‹ Manreze du pretreChapitre 283 sur 297 · Gant · texte numérisé non relu

Gant

A notre tour, nous devons connaître cette pieuse anxiété vis-à-vis de l'Église. Où en est-elle pour ses joies, mais surtout pour ses désolations dans notre diocèse? Où en est-elle dans notre patrie? où en est-elle en Europe et dans le monde? quels sont les scandales qui l'attristent? quelles impiétés et quels blasphèmes l'outragent? quelles usurpations la dépouillent? quelles erreurs et quelles agitations la remuent? quelles apostasies et quels schismes la divisent1, quelles persécutions épuisent son sang, confisquent ses libertés, entravent son apostolat et mettent obstacle à ses conquêtes? Tout autant de sujets qui, trop souvent, nous trouveraient sans réponse. Un grand nombre d'ecclésiastiques vivent presque totalement étrangers aux destinées générales de l'Église. Ils savent un peu l'histoire de son passé, parce qu'ils n'ont pas oublié tout ce qu'ils ont appris dans les séminaires. Mais sa situation présente, mais ses épreuves contemporaines , ils n'en soupçonnent que ce que le bruit inévitable de la voix publique les a forcés d'en entendre. De pieux fidèles, souvent même des hommes irréligieux, en sont pleinement instruits; eux, quoique prêtres, les ignorent. Leur intérêt se concentre tout entier sur ce petit lac où se meut leur obscure nacelle. S'il y a des tempêtes, des écueils, des corsaires ailleurs et sur ces vastes mers où s'en va voguant le grand vaisseau de l'Église universelle, ils songent à peine à s'en informer. Et ainsi , en étant peut-être réguliers, assidus à leurs fonctions, dévoués à leur paroisse, manquent-ils de l'un des éléments de l'amour dont ils sont redevables à l'Épouse de Jésus-Christ : je veux dire les saintes curiosités de la tendresse.

Le second élément de cet amour sacré, c'est la sympathie par laquelle s'établit une intime communauté de douleurs. Il y a des peines étrangères qui nous réjouissent ; il y en a d'autres qui nous trouvent indifférents; il en est enfin que nous partageons. Identifiés à celui qui les éprouve , nous

subissons le contre-coup des angoisses qui le torturent ; la pointe de chacun des glaives qui le percent pénètre jusqu'à notre âme pour y faire des blessures plus ou moins saignantes. C'est ainsi que la Chananéenne de l'Évangile conjure le Sauveur d'avoir pitié de la mère en guérissant la fille : Miserere mei, Domine, fili David .♦ fdia mea maie a déemonio vexatur * !

Un prêtre ressent les mêmes impressions par rapport à l'Église, quand il en a véritablement l'amour. Les joies de l'Église le font tressaillir; ses triomphes le transportent. Mais en même temps il compatit à ses chagrins et à ses souffrances. Aux gémissements et aux vœux de l'Épouse exilée et solitaire , il unit ses propres vœux et ses gémissements ; il l'aide de son mieux à soutenir les longs retards de l'Époux divin. Étrangère rebutée, reine outragée ou méconnue, mère affligée, tout ce qu'elle dévore d'amertumes à ces divers titres, il en est lui-même abreuvé. Quand certains gouvernements aveugles exilent ses pontifes, détruisent ou dépouillent ses diocèses ou ses monastères, usurpent ses droits ou les nient, divisent ou corrompent ses prêtres, persécutent et proscrivent les troupeaux fidèles à la suite des pasteurs, il n'en est pas moins consterné qu'elle-même ; et c'est pour elle seule qu'il s'en attriste. D'autres le feraient par un principe d'intérêt personnel; ils déploreraient les maux de l'Église, parce qu'ils se sentiraient eux-mêmes atteints dans leur bien-être ou leur repos par le fer qui la blesse et les orages qui l'ébranlent. Lui, plus désintéressé, s'oublie entièrement pour ne voir que les meurtrissures et les peines de l'Église; c'est uniquement parce que Jérusalem est humiliée par les puissances du dehors qu'il veut se nourrir, comme le Prophète, d'un pain de cendres et de larmes. Il n'est pas moins

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