SAINT DOMINIQUE
Outre l'institution si connue du Saint-Rosaire par Dominique, un autre trait fait ressortir la tendre familiarité de ce patriarche et de Marie :
« Reginald tomba si gravement malade, que la nature paraissait succomber sous les assauts de la mort, et que les médecins désespéraient de le sauver. Le bienheureux Dominique, affligé de perdre un enfant dont il n'avait pas encore joui, se tourna vers la divine miséricorde avec importunité, la suppliant, ainsi qu'il l'a raconté lui-même aux Frères, de ne pas lui ravir un fils qui était plutôt conçu que né, et de lui en accorder la vie au moins pour un peu de temps. Pendant qu'il priait ainsi, la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu et maîtresse du monde, accompagnée de deux jeunes filles d'une beauté sans mesure, apparut à maître Reginald éveillé et consumé par l'ardeur de la fièvre, et il entendit cette reine du ciel qui lui disait : « Demande-moi ce que tu veux, et je te le o donnerai. » Comme il délibérait en lui-même, une des jeunes filles qui accompagnaient la bienheureuse Vierge lui suggéra de ne rien demander, mais de s'en remettre à la volonté de la reine des miséricordes, ce qu'il agréa volontiers. Alors celle-ci, étendant sa main virginale, lui fit une onction sur les yeux, les oreilles, les narines, la bouche, les mains, les reins et les pieds, et elle prononçait en même temps certaines paroles appropriées à chaque onction. Je n'ai pu connaître que les paroles relatives à l'onction des reins et des pieds. Elle disait donc en touchant les reins : — Que tes reins soient ceints du cordon de la chasteté ; — et en touchant les pieds : — J'oins tes pieds
pour la prédication de l'Évangile de paix. — Elle lui montra ensuite l'habit des Frères Prêcheurs, en lui disant : — Voici l'habit de ton ordre ; — et elle disparut à ses yeux. Reginald se trouva aussitôt guéri, oint qu'il avait été par la Mère de Celui qui a le secret de tout salut. Le lendemain matin, quand Dominique vint le voir et lui eut demandé familièrement de ses nouvelles, il répondit qu'il n'avait plus aucun mal, et lui raconta la vision. Tous deux en rendirent ensemble et dévotement, comme je le crois, des actions de grâces au Dieu qui frappe et qui guérit, qui blesse et qui panse les blessures. Les médecins admirèrent un retour à la vie si subit et si inespéré, ne sachant pas la main qui avait donné le remède. »
Trois jours après, Reginald étant assis avec Dominique et un religieux de l'ordre des Hospitaliers, l'onction miraculeuse fut renouvelée sur lui en leur présence, comme si l'auguste Mère de Dieu eût attaché à cet acte une importance considérable et qu'elle eût tenu à l'accomplir devant témoins. En effet, Reginald n'était ici que le représentant de l'ordre des Frères Prêcheurs, et la reine du ciel et de la terre contractait alliance en sa personne avec l'ordre entier. Le Rosaire avait été le premier signe de cette alliance, et comme le joyau de l'ordre à son baptême; l'onction de Reginald était un indice de virilité et de confirmation. (Vie de saint Dominique, par le P. Humbert.)
SAINT BONA.VENTURB
La dévotion à Marie fut traditionnelle dans Pordfe Séraphique, et saint Bonaventure travailla avec ardeur à l'accroître. Au chapitre de Narbonne, à ceux de Pise et d'Assise, il fit plusieurs ordonnances à ce sujet. La plus importante est celle qui oblige les Frères à réciter le soir, au son de la cloche, trois fois la Salutation angélique, qû
II MANRÈZE. 3i
mémoire du bienfait de l'Incarnation, bienfait auquel Marie a coopéré si admirablement. Les religieux devront , dans leurs prédications, exciter les fidèles à embrasser cette pieuse pratique. Déjà plusieurs saints personnages l'avaient mise en vogue dès le commencement de ce siècle, mais le Docteur Séraphique en fut le promoteur ardent; dans la suite elle s'étendit à toute l'Eglise, et partout, trois fo a le jour, le son de la clocbe invita les pieux fidèles à honorer dans Marie le plus glorieux des privilèges , le privilège de la maternité divine uni à celui de la virginité.
Saint François avait ordonné à ses Frères de chanter , le samedi, une messe solennelle en l'honneur de l'auguste Vierge. Saint Bonaventure rappela cette ordonnance, et la renouvela en 1269 au chapitre d'Assise. Depuis, cette pratique, comme celle de Y Ave Maria, s'est répandue par toute l'Église, et le dernier jour de la semaine est demeuré un jour cher aux enfants de Marie, un jour où ils aiment à méditer les vertus dont le Ciel l'a enrichie , et à se souvenir au prix de quels sacrifices elle a mérité d'être exaltée au milieu de nous. {Vie, par M. l'abbé Berthaumier.)