‹ Manreze du pretreChapitre 144 sur 297 · Is · texte numérisé non relu

Is

son sépulcre : de quel expédient se servira la grâce pour opérer ce prodige? Ce ne sera pas des vives lumières de l'esprit, car quelles lumières ont manqué à ce guide du peuple chrétien? Ce ne sera pas de la voix des autres apôtres, car que pourrait-on lui dire qu'il n'ait pas dit lui-même ? Non, non, un coup de foudre sera frappé sur cette tête révoltée, et, grâce à l'action de la douleur, vous allez voir se multiplier les résurrections.

Et, d'abord, aussitôt que le prêtre déchu est broyé par la main de Dieu, naturellement il sent renaître ses larmes... Heureuses larmes qui seront le baptême de sa nouvelle vie : combien de fois le malheur ne fut-il pas le commencement du repentir ! Ensuite, quand il n'en pourra plus de lassitude, il le reprendra ce bréviaire peut-être abandonné, et il se laissera tomber au pied d'une croix, au moins pour se reposer : ainsi sa prière recommencera. Et qui sait si ses croyances n'avaient pas subi quelques éclipses durant les orages de ses 'passions, et s'il ne tomba point, par fatigue morale, dans tous les scepticismes de l'esprit et du cœur. Mais qu'il pleure, et toutes les lumières, toutes les sensibilités de l'innocence, sous cette ondée bienfaisante, revivront en lui.

La douleur est un creuset si puissant pour le prêtre, qu'il sort parfois de son péché plus grand qu'auparavant, s'il utilise cette triste expérience. Sans doute, l'innocence est préférable à la pénitence, ma^s mieux vaut une pénitence humble et fervente que l'inné-

cence présomptueuse et relâchée. 0 mon cher confrère, ne désespérez donc pas de votre faiblesse. Heureuse votre faute ! puisqu'elle va mettre de l'humilité dans une âme trop éprise d'elle-même, de la mortification et des craintes dans une vie beaucoup trop caressée ! Heureuse faute, vous dis-je, car, sans elle, vous n'auriez eu qu'une justice insignifiante que les anges de Dieu n'auraient pas su classer; grâce à elle, au rang de ceux qui péchèrent beaucoup, mais qui pleurèrent encore davantage, entre Augustin et David, une place d'honneur vous est assurée.

Oui, Dieu tire parfois vos supériorités de vos déchéances, car la grandeur du prêtre se recompose pièce à pièce sous les coups de l'adversité. Admirez la sainte économie qui vous fait un piédestal de vos ruines, et qui, opérant la transfiguration humaine jusque dans la fange, change des êtres, ordinaires le jour où ils tombent, en des êtres d'élite le jour où ils pleurent. En preuve, cette jeune fille de Béthanie que l'on ne connaissait point, quand elle déshonorait la maison de son père, et qui, une fois brisée par la douleur et pénitente sous le nom de Madeleine, devient une illustration du monde : une illustration que les siècles chrétiens contempleront au sommet du Calvaire tant que vos pieds sanglants, ô mon doux Maître ! y seront adorés 1

Vous le voyez, celui qui est, en sa paternité ineffable, instituteur, conservateur et réparateur, pour imprimer les traits de sa bonté à sa justice, fait de la croix pour

nous une mère qui est institutrice, conservatrice et réparatrice. Saluons, en passant, ce plan de l'éternel amour ; et, de même qu'après avoir formé le premier monde, où la douleur ne devait pas habiter, Dieu se décerna un solennel applaudissement ; de même, après avoir contemplé les lois de ce second monde, où Dieu se surpasse en nous composant des béatitudes avec des douleurs, disons-lui, par tous les respects, par toutes les tendresses, par toutes les soumissions de nos âmes : Seigneur, ce que vous avez fait est bien ! Vidit quod esset bonum*. Et, cependant, ce n'est là que le creuset qui transforme, un mot de l'onction qui adoucit et consacre.

Le mot Christ veut dire celui qui est oint. D'où il suit que le premier patient de la terre, la plus haute personnification de la douleur parmi les hommes, éveille dans l'esprit l'idée d'onction. Il y a un mystère là-dessous ; que peut-il signifier? Par là, Dieu a voulu exprimer deux choses, disent les saints interprètes : que la douleur est une onction royale qui sacre les fronts qu'elle touche, qu'elle est aussi une onction suave glissant ainsi qu'une huile parfumée sur les existences qu'elle marque. Il est donc vrai que l'on peut tirer des dou-

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