II Esdr
torat; ou si j'ai plus grand soin des assises matérielles que du temple spirituel. Malheur au réparateur qui bâtit des clochers et qui laisse s'écrouler, sans les étayer, la foi et les moeurs !
Prêtres réparateurs par la scSsuce.
Sans doute, il sera éternellement vrai que le savoir passe après la vertu ; mais outre que le savoir lui-même, s'il est inspiré par des vues surnaturelles, peut avoir le mérite de la vertu, il est un instrument indispensable à la propagation de celle-ci. En tête des prêtres qui furent réparateurs par l'autorité de la science, il faut placer saint Paul, qui était docte avant d'être inspiré, puis tous les Pères de l'Église. Pour l'assister dans sa fondation, Jésus- Christ a suscité des travailleurs évangéliques qui étaient de grands esprits en même temps que des saints. Comme si le sang des martyrs n'avait point parlé assez haut en faveur de sa vérité, il la fait proclamer par la voix d'incomparables docteurs, et quoiqu'il lui suffise de sa grâce pour immortaliser son œuvre, il a soin, quatre siècles durant, de s'assurer la collaboration du génie.
Passons sommairement aux applications :
Dieu lui-même a voulu, dit Bossuet, que Moïse fût versé dans la science des Égyptiens. Esdras ne devint réformateur des Juifs qu'après avoir étudié la sagesse des Babyloniens. Saint Paul, revenons-y, déploie une érudition vaste qui suppose la connaissance approfondie de la Judée et de la Grèce, sous le rapport de la poésie, de l'éloquence et de la philosophie. Nos plus illustres docteurs allèrent étudier, à l'école des modèles de Rome et d'Athènes, l'art de ces écrits admirables qui subjuguèrent le monde païea. il manrèze. 29
Saint Basile, les deux saints Grégoire de Nysse et dô Nazianze, saint Cyprien, Lactance, Tertullien, saint Augustin, Arnobe, saint Justin, Origène ne furent de si puissants apologistes et convertisseurs que parce qu'ils étaient des lettrés sublimes. Ils s'emparèrent des richesses littéraires et philosophiques de l'antiquité pour en faire le brillant revêtement de la vérité, de même que l'antique Israël employait l'or conquis sur des nations idolâtres pour orner le temple du vrai Dieu.
L'Église tirait un si merveilleux parti de la culture intellectuelle, que, pour nous mieux persécuter, Julien l'Apostat, au lieu de rouvrir les amphithéâtres, préféra fermer nos écoles. Déjà l'Épouse du Christ justifiait, par les succès de son enseignement, ce beau titre qui devait lui être donné plus tard : Magistra gentium. C'est elle qui accueillit, suivant une image célèbre, la science poursuivie, tantôt par les sauvages du Nord, tantôt par les impurs sicaires de Mahomet, et venant se jeter, éperdue, dans la robe protectrice des Papes.
Pendant la nuit du moyen âge, c'est elle qui sauva du naufrage la littérature, les arts et la civilisation. Tandis que le vandalisme féodal démolissait, brûlait et anéantissait les monuments du passé, elle transmettait à l'avenir les chefs-d'œuvre de l'Orient, de la Grèce et de Rome. Les cellules monastiques furent le premier foyer des lumières dont nous tommes fiers. En domptant les hordes barbares qui se partagèrent l'Empire romain, le clergé détermina le triomphe définitif de l'intelligence et de l'amour évangéliques sur la force brutale.
Bientôt, il fonda et dota les collèges et les académies modernes. On vit des chaires de droit, de médecine et de chirurgie établies par des papes et occupées par desclercs. Les universités d'Oxford, de Paris, de Salamanque, de Padoue, de Bologne doivent leur existence au sacerdoce
catholique. Tous les corps enseignants de l'ère chrétienne, bénédictins, jésuites, oratoriens, sont de création ecclésiastique. C'est le clergé qui prépara les brillantes époques de Léon X et de François Ier, ainsi que le beau siècle de Louis XIV; c'est lui qui fut l'instituteur de Bossuet, de Fénelon, de Pascal, de Racine, de Corneille, de Napoléon, de Voltaire lui-même.
Pour mieux vous inculquer vos devoirs de réparation par la science sacrée et profane que vous possédez, pesez quelquefois les désordres occasionnés par celle qui vous manque. Les historiens de l'Église, en examinant les causes de la propagation luthérienne et calviniste, attribuent les succès de cette apostasie, non-seulement à la dépravation du clergé, mais à son ignorance. Se défiant de leurs forces, les curés n'osaient pas entrer en lice avec les réformateurs, qui s'en prévalurent habilement pour attaquer le clergé, vilipender l'Église et disséminer l'erreur : Ignorantia mater omnium errorum. De notre temps, n'est-ce pas encore notre ignorance, au moins relative, qui limite les influences de notre ministère et accroît celle de nos ennemis ? Napoléon 1er disait en séance au Conseil d'État : « Les prêtres ont perdu leur empire, le jour où la supériorité dans la science a passé à l'ordre civil. »
Hàtons-nous donc de ressaisir notre antique prépondérance scientifique, et que le curé soit l'homme le plus au courant des questions importantes, le plus"cultivé de la paroisse, pour être toujours sa première autorité intellectuelle.
Nous avons baissé en fortune et en pouvoir, depuis cent ans, montons en instruction : cette suprématie purement naturelle sera respectée par ceux qui se posent en fronieurs devant notre caractère surnaturel. Une telle inégalité est, en effet, la seule qui s'impose aux générations actuelles ; car elles méconnaissent, elles persiflent quel-
quefois les vertus éminentes, tandis qu'elles s'inclinent en présence du talent uni à des vertus ordinaires.
Un des moyens les plus efficaces pour nous mettre à la hauteur de cette mission serait la préparation consciencieuse et la fréquentation assidue de nos conférences cantonales. Avons-nous apporté exactement notre mise de fonds à ce foyer de lumières ? En avons-nous retiré toutes les clartés qu'il offre à ceux, qui s'en approchent souvent. Soignons-nous la rédaction de nos Mémoires? N'en demandons-nous pas dispense sans motif suffisant?
Et cependant, ô réparateur indolent et insuffisant que je suis! où me cacherai-je au tribunal de Dieu si, après avoir été jeté dans la balance, j'entends les anges dire de moi : Appensus est in statera et inventus est minus habens1. Mon Dieu ! donnez-moi la sagesse nécessaire pour m'assister dans ce difficile ministère de la régénération par les lumières pastorales : Da miïii assistricem sapientiam2. Toutefois, afin de purifier mes vues en étendant mes connaissances, je méditerai souvent ce beau passage de saint Bernard :
« Sunt qui scire volunt eo fine tantùm ut sciant, et turpis « curiositas est; sunt qui scire volunt ut sciantur ipsi, et turpis « vanitas est; sunt item qui scire volunt ut scientiam vendant « pro pecuniâ, et turpis quxstus est; sunt quoque qui scire « volunt ut xdificent, et charitas est; et item qui scire volunt « ut aedificentur, et prudentia est 3. »
Prêtres réparateurs par la science unie & la sainteté.