S. Hier
Maintenant, je vous le demande, mes vénérés confrères, croyez-vous que nous soyons à cette période suprême de l'influence de Marie sur l'Église ? Portonsnous les traits d'un peuple abandonné par la miséricorde de Marie ? Soyez donc les apôtres de la confiance auprès de ces pessimismes sans foi qui ne se découragent que parce qu'ils ne comptent pas avec la puissance de notre divine Mère.
Je le sais, l'Église est en détresse, et Satan tâche de se venger à Rome du soufflet qu'il y a reçu par la proclamation du dogme de l'Immaculée-Conception. Pie IX n'a pas obtenu visiblement la récompense de sa foi, et il semble qu'il aurait eu le droit de traîner, au pied de la colonne de la place d'Espagne, sa vieillesse agonisante en disant à Marie : Souvenez-vous qu'il sera dit maintenant, qu'un de ceux qui ont le plus espéré en tous a été abandonné ! Mais non, assurez les foules que les vœux de Pie IX n'ont pas été trompés. Rome piémontaise n'était pas digne de voir les miracles de la Vierge immaculée, parce que cette Rome aurait entravé la liberté d'un tel pèlerinage*) alors Marie a transporté ailleurs les manifestations de sa puissance sous son vocable nouveau.
Un jour, on entendit, au sein d'une grotte bénie de nos montagnes, sur les rives d'un limpide torrent, une voix qui disait dans les hauteurs : Je suis l'Immaculée-Conception; c'était la Vierge sans tache qui semblait êmigrer de Rome dans nos heureuses contrées
pour en faire le centre de ses bienfaits. Après cela, ne me demandez pas quels ont été les effets de la définition nouvelle ; la grotte de Massabielle vous répondra. Pèlerins de toutes les patries qui êtes venus vous agenouiller en ce lieu, témoignez dans les deux hémisphères que la parole de la Papauté travaille toujours le cœur du monde! Publiez, au milieu des continents et des mers, que le Concile de 1854 est justifié. Ah! je ne suis pas étonné si l'univers se retourne avec piété vers le sanctuaire de Lourdes comme l'antique Israël vers Jérusalem. 11 fallait une dévotion oecuménique pour servir d'expression aux décisions d'une assemblée œcuménique. Cependant, vous, ô prêtre ! annoncez que si, après de telles explosions de foi, il survient encore des écroulements sociaux, ils ne peuvent être que féconds, car Marie sera là pour ensemencer nos ruines, et, par des apparitions inattendues, par des surprises nouvelles de son amour, elle régnera sur notre avenir.
« Jésus-Christ, qui a promis de vivre dans les saintes âmes, n'a communiqué sa vie à personne avec autant de plénitude qu'à sa très-sainte Mère. La communication qu'il en a faite au corps de l'Église est elle-même bien inférieure à celle-là. Marie est comme un sacrement sous lequel il distribue ses biens et ses grâces ; et
c'est à cette source si féconde que les clercs doivent aller puiser la vie de Jésus-Christ 1 . » Ces choses sont faciles à comprendre. Marie, qui n'était pas au cénacle le jour de la Cène eucharistique, s'y trouve le jour de la descente du Saint-Esprit, et c'est elle qui en reçoit la plénitude soû3 la forme d'un globe de feu, qui se divisf en flammes séparées sur la tête des apôtres. Vérité noblement exprimée par un magnifique tableau de Lebrun, composé sous l'inspiration des théologiens de l'Oratoire et de Saint-Sulpice.
Ainsi, de ces deux épouses du Saint-Esprit, Marie et l'Église, la première est la plus favorisée par l'ordre de naissance et par l'ordre de grâce, car si celle-ci jouit de l'assistance de la troisième personne, celle-là en est remplie: Repleta est Spiritu sancto^. Aussi, je ne suis pas étonné que saint Chrysostômc se soit écrié : « Paul a su des choses ignorées des anges, et Marie des choses ignorées de Paul. » C'est là un des nombreux côtés par où elle est exaltée au-dessus des chœurs célestes : Exaltata est super choros angelorum, de telle sorte que vous ne lui décernez pas un honneur arbitraire en la reconnaissant et en l'invoquant comme institutrice du clergé.
Elle est, en eifet, pour le théologien, le premier flambeau de ses veilles ; pour le catéchiste, le rayon