‹ Mantinée et l'Arcadie orientaleChapitre 11 sur 73 · CHAPITRE Vi · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vi

Le carrefour central .

Le réseau péloponnésien.

RÔLE ÉCONOMIQUE ET STRATÉGIQUE DE LA HAUTE PLAINE DÉFILÉS ET ROUTES NATURELLES.

La haute plaine arcadienne est, par sa position topographique dans le Péloponnèse, le centre des transactions intérieures, le carrefour des routes commerciales qui viennent se couper au fond de son bassin. Jadis Mantinée et Tégée se trouvaient situées au croisement des artères principales par où s’opérait de la périphérie au centre, et vice versa, la circulation économique de la péninsule. De nos jours, les conditions physiques n’ayant pas changé, c’est Tripolis qui a hérité de ses devancières le rôle de capitale politique, économique et militaire de la Morée intérieure.

Les tètes de lignes du réseau péloponnésien se répartissent sur le pourtourcôtierle long de ce quai circulaire par où la Péninsule reçoit lesproduits du dehors et évacueles siens (1). Les échelles les plus importantes occupent le fond des grands golfes et le littoral des riches vallées inférieures ; des voies latérales aux fleuves, quand elles ne se confondent pas avec leur lit caillouteux, remontent jusqu’aux bassins intermédiaires, et les traversent, pour aboutir au réduit fermé de la plaine tégéatico-mantinéenne. A Corinthe, à Épidaure, à Nauplie, à Gythéion, à Pharæ, à Kyparissia, à Kyllène, à Patræ, à Ægion, à Sicyone, venaient atterrir les marchandises, les produits industriels et

(1) Il semble que les Corinthiens visent les villes arcadiennes dans le passage de Thucydide où ils s’efïorcent de démontrer la solidarité économique des cités maritimes et des cités continentales du Péloponnèse : Thucyd. I, 120. t où; os TTj v p.s'xo’yatav p.aXXov jcal p.Y| sv Ttopop )caTwx7|[i.évouç etosvai ypY] oti, toïç /àxa> TjV p.7) àaüvaiG’i, y aXsTKnxspav sçouoi xyjV /axa/op.iOY|V xtov (.ooatojv, /aï irâX tv avx(XY|'.Juv éov 7] ÙàXacoa tÿ, YjTrsipcp oïocotn.

RÔLE ÉCONOMIQUE ET STRATÉGIQUE DE LA HAUTE PLAINE. 65

manufacturés originaires de tous les points du monde méditerranéen. Nauplie constituait un véritable port intérieur, le plus rapproché du cœur du Péloponnèse. C’était la porte d’entrée de la péninsule du côté de l’Orient asiatique et de l’Archipel (1). Aussi, au point de vue péloponnésien, l’importance d’Argos primait celle de Corinthe. Le rôle propre de Corinthe consistait à assurer le service du transit, à travers l’isthme, entre la mer Égée et la mer Ionienne, de façon à dispenser les navires de doubler le cap Malée. Dès que le monde grécooriental entra en relations avec l’Occident, les ports de l’isthme servirent de trait d’union entre les villes asiatiques et les colonies grecques de Sicile, de la Grande-Grèce et les villes d’Étrurie, — plus tard, à l’époque hellénistique, entre Délos, entrepôt des débouchés du Pont-Euxin, de l’Asie-Mineure, de Rhodes, de la Syrie et de l’Égypte, et les échelles italiotes, Syracuse, Tarente, Brindes, Ostie. Le trafic de l’isthme est orienté de l’E. à l’O., dans le sens du chenal maritime formé par les golfes Saronique et Corinthien. La dépression de l’isthme se présente comme un couloir reliant les deux mers. Par rapport aux continents qu’il rattache l’un à l’autre, sa position est moins propice aux transactions (2). Au N. et au

(1) Actuellement, Myli (Lerne) et Nauplie sont les deux ports de Tripolis.

(2) La route de terre aboutit elle-même à Argos, par les défilés de Kléonai.

De plus, les douanes de Corinthe rendaient cette voie très onéreuse par les taxes qu’elles percevaient sur les marchandises qui traversaient l’isthme pour entrer dans le Péloponnèse ou pour en sortir : Strab. VIII, 6, 20 :

xai TïeÇyj oè xtov éxxop.iÇo(i.£Vcov èx XT|Ç n£Xo7tovv7j<iou xai xtov Eiaayopuvtov STUTiTE xà xsXi) xocç xà xXstÔ pa ’éy ouar . La phrase de Thucydide (1, 13) sur l’importance de l’isthme pour le transit entre la Grèce du Nord et le Péloponnèse n'a de valeur que pour la période primitive, antérieure à la constitution des grandes marines marchandes : xwv xs évxoç neXoTtovvqaou xai xtov £?oj, 8tà XT|Ç ex stvcov xcap ’ àXXr jXou; éTtip.to'YOVxtov. Plus tard, les marines rivales transportant directement les marchandises dans les ports pétoponnésiens (eusiS-q oi "EXX^ve; ptàXXov ÈTrXojiÇovxo), les Corinthiens conservèrent la ressource du trafic de l’E. à l’O : lp.7vôptov 7rap£)fOvxsç àp.cpbx£pa, Suvax-qv îayo'J ^pTjpiâxcov xrpoaôôtp x'qv nôXiv. Aujourd'hui, Nauplie, Myli, Patras, sont les échelles les plus commerçantes à TE. et au N. du Péloponnèse; Kalamata et Gythion au S. C’est de Gythion que s’expédie en Égypte la plus grande partie du haschisch produit par la Haute Plaine. Autrefois, l'Égypte, au dire d’Hérodote (II, 77) ne produisait pas de vin : on peut supposer que le Péloponnèse lui en expédiait. Sur les relations commerciales de Cythère et de la Laconie avec l'Égypte et la Libye,, voy. Thucyd. IV, 53: ÿv yàp (Cythère) aûxoï; (aux Lacédémoniens) xtov xe àn’ AtyÛTtxou xai Atêirqç oXxàôtov TtpoaëoXq. Cf. Hérod. VII, 235.

Mautinée. — 6.

Routes

commerciales du Péloponnèse.

Cols et défilés de la Haute Plaine.

S. il est bordé de hautes murailles montagneuses qui ne livrent passage qu’à des sentiers étroits et tortueux. C’était le chemin des invasions, mais la voie commerciale la plus commode entre la Grèce du Nord et le Péloponnèse était encore la voie de mer, aboutissant à des points du littoral rejoints au cœur du pays par des routes directes. Sicyone et Argos desservaient surtout la Haute Plaine ; leurs monnaies abondent entre toutes dans les ruines de Mantinée et de Tégée.

Le tableau suivant des routes commerciales du Péloponnèse fera ressortir l’importance économique du carrefour central :

^ j A. Athènes, Mégare, Corinthe, Kléonai ou Ténéa, Argos.

(B. — Égine, Épidaure, Argos.

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