‹ Manreze du pretreChapitre 188 sur 297 · Is · texte numérisé non relu

Is

posthume, ce dernier adieu de l'affection, le souvenir. Sans doute, il vous serait doux de conserver un refuge, un abri impérissable dans la mémoire de ceux dont vous fûtes le père ; mais c'est là un vœu de la nature en opposition à ses lois ; le cœur humain est une terre trop mouvementée pour servir de catacombe a des souvenirs impérissables ; trop souvent travaillée pour que les sillons ne s'y détruisent pas en se croisant; et nous sommes si malheureux dans l'ordre du sentiment, a-t-on dit, que nous n'avons pas même le pouvoir de l'être longtemps.

Mourez aujourd'hui; demain la paroisse pleurera, après-demain elle essuiera ses larmes, et le jour suivant elle s'informera du nom de votre successeur.

Mourez ; quand votre cercueil passera, on s'écartera pour lui faire place, ou on s'alignera pour le suivre ; une belle oraison funèbre accompagnera votre convoi; ce jour-là, peut-être, vos ennemis vous loueront pour la première fois ! ensuite le mouvement ordinaire des passions et des intérêts reprendra sa marche sur vos pas, et la trace de votre course aura duré dans les cœurs, comme le sillage de ce vaisseau qui fend un instant les ondes et sur lequel les ondes se referment à j amais.

Mourez ; ce qui vous rappellerait encore, ce serait le vide de la place où vous étiez ; mais qu'un autre vienne occuper votre chaire, votre autel, votre confessionnal, votre presbytère, quand les yeux ne s'apercevront plus

de votre absence, les cœurs perdront bientôt la mémoire. Le sentiment que vous inspiriez n'était que l'empire d'une habitude; une autre habitude l'effacera.

Mourez ; un instant, cet événement sera appelé un malheur; mais bientôt les héritiers de vos biens, de vos ornements, de votre charge pastorale, s'accoutumeront à cette démission de tous vos droits dont ils auront bénéficié, et, dans un an, quels sont ceux qui, pour le bonheur de vous voir revivre, voudraient sacrifier les avantages qu'ils tiendront de vous ?

Mourez, enfin ; avez-vous visité, quelquefois, la tombe d'un pasteur regretté? J'ai fait par affection ce pèlerinage instructif, et je me suis aperçu qu'après huit jours les fleurs étaient encore arrosées sur cette dépouille chérie ; après un mois, elles étaient fanées ; après un an, la terre, complice de l'indifférence des cœurs, avait recouvert d'une épaisse couche de gazon le dépôt qui lui fut remis avec tant de protestations et de larmes. C'est ainsi que passent les pasteurs, c'est ainsi que passe leur souvenir. Prœterit figura hujus mundi^. Prœterierunt dies mei sicut naves portantes poma^. Que le cœur humain me pardonne ces blasphèmes apparents de sentiment par lesquels je semble le nier! Mais non, je ne le nie pas, je le regarde, je le plains; et c'est bien parce que je crois

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