La B, Claire àe Montefalco
c'est cette portion de mon calice que je voudrais éloigner de moi : Transeat à me calix iste. » 0 prêtre ! c'est à vous surtout d'adoucir cette amertume. Priez, travaillez, immolez-vous pour le salut des âmes, et vous consolerez l'agonie du Sauveur bien plus que l'ange qui vint le fortifier.
La méditation des souffrances de Jésus-Christ, éclaire le zèle sacerdotal, en nous apprenant d'où il tire principalement sa force et son efficacité. Le talent de la parole, la dextérité dans le maniement des esprits, l'éclat des miracles, nous nous obstinons à croire que c'est là ce qui arrache les populations à l'erreur et au vice, ce qui établit le royaume de Dieu sur la terre. Jésus possédait tous ces moyens, et dans un degré infini de perfection ; il les avait employés pendant trois ans avec un zèle infatigable; qu'avait-il obtenu? Combien de disciples, et quels disciples avait-il rassemblés autour de lui?... — Il souffre, il meurt. Aussitôt tout change de face. Élevé en croix, il attire tout à lui ; la voix de son sang, le cri de ses douleurs ébranlent l'univers, le monde est .renouvelé : Et renovabis faciem tende. Il fallait que le Christ passât par les opprobres et les souffrances : Oportuit pati Christum. Si le grain de froment n'était pas tombé en terre pour y mourir, jamais l'Église n'aurait fait cette riche moisson d'âmes saintes, qui se continuera jusqu'à la fin des siècles.
Ministre de Jésus, ne vous y trompez pas, vous ne serez sauveur qu'aux mêmes conditions. Il faut que vous soyez aussi homme dp- douleurs. Vos épreuves et vos humiliations contribueront plus à la conversion des pécheurs et à la persévérance des justes, que tous les dons naturels, plus que ne le feraient les miracles eux-mêmes. L'expérience a toujours démontré que les succès de l'apostolat sont en exacte proportion avec les souffrances de l'apôtre.
La même observation s'étend à tous les ouvriers évangéliques. Parmi ceux que l'Église a mis au rang des saints, il
en est peu dont la légende ne constate ces deux faits : le ciel répandant sur leurs travaux d'abondantes bénédictions ; leurs mortifications et leurs peines de tout genre attirant ces bénédictions célestes. Nous lisons dans l'office de saint Jean Chrysostome : In exilio Chrysostomus incredibile est et quanta mala perpessus sit, et quàm multos ad Jesu Christi ftdem converterit ; dans celui de saint François Régis : Vix credibile est quot probra ludibriaque pertulerit; voilà la cause, et voici maintenant les effets ; Innumerabiles homines aut Calvinianâ lue infectos, autperdilis moribus corruptos, ad catholicam fidem et ad Christianam pietatem traduxit. Rien ne germe que dans la souffrance ; c'est à l'ombre de la croix , c'est sous une rosée de larmes et de sang, que croissent les œuvres de Dieu. Pour sauver les âmes, encore plus que pour se sauver soi-même, il faut beaucoup souffrir ; la rédemption humaine est basée sur la souffrance. Comment donc les prêtres peuvent-ils être tentés d'abandonner leurs saintes entreprises à cause des contradictions et des peines qui les accompagnent? Communicantes Christi passionibus gaudete l.
(Le même.)
Motifs d'adoration perpétuelle devant notre croix.
Durus multis videtur hic sermo : Abnega temetipsum : toile crucem tuam, et sequere Jesum.
Sed multo durius erit, audire illud extremum verbum : Discedite à me, maledicti, in ignem ceternum.
Qui enim modo libenter audiunt, et sequuntur verbum crucis, tune non timebunt ab auditione seternae damnationis.