Ps
meilleure vie, il l'attend dans celle-ci; et la béatitude qu'il n'a pas voulu recevoir de la toute-puissante main de Dieu, il la demande aux forces de la nature perfectionnée. Ainsi l'humanité, voyageuse ici-bas entre deux paradis, dont l'un commença sa carrière, dont l'autre doit la couronner, ne peut abjurer cette idée. Vainement elle l'efface de son symbole, elle la met dans ses systèmes ; vainement elle s'en sépare par un sophisme, elle y revient par un autre ; car la même raison qui sort en révoltée de l'Éden des chrétiens, tombe dans l'Éden méprisable du phalanstère, et ce dogme a de si profondes racines dans notre nature que le plus grand crime de l'impiété contemporaine n'est pas la négation de l'enfer, c'est la superstition du Paradis.
Que je vous parle donc de cette félicité pour laquelle vous avez sacrifié toutes celles de la vie présente, et notre siècle a fait des hérésies et des révolutions qui sont un acte de foi implicite à une telle espérance. Que je vous en parle, mais à la condition que vous n'accuserez pas l'imperfection de ma peinture! Tous les génies épiques se sont essayés à la description du Paradis sans y réussir. Virgile n'a placé dans son séjour des heureux que des ombres mélancoliques. Mahomet a confondu la béatitude avec une orgie de harem. Saint Paul luimême, revenu du troisième ciel, en garde des vertiges incompréhensibles, et l'aigle de Pathmos est obligé de traduire ses visions par une splendide allégorie. C'est
qae l'homme exprime en assez bons termes la douleur, parce qu'il la connaît par ses expériences ; mais comment pourrait-il parler de la béatitude, lui, ombre fugitive qui ne fait que pleurer ici-bas?
Grâce donc, par avance, pour les désirs que je vais éveiller sans les satisfaire 1 Comment reproduire les ivresses de cette journée, où la paroisse embaumée des parfums de vos vertus et de votre mémoire vous accompagnera de son regard dans les béatitudes de ce triomphe final : Ascendit in cœlum, sedet ad dexterarn Patris, et où Dieu, content de votre attitude sur la croix, vous ouvrira ses bras en disant : Hodie mecum eris in paradiso 1.
Quoique les yeux du prêtre soient accoutumés à la contemplation de Dieu, pour ménager votre regard, à l'approche des splendeurs célestes, je vais vous y introduire par une ascension graduée, et vous dire les douleurs qu'il n'y a pas, avant d'exposer le bonheur qu'il y a. Pour nous bien comprendre, rappelez-vous qu'avant le péché originel, Dieu avait composé votre destinée de deux félicités successives : l'une qui était sans mélange, dans la grâce du paradis de la terre ; l'autre qui devait être encore plus ample, dans la gloire du paradis des cieux : Gratiam et gloriam dabit Dominus. Eh bien! l'éternité heureuse peut être considérée comme la réunion magnifique de ces deux paraît Eue. 23, 8,
dis„ et c'est à. l'aide de ce double échâlQû< qjue nox& allons tâcher, de la mesurer.
En quoi consistera notre réintégration, dans les privilèges du paradis terrestre ? Voici ce que nous en enseigne la théologie.
Quand, à l'origine, la grâce sanctifiante affectait une nature, neuve et. sans avarie r elle y produisait quatre effets prodigieux : L'exemption de la mort, de l'ignorance,, de la. concupiscence et des chagrins. Depuis „ la Rédemption vous a rendu la même grâce, mais dépourvue de ces quatre vertus miraculeuses , de telle manière que vous avez, été restaurés,., sans cesser d'être punis, et que la chute est comme un naufrage auquel vous avez échappé, en perdant des biens non encore retrouvés. Or, voici comment se fera la restitution des béatitudes originelles au genre humain consolé.
Au ciel, plus de mortalité.
Qui ne connaît les détériorations de la santé universelle depuis que nous respirons, ici-bas, une atmosphère viciée par le péché ? Vous qui n'avez pas eu l'expérience de la maladie, et qui ne vous êtes pas vus près de la tombe, prêtres jeunes encore, vous, ne savez
pas la fragilité du fil qui vous attache à ce bord, et combien vous touchez de près â l'éternité. Ensuite, le lendemain de votre mort, qui pourrait dire les humiliations de ce corps, obligé de passer par la pourriture pour refleurir ? Qui reconnaîtrait le plus beau temple sorti des mains de Dieu dans ce je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans les langues humaines, qui engraisse des reptiles, qui infecte des sépulcres, qui encombre le sein de la terre de tronçons rebutants , et qui faisait crier à la plus grande voix des temps modernes : « Mon Dieu ! comme nous ne sommes rien ! »
Vous le voyez donc, malheureux habitants de Cédar, vous languissez ici-bas sur une terre changée en vaste cimetière, et vous traînez des infirmités sans nombre dans un exil qui, après avoir tourmenté votre vie, insulte à vos ossements. Mais, encore un peu de temps, et les souffles de la résurrection feront germer les sépulcres, et ils rendront des tressaillements à vos ossements humiliés : Exuîtabunt ossa humiliata*. Oui, encore un peu de temps, et vos membres déshonorés se revêtiront d'immortalité ! Oportet mortale hoc induere immortalitatem^. Gloire, alors, à la chair de ces prêtres pénitents ou martyrs de la continence, qui tantôt se couvrit de cicatrices, tantôt se parfuma de lis, par amour pour son Dieu crucifié! Gloire à tous ces stigmatisés de la mortification cor-