‹ Manreze du pretreChapitre 260 sur 297 · Cor · texte numérisé non relu

Cor

j'ajouterai, si vous vous récriez, que la charité de la terre semble l'emporter sur celle du ciel, car les élus aiment Dieu dans la pleine lumière, je l'embrasse dans les ombres de ma foi. Les élus l'aiment caressant et prodigue de lui-même, moi je le chéris sévère et crucifiant; les élus l'aiment parce qu'ils ne peuvent s'en défendre, moi je m'attache à lui dans la liberté. De cette sorte, la charité est pour nous la vie du temps et de l'éternité, et ses œuvres du temps durent pendant Féternité. Aussi, cultivez d'autres sentiments, qu'en reste-t-il après la mort? Bâtissez des églises, occupez de hautes fonctions, qu'en sera-t-il lorsque le monde lui-même ne sera plus ? Mais si vous dites : Mon Dieu f je vous aime f vous trouverez ce mérite au fond des siècles éternels, car un tel acte est plus indestructible que l'univers, et même, quand les prophéties auront fait leur temps, même quand les langues auront cessé, même quand toutes les autres vertus seront finies, dans les perspectives sans bornes de la seconde vie, aussi longtemps que Dieu, aussi longtemps que vous-même, votre charité subsistera : Charitas nunquam excidit.

Vous croyez toucher au terme? Non, voici une ascension suprême : la charité n'est pas autre chose que la vie de Dieu lui-même, car Dieu est amour, a dit le disciple qui le connut le mieux, en sorte que la charité est, pour nous, une participation de la vie de Dieu et une divinisation de nos sentiments.

Bouquet spirituel de cette instruction finale et de

toute la retraite : Manete in dilectione*. Or, la charité est l'accomplissement généreux de toute la loi, car il n'en est pas de la charité comme de- vertus morales ou naturelles : on ne la possède point à demi ; et, de même que si je doute d'un seul article du symbole je n'ai pas un seul degré de foi, la substance de la foi étant indivisible, de même, quand je pratiquerais tous les commandements, à l'exception d'un seul, je n'ai pas le moindre degré de charité : terrible vérité confirmée par cette parole de saint Jacques : Quipeccat in uno, factus est omniun reus%.

Embrassons donc la perfection de la loi avant de nous séparer, et que le fruit de notre mutuelle rencontre au pied des autels soit celui-ci : Manete in dilectione. Pour y réussir, offrons nos résolutions au souverain Modèle de notre sacerdoce, en lui disant : Conserva me, Domine, quoniam speravi in te.

En échange de cette grâce préservatrice, je renonce, ô mon Dieu! à toutes les joies autres que celles de mes sacrifices, bien convaincu que le bonheur d'un prêtre, sur la terre, consiste à n'en point chercher, et que, pour celui qui a l'honneur de vous appartenir, c'est assez des charmes de votre face et des délices renfermées dans votre droite jusqu'à la fin : Adimplebis me lœtitia cum vultu tuo, delectationes in dexterâ tuâ in finem 3. Amen.

Page 1