‹ Manreze du pretreChapitre 43 sur 297 · Matt · texte numérisé non relu

Matt

votre presbytère à la tenue de vos confréries ; en un mot, prêtez tout ce que vous possédez à vos paroissiens, excepté votre argent. Pourquoi cette restriction? C'est qu'il y a quelque chose de mieux, de n'en avoir jamais à prêter, parce que vous l'avez tout donné. De cette manière, vous ne comptez autour de vous que des obligés, non des débiteurs. Vos avances ne seront jamais perdues, parce qu'elles seront hypothéquées sur un fonds éternel ; et vous aurez pour tous vos paroissiens le prestige aimé et béni d'un père, non la face peu sympathique d'un créancier.

Mes vénérés confrères, il y a, aujourd'hui, une conspiration universelle pour nous séquestrer du monde, et nous rejeter dans une sorte d'ilotisme. On nous ravit les berceaux, les tombes, l'éducation. On voudrait, pour ainsi dire, couper les ponts entre nous et la société pour nous en isoler. Ne faisons pas le jeu de nos ennemis en acceptant cette séparation par une fausse réserve, ou par un goût désordonné de la vie sédentaire. Il ne faut pas qu'un curé se croie quitte envers ses paroissiens quand il a dit sa messe et fait son prône tous les dimanches, car le presbytère n'est pas un ermitage ; nous en devons sortir pour aller audevant de toutes les ignorances à instruire, de tous les préjugés à dissiper, de toutes les faiblesses à soutenir, Ce tous les abus à corriger. Que de fois une rencontre , un voyage ont fortuitement uni un curé

et des paroissiens qui étaient en mutuelle défiance. « Il faut, a dit M. Guizot, guérir la haine antireligieuse, rapprocher l'esprit chrétien et l'esprit du siècle, l'ancienne religion et la société nouvelle, et les amener à se comprendre. » Qu'y a-t-il à faire pour cela?

Sortons de notre vie claustrale, et allons étudier sur place, dans le monde, les brèches par où Notre- Seigneur y pourrait faire sa rentrée. Seulement, revêtons-nous auparavant des vertus sociales, si nous voulons être prépondérants pour la réforme de la société. A cette condition, notre passage au milieu du troupeau sera un exemple séduisant, et cet exemple deviendra notre apostolat du dehors.

II MANRÈZB

DEUXIÈME DISCOURS

Le Prêtre ministre du surnaturel.

Regnum meum non est de hoc mundo*.

Voici un nouvel aspect de la grandeur sacerdotale et une autre ressemblance entre le prêtre et Notre- Seigneur Jésus-Christ. Un jour, le divin Maître, interrogé sur sa royauté, répondit qu'elle n'était pas de ce monde. Était-ce à dire que son Église n'y devait pas occuper de terrestres possessions? Non, car le droit de propriété de l'Église est imprescriptible, inaliénable, et, pour elle, une condition normale de son existence. Était-ce à dire que cette royauté ne devait être reconnue que dans le ciel? Non, car le roi immortel des siècles domine ceux du temps, comme ceux de l'éternité, et la suspension totale de son règne

1, Joan. 18, 36.

social serait une apostasie suivie de catastrophes sans précédent. Mais les paroles de Jésus signifiaient qu'il existe à côté, ou plutôt, au-dessus du monde naturel, un monde surnaturel, qui est le premier domaine de sa royauté universelle, et le principal fîef de sa divine couronne.

D'où il suit que l'empire du prêtre, son successeur, s'étend jusqu'à ces sphères supérieures, et que, par une telle investiture, nous montons à de nouveaux sommets. Il est de foi, en effet, que la création sensible, avec toutes ses magnificences, n'est rien en comparaison de la création surnaturelle, et que si les monarques sont rois dans la première, nous commandons à la seconde : Imperium nos ipsi gerimus, s'écrie saint Grégoire de Nazianze, dans un sairt enthousiasme de ses gloires sacerdotales, multo prœstantius regno terrenoK

Avez-vous jamais médité ce côté sublime de vousmême ? Il y a dans le sacerdoce une action extérieure, parfois retentissante, qui excite la joie de ses amis et l'envie de ses adversaires; mais que sont ses œuvres apparentes en regard de ses miracles cachés? C'est le cas de répéter : Homo videt ea quœ parent, Dens autem intuetur cor 2. Eh bien ! c'est cette face invisible de votre ministère que je voudrais vous faire voir. Écartons l'idée synthétique de saint Ignace,

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