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Erunt alii magni in ore hominum, de te autem tacebitur

Aliis hoc vel illud committetur, tu autem ad nihil utile judicaberis.

Propter hoc natura quandoque contristabitur : et magnum, si silens portaveris.

In his et similibus multis, probari solet fidelis Domini servus, qualiter se abnegare et in omnibus frangere quiverit.

6. Sed pensa, fili, horum fructum laborum, celerem finem, atque prsemium nimis magnum : et non habebis inde gravamen, sed fortissimum patientise tuse solamen.

Ibi nullus resistet tibi, nemo de te conqueretur, nemo impediet, nihil obviabit ; sed cuncta desiderata simul erunt prsesentia, totumque affectum tuum reficient, et adimplebunt usque ad summum.

Ibi reddam gloriam pro contumelia perpessa : pallium îaudis, pro mœrore; pro loco novissimo, sedem regni in aœcula.

I apparebit fructus obedientiae, gaudebit labor pœniteniiae, et humilis subjectio coronabitur gloriose. (Ibid.)

CONFÉRENCE

La Persévérance du Prêtre.

Modèle contemporain d'humilité et de mortification pour les prêtres désireux d'apprendre les vrais moyens de persévérance.

Le Père Lacordaire a raconté souvent lui-même que, dès les premiers jours de sa conversion, la vision du Fils de Dieu soumis, par amour pour nous, au supplice infamant de la croix, ne lui laissait aucun repos ; il souhaitait pâtir comme son Maître, en public ; il ne rêvait que fouets et potence : cette idée le poursuivait dans les rues , chez lui, partout; et, très-souvent, au souvenir de ses péchés, il lui venait en pensée de prier un petit Savoyard de le flageller aux yeux de tous pour de l'argent. Un Dieu et une croit 1 ce fut, en effet, entre tous les dogmes du christianisme, le trait qui porta coup et pénétra plus avant dans cette fière et ombrageuse nature. Cette croix divine, illuminée d'un rayon d'en haut, fut pour lui comme une sorte de révélation. Son intelligence en fut épouvantée, et son cœur encore plus profondément attendri.

546 lA. PERSÉVÉRANCE DU PRÊTRE.

Il eut donc pour la croix un amour exclusif, passionné; non pas un amour platonique, mais une ardeur qui le sollicitait à imiter le modèle exposé sur le Calvaire. Toute sa mystique se réduisait à ce principe bien simple : souffrir ; souffrir par justice, pour expier; souffrir par amour, pour le prouver. Tous ses procédés étaient là, procédés d'action beaucoup plus que de paroles. Il n'avait pas reçu le d »n d'une contemplation silencieuse et tranquille aux pieds de Jésus-Christ, mais celui de prouver son amour par des actes généreux. Son action de grâces après la messe était courte; il y éprouvait, le plus souvent, de très-vifs élans d'amour de Dieu, qu'il allait apaiser dans la cellule d'un de ses religieux. On le voyait entrer le visage encore rayonnant des saintes joies de l'autel , se mettre à genoux devant le religieux, lui baiser humblement ies pieds et lui demander de vouloir bien lui rendre le service de le châtier pour Dieu. Il se découvrait les épaules , il fallait bon gré mal gré lui donner unefcrte discipline. Il se relevait tout meurtri, restait longtemps les lèvres collées sur ies pieds de celui qui l'avait frappé, lui exprimant sa reconnaissance dans les termes les plus vifs, et se retirait la joie au front et dans le cœur. D'autres fois, après la discipline,fil priait le religieux de se remettre à sa table de travail, et, s'étendant par terre sous ses pieds, demeurait là pendant un quart d'heure ou une demi-heure, achevant sa prière en silence et se délectant en Dieu de sentir sa tête sous le pied qui l'humiliait. Ces pénitences se renouvelaient très-souvent, et ceux qui étaient choisis pour les exécuter ne s'y résignaient pas sans peine. C'était un vrai supplice, surtout dans les commencements ; ils eussent volontiers changé les rôles. Mais on s'y habituait peu à peu, et le Père en profitait pour exiger davantage et se faire traiter selon ses goûts. On devait alors lui donner des soufflets, lui cracher au visage, lui parler comme à un esclave : t Va me cirer mes souliers;

apporte-moi tel objet; va-t'en, misérable! » et il fallait le chasser comme un chien. Il cherchait, pour lui rendre ces offices, des religieux qui fussent moins intimidés avec lui; il revenait, de préférence, à ceux qui le ménageaient moins. Cette ardeur pour ces sortes de supplices paraissait d'autant plus extraordinaire, que sa complexion extrêmement délicate et sensible les lui rendait plus insupportables. Il frémissait sous les moindres coups; mais son âme, toujours plus forte, suppliait qu'on n'y eût point égard, et il fallait obéir. Souvent, lorsqu'on le voyait ainsi par terre, brisé de douleur et accablé de confusion, on tombait à genoux devant lui, les yeux pleins de larmes, lui demandant pardon de l'avoir fait tant souffrir et le priant de ne plus l'exiger. « Ah! répondait-il, tout ceci n'est rien; vous, lorsque vous me voyez trop souffrir, vous vous arrêtez; mais lorsque Jésus-Christ se tordait sous les coups, ses bourreaux frappaient plus fort. »

Il avait horreur de l'ostentation, il ne prenait des témoins de ses austérités que pour ajouter l'humiliation à la douleur : et toutefois, son désir d'être humilié publiquement l'eût souvent emporté sur sa réserve naturelle, si son directeur spirituel l'eût laissé libre. On lui permettait rarement les pénitences publiques. Une fois cependant, au couvent de Chalais, après avoir fait aux Frères réunis au chapitre une touchante allocution sur l'humilité, il se sentit irrésistiblement porté à joindre l'exemple au précepte, et demanda aux Frères de le traiter avec sévérité, comme il le méritait. Il descendit de son siège, se mit les épaules à nu, et, se prosternant devant les Frères, il reçut de chacun d'eux vingt-cinq coups de discipline. La communauté était nombreuse, et le supplice dura longtemps; tous, Frères convers, novices et Pères, profondément émus et attendris, assistaient à ce spectacle. Lorsque le Père se releva, il était pâle et brisé. Je laisse à penser ce que de

pareilles scènes ajoutaient de vénération à l'amour qu'on lui portait.

Sa charge de provincial l'obligeait à de fréquents voyages. A peine arrivé dans un couvent, surtout dans les maisons de noviciat, il allait tout d'abord à ses pénitences favorites; c'était une habitude prise. Il en variait les formes avec une merveilleuse fécondité d'imagination , mais n'y manquait jamais. Il serait impossible de redire en détail les incroyables industries, les mille inventions de son amour de la croix. Nous ne ferons que les indiquer en choisissant çà et là quelques traits.

La salle du chapitre du couvent de Flavigny était soutenue par une colonne en bois. Il en fit sa colonne de la flagellation. Un de ses premiers soins, lorsqu'il arrivait dans ce couvent, était d'aller se confesser au maître des novices, et de lui demander la permission de faire quelques pénitences. On lui envoyait alors deux novices : il se faisait lier par eux à la colonne du chapitre, les mains derrière le dos et les épaules nues, et ordonnait qu'on le flagellât durement. Les novices, on le comprend, étaient d'assez mauvais exécuteurs : ils osaient à peine le toucher ; mais on n'y gagnait rien ; il les conjurait d'être sans pitié pour lui, et restait attaché jusqu'à ce qu'il eût obtenu ce qu'il désirait. Il aimait ce genre de supplice, qui lui rappelait plus vivement les tortures de son divin Maître, et y revenait souvent.

Il y avait à Paris, sous l'ancienne église des Carmes, desservie paj" nos Pères, une sorte de crypte ou chapelle souterraine, qui lui parut admirablement ^propre aux mystères de la souffrance. Sur un long corridor s'étendaient deux rangées de caveaux remplis d'ossements et de têtes de mort, et, à l'extrémité du corridor, une salle plus vaste avec des emblèmes et des sentences funèbres : elle servait de chapelle, où l'on disait la messe pour les défunts. Dans ces mêmes caveaux, sur cette poussière,

autrefois réservée aux sépultures illustres, avaient dormi les victimes plus illustres encore des massacres de septembre 1793, et plusieurs salles du couvent conservaient sur les murs la trace du sang de ces martyrs. Nul lieu ne pouvait être plus propre à la pénitence. Le Père Lacordaire avait rêvé de le transformer en Calvaire. Il voulut y planter une grande croix avec tous les instruments et les souvenirs de la Passion. Mais cette crypte ne nous appartenant pas, il oublia ce projet, et se contenta d'y descendre de temps en temps, surtout pendant le carême de la semaine sainte, et de s'y exercer, seul ou avec un religieux, à faire de son corps une victime d'amour. Un jour de Vendredi saint, il se fabriqua lui-même une croix, la fit dresser dans cette chapelle souterraine, s'y fit attacher avec des cordes, et y resta suspendu pendant trois heures.

Qu'aurait dit cette foule, avide de sa parole, qui l'entendit avec enthousiasme dans cette même église des Carmes pendant tout un avent, qu'aurait - elle dit et pensé de cet homme, si elle avait pu être témoin des scènes qui s'étaient passées sous cette chaire où son éloquence la ravissait? Il savait si bien cacher en lui cette sublime folie de l'amour ! on était si loin de soupçonner sous l'orateur le religieux affamé de martyre !

Ce regard constant sur la croix de Jésus-Christ, sur la Victime innocente payant pour les coupables, lui avait inspiré, par un retour sur lui-même, la passion de se connaître p.our se corriger, le besoin de dire ses fautes et de trouver des ministres de la justice de Dieu contre lui. Il avait à un degré incroyable ce sens de l'expiation par l'aveu réitéré de ses fautes les plus grièves. Il lui fallait des correcteurs et des confesseurs. Il en avait un et souvent plusieurs dans chaque couvent. Ce n'étaient pas seulement des prêtres, mais aussi des Frères convers. Dès qu'il arrivait dans un couvent, son premier soin était d'aller trouver son Frère

correcteur; il lui baisait humblement les pieds, quelquefois les lui lavait, lui disait à genoux toutes les fautes qu'il avait commises depuis la dernière entrevue, et lui demandait une pénitence. Un de ces Frères laïques, entré au cloître par s^s conseils, et pour lequel le Père avait une sorte de vénération, fut bien surpris, lorsque, quelque temps après son admission dans l'Ordre, il vit le Père Lacordaire venir se mettre à genoux devant lui, et lui dire : « Mon cher Frère, un des bénéfices du religieux est d'avoir autour de lui des amis qui l'avertissent. Ordinairement, chaque religieux a son Frère correcteur. Vous serez le mien ; et afin que vous me connaissiez, je vais vous faire le récit des fautes de toute ma vie. » Le Frère se récria : « Mais, mon Père, je vous en conjure... c'est impossible... je ne suis pas prêtre... — Je le sais, mon ami, et c'est précisément pour cela que je vous choisis : ce n'est pas l'absolution de mes fautes que je vous demande, mais la charité de les entendre pour m'en humilier et m'en punir comme je le mérite. » II fallut se prêter à ce qu'il souhaitait. Lorsqu'il eut terminé : « Maintenant, lui dit- il, vous me connaissez, et si vous m'aimez un peu pour Jésus - Christ , vous me direz sans ménagement tout ce que vous remarquerez de défectueux en moi ; vous me traiterez comme un vil esclave , et vous me châtierez sans pitié. » Le Frère finit par accomplir par vertu ce que le respect lui faisait regarder comme impossible, et la plume ne redira jamais que la très-faible partie des incroyables inventions du saint religieux pour s'humilier aux pieds du pauvre Frère.

Citons encore un fait qui se passa dans cette même chambre du couvent de Paris. Nous avons dit que sa constante étude de la Passion de Jésus -Christ lui inspirait l'ardent désir d'imiter ce divin modèle dans les deux grandes manifestations de son amour : l'humiliation et la souffrance, et lui donnait un attrait singulier pour les

expiations les plus dures à la fois à l'orgueil et a la sensibilité. De là son goût pour les. confessions générales. La confession des fautes de la semaine, à laquelle il ne manquait jamais, ne lui semblait rien. Il lui fallait des aveux plus humiliants, des pointes plus acérées. Ordinairement il célébrait- les anniversaires de sa naissance, de son sacerdoce, de sa profession religieuse, par une confession générale. Il était ingénieux à varier les formes du supplice. Un jour anniversaire de sa naissance, voici comment il s'y prit. Il se dépouilla d'une partie de ses vêtements, se mit une courroie au cou, et il fut convenu qu'à chaque faute grave qu'il accuserait, son confesseur le traînerait par terre, ou le foulerait aux pieds, ou lui donnerait un certain nombre de coups de cravache. Cette confession dura plus d'une heure. Lorsqu'elle fut terminée, il supplia son directeur spirituel de le traîner sur le plancher de sa chambre, comme un être qu'on n'ose pas toucher, de l'accabler des noms les plus humiliants, de lui cracher au visage, de le traiter enfin comme un animal immonde, ainsi qu'il aurait voulu être traité par Dieu, qu'il avait si grièvement offensé. Ces élans irrésistibles de la flamme qui le dévorait se terminaient presque toujours par un entretien spirituel. Lorsqu'il se relevait, le corps brisé et le visage en pleurs, son âme avait des cris d'amour vers Dieu que nul langage ne saurait rendre. « M'aimez-vous, disait-il à celui qui venait de le martyriser, m'aimez-vous un peu? — Oui, mon Père, je vous aime ; je crois vous en avoir donné la preuve. — Qu'ai-je fait pour vous, cependant, reprenait-il, en comparaison de ce que Jésus asouffert?... 11 s'est fait tuer pour vous et pour moi, et nous n'y pensons pas!... Ah! pour moi, comment vivrais-je, si je ne l'aimais pas?... Je ne sais pas le craindre... Je n'ai jamais redouté l'enfer; j'irai dans le purgatoire, je le sais; mais là du moins j'aimerai Dieu... Souffrir en aimant Dieu n'est déjà plus souffrir... Ahl si le

monde connaissait ce qu'il y a de bonheur à se sentir flagellé pour Celui qu'on aime! Savez-vous où je me réfugie lorsqu'il me vient par hasard quelque vilaine pensée? Je me figure être sur le chevalet, entouré de bourreaux , et mourant par amour pour Jésus-Christ. Aucune félicité ne me paraît comparable à celle-là, et tous les vains plaisirs du monde s'évanouissent pour moi devant cette image. »

Ces sentiments nous étonnent, cette volupté de la souffrance nous paraît étrange ; mais c'est là le fond de cette âme extraordinaire, c'est la clef de sa vie intime, c'est l'unique raison de son amour des pénitences, et en particulier des confessions de toute sa vie. Il trouvait là réunis dans le même acte l'opprobre et la douleur, l'idéal du Calvaire; et ce qui semble à bon droit à tout le monde d'une difficulté cruelle, lui était, à lui, à cause de cela, de la plus grande facilité. Il se serait confessé au premier venu lorsque le feu intérieur le pressait. Dans les noviciats, il fallait le retenir, afin qu'il n'allât pas dévoiler les fautes de toute sa vie à la plupart des novices. Il s'y soumettait, mais sans paraître bien convaincu des raisons qu'on lui donnait. « Et lorsqu'ils sauraient tout le mal que j'ai fait, disait-il, quel grand inconvénient ? Ils le sauront bien au jugement dernier, eux et tant d'autres ! »

Il est impossible de dire, même approximativement, le chiffre des confessions générales qu'il fit, soit à des prêtres, soit à des laïques. De nombreuses confidences nous ont été faites à cet égard, et nous sommes loin de les avoir toutes reçues. Il nous en reste seulement cette conviction, que si l'on venait à connaître, et le nombre de ces confessions générales, et le luxe des circonstances humiliantes dont il était habile à les environner, on ne trouverait peut-être pas dans toute l'histoire de l'Église un seul saint qui ait poussé à un tel degré d'héroïsme cette forme particulière d'anéantissement.

Que dire encore? Faut-il ajouter que tous 1^ ç;nres de macération aimés des saints : haires, disciplines, fouets do toute espèce et de toute forme, il les a connus et pratiqués lui-même? Dirai-je qu'au témoignage de ceux qui l'ont vu de plus près, et quelque soin qu'il prît à cacher ce qu'il faisait seul et en secret, il se flagellait tous les jours, et souvent plusieurs fois par jour? Faut-il répéter que pendant le carême, et surtout le Vendredi saint, il se faisait littéralement meurtrir et briser tout le corps ? Dirai-je que ce don surnaturel de la souffrance volontaire, 'reçu par lui au premier jour de sa conversion, ne Tapas quitté jusqu'au dernier souffle, et que, si l'on est surpris de le voir, au lendemain de son retour à Dieu, poursuivi, dans les rues de Paris, de l'étrange désir de se faire fustiger en public par un petit Savoyard, il n'y a pas d'expression pour rendre ce qu'on éprouve lorsqu'on sait que, dans les premiers jours d'octobre 1861, six semaines avant sa mort, étendu sur son lit, exténué par la maladie, ne prenant déjà plus de nourriture, et ne se soutenant que par l'indomptable énergie de son âme, il voulut se faire donner encore la discipline, n'ayant plus la force de se frapper lui-même ? Il reçut à ce moment la visite d'un de ses amis, et l'une de ses premières paroles fut celle-ci : « Aimes-tu toujours la pénitence? — Oui, mon Père. — Eh bienl veux-tu me rendre le service de me faire souffrir comme autrefois pour Jésus-Christ ? » Et comme cet ami s'y refusait absolument : « Au moins, lui dit-il, donne-moi tes pieds à baiser; c toujours une pratique de pénitence agréable à Dieu ! • (Vie du P. Lacordaire, par le P. Chocarnb.

ALLOCUTION DE CLOTURE

Dernières paroles de Jésus au Prêtre avant la séparation.

De probatione veri amatoris,

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