Matt
qu'elle contient, veillons pour prévoir et signaler haut et fort les périls qui la menaceraient. Faisons couler de son pressoir aux pieds des ceps dont elle se compose, c'est-à-dire des cœurs qui nous sont confiés, ces mérites féconds et divins de Jésus - Christ dont nous sommes dépositaires. Écartons de son enceinte toutes les hètes fauves qui pourraient, franchissant sa barrière, y porter le ravage. Enfin, si, comme l'Homme-Dieu, nous ne l'arrosons pas de notre sang, baignons-la de nos sueurs et de nos larmes qui sont te sang du cœur. Portés à ce degré de courage et de sacrifice, les soins que nous prodiguerons à cette vigne bénie, dans tes limites où Dieu nous aura renfermés, seront probablement bénis eux-mêmes. Nous préparerons une récolte abondante aux anges qui doivent un jour la cueillir. Et quand même il en serait autrement, quand même nos labeurs seraient infructueux, quand même, au lieu de raisins savoureux, elle ne produirait que des fruits avortés et sauvages, par là même que nous aurions été des ouvriers ardents, des serviteurs consciencieux, nous recevrions encore notre salaire à la fin de notre journée, c'est-à-dire à l'heure des justices et des récompenses éternelles.
{Le même.)
SEPTIEME JOUR
Le Prêtre sur la Crois.
Méditation du mystère de la Croix recommandée au Prêtre.
Le Sauveur allant à Jérusalem prédit pour la troisième fois qu'il va y être mis à mort. Ecce ascendimus Jerosohjmam, et consummabuntur omnia qux dicta surit per prophetas dp. Filio hominis. Prodiges de charité et de patience de la part du Fils de Dieu, prodiges d'ingratitude et de perversité de la part des hommes, tout va bientôt être à son comble, le Consummatum est sera prochainement prononcé.
C'est aux apôtres pris à part que Jésus fait cette confidence : Assumpsit duodecim discipulos secretô, et ait Mis. Tout le monde n'entend pas le langage de la croix, et il n'est pas nécessaire que tous l'entendent au même degré; mais il veut que ses ministres possèdent éminemment cette science sacrée, qu'ils soient tous pénétrés de ce mystère, et voilà pourquoi il leur en parle si souvent.
Au mileu même des célestes joies du Thabor, il veut qu'ils pensent aux douleurs du Calvaire : Dicebant excessum
ejus quem complétants erat in Jérusalem1. S'il voit leur esprit s'égarer en rêves d'ambition, s'ils se flattent de l'espérance d'un rang distingué dans son royaume, il les ramène aux ignominies de sa mort : Potesiis bibere calicem quem ego bibitnrus sum? S'il leur donne son corps en nourriture et son sang en breuvage, il a soin de leur dire que c'est le même corps qui sera livré, le même sang qui sera répandu pour eux : Quod pro vobis tradetur..., qui pro vobis fundetur : la communion devra toujours rappeler la Passion 2.
S'il leur confère le pouvoir d'offrir sur l'autel ce corps immolé, ce sang versé, c'est afin qu'ils se souviennent de lui et de sa mort : Hxc quotiescumque feceritis , in mei memoriam facietis : son immolation mystique sera le mémorial de son immolation sanglante. O prêtres! pouvons- nous répéter ces mots touchants, qui terminent la consécration, sans admirer l'amour d'un Dieu qui meurt pour nous et nous recommande de penser à lui, sans nous confondre de la dureté de notre cœur, qui a rendu cette recommandation nécessaire, et qui la rend, hélas ! trop souvent inutile !
Autant ce souvenir nous est recommande, autant il est lié en quelque sorte à toutes nos obligations. Sans une méditation fréquente des souffrances de Jésus-Christ, notre zèle languira. Nous ne connaîtrons ni les infinies perfections de Dieu, ni sa grandeur, ni sa sainteté, ni sa miséricorde, ni le prix des âmes jugées dignes d'une telle rédemption, ni l'immensité du bonheur ou du malheur qui les attend...
Où puiserons-nous le dévouement généreux dont nous avons besoin pour les sauver, si nous ne sommes assidus à-