‹ Manreze du pretreChapitre 219 sur 297 · I Cor · texte numérisé non relu

I Cor

* Job. 19,25.

ne connaissais point le sourire, et pour qui mon premier regard renfermera tant de remercîments : In carne mea videbo. Enfin, c'est dans ma chair que je l'admirerai, cette ineffable mère de Dieu et du prêtre, dont je cherchais ici-bas, à genoux, la ressemblance dans les révélations du génie et de la sainteté, mais en qui mes yeux accablés découvriront plus de charmes que n'en pressentirent et n'en peignirent jamais mes plus extatiques amours : In carne mea videbo. Oui, je sais que mon Rédempteur est vivant, et que je me lèverai de la terre, et que c'est dans ma chair que je le verrai lui-même : Scio quod Redemptor meus vivit, et in novissimo die de terra surrecturus sum, et in carne mea videbo Deum meum.

En vous disant que je verrai Dieu, je passe aux félicités de l'âme; voici, sur ce sujet, une admirable analogie aperçue par saint Thomas. C'est par les trois vertus théologales que l'homme saisit Dieu dans cette patrie des douleurs, c'est par trois avantages correspondants qu'il l'embrassera au ciel. Et, d'abord, la vue en énigmes qui s'appelle la Foi, sera récompensée par -cette inondation de clartés qui s'appelle la vision intuitive de Dieu. Cette attente pleine d'épreuves qui est l'Espérance, sera récompensée par la possession de Dieu. Enfin, cet amour laborieux et fort qui est la Charité, sera récompensé par la jouissance de Dieu.

Rien n'est plus facile à comprendre que la béatitude

par les ravissements de la vision. Quand on gravit un des sommets géants de la terre, le cœur peut recevoir, de la magie des perspectives, un ébranlement si fort qu'un naturaliste fameux est mort de son enthousiasme sur une cime pyrénéenne, en s'écriant : « 0 nature, que tu es belle ! ô nature, que tu es belle ! » Transportez-vous là au lever du jour : à la vue de cette mer qui bondit, d'un côté, comme une immensité en colère ; de ces plaines qui s'étendent, de l'autre, comme une immensité immobile ; de ces montagnes qui ont des moutonnements et des abîmes pareils à des vagues tourmentées ; de ces ténèbres qui fuient, à l'occident, dans les cieux; de cette aurore qui les chasse devant elle, de ce soleil qui s'avance comme un roi précédé de splendeurs et de concerts ; enfin, de cette vie qui renaît, et de cette création qui semble sortir du chaos pour la seconde fois, l'homme sent une admiration dont le poids lui fait plier les genoux et crier avec admiration : « Mon Dieu, comme vous êtes admirable sur ces hauteurs! » Mirabilis Deus in altisK Et, cependant, ce n'est là qu'un horizon borné. Imaginez l'extase d'un mortel qui planera sur l'ensemble, qui plongera sur Dieu lui-même, et dont la timide paupière sera, fortifiée pour que tant de gloire ne l'accable pas, et dont la frêle mortalité sera étayée pour que tant de majesté ne l'écrase pas : Opprimetur a gloria 2.

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