SAINT BERNARD RÉPARATEUR PAR RAPPORT A SON SIECLE
Aucune vie plus que celle de saint Bernard ne prouve la puissance de résurrection confiée au prêtre. Saint Thomas reste sans doute la première autorité doctrinale du moyen âge, saint Bernard en représente la première influence sociale. A l'un, la royauté dans l'école ; à l'autre, la suprématie dans les mouvements de l'Europe et de l'Église.
L'Église, au temps de saint Thomas, traverse une phase lumineuse au-dessus de laquelle il plane comme un soleil. L'Église, pendant le siècle de saint Bernard, est ballottée
par (les tempêtes où il apparaît comme un pilote , chargé, par délégation européenne, de commander aux passagers et à la mer. Rarement , l'horizon fut aussi orageux , et, jamais , les orages ne furent mieux conjurés. Il y en avait alors quatre qui menaçaient la catholicité.
Le premier était la corruption des mœurs s'étendant à tous les degrés dans les deux sociétés temporelle et spirituelle. Saint Bernard porte la réforme partout : dans l'ordre monastique qu'il régénère, parmi les grands du monde dociles à son appel , au sein de l'épiscopat et du sacerdoce qui le suivent, à la cour des rois qui lui obéissent, jusqu'aux pieds de la papauté qui accueille les projets et les conseils du grand réparateur avec respect.
Le deuxième danger de l'époque était le schisme qui consistait, alors, dans une erreur de personnes plutôt que de doctrine, c'est-à-dire dans un partage confus d'adhésions et de sympathies catholiques réparties entre Innocent II et. Anaclet II. Saint Bernard manifeste le vrai pape au concile d'Étampes aux monarques du Nord , aux républiques italiennes, au peuple de Rome.
Le troisième danger était l'hérésie. Bernard la confond sous toutes ses formes. L'erreur philosophique dans Abélard , l'erreur politique dans Arnaud de Brescia , l'erreur théologique dans Pierre de Bruès.
Enfin, le quatrième danger, c'était l'islamisme, dont la puissance, mal endiguée en Orient, menaçait de reprendre les Saints-Lieux, et de se porter ensuite vers l'Occident. A rencontre de ce débordement de boue et de sang, la voix de Bernard, presque expirant, jette plus de cent cinquante mille hommes dans la vallée du Danube sur la route de Jérusalem.
Voilà ce qu'un seul réparateur a opéré pour la réforme de l'Europe.
Que faut-il penser de moi, réparateur si stérile pour la réforme d'une paroisse de quelques centaines d'àmesî
Àhl je sais bien ce qui me manque, plus encore que la science, pour opérer de tels prodiges. 0 Jésus ! ô Sauveur l quand on compte ce que peut, en faveur de votre gloire et des âmes, un véritable saint , comme on estime perdu le temps passé à autre chose qu'à le devenir !
CONFERENCE
Nos Rapports avec le Monde.
Vertus sociales du Prêtre.
Où en sommes-nous pour la pratique de ces vertus?
Avons-nous réglé nos rapports avec le monde, non d'après notre goût particulier, mais d'après les enseigne^ ments de la foi , méditant souvent, à cet égard :
L'exemple de Notre-Seigneur : In terris visus est, et eu?* hominibus conversatus est '. Non habet amaritudinem conversatio ejus , née txdium conviclus illius2. Non clamabit neque conlendet 3.
Les préceptes de saint Paul : Exemplum esto fiât lium in bona conversatione4. Digne Evangelio conversamini5.
Les rapports des premiers chrétiens entre eux : Nostra conversatio in cœlis est6.
Les sentiments des saints Pères : Urbis conversationes infinitorum malorum occasiones 7.
Multum àeorsùm trahimur , dum saecularibus admiscemur8.
1. Baruc. 3, 38. — 2. Sap. 3, 16. — 3. Matt. 11, 19. — 4. I Tim. 4, 12. — 5. Philip. 1, 27. — 6. Philip. 3, 20. —7. S. Basil., Epist.. — 8. S. Greg.
En sortant du presbytère pour aller dans le monde, nous sommes-nous bien pénétrés des sentiments qui inspirèrent cette sublime visite du divin Maître à la terre : Benedictus Bominus Detis Israël, quia visitavit et fecit redemptionem plebis sux Israël ».
Vhitavit nos oriens ex alto 2.
Quid est filius hominis quoniam visitas eum 3t?
Avons-nous fréquenté le monde dans le but de lui être utile plutôt qu'agréable ; de faire du bien plutôt que de nous faire plaisir?
Dans nos relations sociales, n'avons-nous pas montré un caractère difficile, acariâtre, qui, en amoindrissant la considération et l'affection dues à notre personne, a, peut-être, paralysé notre ministère ?
N'avons-nous point provoqué des conflits, causé des éclats scandaleux, suscité des procès par des emportements contraires à la douceur ecclésiastique? tantôt en agissant ab irato dans la police de notre église, tantôt en répondant par la colère à la moindre contradiction des conseils de fabrique ou des municipalités, tantôt en nous portant à des voies de fait contre les enfants de notre catéchisme, tantôt en menaçant ou en défiant nos contradicteurs par des violences indignes de cet Exemplaire divin : Non clamabit, neque contendet.
Dans la conduite des affaires, avons-nous procédé avec une parfaite droiture, et toujours honoré notre caractère par les délicatesses de notre bonne foi ! Avons-nous dédaigné d'atteindre va but, même louable, par des moyens équivoques; bien convaincus que l'honnêteté est la base de la vraie sainteté, et que le prêtre est toujours vainqueur dans un débat si, quand son droit succombe, sa loyauté triomphe d'une manière incontestée 2