Deut
chrétien est partout, mais [l'héroïsme chrétien n'est presque nulle part. On ne voit plus, dans la saintehiérarchie, ni le clergé de cour, ni les abbés mondains du dernier siècle, mais on y cherche en vain les exceptions glorieuses qui corrigaient les précédentes. Le cardinal de Retz a disparu de nos rangs ; M. Olier, ni saint Vincent de Paul, ni le Père de Bérulle ne s'y montrent pas encore; et si ce n'était pas un paradoxe, on serait tenté de dire que l'ère de la régularité a fermé, parmi nous, celle de la sainteté.
D'où vient que le niveau de nos âmes descend, tandis que notre moralité générale monte ? que nous soyons à la fois en restauration et en décadence, dans ce sens qu'il y a, parmi nous, tant de bons prêtres et si peu de saints prêtres? Cela vient de ce que nous servons Dieu pour nous-même, non par amour pur, et, de là, une piété sans enthousiasme qui ne s'élève qu'à cet humiliant minimum : l'honnêteté plutôt que la folie de l'Évangile.
Voilà pourquoi, aussi, le monde réfute si souvent notre doctrine par nos exemples ! Voyant en nous des pensionnaires assez rangés de la maison de Dieu plutôt que les martyrs d'une vocation héroïque, il se demande quel mobile nous a fait prêtres. Ah ! vous avez cru que la plus grande douleur de la religion était les blasphèmes de ses ennemis? Détrompez-vous; c'est l'apathie de ses propres ministres. Après tout, ses siècles d'or furent ceux où elle eut des ennemis qui la frappaient
jusqu'au sang, parce qu'alors elle avait des fils qui la confessaient jusqu'à la mort, et que ses joies et ses orgueils de famille lui faisaient presque bénir la cruauté des tyrans; mais, durant un siècle sceptique où il faudrait la commotion électrique des grands exemples pour dégager l'étincelle de la foi cachée dans les âmes, nous nous contentons d'éviter les fautes graves ; au lieu de ressusciter les morts par les coups de théâtre sublimes de la sainteté, nous endormons les vivants par le spectacle monotone d'une vertu presque négative à force d'être tempérante ; et le monde , reconnaissant moins en nous les martyrs du devoir que de petits rentiers du sanctuaire, a fait son argument populaire contre notre Ohrist de la vie même de ses prêtres.
Je vous en conjure donc avec saint Bernard : Niti te velim ad summum^, et avec le pontifical du jour de votre ordination ; Luceat in vobis totius forma justitiœ. Aussi bien, vous qui consultez dans vos sacrifices le parti le plus prudent, savez-vous bien que celui-ci est peut-être le seul qui assure votre sécurité éternelle? D'autres chrétiens peuvent dire en matière de générosité : Je m'arrêterai là, sans compromettre leur salut ; mais bon nombre de prêtres , comme sainte Thérèse, sont menacés de tomber en enter, s'ils ne s'efforcent pas d'éviter même le purgatoire. Malheur à qui eut les