Cant
qu'elle est par bien des vicissitudes et bien des dégoûts. Mais point de vicissitudes dans ces sphères de l'infini où rien ne se termine et rien ne commence. Point de dégoûts en présence de cette beauté toujours nouvelle, qui donne au front des soleils la perpétuité de leur jeunesse et à la. face des astres l'immutabilité de leur éclat. Les hommes, avec le souvenir de leurs éphémères amours, ne savent pas imaginer une incessante satiété qui ne produira point de lassitude. Ceux qui changent d'idole chaque jour ne comprennent rien à cette immortelle vie, où chaque heure portera avec elle le bonheur de toute une éternité, et passera si rapide qu'Adam se trouve encore à son premier instant de paradis. Mais c'est là le plus beau trait de nos futures béatitudes d'être incompréhensibles à force d'être incommensurables!
Consolez-vous donc, vous qui vous fatiguez si aisément de la monotonie du devoir, depuis bien longtemps le monde aura cessé d'être à ses stupides adorateurs, et votre Dieu n'aura pas cessé d'être à vous : Dilectus meus mihii. Depuis bien longtemps, les rêves impies que vous combattez seront rentrés au néant, les siècles du temps dont vous fîtes le sacrifice se seront écoulés comme des ondes, tandis que vous, toujours en possession du Seigneur, vous le tiendrez, vous l'embrasserez encore : Tenui eumï 0 cité ravissante de mon Dieu!
quelles admirables choses j'entends raconter de vous: Gloriosa dicta sunt de te, civitas DeVl
Enfin, la charité sera récompensée par la jouissance de Dieu. La charité est, entre Dieu et l'âme, une sorte de nœud conjugal dont les fiançailles se célèbrent sur la terre, et dont la consommation n'aura lieu qu'au ciel : « C'est alors que je vous épouserai à jamais », dit le Seigneur : Sponsabo te in sempiternum. Et le fait de ces prodigieuses épousailles est si peu contestable que les théologiens appellent les dots de l'âme les principales félicités que Dieu lui constitue ; de telle sorte que si la foi a pour dot la vision, l'espérance, la possession, l'amour est doté de la délectation en Dieu.
Ici, chassons les terrestres images et purifions nos lèvres pour raconter, avec la langue des anges, les chastes voluptés du sein de Dieu. On dit que lorsque deux êtres se sont cherchés sur la terre et ont langui d'un amour malheureux et contrarié, le jour où ils s'atteignent, par-dessus les abîmes qui les séparaient, il faudrait des voix inspirées pour chanter leurs épithalames délirants! Eh! quelle voix humaine pourrait célébrer ces noces éternelles où l'Agneau tend les bras à une obscure épouse de la terre, en lui disant : Venez 2, et où une pauvre âme de voyageur répondra au Monarque des cieux : « Je viens, Seigneur Jésus » : Venio cito.