‹ Manreze du pretreChapitre 163 sur 297 · Cant · texte numérisé non relu

Cant

froissées, des chapes et des écharpes lacérées, tous vos parements, en un mot, dans un état d'usure et de saleté rebutante : voilà, trop souvent, l'inventaire de votre lingerie sacrée. Mon cher confrère, il n'est point rare que vous portiez à votre autel des chasubles d'or dans les grands jours, et des loques sur semaine ; cela ne prouverait-il pas que vous vous mettez en frais pour l'assistance plutôt que pour le Maître du lieu? De grâce , un peu moins de luxe quand vous avez de nombreux témoins , un peu plus quand vous êtes en tête à tête avec votre Dieu. Il vaut mieux n'être pas un célébrant somptueux, quatre fois l'an, par amourpropre, et se montrer, tous les jours, d'une mise irréprochable par esprit de foi. Aussi bien, le peuple vous regarde moins dans vos adorations que dans ces hommages de conduite envers la sainte Eucharistie, et vous prouvez la présence réelle par votre manière de la traiter, plus encore que par votre manière de la prêcher.

0 vous, qui avez de la recherche pour votre linge de corps , et de l'incurie pour celui qui sert au corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, comment vous excusezvous en face de votre foi et de votre cœur? Pensez à ces missionnaires de l'étranger qui sont couverts de vêtements en lambeaux, mais qui conservent, dans leur chapelle portative, de pieuses magnificences pour en faire honneur au Dieu de leurs saints sacrifices sur des autels improvisés.

Où en sont vos vases sacrés? Assurément, le premier de tous les vases sacrés, c'est bien le prêtre, qui porte les autres; le second, ce sont les âmes des fidèles qu'il porte encore comme des vases vivants au temple de l'Eternité : voilà pourquoi saint Grégoire vous dit : Quantum mundari debent qui ad œtemitatis tempîum vasa viventia portant ' ! et Isaïe avait dit auparavant : Mundamini qui fertis vasa Domini2. Mais si vous êtes obligé de reluire vous-même à l'intérieur et de faire resplendir l'âme des autres, les vases matériels, qui contiennent le Corps et le Sang du Seigneur, doivent aussi être l'objet de votre incessant nettoyage et de vos pieuses appropriations. Or, vos calices, vos ciboires, vos pyxides, votre rayon de l'ostensoir, vos ampoules des saintes huiles, tous ces objets pieux n'ont-ils pas besoin d'être redorés ? n'y voit-on pas la crasse déposée par vos mains plus que la trace de vos saintes ablutions et de vos soins délicats ? ne sont-ils pas 'bossues et déformés à tel point que l'argenterie de votre table est mieux entretenue que celle de votre autel?

Triste pensée pour un observateur de la tribu sacerdotale ! Ou bien les prêtres aiment la splendeur de la vaisselle sacrée, et, alors , c'est pour s'en parer euxmêmes, semblables aux femmes fières de leurs diamants et de leurs pierreries; ou bien les prêtres négli-

Page 1