‹ Manreze du pretreChapitre 58 sur 297 · De Consul · texte numérisé non relu

De Consul

grâces nécessaires pour réaliser le conseil, et qui leur résista pour se fixer dans l'accomplissement égoïste du précepte, car souvent le pied lui manquera à cette station intermédiaire, et il roulera jusqu'aux abîmes pour n'avoir pas voulu monter jusqu'aux sommets.

Nous sommes encore naturels dans la sensualité de notre surnaturel, et cette sensualité est tour à tour morale et physique.

. Dans l'ordre moral, nous tendons à remplacer les fortes vertus par des bonheurs mystiques, et nous tournons à une sorte d'épicurisme spirituel. Jusqu'à présent, l'essence de la piété, c'était le sacrifice ; aujourd'hui, c'est l'art de se faire plaisir honnêtement. L'imagination aventureuse de notre époque a découvert, dans le christianisme, une veine poétique inconnue de nos sévères aïeux. Ce fut là comme un monde nouveau où bien des âmes rêveuses vinrent se reposer. Toutefois, ce retour de notre siècle vers Dieu, en passant par les régions enchantées de la poésie, eut ses périls avec ses avantages. La même séduction qui attira les âmes les énerva. Chacun composa son Génie du Christianisme pour le service de ses douleurs particulières, et la génération actuelle, ayant appris à extraire des plaisirs de ses vertus, oublia souvent le Dieu des consolations en courant après les consolations de Dieu.

Voulez-vous des exemples à l'appui de cette asser-

tion, pris dans le sanctuaire et ailleurs? Qu'est-ce que le service de Dieu pour les chrétiens de ce temps? Le service de Dieu, ce n'est pas un renoncement; c'est un repos heureux, une retraite sentimentale, que l'on se ménage après les agitations de la vie, pour se rasseoir et se souvenir en paix. Le service de Dieu, ce n'est pas un combat; c'est un oreiller bienfaisant sur lequel on aime à poser sa tête fatiguée, parce que là les nuits sont plus calmes, les rêves ne font point de mal, et le réveil n'est jamais amer. Le service de Dieu, ce n'est pas un crucifiement; c'est l'affranchissement du remords, c'est une sorte de chloroforme spirituel pour endormir la souffrance, et un ingénieux procédé pour jouir de l'autre monde après avoir prudemment usé de celui-ci. Ah ! mes vénérés confrères, on voyait autrefois, au sein du clergé, de terrestres séraphins qui s'écriaient : Mon Dieu 1 je vous aime pour le seul plaisir'de vous aimerl Amo ut amemï Aujourd'hui, le culte de l'amour désintéressé n'est guère pratiqué parmi nous. Presque personne ne s'immole qu'à proportion de ses tendances sympathiques, et la postérité de ces robustes ancêtres qui ne demandaient à Dieu que cette récompense : Pati et contemni pro te\ s'arrête sur le chemin du sacrifice quand elle a épuisé un certain viatique d'émotions agréables.

N'allons donc pas, comme ces femmes dont nous

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