Gant
D'où tirer les mots et les images pour exprimer l'épanchement d'un Dieu, se versant à torrents dans un cœur de mortel : Torrente voluptatis tuœ potaMs eos1? Cette béatitude sera-t-elle un étonnement sublime, comme celui d'Adam ouvrant les yeux, pour la première fois, sur les merveilles de la création? Non, l'œil de l'homme n'a jamais rien vu de pareil : Non oculus vidit^. Sera-t-elle une émotion profonde, comme celle de Moïse et des grands contemplatifs recevant des confidences si douces qu'ils avaient peur d'en mourir ? Non, l'oreille de l'homme n'a rien entendu de comparable : Nec auris audivit. Enfin, sera-t-elle un grand tressaillement de cœur, comme celui d'un ambitieux qui va ceindre le diadème, comme celui de Jacob retrouvant un enfant perdu, comme celui de la veuve de Naïm embrassant un enfant ressuscité? Non, le cœur de l'homme n'a jamais rien senti de si profond : Nec in cor hominis ascendit. Eh ! que m'importe, à moi, que la céleste Sion ait des murailles d'or, des parvis de jaspe et des portes de saphir? J'oublie toutes ces magnificences quand je me rappelle que le Seigneur sera son temple : Ejus est templum Beus. Mais quand l'Esprit-Saint ajoute que moi-même je serai le temple du Seigneur : Et habitabit in m3, je me perds dans un ravissement sans