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raonies de la matière n'atteignent pas l'homme tout entier, et le prêtre, plus que tout autre, peut jeter le défi à la décomposition, en vertu des promesses qu'il fit et reçut au jour de ses engagements sacrés : Conserva me, Domine..., non dabis sanctum tuum vider e corruptionem^ .
Enfin ! le talent nous est encore plus personnel que la beauté et la santé, car elles tiennent à notre corps, tandis qu'il est une inspiration de l'âme ; que devient-il au tombeau? Sans doute, c'est une grande humiliation pour le talent d'être, plus que le vulgaire, en butte au malheur : Homère et Milton sont aveugles ; le Tasse succombe à sa mélancolie la veille de monter au Capitule ; le Dante l'avait devancé dans l'infortune comme dans la gloire ; le Camoëns meurt sans renommée sur un lit d'hôpital, et sa maison reste inhabitée par crainte de la contagion qu'on croyait attachée à ses revers : désolante économie qui n'a rien d'étonnant, car le génie a cela de commun avec l'homme, qu'il doit être enfanté dans la douleur.
Sans doute, c'est encore une grande humiliation pour le talent d'être longtemps contesté; qui a du talent pour ses rivaux, qui en a pour ses ennemis ? Toutefois, il y a un certain ordre jusque dans ce désordre, car Dieu lui-même ayant ses blasphémateurs, il ne convenait point qu'une supériorité humaine n'en eût pas.
Mais le plus grand abaissement de l'intelligence, c'est d'être condamnée à finir ici-bas. Prédicateurs aujourd'hui courus, un jour viendra où des sourires moqueurs accueilleront cette parole, jadis entourée de nombreux enthousiasmes; aux extrémités de notre vie, Dieu a placé deux enfances, et l'homme finit souvent comme il a commencé, par des bégayements. Pasteurs, catéchistes, docteurs aujourd'hui écoutés comme des oracles, un jour viendra où vous dormirez d'un silence éternel ici-bas, et si votre tombe est plus éloquente que celle des autres, ce ne sera point parce qu'elle retentira de votre gloire, mais parce qu'elle sera un plus grand témoignage de notre néant. ♦
Toutefois, si la flamme de notre esprit s'éteint, notre âme est un flambeau inextinguible ; si les œuvres de notre intelligence sont éphémères, celles de notre conscience sont immortelles ; en un mot, si tout passe ici-bas, le mérite surnaturel ne passera pas, même dans l'éternité, et pendant que les désenchantés du monde disent, à l'aspect de la mort : Vanitas vanitatum et omnia vanitas, le bon prêtre, plus fort que la mort par son espérance comme par ses œuvres, peut répondre : Prceter amare Deum et illi soli servire.
Que les biens du cœur soient vanité, tout comme ceux de l'amour-propre, personne n'y saurait contrer
dire et, sans nous jeter dans les déclamations générales à l'appui de cette vérité, faisons-en une application exclusive à votre profit. Que pouvez-vous attendre des sentiments de la paroisse? Sans doute, entre vous et cette épouse changeante, il y a une lune de miel pendant laquelle elle semble vous donner son cœur. Mais après quelques heures de fidélité, elle a de longues années de caprice, et quand vous feriez des miracles, elle porte dans son sein des antagonismes contre vous que vous ne vaincrez jamais. Il y a, cà et là, je le sais, des exceptions sur lesquelles vous aimez à vous reposer ; mais demandez à ces cœurs si dévoués combien de prêtres ils ont aimés avant vous, réfléchissez combien ils en aimeront après vous, et tirez vos conclusions.
Un curé de ma connaissance fut inconsolable à la réception d'un titre nouveau. Il fit et il reçut les adieux les plus déchirants. Une famille se distingua entre toutes par sa désolation dans ce concert de larmes. Quand ce pasteur crédule eut respiré pendant quelques semaines la froide atmosphère de sa nouvelle paroisse, il visita la précédente, croyant y apporter d'agréables surprises, et recueillir quelques soupirs qui seraient l'écho des siens. Mais quelle déception 1 II était déjà étranger pour ce troupeau qui naguère était à lui. Il va frapper à la porte de sa famille chérie ; il entend un grand bruit de conversations et de rires à l'intérieur; il s'informe, on lui répond que les maîtres du lieu, naguère tout éplorés de son départ, s'en consolent çn
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donnant une magnifique fête au nouveau pasteur. A ces mots, le naïf visiteur comprit qu'il n'y avait personne â consoler que lui-même, et il tâcha de rendre profitable à son âme la rude leçon donnée à son cœur.
Telle est notre destinée sous le rapport des sentiments que nous excitons ; ils meurent avant môme que nous mourions. Pendant la première moitié de notre vie, nous sommes plus aimés qu'aimants, et nous en jouissons peu; pendant la seconde, nous aimons plus qu'on ne nous aime, et nous en sommes inconsolables : aussi usez vos forces et votre vie au service de la paroisse, sa reconnaissance est douteuse, et, quand viendra pour vous l'âge des infirmités, combien de ceux que vous avez baptisés et catéchisés vous souhaiteront un successeur, avant même que vous ayiez songé à vous le donner ! Filios enutrivi et exaltavi , ipsi autem spreverunt me 1 1 Depuis qu'un Dieu a poussé ce cri de douleur paternelle, qui d'entre nous oserait se plaindre d'avoir fait des ingrats? Voilà la récompense du cœur en -deçà du tombeau ; quelle sera-t-elle au delà ?
Si imparfaite que soit l'affection qu'on vous accordera, elle réchaufferait votre tombe, si elle pouvait la garder longtemps ; mais, à la porte de l'autre monde, Dieu a placé l'oubli pour vous isoler même de la pensée de celui-ci , et vous ravir jusqu'à ce regard