Coloss
est la seule science qui n'ait pas besoin d'apprentissage.
La charité est encore un terrestre vestibule du paradis. Quand elle se répand dans une âme par la grâce, elle lui communique un bien-être instantané, caractéristique de sa présence, et qui est un véritable avant-goût du ciel. Au contraire, quand la charité cesse d'habiter notre âme, elle lui laisse un malaise unique, indéfinissable, qui est un lointain prélude de la réprobation. Oui, tout prêtre qui a aimé Dieu véritablement une heure de sa vie peut dire, la main sur son cœur : La marque de ma charité, c'est mon bonheur. Quelquefois ce bonheur n'est point une ivresse, mais une sérénité intime , un goût ineffable de Dieu , un repos d'ange bien apprécié , surtout le lendemain du jour où on l'a perdu , et que saint Thomas appelle d'un nom suave, la paix. D'autres fois, ce bonheur est une joie plus vive, car chaque amour ayant ses transports , l'amour de Dieu grandit jusqu'à cette délectation séraphique appelée : l'extase.
Alors la charité n'est plus un labeur , elle est une sorte d'existence entre deux mondes , un regard par-dessus les frontières de cette vie , et une station à la porte entr'ouverte du paradis : en ce moment , Raymond de Lulle s'en va demander des nouvelles de Jésus aux montagnes et aux forêts, sain* Ignace gravit une tour pour embrasser de larges horizons et s'écrie : Quam sordet terra dum cœlum aspi-
cio ! et sainte Madeleine de Pazzi déclare qu'elle succomberait à ses émotions pieuses, si le même amour qui menace sa vie ne la préservait de la mort. P sublimes visions ! ô touchante nostalgie des saints f comme vous confondez les inclinations rampantes de notre cœur I
Enfin, la charité n'est point seulement l' avant-goût de la béatitude éternelle, elle en est l'essence. Le ciel, en effet, ne sera point pour nous le repos, avec une couronne sur la tète, et sous les pieds, un trône d'où nous ne serons jamais renversés; le ciel, ce n'est pas seulement l'affranchissement éternel des chagrins qui font pleurer et des douleurs qui font mourir; le ciel, ce n'est pas la foi, car, alors, nous verrons Dieu ; ce n'est point l'espérance, car alors nous le posséderons; ce n'est point la pénitence, car, alors, nous serons purifiés ; ce n'est point la chasteté, car, alors, nous serons transfigurés; mais le ciel, c'est la charité avec des ravissements à jamais ininterrompus, c'est-à-dire le premier commandement de la loi abrogé comme devoir, et continué comme félicité sans terme, de telle façon que toute la différence de la vie de la grâce à celle de la gloire, est la différence d'un amour aveugle à un amour ébloui. Hic per spéculum et in enigmate, tune a utem facie ad faciemK
Et que cette doctrine ne vous surprenne pas, car