‹ Manreze du pretreChapitre 81 sur 297 · Cant · texte numérisé non relu

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s'approprier aux changements de notre cœur. Enseignez donc, mes vénérés confrères, la partie de cette légende autorisée par l'Église ; présentez en masse plutôt qu'en détail cette belle chronique des gestes de Marie dans tous ses sanctuaires, depuis dix-huit cents ans; et à qui vous dira : Cela ne soutient pas le con>. trôle des cinq Académies, répondez : Il y a un tribunal plus infaillible, c'est celui de l'humanité ; car refuser ue s'incliner devant un tel ensemble, c'est répudier un témoignage incommensurable, c'est nier l'évidence historique, c'est blasphémer le sens commun du présent et du passé. Est-il une fonction plus douce pour un prêtre de Jésus-Christ que de se constituer ainsi l'évangéliste de Marie?

Honorez-la, présentez-la encore à vos troupeaux comme Mère de l'espérance nationale : nous sommes affolés de terreurs superstitieuses pour les destinées de la France ; et, aux malheurs de nos défaites, s' ajoutent le fléau de nos divisions, la prostration de nos découragements, et le désespoir au sujet de notre lendemain. Cependant, nous avons la prétention d'être spécialement le peuple de Marie; serait-il vrai qu'elle cessera d'être la reine de son principal royaume? Regnum Galliœ, regnwm Marice.

Non, rappelez à vos troupeaux que, jusque dans notre chaos actuel, un grand courant de foi et d'espérance circule à la pensée de Marie. Les pèlerinages en non honneur deviennent la manifestation sociale des

croyances, chez un peuple faisant profession politique de n'en point avoir. Sur ces chemins sanctifiés par la prière, les catholiques se comptent avec orgueil! Sans doute, la France eut l'initiative de certains crimes européens; mais que le ciel s'apaise, elle est maintenant le sanctuaire de la réparation. Son sol est le plus foulé de la chrétienté par les pieds de la Mère de Dieu dans ses apparitions à la terre. Aussi, c'est chez nous que les autres peuples viennent en pèlerinage pour prier comme pour s'instruire. C'est au milieu de nos ruines que se prépare la restauration des ruines universelles ; et tandis que la victoire a fait de la Prusse le premier camp de l'Europe, Marie a fait de notre patrie meurtrie et dépouillée le premier temple de l'univers. Qu'on ne dise donc plus : La France est une tombe, voilà qu'elle est devenue un cénacle : et répondez aux pusillanimes qui s'écrient : « La foudre va tomber sur nous », « la foudre passera par-dessus nos têtes, parce que nous sommes à genoux aux pieds de Marie. »

Honorons-la, présentons-la encore à notre troupeau comme la mère des espérances catholiques. L'Église et Marie sont deux vierges mères dont les ressemblances sont si sensibles et les intérêts si communs, que, dans les peintures primitives, Marie était souvent représentée comme personnification de l'Église. Eh bienl que fait aujourd'hui la première en faveur delà seconde ?

Ils foisonnent de toutes parts les prophètes de malheur, toujours prêts à nous annoncer la fin du monde et, partant, des miséricordes divines. Serait-il vrai que la bonté de Dieu a fait son temps parmi nous?

Michel- Ange , dans sa fresque célèbre du Jugement dernier, a représenté ce qui doit caractériser la dernière heure de l'univers avec un accent grandiose et touchant. Au premier plan, on voit Jésus qui, d'un geste foudroyant, précipite des milliers de damnés en enfer, et qui semble dire : « C'est maintenant le jugement du monde » : Nunc judicium est mundi 1 . Au second plan , on voit une femme éperdue , qui se tient derrière Jésus aujourd'hui, parce qu'elle n'a plus le droit de se présenter devant; une mère qui se désole, parce que son pouvoir est fini ; la compatissante Marie, en un mot, qui, consternée en voyant son Fils irrité pour la première fois, semble s'écrier : « Plus de satisfaction qui l'apaise, plus de prière qui le fléchisse » : Nec satisfactione mitigatur , nec misericordiâ flectitur^. L'aspect de cette scène finale donne le frisson ; car ce qui exprime le mieux les angoisses du dernier jour, ce n'est pas de penser que le monde est en ruine et que Dieu est courroucé, c'est de se rappeler que la douce voix de Marie n'est plus écoutée.

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