tourmente dont nous parlons. Un moment elle sembla ensevelie sous la grande inondation, mais ses fondements n'en furent point ébranlés; quand les eaux baissèrent, elle apparut
indestructible au milieu des ruines de l'Occident transformé1; et le sacerdoce, auteur de la restauration catholique, trônait glorieux et serein à Rome dans la personne de Pie VIL
La seconde phase de la conspiration révolutionnaire est plus spécialement italienne, et nous assistons â son histoire. De toutes parts on annonce, depuis vingt ans, que la dynastie des Vicaires de Jésus-Christ va cesser de règûer; les hérétiques d'Angleterre et les impies des quatre pallies du monde se rendent à Rome pour contempler les traits du dernier Pape ; la Révolution, semblable à Tullie, a précipité son char dans la voie scélérate, prête à passer sur le corps de son père : serait-il vrai que la Providence prononcera bientôt, contre la Rome du Christ, cette parole du licteur antique : « C'est fini, » Actum est ?
Non, les ruines que l'on a faites ne suffisent pas pour la destruction du catholicisme ; car, après le renversement du pouvoir temporel, il nous est resté Pie IX, et, si plusieurs États sont aujourd'hui en détresse parce qu'ils manquent d'un grand homme pour les sauver, il nous est doux de constater que la patrie spirituelle n'a pas souffert de cette indigence. Après Pie IX,. nous avons Léon XIII dont le génie désespère Les pessimistes prédictions des ennemis de l'Église. Après Léon XIII, il nous restera Jésus-Christ dans son ou-