ProT. 3, 2C
magnificences pour séduire. Enfin, vous le dirai-je? — oui, car c'est la pensée de saint Chrysostôme plutôt que la mienne , — c'est pour être aimé qu'après le ciel il créa l'enfer. « S'ils ne me craignent pas, semble se dire le Seigneur, ils se rendront indignes de ma société éternelle. Alors, qu'ils tremblent, mais qu'ils soient à moi. Creusons un enfer pour les mener au ciel, et que, par la consternation , si ce n'est par l'amour , ils soient poussés dans mes bras paternels. » Mon Dieu ! quand vous m'ordonnez de vous aimer parce qu'il y a un ciel, je rougis d'avoir besoin d'une telle espérance; mais quand vous m'ordonnez de vous aimer parce qu'il y a un enfer, je ne comprends plus. Y a-t-il donc un enfer plus redoutable que celui de ne pas vous aimer? L'amour de Dieu pour nous le fait descendre jusqu'à la servitude. Tout amour est un esclave qui prévient les désirs de l'être aimé, qui respecte ses caprices, qui se façonne à ses exigences, qui met au besoin son cœur à la place de sa dignité, et qui, arrivé au terme de ses sacrifices, s'estime payé par le bonheur de s'être sacrifié; Étrange faisceau de deux êtres, dont l'un est toujours souverain, l'autre toujours captif; dont le plus puissant est celui qui gouverne, et le plus grand celui qui aime assez pour se laisser gouverner. Qui le croirait, si nous n'en étions témoins, ces charmantes abdications d'une grandeur qui s'enchaîne par excès de tendresse se retrouvent dans le sentiment de Dieu pour nous!
Descendu jadis du ciel pour nous servir, on peut dire que, pendant la durée des siècles, son service ne cesse pas. Si, un jour, fatigué du bonheur de votre innocence, vous lui dites : « Retirez-vous», il s'en va; si, un autre jour, vous le rappelez, il revient ; si vous vous obstinez à vivre loin de lui, il attend; si vous le priez, il accourt avec sa toute-puissance en vous disant : Quid tibi vis faciam^1! enfin, usez, abusez de ses dons, prenez-le, délaissez-le, selon les vicissitudes de votre piété, toujours, partout il est à vous ; et, dans cet esclavage d'amour, il reste si peu à lui-même, que ce qu'il craint le plus ce n'est pas d'être importuné par vos exigences> c'est de n'avoir rien à faire pour vous. Ah ! si l'on vous offrait une réciprocité trop disproportionnée à vos avances, comme vous vous estimeriez outragé ! Dieu se sert de tout son infini pour vous aimer, et il ne demande que votre cœur pour le lui rendre. Si l'on ne vous aimait que parce que l'on ne peut s'en dispenser , comme vous en seriez peu flatté et reconnaissant! Dieu accepte des sentiments conçus par la crainte des peines éternelles, et il récompense comme un commencement d'amour des hommages qui n'en sont que le désir.
L'amour de Dieu pour nous le fait descendre jusqu'à la folie. Il y a, dans l'amour naturel, une phase de vertige où le cœur s'exalte jusqu'au paroxysme et aspire