‹ Manreze du pretreChapitre 289 sur 297 · I Cor · texte numérisé non relu

I Cor

seulement cette puissance de conviction qui subjugue, mais cette autorité d'exemple qui persuade.

Si un prédicateur veut ébranler et convertir, il faut, dit saint Bernard, que sa voix, faible en elle-même, soit accompagnée d'une autre, pleine de force : Dabit voci sux vocem virtutis; et cette voix puissante qui entraîne les esprits, soumet les cœurs, c'est la voix de l'action. Montrez par vos œuvres que vous êtes pleinement convaincu, vous convaincrez : Dabis voci tuas vocem virtutis, si, quod mihi suades, piïùs tibi videaris persuasisse. C'est par là que saint André triomphe de l'infidélité des païens et de la dureté des Juifs. Pouvaient-ils douter de sa conviction profonde, après le témoignage qu'il leur en donnait ? Était-il un seul de ses nombreux auditeurs et spectateurs qui ne dût se dire à luimême -' « Si cet homme n'était pas persuadé, non, il ne parlerait pas, il n'agirait pas, il ne souffrirait pas de la sorte ; il ne persisterait pas pondant deux jours entiers dans les tortures, biduà pendens, publiant toujours que Jésus- Christ est le seul Dieu qu'il faut adorer, que toute la sainteté, tout le salut de l'homme est dans la croix... » De tout ce qu'ils voyaient et entendaient, que pouvaient-ils conclure, sinon qu'il y avait dans cet apôtre quelque chose de surhumain ; que Dieu seul pouvait inspirer un amour des souffrances, un héroïsme si supérieur à la nature de l'homme ?

De là aussi les succès prodigieux de la prédication de saint André. Si nous en croyons les actes de son martyre , de toute cette multitude assemblée autour de sa croix, à peine resta-t-il un païen, qui, éclairé des lumières de la grâce et cédant à la force d'un tel exemple, ne remontât au culte des idoles pour embrasser la loi de Jésus- Christ ; et ces milliers de nouveaux convertis passaient immédiatement de la corruption du paganisme à la perfection des vertus chrétiennes Qui opéra cette transformation miraculeuse? La foi d'un Dieu crucifié prêchée par

un apôtre crucifié. Voilà, dit saint Jérôme, ce que peut l'Évangile de la croix annoncé par un homme souffrant lui-même et mourant sur la croix : Omnem doctrinam suam crucis disciplina roborans. Qu'ont donc à faire les prédicateurs, pour que la divine parole ait dans leur bouche toute

sa puissante efficacité? Porter dans leur corps la mortification de Jésus-Christ : Semper mortificationem Jesu in corpore nostro circumferentes l. La vie du Sauveur se manifestant en eux, se communiquera par eux : Ut et vita Jesu manifesteturin corporibus nostris2. Est-ce ainsi, ô mon Dieu! que j'ai répondu à l'honneur que vous m'avez fait de me choisir pour votre interprète et votre ambassadeur?

(Le même.)

Comment le Mystère de la Croix excite le zèle sacerdotal.

Est-il question pour notre zèle de combattre le péché? Étudions-en sur la croix les épouvantables effets. La mort de Jésus-Christ causée, renouvelée, rendue inutile par le péché !... Le prêtre qui cherche dans sa méditation à sonder ces abîmes, ne s'étonne plus de ce qu'ont fait les saints, et de ce qu'ils auraient voulu faire, pour épargner à Dieu l'injure, aux hommes le crime et le malheur d'un seul péché.

Quant aux âmes à sauver, grand objet du zèle sacerdotal , c'est dans les plaies de Jésus mourant qu'on apprend à en connaître le prix, puisqu'elles valent ce qu'elles ont coûté. On a vu de pieux laïques, lorsqu'on parlait en leur présence d'une âme tombée dans quelque péché mortel, se

1 II Cor. i, 10.

Page 1