‹ Manreze du pretreChapitre 143 sur 297 · Hebr · texte numérisé non relu

Hebr

Ne blasphémez pas donc votre croix, puisqu'elle n'est pas en vous une misère, mais une grâce; une grâce de préservation gardant une grâce de supériorité. Hélas ! nous affectons de ne pas comprendre Dieu quand il nous afflige. Mes vénérés confrères, rien de plus clair, néanmoins, et de plus paternel que son dessein. C'est de nos larmes qu'il tire le meilleur de notre expérience et de nos vertus ; c'est avec nos douleurs qu'il compose l'arôme destiné à nous préserver de la corruption. Ne souhaitons jamais une impassibilité morale qui serait pour nous dépravante : plus le prêtre descend du côté de la fange, plus il réduit la somme de ses douleurs ; plus il monte du côté de Dieu, plus il l'augmente ; mais il vaut mieux être un ange avec la croix sur l'épaule, qu'un prêtre indigne de ce nom dans un bonheur abject. Mon Dieu! soyez béni de cette paternelle économie qui veut bien nous mettre de la saveur dans le sacrifice, de la gloire dans la vertu, du mérite dans 1 espérance et de la sagesse dans nos douleurs : A Domino corripimur ut non damnemur.

Il y met encore, Messieurs, un principe de restauration. Oui, le calice, qui instruit les prêtres incomplets et qui conserve les prêtres supérieurs, réhabilite les prêtres déchus. Comment ce résultat peut-il se produire? Le voici : La restauration d'un prêtre tombé est l'acte expiateur par lequel il détruit en lui le règne

du mal et il y réédifie le bien. Or, qui pourrait dire la difficulté de cette action rétroactive, appelée la destruction du passé? Un jour, le grand Condé se promenait dans une galerie de Versailles, quand il trouva, sur un tabouret , un volume où était racontée au long sa célèbre défection. A cette vue, le héros fut saisi d'un regret magnanime, et, déchirant la page accusatrice, il la foula sous ses pieds avec une indignation contre lui-même, mille fois plus honorable, à mes yeux, que sa victoire de Rocroy ; car, pour battre des ennemis, il suffit d'être un grand capitaine, mais, pour faire une telle justice de soi-même, il faut être un grand coeur.

Eh bien ! quand j'ai scruté vos histoires diverses, dans toutes j'ai trouvé cette page maculée qui demande des réparations. Quel moyen vous reste-t-il de l'effacer? Pas d'autre que la douleur changée en pénitence par le repentir. Oui, ces épreuves de paroisse bien endurées ont une vertu qui monte à travers nos anciennes iniquités pour purifier. Ces luttes soutenues par devoir sont une expiation qui va chercher nos infidélités jusque dans la mémoire de Dieu pour les anéantir ; de telle façon que souffrir, pour le prêtre coupable, c'est se recommencer soi-même, c'est renaître, et que si Dieu tient l'avenir dans ses mains, la douleur pénitente met le passé dans les nôtres.

0 prêtres énervés qui rêvez partout, même dans la piété, des paradis de délices, n'y a-t-il pas durant vos

années écoulées des souvenirs qui vous crient vengeance contre vous-mêmes? Courage donc quand les déceptions assiègent votre presbytère ; cela comptera pour les fautes d'un temps où vous étiez moins soucieux, mais où vous étiez moins fidèles. Courage, quand ils seront ingrats les enfants élevés à l'ombre de votre tutelle ; ce sera l'expiation d'un cœur qui abusa jadis de lui-même, et que Dieu punit par les tendances qui le firent pêcher. Courage, quand elles vous abandonneront ces pénitentes trop affectionnées; si votre sensualité et votre amour-propre en gémissent, un jour votre âme s'en réjouira. Courage, en un mot, chaque fois que le confessionnal, les congrégations, les municipalités vous apporteront de l'amertume ; l'amertume est un bain où le prêtre pénitent se régénère ; la tête cachée dans le sein de votre débonnaire Sauveur, laissez passer, laissez passer la justice de Dieu! Seigneur! c'est une adorable miséricorde celle qui veut bien nous pardonner, moyennant quelques tribulations, des trahisons que notre cœur ne se pardonnera jamais!

D'un autre côté, écoutez, vous qui faites une véritable odyssée d'une querelle d'instituteur, et qui regardez chacune de vos années passées dans ce poste difficile comme une campagne de missions étrangères, voici un chapitre de l'histoire de vos aïeux : Ter virgis cœsus sum, semel lapidatus sum, ter naufragium feci ; nocte et die in profundo maris fui ; in itineribus sœve, periculis fluminum, periculis lairo-

246 LE rilÊTRE SUR LA CROIX.

num, periculis ex génère, periculis ex gentibus, periculis in civitate, periculis in solitudine, periculis in mari, periculis in falsis fratribus ; in labore et œrumnâ, in vigiliis multis, infâme et siti, injejuniis multis, in frigore et nudilate, prœter Ma quœ extrinsecus sunt, instantia mea quotidiana, sollicitudo omnium ecclesiarum^. Et, cependant, quelle était la conclusion de ce prêtre si mortifié au terme d'une énumêration si effrayante? Castigo corpus meum et in servitutem redigo, ne forte cùm aliis prœdicaverim ipse reprobus efficiar^. Après cet exemple, nul apôtre n'est admis à se plaindre de son calice, car ce breuvage amer le régénère, et c'est presque toujours sa croix qui le convertit : Cum occiaeret eos revertebantur% .

Mais la résurrection d'un prêtre n'est pas seulement la destruction de ses péchés, elle est la réédification de ses vertus, -et voici comment la douleur exerce encore ce ministère réparateur. Regardez ce prêtre dans les abîmes où il s'est couché ; elle est tombée cette Babylone splendide, que les étrangers visitaient jadis comme une merveille, elle est tombée! et les voyageurs qui heurtent à ses ruines passent à côté d'elle en sifflant : Cecidit Babylon ! cecidit Babylon * I Eh bien ! voilà de nobles débris à faire palpiter, un mort à éveiller de

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