‹ Manreze du pretreChapitre 166 sur 297 · Act · texte numérisé non relu

Act

la loi, au-dessous du mal certain que produiraient des égoïsmes de village ou des entêtements de coterie, se mettant au-dessus de la loi par la faveur.

Soyons donc convaincus que le moyen d'être fort en administration, c'est d'être l'esclave de la règle, et qu'il n'y a rien de mieux, pour faire rentrer nos adversaires dans la légalité, que de n'en point sortir. Mais, pour respecter la légalité, il faut la connaître, et, malheureusement, bien des prêtres, versés dans la chicane du mur et du fossé mitoyen, ignorent absolument les lois concernant les biens des fabriques. Par suite, ils s'engagent, sans consulter, dans des impasses d'où il est impossible de les retirer plus tard, et alors ils se plaignent d'avoir succombé, parce qu'ils n'ont pas été soutenus par leurs supérieurs. Encore une fois, les supérieurs ont qualité pour vous défendre contre ceux qui violent la loi à votre détriment, non pour abroger la loi à votre profit. L'autorité a mission de faire triompher l'ordre général, non des amours-propres locaux ou des caprices individuels.

Ne perdons jamais de vue ces notions rudimentaires de l'administration paroissiale. Mettons dans notre bibliothèque deux ou trois auteurs spéciaux sur cette matière. Etudions-les assez, sinon pour les posséder en juriste, du moins pour les consulter à propos, et, sans nous perdre dans le dédale des lois et ordonnances qui forment notre Code civil ecclésiastique, devenons au moins des interprètes très- autorisés du décret de

1809, qui réglemente l'organisation générale des fabriques. Toute paroisse régie en vertu d'une observation scrupuleuse de ce texte, est un foyer de concorde, où l'ordre administratif favorise l'ordre moral; au contraire, toute paroisse où ce texte est lettre morte, ou lettre torturée par l'autocratie du pasteur, peut un instant plier sous la verge de ce dernier, mais se redressera un jour, contre lui, dans des revendications vengeresses, et le diocèse entier peut retenir de scandaleux conflits, parce qu'il a plu à un seul prêtre de mettre son bon plaisir à la place de la loi.

De cette vérité préliminaire, se déduisent des conséquences nombreuses. Et, d'abord, composons notre conseil de fabrique suivant les prescriptions du décret. Faisons procéder au renouvellement partiel et triennal de ses membres. Lorsque le remplacement des membres sortants n'a pas eu lieu en temps opportun, informons l'évêque pour qu'il ordonne qu'il y soit procédé dans le délai d'un mois. Publions l'avertissement des quatre séances annuelles du conseil, du haut de la chaire. Surveillons également la composition, les réunions et les fonctions du bureau des marguilliers; en un mot, n'omettons aucun soin pour que tous les actes de notre fabrique soient valides, et pour que la fabrique elle-même ne soit jamais frappée de caducité et de déchéance.

Grande illusion de certains curés de spéculer sur cette déchéance au profit de leui omnipotence, en te-

nant suspendue, comme une épée de Damoclès sur la tête des fabriciens remplaçâmes, l'irrégularité de leur titre, et en se faisant une arme éventuelle, contre toutes leurs oppositions, de la menace de réorganisation. Plus grande serait encore l'aberration des curés qui regarderaient, en cette matière, leur suprématie personnelle comme l'idéal de l'ordre, et la représentation fabricienne comme un danger parlementaire, c'est-àdire leur volonté comme le droit, et la loi comme un abus.

C'est surtout en administration de finances qu'on peut dire : Malheur à celui qui est seul ! Ajoutons encore : Malheur, alors, aux finances elles-mêmes! Aujourd'hui, vous vous applaudissez d'agir sans contrôle, sous le couvert d'une fabrique qui a des votes de complaisance, mais qui n'a point de vie; dans quelques années, dans quelques mois, peut-être, tous les actes de cette administration expirée seront attaqués en nullité, et, en ce moment, vous serez responsables de toutes les pertes que la fiction actuelle, exploitée par vous, causera à d'autres. Combien de fois la fin d'un tel système d'administration fut l'expiation de son commencement !

Composez donc et renouvelez régulièrement votre fabrique ; n'en soyez j amais le trésorier de fait. Qui pourrait dire l'effet public occasionné par le monopole de certains curés, qui gardent chez eux le produit des chaises, des quêtes, des troncs, des baux à ferme,

des rentes, des fruits spontanés du cimetière, les oblations et généralement les fonds divers qui appartiennent à la fabrique? Combien de scrupules et de délicatesses vous avez à braver, pour transporter dans votre coffre-fort privé tous les titres de propriété, tous les registres de comptabilité et toutes les sommes qui devraient être déposés dans l'armoire à trois clefs I sauf à ne dresser, chaque année, que des comptes ou des budgets de fantaisie, signés par une assemblée de muets, et à mourir en laissant vos affaires en telle confusion, que les héritiers naturels ne rendront à la fabrique que ce qui ne leur sera point possible de s'approprier. Ah ! fallut-il changer nos plus chères habitudes, mes vénérés confrères, rétablissons la légalité financière dans notre église ; ne nous constituons plus ainsi dépositaires frauduleux, et ne mettons pas à la charge de notre honneur pastoral les désordres et les commentaires que provoque ce despotisme administratif.

Ne soyons donc pas trésorier de fait; dirigeons aussi et surveillons le trésorier de droit. Fait-il rentrer à temps tous les fonds de la fabrique? En cas de négligence ou de mauvaise volonté de sa part, avons-nous pourvu par les voies légales à ce recouvrement? Ce trésorier rédige-t-il le budget annuel qui, après avoir été discuté par le bureau dans sa séance du mois de mars, doit être examiné par le conseil dans la séance de Quasimodo? En négligeant de faire voter ou d'en-

voyer ce budget, n'avons-nous point posé une cause de regrettables démêlés, de soupçons injurieux, d'encouragement aux dépenses inutiles, et d'illégalité par rapport à celles qui ont été faites ? Ce trésorier dresset-il ses comptes conformément aux termes de la loi? Quand il refuse de les rendre, n'omettons-nous pas de \e contraindre en justice ?

Le conseillons-nous, quand on offre à la fabrique des donations testamentaires ou entre-vifs, pour qu'il remplisse toutes les conditions nécessaires concernant le rapport à faire au bureau, les pièces à se procurer afin d'obtenir l'autorisation, les formes de l'acceptation, et la notification à qui de droit de cette acceptation ?

Lui suggérons -nous son devoir par rapport aux actes conservatoires des droits de fabrique, tels que sommation de payement, surenchère, apposition de scellés, passation de titres nouveaux, renouvellement d'inscriptions hypothécaires , saisies mobilières et autres actes extra-judiciaires qu'un curé avisé doit savoir demander à propos?

Lui rappelons-nous, dans l'occasion, que le décret du 30 décembre 1809 lui impose l'obligation de défendre les droits de la fabrique devant les tribunaux, et que si le procès est soutenu au nom de celle-ci, c'est au nom du trésorier que toutes les diligences doivent être faites ?

Enfin, le suivons-nous, avec une conscience bien

informée, dans les dépenses dont il est chargé, dans la tenue de sa comptabilité, dans l'acquittement des droits d'enregistrement qu'il a, quelquefois, à payer, dans la conservation des deniers de la fabrique, des titres et papiers? Certes, si c'est un désordre que les trois clefs de l'armoire prescrite par l'article 50 du décret réglementaire soient entre les mains du curé seul, celui-ci est encore plus coupable quand il les abandonne aux mains d'un trésorier, si honnête soit-il, malgré les risques de perte que cet état de choses entraîne, malgré les prohibitions de la loi civile et diocésaine qu'il viole, malgré le véritable scandale d'imprudence et d'illégalité que cela constitue.

Soyons convaincus, mes vénérés confrères, que les biens de la fabrique sont un domaine encore plus sacré que notre patrimoine, et que si nous les administrons avec moins de zèle et d'intelligence, nous pouvons nous rendre coupables contre la justice et contre la religion. Or, quel est le curé aussi bien renseigné sur la gestion des rentes et propriétés fabriciennes, que sur la valeur de son portefeuille et sur l'échéance de ses coupons ?

Eh bien ! imposons-nous, par conscience, un formalisme financier dont nous n'avons point le goût ; traitons la fabrique comme un mineur respectable dont la tutelle nous est confiée , et à qui nous devons compte des moindres détournements commis à son préjudice. Évitons de la pousser aux emprunts ou aux dépenses

qu'elle n'est pas â môme de supporter. Surtout, ne sacrifions jamais son intérêt à notre désir d'obliger des tiers, soit en aliénant une partie de ses biens, soit en la chargeant de servitudes onéreuses au profit de nos protégés.

Quand nous prenons possession de la paroisse, dressons un inventaire de tout le mobilier appartenant â la cure. Chaque année, exigeons du bureau, en double, le récolement de l'inventaire contenant l'état du mobilier de l'église ; ayons connaissance de l'autre inventaire prescrit, et constatant les objets divers renfermés dans le trésor de la fabrique, pour que rien n'en soit distrait sans formalités préalables ; recourons à la commune pour suppléer à l'insuffisance des revenus de la fabrique quand besoin sera, et quand la loi le permettra ; mais dans de telles conditions que jamais la bonne foi de la fabrique ne puisse être mise en suspicion par le conseil municipal. En un mot, pratiquons l'exactitude administrative jusqu'au scrupule, et n'oublions pas que Dieu nous demandera compte de notre gestion matérielle, comme de l'antre, sous la forme de cette interpellation terrible : Redde rationem villicationis tuœK

On a dit avec raison, mes vénérés confrères, que les bons comptes font les bons amis. Par un effet de la même cause, l'ordre dans les chiffres de la compta-

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