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II MANRÈZB. 48

gent ces réservoirs matériels de la sainte Eucharistie, et, alors, c'est à se demander s'ils ont une vraie foi dans ce mystère. Qui nous donnera des prêtres dépouillés au presbytère par détachement , magnifiques à l'autel par dévotion eucharistique ! Mais que l'Église soitpréservée de celui qui, ne pouvant être magnifique, ne sait pas même être décent. Hélas ! si nos mains ne brillent point par la pureté en élevant l'hostie immaculée, au moins que les autres récipients de la Majesté divine soient lavés des taches qui souillent nos mains elles-mêmes.

Où en sont nos livres liturgiques ? Rituels, missels, antiphonaires, bréviaires, on les voit, les uns dévorés par la moisissure, les autres jaunis par des taches d'huile, les autres semés de gouttes de cire , les autres effeuillés et de pagination intervertie , livrés à toutes mains, abandonnés à toutes chances , déposés en tous lieux. Les rituels sont souvent le jouet des enfants de chœur, quand ils ne sont pas la proie de l'humidité et des rats. Les missels ont des signets à rubans écourtés ou emmêlés, parfois des pages volantes, souvent des coins emportés ou retournés , et l'extérieur très-peu digne d'un livre sur lequel on pourrait écrire : Hœc sunt verba sancta. Les graduels et vespéraux passent toute l'année sur des pupitres publics, exposés aux ravages de la poussière et des curiosités indiscrètes. Le bréviaire, que certains prêtres d'élite aiment à entretenir avec un luxe pieux, afin de ne jamais le

prendre sans se rappeler le respect qui lui est dû, est souvent jeté, colporté, oublié par nous dans les conditions les plus messéantes, quand il n'est pas souillé de taches indignes de la parole de Dieu qu'il contient, de la prière de l'Eglise dont il est le manuel, et du titre d'horloge, d'horaire de notre éternité qui lui fut donné.

Quant aux autres meubles de sacristie, un curé vraiment administrateur les devine, et sa foi lui en dicterait le catalogue , quand les saintes règles ne les fixeraient pas. De ce nombre sont : l'armoire destinée à contenir les vases sacrés, si, toutefois, la sacristie offre une sécurité complète à cet effet. Une autre, pour conserver les registres paroissiaux et la collection des mandements diocésains. Une autre fermée à trois clefs, pour le trésor de la fabrique , ses valeurs mobilières, ses comptes de recettes et dépenses. Une autre, ou au moins un de ses compartiments séparés, pour les aubes et linges d'autel ; enfin, un vestiaire à cinq étages mobiles, pour les ornements des cinq couleurs réglementaires. Ici, revient le complément d'une observation précédente : préférons à un seul ornement riche et de toutes les couleurs, des ornements propres et décents des diverses couleurs prescrites par la liturgie.

Par respect pour le Très-Saint Sacrement, mes vénérés confrères, laissez-moi vous recommander le pavillon destiné à le couvrir durant ses expositions sur le tabernacle, et Yumbellino qui doit l'accompagner

dans toutes ses marches, au dedans ou au dehors de l'église. Ces tentures protectrices imaginées pour servir de ciel mobile, de toiture portative à la présence réelle, sont une touchante inspiration de la foi. Tâchons de les faire comprendre à la foule, en surveillant la richesse de leurs étoffes et l'élégance de leur exécution avec des vues surnaturelles.

Ensuite, une attention particulière, je vous prie, à cette fontaine et à cet essuie-main qui ont un symbolisme si éloquent pour votre âme; car, vous qui en approchez avec une conscience souillée, je vous défie de dire sans remords : Da virtutem manibus meis ad dbstergendavii oranem maculam. Or, plus la fontaine est éclatante, plus elle a de signification accusatrice contre le prêtre coupable; plus la serviette est blanche, plus elle parle à une âme qui ne l'est pas.

Surtout, installez, avec un soin à part, le prie- Dieu de la préparation à la sainte messe et de l'action de grâces. Qu'il soit commode, pour que vous soyez tenté de l'occuper longtemps. Qu'il soit bien tenu, parce que vous vous y agenouillez à une heure très-sainte, et que si, alors, les espèces sacramentelles ne sont pas encore trop altérées dans votre poitrine, il porte à la fois le Dieu de l'Eucharistie et vous. Qu'il soit surmonté du carton où sont imprimées les prières avant et après le saint sacrifice, pour que vous ayez quelque chose à dire à Dieu , même quand votre âme ne sent rien. Qu'il y ait une image de Jésus crucifié, bien marquée

sur ce carton, pour que vous puissiez gagner en face, et sans changer de place, l'indulgence plénière attachée à la prière : 0 bone et dulcissirne Jesu. En un mot, disposez de votre mieux cette station de recueillement, qui est pour vous une succursale de votre oratoire, et tenez un fauteuil auprès, pour y prolonger assis, au besoin, vos colloques avec Dieu : bientôt la somme de larmes versées, de réflexions attendries, de bonnes résolutions prises que vous rappellera ce prie-Dieu, en fera pour vous un meuble chéri, un souvenir intime, et une sorte de prédication.

Tant il est vrai que tout grandit dans la maison de Dieu et dans ses dépendances, aux yeux d'un administrateur bien pénétré de son sacerdoce ! Tant il est vrai que tout dans le mobilier sacré, depuis la custode eucharistique jusqu'aux fonts baptismaux, depuis le tabernacle jusqu'aux pierres du temple, crie au prêtre : Pavete ad sanctuarium meum, ego dominusK Méditez ce rapide examen de conscience à l'usage du pasteur veillant sur le matériel de son église. Jusqu'à présent, je vous avais surtout conduit et orienté dans le temple ou dans le presbytère ; arrêtez-vous aujourd'hui dans ce séjour intermédiaire entre le presbytère et le temple : la sacristie. Ensuite, par une évolution toute naturelle de ma pensée, laissez-moi vous mener, en continuant cette étude de vos devoirs administratifs, de la sacristie au conseil de fabrique.

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