S. Chiys
auprès de son berceau. Mais, un jour, l'homme ayant péché par les sens, il fut châtié par les sens ; Dieu se déroba à leur perception, ne passa plus par eux pour arriver à l'âme, en d'autres termes, la présence réelle cessa, par le seul fait l'ère de la malédiction commença. De telle façon, mes vénérés confrères, que si Adam avait pu trouver un prêtre sur la porte de son Paradis fermé, pour lui rendre, par la consécration, le Dieu présent qu'il venait de perdre par sa désobéissance, en embrassant notre tabernacle, il eût recouvré l'essence de son bonheur évanoui.
Et, depuis, c'est le besoin de présence réelle qui créa l'idolâtrie, concupiscence effrénée, que ne pouvaient contenir, ni les coups de tonnerre du Sinaï, ni les fléaux du désert, parce qu'elle n'était rien moins que le mal de Dieu pour les sens tourmentés par un veuvage de quatre mille ans : monstrueuse erreur qui dépose en faveur d'un sentiment vrai, car elle prouve que, depuis la présence réelle de l'Éden jusqu'à celle de Bethléem, le monde n'eut pas la patience d'attendre, et se donna, même par des crimes, une provisoire illusion de cette félicité toujours désirée. 0 mon hôte adoré des ombres eucharistiques, si vous aviez été là, vous auriez été le correctif de ces honteux entraînements 1
C'est encore par l'impossibilité où nous sommes de nous passer de présence réelle que toutes les négations contemporaines viennent se résoudre dans le pan-
théisme, c'est-à-dire dans la divinisation du grand Tout, laquelle n'est qu'une immense présence réelle, avec le spiritualisme de moins, des ombres stupides et immorales en plus. Ainsi, il y a dans nos prodiges eucharistiques eux-mêmes une réponse au principal blasphème du jour et à ses aspirations dévoyées.
Enfin, les sens de l'homme sont si avides de présence réelle qu'après l'Incarnation Dieu nous impose cette sublime mission : En me faisant homme, je ne donne donc qu'une présence réelle de moi-même à tous, tandis que le Paradis terrestre en donnait une à chacun. Pour que les harmonies originelles soient rétablies, je veux que ma présence eucharistique soit aussi universalisée que celle de l'Éden; et de même que j'ai dit au premier Adam : Croissez et multipliez-vous; ô prêtre! je veux être multiplié par votre ministère sur tous les autels de la catholicité, afin que les embrassements de l'homme ne me cherchent jamais en vain ici-bas, et que ses sens désolés et pervertis par la chute rentrent en la possession de la présence réelle qu'elle leur ravit.
Voilà, mes vénérés confrères, comment nous sommes devenus puissants pour la réhabilitation de la chair. Qui pourrait dire la transfiguration opérée dans l'organisme humain par le contact du Dieu que nous lui incorporons ! Seuls, les anges, qui les ont vus, peuvent raconter les miracles du sacerdoce, purifiant, par l'inoculation de la présence divine, la fange de notre animalité. Pendant les quatre mille ans de la
promesse, quand le Seigneur échappait corporellernent aux adorations de la terre, les sens n'étaient point capables de ce sacrifique angêlique, la chasteté. Les cultes qui n'ont pas le sang d'un Dieu, pour désinfecter et transformer la corruption humaine, produisent plus aisément les faux martyrs qu'une vraie sœur de charité; mais, depuis que nous avons fait appréhender, absorber des membres divins par la chair de l'homme, nous avons vu cette chair refleurir, et surgir, parmi nous, une race intermédiaire, inférieure à l'ange, mais supérieure à la postérité d'Adam : la génération des vierges : Vinum germinans virgines '. Tant il est vrai qu'avec les mets et le breuvage de votre autel, vous communiquez à des organes souillés un commencement de gloire.
Comment s'en étonner quand on connaît les germes précieux que vous semez? Les animaux se nourrissent de plantes et les élèvent jusqu'à eux en se les assimilant. L'homme naturel se nourrit des animaux, et les change en lui-même. D'après la même loi, l'homme spirituel, nourri de Dieu par la grâce, nourri de Dieu par l'Eucharistie, doit être transformé en ces êtres presque divins : le prêtre, la vierge, le religieux, vivant dans les parfums et les lis de leur chasteté. Voilà le miracle de la vie surnaturelle dans les corps. 0 vous qui en êtes les auteurs, ministres de la trans-