CHAPITRE PREMIER
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
L’œuvre de la nature, avec les particularités que nous venons d’examiner, avait déterminé d’avance les conditions de l’établissement de l’homme dans ce canton. La physionomie de l’état mantinéen dépend étroitement de sa structure physique. Le cercle des chaînes faîtières l’entourait d’une bordure presque continue de frontières naturelles, forcément adoptées comme limites politiques ; leur système circulaire de brèches et de défilés imposait aux routes historiques la direction convergente vers un carrefour central situé au fond du bassin. Leurs cloisons intérieures assignaient à une partie des bourgades rurales des cantonnements dans les vallons latéraux. Enfin la répartition des sources à la base des monts, la pente du fond et l’orientation dés eaux qui en résultait, subdivisaient la plaine principale en régions plus ou moins habitables. La place des autres bourgades éparses dans cette plaine et celle de la capitale étaient tout indiquées.
C’est ce que nous ferons ressortir, en reconstituant, à l’aide
Influence du sol sur la
constitution de l’État Mantinéen.
Méthode descriptive de Pausanias.
de Pausanias et des ruines par nous retrouvées, la topographie de l’état mantinéen. La logique de notre méthode nous imposerait d’abord l’étude des frontières, puis celle de chaque route à partir de la frontière jusqu’aux portes de la ville, enfin la description de la ville et de l’agora, aboutissement final de tout le système. Mais comme cette étude comporte l’examen critique du texte presque unique auquel nous sommes asservis, il nous faut adopter l’ordre de ce texte. C’est, en effet, un principe d’expérience qu’on ne doit jamais prendre à rebours un itinéraire de Pausanias : on doit se résigner à le suivre pas à pas si l’on veut en tirer bon parti.
Au préalable, quelques éclaircissements sur la composition et la méthode descriptive des Arcadiques justifieront la confiance que ce texte nous inspire (1).
Tout d’abord , il faut bannir cette idée préconçue que Pausanias manque de méthode. Son plan offre la logique que comportait l’étude d’une contrée aussi compliquée et variée que la Grèce antique, en un temps où les cartes ne brillaient certainement point par l’exactitude, où les difficultés de l’orientation, dans un pays hérissé comme le Péloponnèse, exposaient le touriste à mille divagations. La méthode descriptive de Pausanias peut être appelée circulaire et rayonnante. La première domine la composition générale de son livre : il est censé entrer en Grèce par le Pirée et en ressortir par Naupacte. Son itinéraire passe de l’Attique dans le Péloponnèse par Mégare et Corinthe, fait le tour des provinces côtières : Argolide, Laconie, Messénie, Élide, Achaïe, pénètre au
(1) Voyez l elude critique de Kalkmann (Pausanias der Perieget, 1886), le plaidoyer de Gurlitt. ( Ueber Pausanias, 1890), et les remarques de M. Bérard sur la valeur des Arcadiques ( Orig . des cultes arcad., p. 3). M . Ilolleaux relève une preuve nouvelle de la « stupéfiante légèreté » avec laquelle Pausanias travaillait, dans une note curieuse sur une des nombreuses bévues historiques du Périégète ( Revue de Philologie, XIX, p. 111). Il ajoute « que manifestement il se vante lorsqu'il laisse entendre à deux reprises qu’il est \enu de sa personne dans le pays d’Haliarte. il ne faut voir là que de petites affirmations mensongères destinées à forcer doucement la conviction du lecteur. » Mais alors à quoi donc se fier ? Rudolph Heberdey (die Reisen des Pausanias, 1894), croyait sans doute faire œuvre utile en dressant un répertoire des expressions familières à Pausanias, tant pour exprimer scs impressions personnelles, que pour relater les ouï-dire ou le résultat de ses lectures? Si ce critérium même est trompeur, quelle doit être la limite de la suspicion ?
Sans doute, on a souvent le droit de suspecter la bonne foi de Pausanias. Mais je crois, avec M. Bérard, que le livre des Arcadiques est un des moins sujets à caution.
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centre de la péninsule, en Arcadie, et se termine par la Béotie et la Phocide. Dans l^a description régionale de ces provinces, c’est la seconde méthode qui domine. A partir de la frontière, il décrit la route qu’il suit jusqu’à la ville principale. Parfois, il décrit en même temps les routes convergentes issues de la même frontière. Arrivé à la capitale, il résume la légende et l’histoire locales, énumère les monuments de la ville en prenant l’agora pour centre de ses excursions, de même qu’il prend la ville elle-même comme centre de ses courses à l’intérieur de la province. En effet, après avoir fait connaître la ville, il reprend la description des routes principales qui en rayonnent jusqu’aux autres frontières et sort par l’une d’elles. Entre la route d’entrée et celle de sortie, il énumère les autres, sauf raisons particulières, suivant un ordre circulaire. Ainsi, commençant les Argotiques par le trajet de Corinthe à Argos, et se proposant de les terminer par celui d’Argos en Thyréatide, il parcourt les autres en faisant le tour complet du S. O. au S. : 1° routes d’Arcadie ; 2° route d’Epidaure avec retour par Troezène, Hermione et la côte. Ce programme s’adaptait, en général, parfaitement à la structure de la plupart des petits états grecs, surtout dans la Haute Plaine d’Arcadie, où le cadre des frontières relié à la ville centrale par un réseau de voies convergentes rappelait la disposition d’une roue avec son moyeu et ses rayons. Cette configuration est particulièrement frappante dans la Mantinique. Aussi le système de Pausanias y est-il appliqué dans toute sa rigueur. La description de ce territoire est la plus méthodique de tout l’ouvrage (1).
Elle occupe sept chapitres des Arcadiques (VIII, 6(l) 2 à 13), en tête de la partie proprement périégétique, après le préambule de historico-mythologique relatif à l’Arcadie en général. C’est par la frontière d’Argos que l’auteur entre dans le pays, pour en ressortir par celle d’Orchomène. Il commence donc par la description des routes qui descendent des confins de l’Argolide à Mantinée, à partir de la plus septentrionale. Il entre dans la ville, en résume l’histoire et les légendes, en passe en revue les curiosités, puis reprend, toujours dans le même ordre circulaire,
(l) Pour apprécier l’exactitude de Pausanias dans certaines parties de son livre, l’étude de la topographie mantinéenne est des plus instructives. Bien délimitée, symétriquement construite, avec des points de repère aisément reconnaissables et des distances qu’on peut contrôler avec précision, la Man-
tinique est la région-type pour qui veut éprouver la valeur du Périégète.
Ordre
la description de la
Mantinique.
Raccord des itinéraires de l’Argolide avec ceux de la Manti nique dans le texte de Pausanias.
la série des itinéraires rayonnants, mais cette fois en partant du centre à la circonférence. Il examine ainsi les routes qui aboutissent aux confins de Tégée, de Méthydrion, d’Orchomène, rejoignant de la sorte, après un tour complet du N. E. par l’Est, le Sud, l’Ouest et le Nord, le territoire d’Argos.
Je me propose d’abord d’étudier, suivant l’ordre original, les routes de Pausanias en pays mantinéen, d’en comparer les données avec celles du terrain et d’en établir la reconstitution. Chemin faisant, nous noterons certaines nuances dans la rédaction de ces itinéraires. Les uns portent la marque d’une observation directe, de « l’autopsie )) ; les autres semblent serrer de moins près la réalité. Le voyageur s’y contente d’approximations, invoque d’autres témoignages. On pourra donc faire le départ entre les parties que le Périégèt.e dit avoir vues lui-même et celles qu’il décrit de seconde main. Car on ne saurait contester que, ne pouvant tout observer de visu, Pausanias n’ait comblé les lacunes de ses itinéraires de deux façons : soit par des renseignements oraux recueillis par lui sans qu’il ait eu le temps de les vérifier, soit par ses lectures et par des emprunts à d’autres auteurs, périégèses et guides locaux.
Il résulte du plan adopté par Pausanias que le début des Arcadiques (VIII, 6, 2) fait suite aux paragraphes des Argoliques (II, 24, 6) où le voyageur a conduit le lecteur des portes d’Argos aux confins de l’Arcadie par les routes d’Hysiai à Tégée, d’Oinoé et de Lyrkeia. Fidèle à son habitude d’interrompre son exposé au point où la route croise la frontière, quand il traverse cette même frontière pour passer sur le territoire contigu, il lui faut reprendre la description entamée et la poursuivre jusqu’au point terminus. Le voyageur, abandonné, avec le livre II, sur la crête des monts argolico-arcadiens, va pouvoir, avec le livre VIII, poursuivre son chemin jusqu’à Mantinée. Mais s’il veut reconnaître son trajet à l’aide de son guide, il faut qu’il raccorde exactement sur la frontière les tronçons arcadiens avec les tronçons argiens correspondants.
Ce raccord pe saurait prêter à longue controverse, pour peu qu’on analyse avec attention le texte de Pausanias. On observera d’abord que la logique de la description, dans les Argoliques, obligeait l’auteur, fidèle à sa méthode d’énumération circulaire, à commencer par le Sud-Ouest, c’est-à-dire par
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
les routes de la frontière arcadienne, puisqu’il devait sortir par la frontière thyréatique contiguë à celle-ci. De la sorte, au moment de quitter par cette voie l’Argolide, il avait parcouru tout le cycle des rayons dont Argos est le centre (1). De fait, Pausanias signalait trois routes conduisant d’Argos en Arcadie :
1° Route de Tégée par Kenchréai, le Trochos, Hysiai et le Mont Parthénion.
2° Route de Mantinée par le Charadros, Oinoé, l’Artémision et les sources de l’Inachos.
3° Route de Lyrkeia, avec embranchement sur Ornéai, point frontière entre l’Argolide, la Sicyonie et la Phliasie.
Au contraire, pénétrant dans la Mantinique par l’Argolide, et se disposant à en sortir par l’Orchoménie, la description rationnelle des routes mantinéennes devait se présenter dans un ordre inverse, c’est-à-dire commencer par celui des débouchés de l’Argolide le plus voisin du territoire orchoménien, pour continuer par les autres suivant un cycle tournant autour de la Mantinique à partir du coin N.-E. C’est bien ce qu’il a fait en réalité. Seulement, dans les Arcadiques , il faut distinguer l’ordre de V énumération et celui de la description. Le premier correspond exactement à celui des Argotiques, et va du Sud au Nord ; le deuxième est inverse et va du Nord au Sud. Voilà la cause du malentendu qui a induit en erreur nombre d’interprètes de Pausanias, et leur a fait établir une concordance impossible entre 1 ’ énumération des Argotiques et la description des Arcadiques, c’est-à-dire entre deux sections dont les parties ne sauraient se rejoindre qu’à condition d’ètre retournées.
Mais alors, comment ne pas imputer à Pausanias la responsabilité de ce désordre ? Ne s’est-il pas fait une gageure d’embrouiller les choses ? Pourquoi a-t-il, dans les Arcadiques, reproduit l’énumération des Argotiques avec l’intention d’intervertir cet ordre dans le développement subséquent ? Ne l’accusons pas trop vite d’incohérence, avant d’avoir pesé ses raisons. Figurons-nous l’auteur ayant terminé ses Argotiques pour passer à d’autres régions ; après un intervalle de six livres, il se dispose à aborder l’Arcadie par la frontière argienne — en quoi on doit l’approuver. — Le voilà donc
(1) Y compris le trajet de Corinthe à Argos dont la description se plaçait naturellement au début, comme route d’entrée.
revenu à cette frontière où il s’est arrêté précédemment, coupant sa description à la limite du territoire argien et s’interdisant de parti pris tout empiètement sur la province contiguë. Avant donc de passer outre, il se reporte lui-même à sa description antérieure des chemins allant d’Argos en Arcadie et la remémore au lecteur, dans une phrase de récapitulation, où l’ordre est le même, mais où les noms sont nouveaux. Pourquoi sont-ils nouveaux ? Parce que, cette fois, il parle en Arcadien de choses arcadiennes et qu’avec ce respect des frontières qui le hante, il rend à l’Argolide ce qui est à l’Argolide, à l’Arcadie ce qui est à l’Arcadie : pour ne pas vouloir mêler les choses, il s’abstient de les souder et nous laisse une sorte d’énigme en deux tronçons séparés.
Avec un peu plus de verbosité, voici ce qu’il aurait pu nous expliquer : « J’ai signalé dans les Argotiques les trois routes d’Argos en Arcadie, en partant du Sud de la frontière. Je les rappelle ici dans le même ordre : 1° celle de Tégée ; 2° et 3° deux autres vers Mantinée, celle du Chêne-Vert et de l’Échelle. Ce sont les noms qu’elles portent sur le territoire mantinéen ; c’est pourquoi je ne les ai pas signalés dans la section argienne de ces routes. Mais la première route se continue en Tégéatideau delà d’Hysiai ; la deuxième, celle du Chêne-Vert, est le prolongement arcadien de la ligne d’Oinoé par les sources de l’Inachos ; la troisième, celle de l’Échelle, fait suite à la route de Lyrkeia. Je vais maintenant les décrire à partir du Nord de la frontière, en commençant par la dernière. » Et il intervertit l’ordre antérieurement suivi, pour la régularité de sa description de la Mantinique. Cette interversion est nettement marquée par ces mots : aux-/] oé x.x.À.
On voit qu’il est facile de remettre les choses au point, et qu’on peut justifier les procédés de composition de Pausanias. Pour le raccord des trois groupes de tronçons entre lesquels se dresse la frontière, le contexte lui-même fournit les repères nécessaires. On en jugera mieux par le tableau suivant des extraits de notre auteur :
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
Section argienne. Section arcadienne.
A. Route d’Argos à Tégée.
II, 24, 6. — 'OSot 8s È? 'Apyouç xat xax ’àXXa slcrc xŸ|; neXo7TOWY|ffOu xat Ttpbç ’ApxaSt'a; £7tt Tsyéav
(suit la description jusqu’à Hysiai, point frontière.)
II, 25, 1, 2, 3. — Point de départ d’Argos : porte de la Deiras.
'H 8’sç MavxtvEtav ocyouca Iç "Apyouç IffTiv où^ 7]TT£p xai £711 TsyÉav,àXXà en xo xtbv ttuXüSv xtbv xxpbç TYj AstpàSt.
Particularités du trajet :
1° Temple double d’Arès-
Aphrodite. £7tt 8k XTjÇ ô8oü
tccut7|ç Upbv SntXoùv.
2° Traversée du Charadros.—
7tpo£X9oü(ji 3 e aùxbÔEv 8ta[3àvrtov xioxap-bv ^stpiappov Xàpa- 8pov X«Xou[A£VOV.
3° Bourg d’Oinoé. — ’étmv
OîvÔY), xb ovoaa ’i'/ou au., coç ’Apyeïot cpaatv, <xnb O’ivswç...
’Altb XOÛXOU pl£V OtVQYj ^(ÜptOV ssxîv ’Apyetotç.
VIII, 6, 2 . — E’ttriv oOv èç ApxaStav ÈspoXai xaxà xy]V ’Apyecav iTpbç [xkv 'Yattbvxai uTtkp xb bpoç xb napQsvtov èç xyjv TeyEaxtxYjv
(description en sens inverse de Tégée à Hysiai :
à Mantinée.
Abo 8k àXXat xaxà MavxtvEtav 2°
Prinos ou Chêne Vert.
Aioc xe np'vou xaXo'jpt£VY)i;.
3° [xat 8tà KXt|jt.axo;’ auxT) 8k eùpuxepa te èaxt x. x. X. Suit la description du Klimax que nous reportons plus loin.]
B. Routes d’Argos
4° l'Artémision. — 'TVep oe
X7|Ç O tVOYjÇ OpOÇ StjttV ’ApXEfJlt-
<riov xat tepov ’ApTepuooç kizi
XOpUCpY) T GU OpOUÇ.
5° Sources de l’Inachos. —
’Ev XOUXtp X£ ôifft TW SpEl Xat al TTTjyal toîj ’lvot^ou- Troyat yàp OT) xô5 ovxt eictv auxco, xb oe {JSüjp oùx È7Ù 7toXù itjtxvetxat xtiç yf|;-
6° Côté de l’Argolide. Frontière de la Martinique. —
Taux?] ptev Sri Cléaç oùSsv ext à|V àçtov.
Point de départ : porte de la Ueiras : 'Exspa oe ôSôç à/xb xw j
TTllXtoV XtoV 7TpOÇ XTj AeipOtSl .
Particularités du trajet :
Lyrkeia (60 stades) : â<rxiv lirl Aüpxetav... ’Eç pùv Sr, xaûxT|V êcrtv èç “’Apyouç éijajxovxa pAXtaxà tcou axâSta.
1° l’Artémision. — 'H Se
6TcoXei7to[i.£V7] xûv oocbv <txevoxépa 1(7x1 XY|ç TTpoxépaç (que le Klimax) xat àyei otà xoü ’ApxEfjuatou" xoüxou OE £7t£[J<.V7i<707)V Xat EXt 7ipox£pov xoü opoo;, wç ejfoi jaÉv vaov xat àyaXpta ’ApxépitSoç.
2° Sources de l’Inachos. —
’Éyot oè xat xoü ’lvàyou xàç 7t7iy<xç.
3° Frontière. — 'O SI "Ivayoç
£<p ’b(70V jJISV 7CpÔ£t<7< Xaxà XTjV
boov xtjv Stà xoü opouç, xoüxb loxtv ’Apyetotç xal Mavxtveüotv opoç xT^ç y oSpaç' a7tooxpétj/aç Se ex xt|ç oSoü xo üSoop Stà xŸ)ç ’Apyetaç vjSirj xb oltx'o xoüxou xâxEtfft, xat S7ci xoüxcp xbv ’dva^ov àXXot xe xat A’kt^üXoç Troxaptbv xaXoüutv ’Apystov.
4° la Martinique. — ‘YirEp-
[SaXbvxa oe êç xtjv Mavxtvtx^v Stà xoü ’Apxeputytou, x. x. X.
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
[Embranchement sur Ornéai à 60 Stades : ex Sè Au^xei'aç exepa xotraüxa êç ’Opvkaç.J
Échelle ou Klimax... xai Stà KXt'piaxoç. Auxt) 8e EÙpuxkpa xe l(7xi xai 7] xa.Ôoooç eI^ev aüxTj pa<j[Li8aç ti oxk È|j.tte7coiY|fL£V aç.
Mélangéia . ’YiteppaXdvxojv 8s
XY|V KXijxaxa y cuptov Èaxiv ôvop.aÇô|Aevov MsXayysïa, xai xo uoojp aûxôÔEv xô tcÔxijjiov MaVXtV£Ü(7l xâxeKTtV I Ç XYjV TTûXlV.
Sources des Méliastes. Temple de Dionysos et d’Aphrodite.
— IlpoeXÔdvxi 8k ëx xcov Me- XayyeiiüV, aTisyovxi xvjç ttoXeojç ffxâSta wç Éirxà scxi xpiqvY| xaXoufjikvY] MeXtaffxôiv oi Ms- Xiacxai 8k oùxoi Spwci xà opyia xou Aiovu cou, xat Atovucou xe pieyapov Ttpôç xyj xp'/jvY) xaî ’AœpoSixTjç ètrxtv Ispbv MsXaivt'Soç.
La lecture de ce tableau ne laisse aucun doute sur la concordance des sections argienne et arcadienne de la route 1 et de la route 2. Sans insister sur la lie, qui appartient à laTégéatide, il est évident pour la 2e que la double mention de l’Artémision et de son sanctuaire, ainsi que des sources de l’Inachos, marque le point de jonction de la section argienne, désignée comme route d’Oinoé, avec la section arcadienne, désignée sous le nom de Chemin du Chêne-Vert. L’identité est moins frappante en ce qui concerne la route 3. La description du tronçon argien, interrompue à Lyrkeia, semble écourtée et laisse subsister une lacune : contre son habitude, Pausanias ne signale pas la frontière, soit qu’il ait négligé de suivre la route au delà de Lyrkeia, pour explorer l’embranchement sur Ornéai, soit qu’il n’ait, parcouru ni l’une ni l’autre et se soit contenté de renseignements oraux. Au contraire, la section arcadienne, dite route de
Raccord des mêmes itinéraires survie terrain.
l’Échelle, est traitée avec plus de détails. Malgré ces lacunes, la liaison de ces deux tronçons peut être affirmée a priori : 1° parce que l’un et l’autre sont, chacun de leur côté, les débouchés les plus septentrionaux de la frontière argolico-mantinéenne. Cela résulte de l’ordre d’énumération dans les Argotiques et dans les Arcadiques, et de l’ordre inverse de description dans les Arcadiques, — ce dont j’ai donné plus haut les raisons — ; 2° parce que la route de Lyrkeia ne pouvait pas ne pas franchir le Lyrkeion, (la chaîne frontière du même nom qui s’allonge au N. de l’Artémision), et, par suite, ne pas se continuer en territoire mantinéen ; or, ce prolongement ne peut être identifié qu’avec le Klimax, qui traverse un canton tout à fait différent de celui que parcourt le Prinos avant d’entrer dans la ville. La lecture seule de Pausanias aurait dû prémunir la Commission de Morée contre l’erreur qu’elle a commise en rejoignant les deux chemins du Chêne-Vert et de l’Échelle au pied des montagnes, et en les faisant aboutir à la même porte.
La concordance étant établie dans le texte, a priori, il nous l este à la constater sur le terrain, à la justifier par des arguments de fait et à retrouver le tracé réel de ces chemins abstraits. De cet examen des lieux, l’exactitude de Pausanias ressortira avec éclat.
Dans la chaîne argolico-mantinéenne, du Sud au Nord, s’ouvrent trois passages que nous avons désignés par les noms des villages modernes : le défilé de Tournjki, celui deKarya, et celui de Sanga. C’est à l’un de ces deux derniers que doit correspondre le Prinos comme la plus méridionale des voies énumérées par Pausanias, après celle de Tégée par Hysiai. Or, le col de Tourniki relie directement le ravin du Charadros à la dépression mantinéenne; il est séparé des sources de l’Inaclios par le massif de l’Artémision. Par suite, le chemin qui le traverse ne répond pas aux conditions du Prinos, lequel franchissait le Charadros à la sortie d’Argos et rencontrait sur le faite des montagnes les sources de l’Inachos. Comme les deux torrents d’Argolide sont identifiés avec certitude, le Charadros avec le Xérias, l’Inachos avec la Panitza, le défilé de Tourniki se trouve éliminé. Donc, le Prinos ne peut plus être recherché que sur la route de Karya, qui descend au Nord de l’Artémision en passant près des sources de l’Inachos. Quant au défilé de Sanga, il reste disponible pour
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS. 83
le passage du Klimax, à travers le mont Lyrkeion, à l’extrémité N. de la frontière argolico mantinéenne.
Reprenons maintenant l’ordre descriptif de Pausanias et suivons le Périégète sur chacun de ces chemins, à partir d’Argos.
1° Routes d’Argos a Mantinée.
La route septentrionale d’Argos à Mantinée sortait par la porte ouverte en face de la colline de Deiras. Elle devait traverser, comme le chemin moderne de Kato-Bélessi, le Charadros à 1 kilomètre et demi de la ville, puis l’Inachos à l’entrée de sa vallée. Elle s’engageait dans la gorge du fleuve et atteignait Lyrkeia à 60 stades (H kilom.) d’Argos. Cette ville, ruinée dès les temps les plus reculés, avait une acropole dont on croit retrouver les restes sur le versant septentrional du ravin, un peu avant le hameau de Sterna (1). Elle pouvait communiquer par signaux avec la citadelle d’Argos. De Lyrkeia à Ornéai, au Nord, on comptait encore 60 stades. Telles sont les données des Argotiques sur cette partie de la route. Encore Pausanias ne parle-t-il ni du Charadros ni de l’Lnachos. Cette extrême sobriété de détails nous induit à croire qu’il ne s’est point transporté en personne sur ce chemin.
La section arcadienne est un peu moins écourtée. « La roule de l’Echelle est plus large que celle du Chêne-Vert. « Cette phrase s’applique sans doute à la vallée de l’Inachos, au fond de laquelle une bande de terrain plat maintient les deux versants à quelque distance du torrent et de la route, jusqu’au delà de Kato-Bélessi. Le chemin longe la base des montagnes, assez loin du lit torrentiel. Il quitte le fond du ravin à une demi-heure au delà de Kato-Bélessi, s’élève en corniche le long du talus de Kaparéli et escalade par une abrupte montée en lacets le versant argien du Mont Lyrkeion (aujourd’hui Gou pato). Un peu au-dessous de l’arête faîtière, le sentier est coupé par des marches en pierres rapportées. Ce ne sont pas celles dont parle Pausanias, puisqu’il les cite à la descente, sur le versant mantinéen. La frontière passait sans doute par le
(1) Boblaye. Rech. géogr., p. 45. — Ross. Reisen., p. 138. — Curtius. Pelop. Il, p.415. — Bursian. Geogr. 1 1, p. 63. — Miliarakis (Tscoyp. ’ApyoXio. xa'c Kopivôtaç, p. 50) la place aux environs de Kato-Bélessi, ce qui ne correspond plus avec la distance indiquée par Pausanias.
Chemin du Ki.imax.
Mélangéia.
sommet du col. C’est donc à partir de ce point que commence l'Échelle proprement dite.
Là une brèche aux parois à pic livre passage au chemin : cette échancrure s’appelle aujourd’hui les Portes (ndpxai;). A l’entrée du défilé, le regard plonge dans le haut ravin de l’Inachos et domine le joli village de Néochori suspendu aux flancs fauves du Lyrlceion, au-dessus de l’abîme. La descente est un casse-cou, où le pied des bêtes de somme tantôt glisse sur le roc, tantôt entraîne des avalanches de cailloux. Certains voyageurs ont cru distinguer encore quelques traces d’entailles creusées dans le roc : ce seraient les restes usés de ces marches d’escalier dont parle Pausanias à l’imparfait (1), comme s’ils n’existaient plus de son temps, et qu’à coup sûr il n’a point vus. Au pied de cette rampe en zigzag, le chemin traverse le pauvre hameau de Sanga, sur le rebord de la Plaine Inculte. Puis, il remonte les pentes de l’Alésion arrondi en mamelon, et franchit obliquement le chaînon jusqu’au village de Pikerni, situé à mi-côte, sur le versant occidental.
Dès lors, nous retrouvons en Pausanias un guide plus explicite. Peut-être a-t-il emprunté les renseignements suivants à quelque périégète local : « Après avoir dépassé le Klimax on rencontre un endroit nommé Mélangéia ; c’est de là que descend à Mantinée l’eau potable. » Pikerni ne présente aucuns vestiges antiques; les fragments d’ailleurs insignifiants d’inscriptions que nous y avons trouvés proviennent de Mantinée. Mais l’identification de ce point avec Mélangéia a pour elle l’abondance des sources qui surgissent en plein village des flancs de l’Alésion. Le mot albanais Pikerni est maintes fois appliqué en Grèce à des localités richement pourvues d’eaux courantes. Quant au nom antique, xà MeXayysta, il signifie les Terres Noires, en partie, comme l’a pensé Curtius (2), par allusion à la couleur des terreaux marécageux de la plaine voisine. De fait, en fouillant, au pied de l’Alésion, le sanctuaire de Dionysos, la teinte sombre de nos déblais nous a confirmé la vraisemlance de cette étymo-
(1) « A la descente, il y avait des degrés taillés autrefois de main d’homme. » M. Loring [ Journal of hellen. Stud. XV (1895), p. 81] déclare n’en pas avoir reconnu la moindre trace sur ce versant. Il admet que les zigzags de la rampe justifiaient suffisamment le terme de Klimax, parce que, de loin, ils ressemblent tout à fait aux échelons d'une échelle.
(2) Pelop. I, p. 270, N‘e 14. Ce nom se retrouve dans le Mélangéion de Bilhynie.
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
logie. L’altitude des sources de Pikerni permettait de les distribuer dans la ville en fontaines jaillissantes. Cette raison, jointe à leur limpidité, les avait sans doute désignées au choix des Mantinéens. De l’aqueduc, qui les amenait à l’intérieur des murs après un parcours d’environ 4 kilomètres, aucune trace authentique ne subsiste. Comme le montre la figure ci-dessous.
Fi g. 9.
Vue de l’Alésion (Alogovrakhos) et du téménos de Dionysos et d'Aphrodite Mélainis.
la route de Pikerni à Mantinée côtoie le pied de l’Alésion sur une petite levée épaulée du coté de la plaine par un mur de soutènement en pierres sèches. Ross (1) vit encore sur cette route des fragments de pierres de taille. Mais cette chaussée est un travail moderne. Depuis l’antiquité les débits des sources n’étant plus contenus, les terres d’en bas se sont détrempées ; il a bien fallu surélever la route en l’appuyant au rebord de la montagne. Cette levée artificielle n’a jamais supporté la conduite de l’aqueduc pour deux raisons : 1° parce que ce genre de construction n’était pas dans les habitudes des Grecs (2) ; 2° parce qu’elle passe précisément sur les fondations
(1) Reisen, p. 136.
(2) Voy. Saglio. Dict. des antiq. art. Aquæductus»
d’un sanctuaire de Dionysos, enfoui au-dessous. Ceci est une preuve certaine que le chemin et l’aqueduc antiques passaient en contre-bas de la levée moderne, à travers champs. Les pierres qui ont induit Ross en erreur provenaient sans doute des ruines de ce sanctuaire. Aujourd’hui les traces tant de l’aqueduc que du chemin sont méconnaissables ; toute la topographie de cet endroit a été bouleversée par les alluvions des sources nombreuses qui ont inondé le pied de l’Alésion : des cours d’eau se sont frayé passage à travers champs ; nous avons retrouvé jusque dans leur lit des vestiges de constructions
Source des Méliastes et sanctuaires de Dionysos et d'Aphrodite Mélainis.
Source
des Méliastes et sanctuaires de Dionysos et d’Aphrodite Mélainis.
antiques. Nouvelle preuve de ce fait, que le fond de plaine, aujourd’hui déserté pour les hauteurs, était jadis plus habitable. Actuellement les sources de Pikerni se déversent dans un ruisseau dont un bras serpente vers l’O. jusqu’au ruisseau de Sartsi et dont l’autre bras vient rejoindre l’Ophis au Nord de Mantinée.
« A partir de Mélangéia, à une distance d’environ 7 stades de la ville il y a la source dite des Méliastes. Ces Méliastes célèbrent les orgies de Dionysos ; il y a près de la source un mégaron de Dionysos et un hiéron d’Aphrodite Mélainis. »
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
Ici l’exactitude de Pausanias est irréprochable. Juste à la distance indiquée, c’est-à-dire à 1.200 m. environ de Mantinée, vis-à-vis la butte de Gourtzouli, jaillit de la base de l’Alésion en contre-bas de deux roches aujourd’hui appelées le FsXaSûPpa/oç (Yéladovrakhos = Rochede la Vache) et r’AXoyôppcc/oç (Alogovpkhos = Roche du Cheval) un groupe de trois sources, connu sous le nom de Tprmriy'fj ou, suivant la prononciation chuitante des Arcadiens, Tpnrr,/i (Tripichi = la Triple source).
Butte
Mont
de (jourtzouli
de kakouri.
Arménia
Fuit
Alogo-Vrakhos .
Fig. il.
Vue delà source des Méliastes et du téménos de Dionysos et d’Aphrodite prise de l’Alésion.
La première de ces trois sources, le Su0i, est la plus abondante ; elle forme un petit bassin marécageux entouré d’arbres, à cinq minutes au N. de l’Alogovrakbos; la deuxième, directement située sous cette roche, à droite du chemin en venant de Pikerni s’appelle le Méo-ov Tp C’est un puits peu profond, surmonté d’une haute margelle en pierres sèches. La troisième, le T®m \/y proprement dit, à quelques pas au S., est une cuvette minuscule
à fond de sable d’où s’échappe une infime quantité d’eau. De ces trois sources, le Métrov Tpnr/jyi fournit seul une eau potable; celle des autres est légèrement saumâtre. Ces trois fontaines alimentent un ruisseau venu de Pikerni, et qui serpente à quelques mètres en bas du chemin. Or, entre les deux dernières au-dessous de l’Alogovrakhos, la chaussée coupe une ligne de gros blocs, à demi-dégrossis, qui descend la pente perpendiculairement à la route. Persuadés que cet emplacement répondait au téménos du sanctuaire signalé par Pausanias, nous avons demandé et obtenu du propriétaire de ce terrain l’autorisation d’y ouvrir quelques tranchées. Nous avons commencé par reconnaître les vestiges en haut de la route. Le mur haut de 50 à 80 centimètres repose à fleur de sol, sur une seule assise de fondations apparentes. Il a l’aspect de ces périboles archaïques en pierres non équarries dont nombre de sanctuaires étaient enclos. Le périmètre dessine un trapèze de 37 mètres de long sur 22 mètres de hauteur. Le peu de profondeur de l’assiette atteste que le niveau antique n’était pas plus bas qu’aujourd’hui. Les sondages n’ont trouvé à l’intérieur aucuns restes de constructions. En suivant le mur à travers la chaussée, nous avons constaté que le côté du périmètre faisant face à la rivière, à partir du Méorov Tpnt^yi se présentait en forme de stylobate régulier, à plusieurs assises de plaques calcaires parées extérieurement. Celles d’en haut avaient été arrachées. Ce soubassement ne nous a paru relié à aucun autre fragment de même structure. Nous avons donc supposé qu’il appartenait à un escalier par où l’on accédait au téménos comme à une terrasse. A noter que Pausanias ne parle pas de temple à cet endroit, mais de mégaron et de hiéron. Entre cette ligne et la rivière, nous avons poursuivi les recherches autant que le permettait en cette saison (décembre 1888) la nature marécageuse du terrain. Elles nous ont seulement révélé des fragments de petits murs mal construits, dont l’antiquité nous a paru problématique. En revanche, du puits lui-même a été extrait le satyre à l’outre représenté par la figure 8. La découverte de ce personnage dionysiaque et l’ordre de l’énumération dans Pausanias nous autorisent à identifier le puits du Mécov Tpimfot avec la source des Méliastes, et le téménos décrit plus haut avec celui de Dionysos. Quant au mégaron proprement dit, peut-être faut-il le reconnaître dans une sorte de grande niche naturelle creusée en caverne dans la masse de l’Alogovrakhos ?
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Peut-être aussi les pentes de l’Alésion étaient-elles couvertes de vignes et de frênes (MeXfai), conjecture qui se fonde sur le culte de Dionysos et sur le nom de ses prêtres. Quant à ceux-ci, leur logis devait occuper le potager actuel, entre la chaussée et la rivière.
Contigu au précédent, mais beaucoup plus endommagé, est un autre péribole. Les restes en sont retracés sur le plan cicontre. Ni sur la pente, ni en contre-bas, nos tranchées n’ont mis à jour des constructions régulières. En tout cas, il n’est pas douteux que ce téménos ne corresponde à l’hiéron d’Aphrodite Mélainis. Dans un terrain voisin, attenant à une cabane, le long du chemin et près de la troisième source, le Tripichi, nous avons découvert la stèle de Kléonis, qui semble un ex-voto à Aphrodite (?).
Au delà de ces deux sanctuaires, la route et l’aqueduc de Mélangéia franchissaient l’Ophis et pénétraient dans la ville par une porte spéciale.
Pour la route du Prinos, la précision des détails atteste r0Cte du PmNOs. que Pausanias a lui-même suivi ce parcours. C’est par là qu’il est entré d’Argolide en Arcadie. La plupart de ses indications se vérifient sur les lieux. Au sortir d’Argos par la porte N.-E. opposée à la colline de Deiras, la route s’engageait au bout d’une heure dans la gorge du Charadros, précipice étroit et sauvage, dont les murailles resserrées ne laissaient de place qu’au lit du torrent et au chemin (arevoTÉpa é< m). Les Argiens avaient établi une tour de défense à l’entrée. Une heure et demie plus loin, on atteint un carrefour de ravins, où l’espace s’élargit. Les versants des montagnes s’inclinent en pentes moins âpres, propices à la culture. C’est le site probable d’Oinoé (1). En arrière, en effet, surgit la pyramide de l’Artémision, imposante et chauve (ürap 8s Qlvo-qç opoç l<mv
’Aprepuffiov).
Au temps de Pausanias, comme aujourd’hui, la montagne était en territoire argien (2). Pour gagner de là les-rsources de
(1) Au lieu dit IlaXa'.oyojpa, près du conlluent d’un torrent avec le Charadros. On y a trouvé des monnaies antiques. (Michaëlis et Conze. Rapporto. Annali, 1861, p. 23.)
(2) Au sommet de l’Artémision, on ne trouve plus qu’un merveilleux panorama sur les plaines fermées d’Arcadie, et, par delà les monts d'Argolide, sur les îles et l’Attique. Toute trace du sanctuaire d’Artémis a disparu.
l’Inachos, il fallait contourner le massif au N., en escalader les contreforts avec le chemin actuel de Karya, et non pas poursuivre directement à l’O. par le sentier de Tourniki, inconnu à Pausanias. Plus au S. l’arête ingrate du Kréopôlon ne se laisse pas franchir (1). C’est en haut du joli hameau de Karya en inclinant vers l’O. par une côte aride au milieu des roches brûlées (Xéro-Vouni) que le chemin atteint le dos de la ligne frontière. Là se trouvait le passage dit du Chêne- Vert (Sià ITp(vou) : ce nom n’était pas celui de la route tout entière, mais proprement celui du col. Il venait sans doute de ce que, dans ces solitudes pelées, un bouquet d’arbres signalait de loin au voyageur le terme de la montée (2). Le col franchi, on se trouve dans le bassin de l’Inachos. Le chemin traverse près d’une douzaine de torrents ruisselants. Ce sont les sources de l’Inachos, limpides, abondantes et nombreuses. Mais par un phénomène singulier, ces eaux n’ont qu’un parcours limité à ciel ouvert. A peine ont-elles dévalé des hauteurs qu’elles disparaissent sous terre ; le cours de l’Inachos dans la vallée inférieure est moins un lit qu’une piste caillouteuse. La nature accomplit ici un véritable travail des Danaïdes ; en haut, la montagne a beau déverser à torrents, été comme hiver, ses eaux fraîches ; en bas le calcaire argien boit tout, et la plaine est toujours assoiffée. Le fait a été remarqué de Pausanias : «Les sources de l’Inachos sont dans cette montagne; il y a réellement des sources, mais l’eau n’a pas sur terre un long parcours, tÎ> oè üocup où'/, Itù 7 toÀù èEixvsÏTai TT|Ç yr|ç. ))
Le chemin actuel se tient constamment sur les hauteurs, à l’extrémité du ravin collecteur, où se réunissent tous ces ruisselets. Du temps de Pausanias, il devait descendre jusqu’au lit de la rivière et la suivre pendant quelque temps, comme l’ont
(1) Voy. la description physique de ce district dans Philippson. Der Pelotonnes, p. 69. Le chemin de Tourniki traverse la chaîne faîtière au S. du Malévos et de la montagne de Tsipiana, au col de Skalais (les Échelles). Ce nom rappelle celui du Klimax, mais comme il désigne en Grèce tous les chemins en lacets, l'assimilation qu’en ont faite Pouqueville et la Commission de Morée avec le Klimax est toute superficielle.
(2) Cf. sur la route de Tripolis à Sparte le col de Monodendri, annoncé de loin par un chêne solitaire (Joanne, Grèce, II. p. 242). Précisément, sur le col présumé du Prinos, un peu au-dessous du faite, sur le versant E, on rencontre les ruines d'une chapelle d’Hagios Constantinos entourée d'yeuses (en grec moderne Tcotvolpt) , visible de loin. Une hauteur qui domine le col lui-même en est également couronnée.
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constaté MM. Conze et Michaëlis. Ainsi qu’on le voit sur la carte, le lit s’ouvre une brèche dans la chaîne frontière. La barrière rocheuse, qui faisait une limite si tranchée entre les deux pays, étant interrompue, on avait adopté une ligne conventionnelle. Elle descendait du faite N. du Mont Lyrkeion, suivait avec la route un tronçon de la rivière et remontait au S. pour regagner les sommets. « L’Inachos marque les contins de l’Argolide et de Mantinée dans la partie de son cours parallèle au chemin ; à partir du coude qui l’éloigne de la route, il coule en territoire argien. »
Au-delà de ce point, le chemin s’inclinait le long du \r versant mantinéen vers la plaine. Au lieu de tourner au Sud comme aujourd’hui pour aboutir à Tsipiana, il descendait au pied de la montagne, dans un fond de vallée qui s’allongeait au N. entre les deux lignes de l’Alésion et du Lyrkeion. Cette plaine, réduite à une seule issue vers le Sud, un étroit couloir oblique, était convertie par les pluies en un réservoir marécageux. Inhabitable, son sol détrempé ne supporte qu’une culture, le maïs ; il y réussit à merveille. Le val est sillonné par un long canal, où l’on essaie en vain d’emprisonner les eaux alin de les drainer vers les katavothres. Ces conditions répondent à la description de la Plaine Inculte ( ’Aofov IleStov), qui recevait le voyageur à la descente de l’Artémision (1). « Elle s’appelle inculte et l’est réellement, parce que les eaux descendues des montagnes la rendent impropre à la culture. Rien ne l’empêche d’être un lac, sinon le gouffre où l’eau disparait. » Les anciens n’ayant pas la ressource du maïs, avaient dû renoncer
(1) Suite du tableau. — Route du Prinos.
VIII, 7, 1. — 5° Argon Pédion. ‘YTTEpSxXôvxa 8s sç ttjv MavxtvtxŸiv 8tà tou ’Apxe[j.t<>tou îtsStov ÈxûEÇExat de ’Apyov xaXoûgEvov , xa6a7CEp ys ecti' To yào u'owp xo sx tou 6soü xax£pyou.evov Iç aûxô sx xwv opwv àoyôv stvat xô -tceoiov Trots? , IxojXue x£ oùokv a v xb tceoiov touto Etvat Xt[AV7]V, Et U.7] XÔ Üotoo 7]<paVtÇsX0 EÇ yX(7g.a yT|Ç.
VIII. 7, 4. — 6° Nestané. Tente de Philippe. Fontaine Pliilippios. Tou os ’Apyoü xaXouu.svou TtEOtou MavxtvEÏÏotv opoç s<mv Èv otpi<yxsp5., ffX7]VT |Ç te <ï>iXi'7t7rou xoü ’Ajauvtou xat xojuc/]; spErxta s yov Ne<7to.v7|ç- -xpo; Taux-/) yàp (ixp'XTOTtESEua'aa’fJat ty| NEffxâvT] «ktXtTraov XÉyouot, xat xyv mf]yr|V auxô0t ôvojx'x^outjtv ’Éxt a7 ro sxstvou YtXtTiTtov .
VIII, 8, 1. — 7» Temple de Déméter. Msxà ûe xà spstTtta xyç Neox7.vT|Ç tspôv An]g.7]Tpôç Effxtv aytov, xat aux-Tj xat ÉopxY ,v àvà ny.v sxoç àyouorv ot MavxtvEtç.
gon Pé ion.
Nestané .
à tirer parti de ce désert mouvant. Cette stérilité et le grand katavothre de Tsipiana rendent indubitable l’identité de la plaine de Sanga avec l’Argon Pédion. On pensait que les eaux engouffrées à cet endroit reparaissaient à Diné en Argolide
« A gauche de la Plaine Inculte en territoire mantinéen, s’élève une montagne ; elle porte les ruines de la tente de Philippe, fils d’Amyntas et du bourg de Nestané. On dit que Philippe établit son camp à Nestané, et la fontaine qu’on y voit a pris de lui le nom de Philippios. » Le chemin moderne qui dérive vers Tsipiana a, sur ce point, induit en erreur les voyageurs, y compris Curtius (1). La route suivie par Pausanias, du pied de l’Artémision, se dirigeait en droite ligne à l’Ouest. Elle subsiste encore. A la chute môme de la montagne, un sentier pierreux côtoie une verrue rocheuse, devant l’entrée béante (20 m. de large sur 6 de haut) du katavothre dont on traverse à gué le chenal (on pouvait autrefois le franchir sur un pont de bois) : cette hauteur à gauche du chemin s’avance comme un promontoire à pic du côté de la plaine; elle est reliée à l’Artémision par un petit col. A la jointure des deux montagnes, un autre sentier se détache du précédent et monte en zigzag jusqu’au col. 11 conduit à la plate-forme de la colline, juste au-dessus du katavothre. A cet endroit, des vestiges de ruines sont encore reconnaissables (2). C’est d’abord, sur une longueur de quelques mètres, un tronçon de voies antiques avec ornières creusées dans le roc. Puis, un fragment de mur d’enceinte en pierres oblongues, appareillées en assises irrégulières. On croit y distinguer une tour carrée qui défendait l’ouverture d’une porte. Ce mur barrait l’entrée de la plateforme contiguë à l’Artémision ; les autres côtés étaient assez escarpés pour se passer de fortifications. A l’intérieur du plateau des pierres éparses attestent qu’il était habité. On y remarque une ligne de fondations, dirigées de l’E. àl’O., peutêtre celles d’un temple. Enfin sur l’autre versant, celui du S. à la lisière du village de Tsipiana, une source s’échappe, en jets copieux, de quatre bouches percées dans un mur ; celui-ci, comme l’atteste une inscription moderne, date de 1840. Tous ces détails coïncident avec les indications de Pausanias. Ces
(1) Pelopon. I, p. 245.
(2) Voy. un petit croquis dans Clark. Peloponnesus, p. 127. D’autres amas de pierres sont signalés par le carton de la Commission de Morée au pied de l’Acropole, au S.-O.
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ruines sont celles du bourg de Nestané (1) et la lontaine n’est autre que la Philippios.
Après les ruines de Nestané, il y a un temple vénéré de Temple Déméter ; les Mantinéens y célèbrent une fête tous les ans.» Cet de Déméteiédifice était sur la route même, en plaine, et non comme le suppose Curtius (2), sur la hauteur au S. E. de Tsipiana, au monastère de Khrysouli. De fait, au delà du promontoire de Nestané, le chemin continue vers l’O. sur les confins de la Plaine Inculte et de l’étroit couloir cultivable qui lui sert de débouché vers la plaine mantinéenne. Conze et Michaëlis (3) ont pu reconnaître, à quelque distance de Nestané, sous la route même, des fondations orientées de l’O. à l’E. Ce serait là, suivant toute vraisemblance, l’emplacement du sanctuaire démotique de Déméter (4).
« Au-dessous de Nestané s’étend une portion de l’Argon Pé- Xopôç Matpaç dion, qu’on appelle Champ de danse de Maira. » (5) Ces termes ne peuvent désigner l’embouchure méridionale de la Plaine Inculte. Par sa position extérieure et la nature toute différente de son sol, cette étroite vallée n’a plus rien de commun avec l’Argon Péaion. A mon avfs le Khoros Mairas doit occuper le S. O. de celle-ci entre lAlésion et ses projections (6).
« La traversée de la Plaine Inculte est de 10 stades. » Sur le point de gravir les premières pentes de l’Alésion, Pausanias
(1) Étienne de Byzance l’appelle aussi : No<ma. xwjat) ’Apxaoico,. ©sÔ7top.iro; xpiaxocmp osuxspcp <t>i)aTr7tixmv. ”Ecpopoç xo sôvtxôv Nsorâvtoç stpï), wa xs xax' aùxôv Nscxaviav XsysaQar v) aùxvj yàp tyj irpoxspa, wç StiXov àXXwv. Cf. Suidas : Nofftéa. L’étymologie se rattache peut-être à vooxoç, retour (voy. plus haut, p. 63).
(2) Pelop. I, p. 245.
(3) Rapporto. Annali 1861, p. 27.
(4) Voy. plus bas, p. 238.
(o) Suite du tableau. — Roule du Prinos. VIII, 8. 1.
8 ° Khoros Mairas K oit xaxà xyjv NsoxivYiv ÙTrôxsixai pt-aXtcxa pufi pa u.kv xa t aùx'î) xoü ttsoiou toü ’Apyoü, Xopoç os ovopiocÇsTai Maipa;.
9« Largeur de V Argon Pédion. xoü neoiou os ssxcv vj ois;o8oç xoü 'Apyoü cxaSicov osxa.
10' Montée et descente de l’Alésion. 'Yitsp'jîàç os où TtoXù s; sxspov xaxa- P'/jcV] TCOLOV.
11° Fontaine Arné.. sv xoùxto os -apà ty p/ Xsmcpopov soxiv ’'Apv7j xaXouptévYj
XOTjVT]. MaVXCVSCOV OS Yj TtôXtÇ OTQOOiOu; [JLxX'.(7X0C TïOU ocoosxa
(ou oùo) èffxiv àTÏCOXSOCO TTjÇ TtTiyYiÇ XaÙXY|Ç.
(6) Voy. plus bas, p. 253 et suiv.
Source Arné et ÀSOKpdpOÇ.
évalue le trajet qu’il a effectué en vallée depuis la descente de l’Artémision. Le chiffre indiqué (1830 m.) est rigoureusement exact. Le voyageur n’a signalé aucun des accidents de terrain qu’on remarque au débouché de la plaine d’Argos. Ce sont des huttes rocheuses en avant de l’Artémision et de l’Alésion, les unes isolées, les autres attenantes à la chaîne. Ces hauteurs, d’aspect noirâtre, sont couronnées de chapelles et de tours médiévales, peut-être celles du château de Cépiana construit en 1296 par les Byzantins. Peut-être aussi les anciens y avaient-ils installé des tours d’observation. Le roc de Stravomyti (S.-E. de l’Alésion) est particulièrement propice à l’office de vigie : de ce sommet élevé le regard enfile l’entrée de la Man Unique et toute la moitié de la Tégéatide jusqu’à Pallantion el aux montagnes du tond. Mais il est peu probable qu’un bourg ait été se loger à cette hauteur.
« Le chemin actuel parait être le même que celui de Pausanias. 11 s’élève au-dessus de l’Argon Pédion, à mi-flanc des dernières pentes de l’Alésion, en laissant sur la droite une source importante inconnue dePausanias. Au bout de 800 mètres environ, il s’incline au creux d’un petit ravin qui sépare la pointe de l’Alésion en fourche. Toutefois il ne descend pas tout-à-fait au niveau de la grande plaine, mais continue à contourner à mi-flanc le talus de la montagne.
« Dans cette plaine, auprès de la grande route, il y a la source Arné (xpvjv-q). La ville de Mantinée est à douze (ou deux) stades environ de cette fontaine (7T'pyq). » La position de l’Arné a été très controversée. Remarquons d’abord qu’il est inutile d’épiloguer sur les termes de Pausanias, pour savoir s’il s’agit ici d’une source jaillissante ou d’un puits. Les deux mots xpvjv-r), 7rr1y-/| désignent une source. Peut-être était-elle canalisée et aménagée en fontaine. Quant à l’indication de la distance par rapport à Mantinée, les manuscrits se contredisent : les uns donnent le chiffre de 12 stades, adopté par les plus récents éditeurs, les autres celui de deux. Le texte n’est donc pas, sur ce point, un guide sûr.
Une autre difficulté provient de la mention du Xswspdpoç qui se substitue au mot 68 6? précédemment employé dans la description de la route (1). Or, la même expression désigne un peu plus
(1 ) Toutefois on doit remarquer que, quelques lignes plus bas encore (VlII.f 1, 1 ) ce même Xecocpopo; est aussi qualifié booç' 7] éç Tsysxv ôoôç cpspst 8ià xcov oputov.
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loin (VIII, 10, 1) la grande route de Tégée (êv àptcrrepS tt,ç Xswcprjpou), au sortir de Mantinée (1). De l’identité des termes, d’aucuns, comme Curtius, ont conclu à l’identité des choses. Le Xsiu» dpo; de l’Alesion et celui qui menait à Tégée n’auraient fait qu’un. Autrement dit le chemin de Nestaué, à la descente de l’Alésion, à quelques mètres au S. de la ville, se serait confondu avec la « route militaire » de Tégée. Cette théorie soulève plusieurs objections sérieuses : 1° Dans cette hypothèse, la position de l’Arné est préjugée. En effet la distance de 12 stades n’est pas compatible avec elle, parce qu’elle dépasse de beaucoup l’extrémité de l’Alésion. Placée à 12 stades de la ville, Ttapà tt|v ÀEwcpripov, la source se trouve trop avancée vers le S., bien au-delà de la section commune aux deux chemins ; leur jonction ne peut être plus éloignée que la pointe de l’Alésion, soit à 7 stades au plus. Il faut donc opter pour l’autre chiffre : la source serait située à 2 stades de la ville, près la grande route de Tégée. Mais alors la mention de l’Arné aurait dû, en bonne logique, être ajournée à la description de cette route, parmi les autres particularités signalées, alors seulement, par le voyageur. Pourquoi Pausanias aurait-il extrait entre tous ce détail pour en parler prématurément dans - son itinéraire d’Argos à Mantinée? Aussi bien, par une étrange contradiction, Curtius dément sur sa carte (2), les données de son texte : car il éloigne l’Arné du Xswcpdpoç de Tégée, en l’identifiant avec ta fontaine Ko^o^eptac, située à mi-côte, sur le chemin de Nestané. Il faut dans ces conditions, renoncer à le comprendre. 2° Le nombre et la disposition des portes de la ville implique l’existence d’une route indépendante, débouchant au S.-E. Le segment méridional de l’enceinte est percé de quatre issues, dont une du côté de Pallantion et deux du côté de Tégée. La quatrième fait place à la pointe de l’Alésion. A quoi servait-elle, sinon à livrer passage à un chemin particulier dirigé vers le S.-E., du côté de Nestané ? D’ailleurs ce chemin existe encore ; si Mantinée était habitée, il ne pourrait entrer dans la ville que par cette porte (3). Curtius, il est vrai, désigne cette ouverture comme point de départ de son Àeco-pôpoç. Mais il omet de se prononcer sur la destination des deux autres. Son système a pour effet de faire
(1) Pelop. I, p.. 245.
(2) Pelop. I, pl . III.
(3) Il se mêle au pied de PAlèsion, à un sentier qui vient de Pikerni.
dévier de leur direction naturelle et le chemin de Nestané, obligé d’aller s’embrancher sur la route de Tégée au lieu de gagner Mantinée au plus court, et la route de Tégée, forcée de se porter vers l’E., à la rencontre de ce chemin, au lieu de filer tout droit sur Tégée. Ce défaut est très sensible sur la carte. La nouvelle Mantinée passe pour le chef-d’œuvre des ingénieurs militaires du IVe siècle. Ils ont déployé un art consommé dans la répartition des débouchés de cette place centrale ; ils l’ont conçue comme le moyeu d’une roue aux rayons divergents. A chaque route, à chaque sentier correspond une issue spéciale. Comment leur attribuer pour la section la plus encombrée et la plus passante une pareille parcimonie de moyens de communications, d’autant plus irrationnelle en cet endroit qu’ils ont partout poussé la prévoyance jusqu’à la profusion ? Ce serait, de leur part, une inconcevable bévue.
3° L’identité des deux routes, celle de Nestané et celle de Tégée, en un point quelconque de leur parcours, doit donc être rejetée. Qu’est-ce alors que ce Àewcpôpoç dont parle Pausanias après la descente de l’Alésion ? Deux explications sont admissibles : ou bien les variantes de la terminologie du Périégète sont de simples synonymes et n’impliquent, pas, dans les choses elles-mêmes, des différences de nature. Il emploie l’un pour l’autre les termes d’ôSoç et de Àewtpdpo;, comme ceux de ir/j yij et de xpvjvT). Les prétendues « routes militaires = Heerstrassen », qui seraient désignées par le mot Àewcpôpoç peuvent bien n’être qu’une invention des savants modernes. En supposant que cette conception ait répondu à une pensée d’Épaminondas, soucieux d’assurer aux troupes du camp retranché de Mantinée des débouchés rapides vers la Laconie, cette précaution pouvait, le cas échéant, profiter à l’ennemi. D’ailleurs, les Grecs n’étaient pas, comme les Romains, amateurs d’amples chaussées : la vicinalité, dans leur pays, a toujours été sans prétention. Moins bénévole à l’homme qu’a la nature, elle aime mieux sacrifier ses aises que de violenter l’œuvre des dieux. En tout cas, Pausanias n’est pas fidèle à sa nomenclature, puisqu’il qualifie coup sur coup la même route de Tégée de Xew^ôpoç, puis cl’ôSdç.
Ou bien, si l’on tient à attribuer à chacun de ces termes une valeur absolue, on doit admettre qu’une même voie pouvait être une simple ôodç sur une partie de son parcours et un Xewœo&o; sur une autre partie. On peut expliquer de cette façon certaines nuances de Pausanias. Par exemple, la
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route de Pallantion était un Xstocpôpo; continu, parce qu’elle s’étalait saps obstacle au fond de la plaine ; elle longeait, sans y pénétrer, la lisière du bois Pélagos (1). La chaussée de Tégée construite en avenue jusqu’à l’entrée du bois, se continuait en route à travers les arbres (2).
De même l’âpre chemin muletier du Prinos pouvait du pied de l’Alésion s’épanouir en une piste plus large jusqu’au mur de la ville. C’est pourquoi Pausanias, une fois en plaine, le traite de Xewcp ôpoç.
4° Ces deux points acquis, à savoir que le Xeoxfôpoç, prolongement du Prinos, était indépendant de celui de Tégée et qu’il passait auprès de l’Arné, il reste à déterminer la position exacte de cette source mythologique. Il ne s’agit plus de choisir entre les deux chiffres donnés par les manuscrits. Si l’on cherche la fontaine à 2 stades, soit à 370 m. au S.-E. de la porte citée, on n’en trouve plus trace sur le terrain. 11 existe de ce côté une seule source, le Yaréli , mais elle surgit au pied même des murs, dans le fossé de l’Ophis, en face la poterne E, à 330 m. au N. de la porte F.
La distance de 12 stades (2220 m.) à partir de la porte F, nous ramène en arrière à l’extrémité de l’Alésion, justement à ce ravin où s’enfonce la route de Nestané. Là, quand on vient de Tsipiana, une demi-heure avant d’atteindre Mantinée, le chemin est flanqué à droite, au creux même du ravin, d’une petite fontaine. D’un mur ruiné en pierres taillées, aménagé par les Turcs, s’échappe un mince filet d’eau. La fraîcheur de cette source lui a fait donner par les paysans le nom pittoresque de Ko'j/oyepix, qui coupe les mains. La coïncidence de la distance actuelle avec celle de 12 stades serait un argument très fort en faveur de l’identification de cette source avec l’Arné. La Commission de Morée, Curtius et Bursian l’ont admise. Mais il y a deux objections : 1° Cette distance suppose que le tracé de la route antique coupait le talus de l’Alésion, à mi-côte en corniche, comme le chemin moderne (3). 2° Or,
(1) VIII, 11, 3 : TrapT|XSi xarà tûutû èç TTjV Xswcpopov b xoü IlsXxyoue xaXoupsvou ôpupdç.
(2) VIII, 11, 1 : xai sx MavTivstai; 7] I ç TeyÉav ôôbç cpépsi oià ko v opuwv.
(3) Les indications qu'on serait tenté de tirer des routes modernes sont bien souvent trompeuses. Quand on va d'un village à un autre village, on ne doit pas s’imaginer aller d’une ville antique à une ville antique par les mêmes chemins qu’autrefois, quelque rapprochées que soient les localités actuelles de leurs
Mantinée. — fi.
Pausanias dit expressément que la route descendait en plaine et que dans cette plaine, auprès de la chaussée (h toutw 5è -rcotpà tt]v Xeaxpôpov), on rencontrait la source. Il est donc nécessaire d’admettre que, à partir du col de l’Alésion, l’oSo'ç montagneux s’élargissait en chaussée (Xswcpôpo;), que ce Xewoôçoç, situé en contre-bas du chemin moderne et de la fontaine Ko^oyecué., contournait en terrain plat les dernières pentes de la colline. La xp7)V7) ou 7Tf|yTj Aimé doit être cherchée à l’expiration de la côte, en plaine. Or précisément, à l’extrémité S. de l’Alésion, un peu à l’ouest de Ko^o/epic?., jaillit un groupe de sources abondantes. Déjà Vischer l’avait signalé et M. Loring (1) l’a reconnu après lui. Ces sources en bassin peuvent être qualifiées de xpVjv-q et de TrTjyvj. La distance est peut-être un peu moindre que 12 stades, comptés à partir de la ville, mais le fait serait à vérifier par des mesures exactes. Ces sources alimentent les rigoles qui vont grossir l’Ophis. De cette façon la réalité coïncide avec la description de Pausanias sur tous les points.
A partir de cette source, la voie décrivait une courbe vers le Nord-Ouest pour aller rejoindre la porte F.
Les itinéraires suivants de Pausanias ont tous pour point de départ une des portes de la ville et pour terme la frontière. Nous discuterons plus loin la question des portes et leur correspondance avec les divers chemins qui rayonnaient autour de Mantinée. Suivant l’ordre de Pausanias, nous allons reprendre avec lui ses itinéraires : « Plusieurs routes, dit-il, continuent de Mantinée dans le reste de l’Arcadie. Toutes les particularités remarquables de chacune d’elles, je vais les décrire » (VIII, 10, 1). Voyons comment il tient ses promesses.
ruines respectives. Ainsi, le chemin moderne de l’Alésion ne correspond qu’approximativement à la route de Mantinée à Nestané. En réalité, c’est celle de Pikerni à Tsipiana. Or, entre ces deux points, l’Alésion interpose une barrière incommode, qui veut être contournée et non franchie. Il est naturel que les modernes aient pris l’habitude de raccourcir ce détour obligatoire en serrant de près la côte tant qu’elle est praticable. La route antique entre Nestané et Mantinée pouvait profiter de la plaine plus longtemps sans allonger le trajet. De plus, le plat terrain, mieux entretenu par une population plus soigneuse et plus dense, ne laissait pas les chemins dégénérer en fondrières. Aujourd’hui, dès les premières pluies, les habitants préfèrent cheminer sur la roche.
(1) Vischer ( Erinnerungen , p. 344). — Loring [ Journ . of hell. Stud. XV (1893) p. 81]. Voy. plus haut p. 31 et la carte à la fin du volume.
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS . 99
II0. Route de Mantinée a Tégée
« En allant à Tégée, on rencontre, à gauche de la route, près des murs de Mantinée, un hippodrome. »
Fig. 12.
Fronton du tombeau monumental près de la porte G.
Le terrain réservé à l’Hippodrome ne devait pas mesurer moins de 200 m. de largeur sur 400 de longueur. C’est donc au pied des murs (près de 400 m.) compris entre la porte F et la porte G, dans l’intervalle qui séparait le Xewipôpoç de Nestané et celui de Tégée, que s’allongeait le champ de courses. Le terrain, complètement plat, se prêtait à cette destination.
Au sortir de la porte, la route devait longer l’Ophis, entre des rangées de tombeaux. Au bord d’un ruisseau, auprès d’un petit pont, à 200 mètres de la porte, nous avons retrouvé deux lignes
Hippodrome.
Tombeau
monumental.
croisées, à angle droit, de belles assises en blocs de conglomérat bien équarris (1). Le reste de ces fondations et la superstructure ont disparu. Des fouilles pratiquées en cet endroit ont amené la découverte de nombreux cubes de marbre, de fragments d’architraves, de caissons, de colonnettes engagées (probablement des montants de porte), et des plaques de marbre représentant les battants d’une porte. On y avait simulé en relief les panneaux et les ferrures garnies de tètes de clous. Nous avons trouvé en outre un tympan, orné en manière de fronton, d’un gros bouquet de feuilles d’acanthe en bas-relief. L’intérieur du monument et les côtés étaient remplis de tombes de basse époque, superposées et pêle-mêle. L’édifice lui-même devait être un joli édicule funéraire du IVe siècle. Nous n’avons, pour l’identifier, que de vagues indices.
C’est près du pont que M. Foucart a découvert l’inscription dite des tribus. Il écrivait, à ce propos (2) : « J’ai trouvé l’inscription sur la rive droite de l’Ophis, à quelques mètres au Sud du petit pont jeté sur le ruisseau, c’est-à-dire entre les deux routes anciennes de Pallantion et de Tégée, à peu de distance du temple de Poséidon Hippios. Elle est gravée sur une plaque de pierre bleuâtre, de grandes dimensions et fort épaisse. Elle avait servi pour construire un tombeau à une époque déjà assez ancienne, car depuis longtemps il n’y a plus d’habitants en cet endroit; deux autres plaques de même pierre et de même dimension avaient été employées... (3). Les matériaux sont trop lourds pour avoir été apportés de loin, et comme ils sont de même nature, ils ont été pris à un édifice antique. Quelle en était la nature ? Etait-ce un petit monument consacré à Poséidon dont le temple n’était pas éloigné ? Était-ce un tombeau élevé par la ville aux guerriers des différentes tribus tombés dans un combat ? Cette dernière supposition me semble la plus probable; aussi ai-je placé ce texte dans la classe des inscriptions funéraires ».
Sans sortir du domaine de l’hypothèse, on peut, semble-t-il, trouver les éléments d’une identification vraisemblable. Le style
(1) Gell sur son plan (voy. plus loin p. 195, et Vischer ( Erinnerungen , p. 324, N1 2 3* 2) avaient déjà signalé ces vestiges antiques. — Voy. notre plan de la ville à la fin du volume.
(2) Inscr. duPélop., p. 220.
(3) Ces trois pierres ont disparu depuis 1868. Ce sont probablement celles qui figurent, auprès du pont, sur le plan de Gell.
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
des fragments de l’édicule concorde, pour la date, avec celui de l’inscription. Son caractère funéraire indiscutable, sa position au bord de la grande route de Tégée, à une faible distance des murs, éveille, en effet, l’idée d’un de ces monuments consacrés par les villes en l’honneur des guerriers tués à l’ennemi. Si l’on songe que l’habitude, à Mantinée, d’enterrer certains morts à la place où ils étaient tombés, est attestée par les tombes d’Épaminondas, d’Iolaïdas et de Gryllos (1), on pensera au combat de cavalerie qui précéda la grande bataille de 362 et qui, au dire de Polybe et de Plutarque (2) eut lieu sous les murs même de la ville. L’avant-garde thébaine s’était avancée sur la route au-delà du temple de Poséidon et s’apprêtait sans doute à forcer la porte G, quand l’alarme fut donnée. C’est donc en avant de cette porte que l’engagement eut lieu, peut-être dans le terrain même de l’hippodrome, et que tombèrent Gryllos et les autres braves dont parle Xénophon. Rien n’empêche de croire que, à côté de ses restes, les Mantinéens joignirent ceux des leurs qui périrent en même temps et gravèrent leurs noms sur une inscription. Ainsi s’expliquerait le petit nombre des tués, qui serait insuffisant si l'on songeait à une plus grande mêlée.
« Non loin de l’hippodrome, il y a un stade où l’on célèbre les stade et Aiésion. concours en l’honneur d’Antinoüs (3). Au-dessus du stade s’élève le Mont Aiésion, ainsi nommé de l’àN-rj (course errante) de Rhéa ».
Bien que le capitaine de Vaudrimey ait affirmé à Puillon-Boblaye avoir vu au pied de la montagne les traces du stade, aucun autre voyageur n’a eu depuis la chance de les reconnaître. Les seuls restes qui subsistent sur le terrain plat compris entre la ville et la colline sont ceux d’une grande église byzantine : la carte spéciale de la commission de Morée les qualifie Ruines helléniques, mais en réalité elles ne renferment pas une pierre antique.
11 faudrait plutôt rechercher le stade dans le ravin de l’Alésion qui fait face à la porte E. Pausanias aurait dû en parler plus tôt; mais l’idée du stade lui a été suggérée par celle de
(1) Paus. vin, H, 4.
(2) Voy. le récit de la bataille aux appendices.
(3) Pausanias aurait dû mentionner le stade en décrivant le Xsiocpôpo; de Nestané, ce qui était plutôt sa place. Ce fait paraît confirmer Curtius dans son hypothèse sur la communauté des deux roules. N’est-il pas plus vraisemblable de supposer que Pausanias a voulu rapprocher la mention du stade de celle de l’hippodrome, les deux monuments similaires, et d’ailleurs voisins.
l’hippodrome, et, comme le stade se trouvait sur l’Alésion, il a été entraîné à parler de cette montagne et du bois de Déméter qu’elle contenait. La porte E conduisait donc directement au stade et au bois de Déméter.
Ravin du Stade.
Fig. 13.
Vue de l’Alésion prise du théâtre.
Sanctuaire (( Et, il y a un bois sacré de Déméter sur la montagne.» Ces de Déméter sur termes rendent suspect le témoignage de M. de Vaudrimey sur 1 Aiésion . ja p^sence de ruines antiques au-dessus de la fontaine Ko'}o/£pi<x, à 16 minutes avant d’atteindre le col de l’Alésion. Nous avons en vain exploré la montagne en quête de ces vestiges. Pausanias d’ailleurs ne parle que d’un bois sacré, et non d’un temple. En fait de ruines on ne pouvait songer qu’à des restes de périboles ou de stèles votives, comme celle que Leake a découverte à Pikerni. La place de ce sanctuaire dans la description de Pausanias, semble indiquer qu’il couronnait un des derniers mamelons de l’Alésion (1) plutôt qu’un des som-
(1) A moins qu’il ne fût encaissé dans ce petit ravin qui coupe en deux l’extrémité de l’Alésion. — Voy. plus loin, p. 264.
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
mets voisiüs de Pikerni. En le localisant près de ce village, on l’éloigne d’autant du temple de Poséidon Hippios, l’épouse de Déméter.
«Près de l’extrémité de la montagne est le temple de Poséidon Hippios, à sept stades au plus de Mantinée (1). » Il n’était pas indifférent de déterminer avec précision l’emplacement du vénérable sanctuaire. Son rôle historique dans les batailles de Mantinée ne lui donne pas moins d’importance que sa célébrité mythologique. C’est un des points les plus intéressants de la topographie. Pour la distance, le texte de Pausanias est heureusement complété par les indications de Polyhe. À propos de la bataille de 362 (IX, 8, 11), il dit : « L’avant-garde des Thébains touchait déjà au temple de Neptune qui est à peine à 7 stades de la ville, lorsqu’on vit paraître les Athéniens sur la hauteur qui domine Mantinée.» Puis dans le récit de la bataille de 207 : « Philopœmen divisa son armée en trois corps ; il fit sortir les lllyriens et les cuirassiers avec les auxiliaires et les evzônes par la route qui conduisait au temple de Poséidon.. . Avec les evzônes, il occupa tout d’abord la colline, en avant de la ville, qui s’allonge assez loin pour dominer la route Xénis (2) et le lemple susdit. . . (XI, 11, 4, 5). . . Sur la même ligne, il rangea sa phalange en colonnes séparées par des intervalles le long du fossé qui va du Poséidon à travers la plaine mantinéenne rejoindre les hauteurs limitrophes du district des Elisphasiens. Philopœmen fit donner avec vigueur les Tarentins aux environs du Poseidion, terrains plats et tout à fait favorables à la cavalerie. . . (XI, 12, 6). Les lllyriens et les cuirassiers, rompus entièrement, se replièrent en toute hâte sur Mantinée, distante de 7 stades (XI. 14, 1) (3) ». La colline dont parle Polybe est
(1) Tel est, à mon avis, le vrai sens de la phrase. Les ingénieuses corrections de Schâfer ( Demosthènes , u. seine Zeit., III, 2, p. 12), où 7rpoooj ç' cxaBuo'' MavTtvstaç ou celle de Bursian ( Geogr ., II, p. 216 : où 7tpô<j<n £7tx«oTaStou) me paraissent nécessaires, surtout étant donné la position que nous attribuons au Stade. La lecture : où ixp àuu> Sxaocou comprise dans le même sens que les termes : où Trôppw xoùxou, employés à propos du Stade par rapport à l'Hippodrome, c’est-à-dire « non loin du Stade de Mantinée » supposerait le Stade placé tout à fait à l’extrémité de l’Alésion, où le terrain n'est pas propice à un édifice de ce genre et n’en a conservé nulle trace.
(2) 'H Sevtç, la route des étrangers, autrement dit le plus court chemin vers la frontière. Cf. la même désignation sur une inscription de la ville d’Alaisa, en Sicile (C. I. G. 5594, 15 : à oSbç à Eevfç), dont le nom offre aussi avec celui de TAlésion une analogie curieuse. — Voy. p. 264, n. 3.
(3) 7 stades = 1295 m.
Temple
de
Poséidon Hippios.
l’Alésion ; la Xénis, le Xemcpbpoç de Tégée. On pouvait sur ces données précises rechercher avec espoir de succès le temple dans la plaine, au bout de l’Alésion à 1.300 m. environ de la porte G. En effet, h cette distance, sur la rive droite d’un ruisselet qui se dirige de la pointe de l’Alésion, vers les fossés de Mantinée, un léger renflement de terrain supporte quelques cabanes dites Kalyvia Mélias, où les habitants de Tsipiana, propriétaires des champs voisins, s’installent pendant les travaux de la moisson. Dans un de ces champs, nous avons remarqué, à fleur de terre, deux énormes dalles en pierre calcaire, longues chacune de 3 mètres 1/2, larges de plus d’un mètre, épaisses de 40 à 30 cent., profondément enfoncées dans un sol de sable fin. Des traces de gonds et l’usure de la surface supérieure attestaient que ces pierres avaient servi de seuil de porte. Les fouilles que nous avons faites en tout sens n’ont mis au jour que des restes confus de menus murs en petits moellons, joints avec de la terre. Ces restes ne sont pas antiques. Ce sont ceux de quelques Kalyvias tombés en ruines. Mais sur l’identification de cet endroit avec le site du Poseidion, il ne subsiste aucun doute : 1° les pierres en question appartiennent à un édifice antique, situé à cette place même. Leur poids ne les rendait pas transportables même à une faible distance ; tout au plus a-t-il été possible de les soulever, pour les adapter à leur nouvelle destination. Nous sommes persuadé qu’elles se rattachaient à la construction dont Hadrien entoura le temple archaïque tombé en ruines. Les chicanes du propriétaire actuel (1) nous ont empêché
(1) Un Tsipianite nommé Katris.
Route de Tégee (Astoc &ôooç ) .
1° Hippodrome. — ’lbvxi éç Tsysav saxiv sv àptcTspx xf|Ç Xecotpdpou xotç Mavxtvstov xstysfft y wptov sç xcov itittojv xov opdp.ov (VIII, iO, 1).
2° Stade. — yat où Ttoppto xoûxou ariStov... 'Yuep SI xoü axaotou xb oooç sort xb ’AX/jtnov yat Aiqg/rçxpoç a Xaoç sv xm opet (ib.).
3° Poseidion. — flapà os xoü opouç xà ’étjyaxa xoü nofjstSwvbç soxi xoü 'iTtTnou xb lepbv, où Trpboa) axaSiou Mavxtvetaç (sic).
4° Trophée. — Hépav os xoü teooü xoü nocstotbvoç xooTtatov saxt Xt6ou 7rs7tor/]p.svov octco Aays5octp.ov«ov yai "AytSoç... (VIH, 10, 4).
5° Pélagos. — Msxà Ss xb tspbvxoü Iloffsioiovoç ^topiov fnroSéljexat as opuwv TiXTjpsç, yaXoüp.svov IlsXayoç" yat sy Mavxtvstaç 7) sç Tsysav bobç tpspst Stà xmv opumv (VIII, 11, 1).
0" Autel-frontière. — Mavxtvsüot os opot 7xpbç Tsysâxaç statv b 7tepccpsp7]ç sv XYj XstüCpbptp P(O|A0Ç (ib.) .
Embranche ment du temple de Poséidon.
1» Tombeau des Péliades. — Et os à.7xb xoü tspoü xoü lloostocbvoç sç àpta-
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS. 105
cle creuser le terrain à une profondeur suffisante pour affirmer que le sous-sol ne renferme pas de vestiges plus complets. 11 ne serait pas sans intérêt de reprendre h cet endroit des fouilles plus approfondies ; 2° la trouvaille d’un petit bas-relief représentant Poséidon assis est particulièrement significative, ainsi que celle du curieux chapiteau archaïque reproduit plus bas.
Fig. 14.
Bas-relief votif représentant Poséidon Hippios.
3° Dans le mur d’un des Kalyvias voisins, se trouve encastré l’acte d’affranchissement publié par M. Foucart et daté de la prêtrise du ministre de Poséidon (1). Ce marbre et d’autres sans inscriptions, épars dans les mêmes cabanes, ont été retirés,
xspàv à/.TpaTiY|vat 0£Xrjff£taç, oraotou; T£ |j.àXtoxâ Trou ttsvxe
xaî. stù twv üeXi'ou GuyaxÉpiov àcprçy] xoùç xarpouç (VIII. 11, 2).
2° Phoiznn. — Xoiptov os ovopraÇoiLEVov (FoîÇüjv tteoI sixoffî tcou axaoiouç xojv xàœwv Icx'iv aircoxsou) xoùxcov... oe «boiÇwv ij.vŸ|[j.à laxt XrOo u TCEplSybtAEVOV Xp7)TtÏ0l, a VE/OV OS où TToXÙ UTTEp XTjÇ y'7|Ç (ib., 3).
3° ArHlhoos. — Kaxà xoù’xo vj x£ oobç [/.iXtoxa axEvŸj yîvsxat, xaï xo (j-vqixa ’ApYi'ïÔbou Xsyoucriv s'tvar Kopuvvjxou oià xb otcXov ÈTiovopracjOevxoç.
(1) Inscr. du Pélop. 352 k.
Trophée.
comme les paysans nous l’ont affirmé, de l’endroit même où nous avons fouillé. La découverte du temple de Poséidon Hippios est donc un fait acquis.
Le lieu répond de tout point aux données de Pausanias et de Polybe. Il fait face au talus extrême de l’Alésion et à la porte que nous estimons être celle de Tégée. Les environs sont complètement plats. Le fossé où périt Machanidas n’existe plus ; il s’est sans doute subdivisé dans la plaine en une infinité de rigoles d’irrigation qui en ont diminué l’importance et bouleversé le tracé. Je ne sais s’il passait sous le petit pont soi-disant antique, relevé un peu plus à l’Est, par Blouet, à 1.400 m. au Sud de Mantinée (1). Enfin les trous de Milia se trouvent situés juste dans le prolongement idéal de ce fossé, qu’alimentait sans doute la source Arné. C’est donc là qu’il devait aboutir.
Chapiteau provenant du temple de Poséidon Hippios.
D’après Polybe, la Xénis passait le fossé sur un pont, sans doute voisin du temple, comme je l’ai marqué sur la carte. Quant à la source enfermée dans le temple, il n’en reste plus d’autre indice que la nappe sablonneuse épandue à la surface du sol.
« En face du temple de Poséidon, est un trophée de pierre érigé en mémoire de la défaite des Lacédémoniens et d’Agis. » Ce monument devait être de l’autre côté de la route, c’est-à-dire vis-à-vis le Poseidion situé à main gauche en venant de Tégée. Le sens de Tcépav n’est pas au-delà. Pausanias a l’habitude de signaler les curiosités du chemin à mesure qu’il les rencontre. Si le trophée s’était trouvé plus loin que le temple, la description continuerait à partir du trophée. Au lieu de cela, Pausanias la reprend à partir du temple, avec l’expression fxexà 8k to Upov, preuve que le sanctuaire et le trophée étaient à même distance sur sa route.
(1) Puillon-Boblaye. Rech. géogr., p. 140.
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
« Au delà du temple de Poséidon, vous entrez en un lieu couvert de chênes : on l’appelle Pélagos. La route de Mantinée à Tégée passe au milieu des chênes. » Le bois Pélagos s’avançait au Nord sur le territoire mantinéen au delà de l’étranglement de la plaine, et s’étendant aussi sur celui de Tégée. Il s’appuyait à l’O. contre la Kapnistra, mais il n’occupait pas, semble-t-il, toute la largeur de la plaine, jusqu’au pied du Ménale. Il s’arrêtait à la route de Pallantion. L’existence du Pélagos ne doit pas être oubliée dans le récit des événements militaires dont la plaine a été le théâtre. Il s’opposait aux grands déploiements de troupes. Les batailles rangées n’étaient possibles qu’à l’intérieur de la Mantinique, au N. du bois, aux environs du Poseidion, ou en pleine Tégéatide, entre Bosouna et Bédéni. Des combats partiels pouvaient seuls s’engager à la lisière occcidentale, sur la route de Pallantion.
« La frontière mantinéenne du côté de Tégée est à l’autel l'ond qu’on voit sur la chaussée ». Pausanias n’indique pas la distance de cet autel par rapport à Mantinée ; mais comme il s’arrête à 31 stades sur la route parallèle de Pallantion, on peut en inférer qu’il a fait de même ici. La frontière était donc juste à la partie la plus étroite de la plaine.
Comment la route se continuait-elle en territoire tégéate ? Quels sanctuaires desservait-elle sur son parcours ? On le chercherait en vain dans Pausanias (1). Il a omis dans la description de Tégée de nous renseigner sur le tronçon qui se serait raccordé avec le XEcocpôpo; précédemment étudié. Cette lacune prouve, semble-t-il, que Pausanias n’est pas allé en personne au-delà de la frontière mantinéenne jusqu’à Tégée. Son historique du temple de Poséidon a été rédigé d’après les souvenirs récents laissés dans le pays par les travaux d’Hadrien et d’après des sources littéraires : ra Se si; T g Upbv tout o syco ts àxo-qv ypxcpto xa't oaoi [AV7j(L7]v àAAoi nepi ccÙtoü 7ve7tot7)VToct.
La route principale parcourue, Pausanias revient en arrière au Poseidion, pour décrire un chemin latéral qui s’embranchait sur le Xswcpbpoç à cet endroit. En effet la grande chaussée
(1) Au-dessous de Néochori, dans la chapelle d’Hos (lias, 5 minutes avant le village à droite, Ross ( Reisen , p. 122) a constaté l’existence d’un temple de Poséidon, Hermès, Héraclès (Cf. Vischer. Erinnerungen, p. 342). Sur le plateau rocheux, qui porte le couvent de Hos Nicolaos Varsai et qui possède un katavothre, aucun reste d’antiquité n’a été signalç, sauf un acte d’affranchissement qui provient sans doute de Mantinée (Ross. Inscr. græc. ined., 9).
Bois Pélagos.
Frontière.
Embranchement.
Tombeaux des Péliades.
Phoizonj el C7T£tVCO7T0Ç ÔOOÇ.
laissait de côté une importante fraction de la Mantinique, les deux plaines profondément enfoncées à l’E. dans l’anfractuosité des montagnes : « Si vous prenez à gauche à partir du temple de Poséidon, au bout de 5 stades environ (925 mètres), vous arriverez aux tombeaux des filles de Pélias ». Les Péliades étaient deux, Astéropé et Antinoé. Dans les vignobles luxuriants qui tapissent la vallée, nous n’avons rien retrouvé qui corresponde à cette indication.
« Le lieu dit Phoizon est à environ 20 stades (3700 mètres) de ces tombeaux... (1) Le Phoizon est un tertre peu élevé, entouré d’un socle de pierres. Près de cet endroit la route devient très étroite. On dit que le tertre est celui d’Aréïthoos, surnommé le Korynète (le Massier), à cause de son arme favorite », ou bien « et l’on dit qu’il y a là le tombeau d’Aréïthoos, etc... ». Dans ce passage, les renseignements de Pausanias nous embarrassent plus qu’ils ne nous éclairent. Le texte ne paraît pas sûr : le nom de Phoizon, en particulier, reste une énigme. Les indications de distances, d’après les termes mêmes de Pausanias, ne sont qu’approximatives. Du temple de Poséidon, dont l’emplacement est fixé, il est facile de déterminer à 5 stades dans la direction du S. E., une première position; elle répondra aux tombeaux des Péliades. On remarquera que ces tombeaux ne sont pas décrits ; on ne saurait à leur sujet proposer aucune identification. De là avec un rayon de 20 stades il faut chercher à la ronde dans la même direction une deuxième position qui satisfasse aux données de Pausanias. Du côté de la plaine de Louka, il n’en est aucune dans ce cas. Le compas, tourné sur la carte, tombe juste à l’entrée de cette spacieuse encoche. C’est là que le colonel Peytier déclare avoir observé, sur la route de Tsipiana à Tripolitza, un tumulus entouré de quelques blocs (2). Ce témoignage est confirmé par M. Comninos, qui signale ledit tumulus sur l’emplacement d’une chapelle ruinée de la Panaghia Phanéroméni, et l’identifie avec les tombeaux des Péliades (3).
En etïet, sur le carton spécial de la plaine de Mantinée et de Tégée, Puillon-Boblaye a marqué ce tumulus à une distance de
(1) Il paraît exister là une lacune dans le texte. Voy. p. 105, note. 3".
(2) Puillon-Boblaye. Rech. géogr . , p. 142.
(3) ’A07]vaÏ9v, VIII (1880), p. 269. âv 5k xy, Oscrst xtov xxtptov xiov Ôuyaxkpwv xoü IleXtou ’éxi xoù vùv otaxpivsxat xuu.poç, yxot <rojp6; yr|ç xoXwvou o(y.T|V, Itù xùi £p7]p.oxXr1(7»p xÿç lly-vaytai; <î>ocveç.(jDlu.£vVjç.
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
4.200 m. ou 23 stades environ des murs de Mantinée ; tandis que, d’après Pausanias, les tombeaux des Péliades étaient à 12 stades de la ville. Il ne peut donc convenir à la position des xxao'. des Péliades. De même la position du Phoizon, situé à 32 stades de Mantinée, doit tomber plus loin. La tour de Louka, située à près de 7 kil. ou environ 37 stades de Mantinée, s’en rapprocherait davantage. Mais l’aspect du monument de Louka ne correspond pas à la description du Périégète : il se compose d’une tour d’observation flanquée d’une enceinte quadrangulaire, sanctuaire ou habitation, le tout assis sur la pointe rocheuse de la colline d’H0S Géorgios, d’où l’on domine toute la plaine.
Or, d’après Pausanias, on doit se figurer le {xv-qp.a du Phoizon comme un tumulus conique, à la base enchâssée dans un socle de pierres irrégulièrement taillées, à la manière du tombeau de Tantale (1). C’est donc le tumulus relevé par la Commission de Morée qui correspond le mieux au signalement dudit Phoizon : la non-concordance des distances, telles qu’on les relève dans Pausanias et sur le carton de la Commission de Morée, peut être une erreur, soit de l’un, soit de l’autre : il serait, en efïet, utile de vérifier si le tumulus marqué sur la carte occupe sa vraie place.
Quant au monument d’Aréïthoos et à la ffTscvio7toc 6Sôç, on les identifie d’ordinaire avec le Phoizon, en adoptant le premier sens indiqué plus haut. Mais la liaison marquée par rcapà toüto n’est pas tellement stricte qu’elle nous oblige à ne faire des deux positions qu’une seule. On peut très bien admettre un certain éloignement entre le Phoizon et le rétrécissement de la route, sans que itapâ cesse d’être vrai.
De même, il n’est pas nécessaire de confondre le tombeau d’Aréïthoos et celui du Phoizon. On peut très bien admettre qu’il s’agit d’un autre p-v^aot distinct, situé le long de ce chemin rétréci. Il faut bien, en effet, si l’on veut chercher sur le terrain la place de cette ôSoç u.àÀ'.<TTdc <jt svVj s’éloigner de la plaine de Louka. L’ouverture de cette vallée est presque aussi large que la Mantinique. Or, il n’est pas douteux que l’oSoç fiocXtuTa aTsvvj de Pausanias ne soit la même que la légendaire (ttelvwttoç ôSôç, dont l’étroitesse avait empêché le Korynète de déployer sa
(1) Il y a deux tumuli de ce genre dans la plaine d'Orchomène; dont l’un répond peut-être au tombeau du tyran Aristocratès, Pausan. VIII, 13, 4. — Joanne, Grèce, II, p. 383.
Porte.
Pélagos.
Scopé.
massue (1). On ne saurait, sans une trop forte invraisemblance, assimiler ce passage resserré à la large entrée de la plaine de Louka. On est donc amené à chercher autre part. Or, il existe dans le couloir, qui sert de débouché à l’Argon Pédion, une petite butte conique surmontée d’une tour médiévale. Ce curieux rocher se dresse comme un îlot à quelques mètres en avant des contreforts de l’Artémision et vis-à-vis le Stravomyti. Il ressemble assez à un tertre ; sa hauteur est très faible, comparée à celle des roches environnantes. Des deux côtés le chemin est très étroit, surtout vers l’Artémision. Cés conditions avaient déjà frappé Leake qui plaçait le Phoizon dans ces parages, audessous de Tsipiana. A mon avis, au uvriga du Phoizon, correspond le tumulus de la Commission de Morée. Quant au p-v-riga d’Aréïthoos, je l’identifierais avec le tertre rocheux, en contrebas du monastère de Tsipiana, et la <rxeivw7tbç bo6ç avec le chemin qui passe entre les deux.
Il ne semble pas que Pausanias ait parcouru lui-même ceLte route latérale conduisant du Poséidon au Phoizon.
III0. Route de Mantinée a Pallantion.
La porte de Pallantion (1) est la troisième des portes désignées par Polyhe, celle par où Pliilopœmen fit sortir sa cavalerie. C’est aussi par là que la route nationale de Tripolis à Kakouri entre dans l’enceinte.
« Sur la route de Mantinée à Pallantion, dit Pausanias, au bout de 30 stades environ, le bois Pélagos s’étend jusqu’à la chaussée. C’est l’endroit où la cavalerie des Athéniens et des Mantinéens combattit contre celle des Thébains (2). » La distance de 30 stades (5.350 m.) nous conduit juste à la partie la plus resserrée de la plaine à l’extrémité de la pointe Mytika. Comme le bois Pélagos avait été rencontré un peu plus tôt, sur le Xsujcpdpoç de Tégée, il semble qu’il s’étendait en pointe du côté du temple de Poséidon ; puis il allait s’élargissant vers l’O. jusqu’au point où la route de Pallantion le rejoignait à sa lisière. Le combat de cavalerie eut lieu dans le coin de la
(1) Iliad. II, 138. — Vil, 143. — Voy. plus loin, p. 254 et suiv.
(2) Pausan. VIII, 11, 3. Ivaxà o'e ttjv Iç üaXXâvxtov èx Mavxtvsîaç àyoucrav TTOOcXOôvTt <i)ç xpiâxovxa tcou cxccSsouç, 7iaprjX£i xaxà xoüxo sç xfjV Xeojtpopov ô xoù IleXàyou; xaXoujjuvou Spujxdç, xal xà ÎTriuxà xb ’AÔ7]vodiov xe xat MavTivéoav Ivxaù'fJa lij.aÿ'Éffavxo Ivavxîa tŸjÇ Botouxiaç ïmrou.
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
plaine compris entre les hauteurs et le bois. Après qu’il fut tombé, Épaminondas fut porté en un lieu d’où il put suivre les dernières péripéties de la bataille ; et le nom de Scopé (observatoire), disait la légende locale recueillie par Pausanias, resta depuis attaché à cet endroit (1). Le talus du promontoire de Mityka qui s’allonge en un seuil très doux jusqu’à la rencontre des collines opposées est tout indiqué pour cet office.
En effet, de très longue date, les Mantinéens avaient dû mettre à profit les avantages de cette position élevée, d’où le regard domine les deux plaines. L’idée d’en faire un postevigie afin d’observer le territoire tégéate (précaution d’autant plus nécessaire que le Pélagos cachait ce qui se passait au delà de la frontière), fut sans doute de très bonne heure mise à exécution. Il n’était pas nécessaire pour cela de bâtir une tour sur la cime même du promontoire, élevée de 300 m. au-dessus de la plaine. De fait, elle ne porte aujourd’hui qu’une chapelle d’Hagios Ilias, siège d’une panégyrie annuelle. Mais, en contre-bas du sommet, à environ 100 m. au-dessus de la plaine, une petite terrasse supporte les restes d’une belle tour carrée (4rn 30 de côté) en appareil polygonal comme ceux des murs de la ville (2) et probablement contemporaine de ceux-ci. De cet emplacement, le regard fouille toute la Mantinique et presque toute laTégéatide. En cas d’alerte, des signaux pouvaient donner l’alarme à la garnison de Mantinée. On ne saurait décider si le récit du transport d’Epaminondas sur cette hauteur est absolument légendaire, ou contient une part de vérité. En tout cas, le nom de Exoxyj lui est certainement antérieur et a suggéré la tradition locale recueillie par Pausanias. De toute façon, ce n’est ni sur le sommet ni même à la tour que le blessé put être transporté sans danger, mais plutôt sur les premières pentes d’où il pouvait encore dominer le champ de bataille. Fiedler et, d’après lui, Philippson (3) se sont mépris en identifiant Scopé avec la colline de Gourtzouli.
Le héros thébain ne fut pas enseveli sur la hauteur où il avait rendu le dernier soupir. Son tombeau fut élevé à l’endroit où la bataille avait commencé (xai a ùxov àcpévxa x-^v tyuy t(v sôa^av
(1) Paus. VIII, 11, 4 : ôiroôev o'e àxepXE7t£v kç ocùroÿç wvrfg. aÇov Sxo7T7|V ol exeixa. — Cf. en Messénie, le lieu dit Bàxxou Sxoxia'.. Anton. Liber. 23 (Nicander).
(2) Voy. les figures 4, p. 8, et 16, p. 112.
(3) Pelop. p . 94.
Tombeau
d’Epaminondas.
’ÉvOa ffœiffiv éysvETo -?) cup-PoX-rj — VIII, 11. 4), c’est-à-dire au point déjà signalé par Pausanias, en contre bas de Scopé, à la limite du Pélagos (1).
Fig. 16.
Tour de Mytika (Scopé), d’après Loring. Journ. of. Hell. Stud. XV. (J 895), pl. III, fig. 1.
Le monument primitif avait l’aspect d’un trophée : une colonne avec un bouclier où était figuré un dragon : « Sans doute, dit Pausanias, pour indiquer qu’Epaminondas était de la race de ceux qu’on nomme les Spartes », c’est-à-dire un descendant des héros nés des dents du dragon semées par Kadmos. Une inscription béotienne était gravée sur la colonne. L’empereur Hadrien en fit élever une seconde avec une épigramme de sa composition. Toutes mes recherches pour retrouver les restes de ce monument ont été vaines. Je n’accorde aucune créance aux affirmations de mes devanciers, en particulier à celle de Vietty qui prétendait avoir reconnu le tombeau dans la plaine de Tégée, entre les villages de Bosouna et de Mandsagra (2).
(1) 'Voy. le récit de la bataille de 362 aux Appendices. — L oracle signalant le Pélagos à la défiance d’Épaminondas et celui-ci ne mettant jamais le pied sur un bateau, est une légende locale inspirée par la mort du héros et par le nom du bois mantinéen (Paus. VIII, 11, 6).
(2) Puillon-Boblaye. Recherches géogr., p. 143. Il est possible que Vietty ait pris pour le tombeau d'Épaminondas le temple de Poséidon, Hermès et Héraclès signalé par Hoss près de Néochori. La Commissi n de Morée plaçait le champ de bataille beaucoup trop au Sud, entre Mandsagra et Bosouna, c’est-à-dire en pleine Tégéatide.
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS -
« A un stade au plus du tombeau d’Épaminondas est le sanctuaire de Zeus surnommé Charmon (1). » Les voyageurs (2) ont signalé, au pied de Mytika des fondations en blocs irréguliers qui ont pu appartenir au téménos de ce hiéron. Elles ont sans doute disparu au moment de la construction de la route nationale de Tripolis à Kakouri, qui suit exactement le tracé probable de l’ancienne chaussée de Mantinée à Pallantion.
Pausanias ne mentionne pas l’endroit exact où la frontière traversait la route. Mais il est probable que le temple de Zeus Charmon, où s’arrête sa description, marquait le point extrême du territoire mantinéen, à 31 stades de la porte I.
L’itinéraire précédent a dû être- parcouru par Pausanias en personne : une visite au tombeau d’Épaminondas était pour lui obligatoire ; mais il n’a pas décrit la section de cette route comprise dans les territoires tégéate et pallantin.
IV0. Route de Mantinée a Méthydrion.
« Pour aller à Méthydrion, ville autrefois, aujourd’hui bourgade dépendante de Mégalopolis, il y a une route qui part de Mantinée (3). » Vis-à-vis la trouée de Kapsia, une porte (K) s’ouvre à l’ouest de l’enceinte ; en face un petit pont franchit l’Ophis, mais aucun sentier moderne ne conduit de là à travers champs dans la direction des défilés du Ménale.
u Après trente stades de marche, on arrive à la plaine appelée Alcimédon (4). » Hors des murs, une vaste surface de champs couverts de vignobles étend jusqu’au pied des hauteurs un grand tapis de verdure. Puis s’ouvre le défilé de Kapsia, qui
(1) Pausan. VIII, 12, 1 : tou xotcpou Se tou ’E7tocp.£iV(ovoa pAXtorot 7tou oTaStou p.Tjxoç Àioç àcpÉ<7TT|X£v ispbv £7uxXy|<tiv Xàpfjuuvoç. Après la brève mention de ce sanctuaire, Pausanias reprend son développement sur le Pélagos, en énumérant les diverses espèces de chênes arcadiens. Il y a là une sorte de glose qui ne paraît pas à sa place.
(2) Üodwell, II, 421. Leake. Travels, 1, p. 100-101. Puillon-Boblaye. Recherches géogr., 142. « Au lieu le plus étroit de la plaine, sur la route de Pallantion, sont des ruines de murailles antiques qui n’ont point eu pour destination de fermer la plaine, mais qui appartiennent à quelque grand' édifice. On peut y placer le temple d’Hercule (tô 'HpàxXeiov) mentionné par Thucydide. » — Cf. Ross Reisen, p. 124.
(3) Paus., VIII, 12, 2.
(4) Ib., 7tpO£X0ôvTt os ffTaoiouç Tptâ/.ovTa Ttsoiov ts ovop.aÇôp.svov ’AXxipisocov.
Temple de Zeus Charmon,
Frontière
Porte K.
Plaine Alcimédon.
Les
Elisphasiens.
monte en pente douce jusqu’à un vallon pierreux, parallèle au Ménale et séparé de la plaine inférieure par une rangée de collines basses. Le milieu du vallon est exactement à 30 stades (oo50 m.) de la porte de Méthydrion. On peut donc sans incertitude l’identifier avec la plaine Alcimédon. Ce dernier nom est celui du héros, père de Phialo. Il est assez singulier qu’il soit resté au nominatif pour désigner la plaine (1). Pausanias
Fig. 17.
Vue du Ménale, prise du théâtre de Mantinée.
n’a connu que cette appellation mythique. Il ignore le district des Élisphasiens, cités parPolvbe (2). Au reste, c’est un territoire de maigres ressources que cette crevasse à demi comblée par les éboulements du Ménale, hérissée de grosses pierres, dévastée par un torrent capricieux et rongeur (3).
(1) Kayser. Zeitschrift f. Alterthumwissenschaft, 1850, propose la leçon AXxtfJLÉSoVTOÇ.
(2) Voy. plus loin, p. 128.
(3) On y voit quelques champs de blé. Les extrémités Nord et Sud possèdent chacune un dégagement, la première sur Lévidi par un petit col assez bas ; la deuxième par un sentier montagneux qui s’engage dans les ravines du massif d’Apano-Khrépa et bifurque d’un côté vers Tnpolis et le monastère d’Apano- Khrépa, par Perthori. de l’autre vers la gorge de l’Hélisson par Davia.
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Elle n’a jamais dû suffire à nourrir une population même de peu d’importance. Si les habitants modernes de Kapsia ne possédaient une partie des champs et des vignobles de la plaine, leur domaine propre les réduirait à la famine. C’est pourquoi nous supposons que le district des Élisphasiens n’était pas limité à ce pauvre vallon, mais qu’il comprenait aussi les pentes boisées de la montagne et les défilés jusqu’aux confins de Métbydrion, à l’ouest du canton d’Alonistaina.
« Au-dessus de la plaine s’élève le Mont Ostrakina ; sur cette montagne, se trouve une caverne, où habitait Alcimédon, l’un des héros (suit l’histoire de Phialo, d’Hercule et de la pie).... De cet oiseau la fontaine voisine a reçu le nom deKissa (la pie) (1). »
Leake (2) veut appliquer le nom d’Ostrakina à la hauteur comprise entre les défilés de Simiadès et de Kapsia. D’après lui ce nom provient des coquilles fossiles de la roche. Mais l’opinion de la commission de Morée est beaucoup plus vraisemblable. La colline visée par Leake n’a aucune importance (200 mètres au-dessus du fond). La montagne d’H1 2 * * 0S Ilias (1981 mètres), au Nord du défilé de Kardara, est, au contraire, un des massifs les plus imposants du Ménale. Son sommet gris et pelé, sa forme arrondie et rugueuse contrastent avec le pic voisin, l’Aïdini, une pyramide élancée et presque lisse. Sa vue éveille une comparaison naturelle, celle d’une écaille d’huître. Telle est, à notre avis, l’origine du mot Ostrakina. Car, pour ce qui est de l’étymologie proposée par Leake, elle n’est guère justifiée par la géologie des roches ménaliennes. Il eût été intéressant de reconnaître la caverne d’Alcimédon et la fontaine Kissa. Mais nous n’avons pu mener à bien cette recherche. C’est aux environs du hameau de Kardara qu’on aurait, croyons-nous, le plus de chance de les retrouver.
« A quarante stades, à partir de la source, est l’endroit appelé Pétrqsaka. C’est la limite entre les territoires de Mégalopolis et de Mantinée (3). » Calculée à partir de Kardara, cette distance (7400m) aboutit exactement au col du Mont Phalanthon, au-
(1) Paus. VIII, 12, 2 : xai Cntèp tou teoi'ou xb o poç êfjxîv Vj ’Ooxpaxtva, Iv os aùxco Gir/jXaiov. . . ’Eçlxsivou os 7] nlr^lov 7t7jy7] Kioffa àno XY[Ç oovtôoç bvop.aÇsxai. — Voy. plus loin, p. 282.
(2) Peloponnexiaca, p- 229 sq.
(1!) Pausan. VIII, 12, 2 : Tsoffapâxo\xa os àirb xt|ç TiTjyYjç craoia àcps<7T7)X£
IIsTpOGâxa xaÀoûgsvov yu> piov ‘ MsyaXoTtoÀ'.xwv os xai Mavx'.vécov oooç
SGTIV 7] EtsXOOGXXa.
Mont Ostrakina, grotte et fontaine Kissa.
Pétrosaca .
dessus d’Alonistaina. Toutes les cartes ont tracé la frontière de Mantinée sur le dos du Ménale. Mais on doit admettre qu’elle se prolongeait, du moins au N.-O., au-delà du district ménalien, dépendance de la Mantinique. La vallée supérieure de l’Hélisson n’appartenait pas à Méthydrion, dont le Phalanthon est, à l’Est, la limite naturelle. A l’époque de sa toute-puissance, dans la première moitié du Ve siècle, Mantinée avait rêvé et accompli l’annexion de la Ménalie, et même de la Parrhasie. Les villes de ce territoire sont mal connues. Le bassin de l’Hélisson n’est pas une vallée continue, mais une gorge tourmentée, subdivisée en plusieurs compartiments : le canton supérieur, correspondant au district d’Alonistaina, est un pays à part où l’on ne peut placer aucune des villes antiques citées par Pausanias dans son itinéraire de Mégalopolis à Méthydrion (1). Le canton ne peut être que celui des Élisphasiens de Polybe, relié parle défilé de Kardara à la plaine Alcimédon. Il était resté à Mantinée, au temps de Pausanias, comme un débris de ses anciennes possessions dans la région ménalienne.
Cette route de Mantinée à Méthydrion est une des plus pittoresques des environs de la Haute Plaine. Au-delà de Kardara, misérable hameau de charbonniers ( J 96 hab.), le chemin pénètre dans une gorge sauvage entre les flancs boisés de l’Ostrakina et l’Aïdini. Il suit le lit caillouteux du Xérias. On arrive au bout d’une heure et quart au col du Ménale. La vue s’étend à l’Ouest sur une région houleuse où des mamelons gris, rougeâtres et pelés sont vêtus de rares mélèzes. A gauche les pentes de l’Aïdini s'arrêtent brusquement comme une muraille de roches aux tons fauves. Ou descend dans une vallée tourmentée, en laissant à droite une jolie colline qu’escaladent les sapins jusqu’au sommet couronné par les chapelles d’H0S Andréas et d’Ha Triada. On franchit un torrent, affluent de l’Hélisson, et l’on remonte le versant du Phalanthon, en passant par le gros village d’Alonistaina, d’où s’échappe en mugissant une source abondante, qui va grossir un bras de la rivière. Ce dernier ravin d’une fraîcheur exquise, conduit en une demi-heure au col du Phalanthon d’où l’on domine la plaine onduleuse et crevassée de Méthydrion. C’est sur ce point que devait se trouver la frontière Man tinéenne. Quant à l’endroit appelé Pétrosaca , c’était sans doute
(I) La dernière des villes mentionnées par lui correspondrait à Piana, suivant Rangabé (Excursion en Arcadie, p. 109), et non à Libovisi, comme le propose Curtius. Voy. sur le MatviAtov ttcSlov : Loring, Journ. ofhel. stud. 1895, p. 76.
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
une petite, place forte, une ■Ko\lyy-r\ dépendant des Élisphasiens. Etienne de Byzance (1) l’appelle ywplov, et dit que l’ethnique était IIsTpocaxaïoç. C’était donc un lieu habité.
La route précédente ne rentre pas, semble-t-il, dans la catégorie de celles que .Pausanias a parcourues lui-même. Tous les éléments de sa description paraissent être tirés de seconde main.
V°. Routes de Mantinée a Orchomène
« Outre les routes précédemment décrites, il y en a deux autres vers Orchomène. Sur l’une, on trouve le stade dit de Ladas, qui est l’endroit où Ladas s’exerçait à la course ; tout auprès, il y a un hiéron d’Artémis, et à droite de la route une butte élevée ; c’est, dit-on, le tombeau de Pénélope (2). »
Les deux portes (A, B) qui correspondent à ces deux routes font face à la colline de Gourtzouli. Elles sont distantes de 400 mètres. C’est, nous allons le prouver, par la plus orientale (B) que nous devons commencer. Du stade de Ladas et du hiéron d’Artémis, il ne subsiste rien. Ils étaient à gauche de la route. Quant au y«aa ü'jr/iXôv dont la tradition locale faisait le tombeau de Pénélope, la butte de Gourtzouli est le seul accident de terrain qui puisse lui être assimilé (3). D’après l’opinion accréditée par la Commission de Morée, cette hauteur répondrait à la Ptolis, la citadelle de Mantinée. Mais rien n’est moins prouvé. La forme de cette colline, arrondie en cône régulier, lui donne une étonnante ressemblance avec un tumulus gigantesque (4). Elle n’a jamais pu servir de base à une installation de quelque importance. Les flancs en sont abrupts, la montée
(1) Steph. Byz. nsxpoaàxa, ycoptov ’ApxaSia ç ' b oixTjxiop n expocraxaToç.
(2) Pausan. VIII, 12, 3 : 'Eut Sè oSol; xocïç xaxstXsyfjLÉvai; Suo sç ’Opyo- [levov eifftv aXXai, xal x9] p.Év saxi xaXoup.£vov Aioa cnrâotov, eç o £7tot£Ïxo AotSaç p.£X£X7]V 8pôp.ou, xal irap ’ aùxb ÎEpov ’ApxépuSoç, xal èv ÔE^ia x-qç ôooü yqç ywpia u^qXôv ’ n7ïVEXÔ7rT|Ç Se slvat xàcpov ipaffiv.
(3) Ces lignes étaient écrites depuis longtemps (novembre 1894) quand j’ai eu connaissance (août 1893) de l’article de M. Loring ( Journal of hellen. Studies, 1893, p. 84) où il arrive de son côté à la même conclusion. Ava'nt d’avoir serré de près le texte de Pausanias, j’avais autrefois suivi dans le Guide Joanne (Grèce, II, 1891, p. 381) l’opinion courante.
(4) Un exemple analogue de butte naturelle assimilée par la légende à un tumulus héroïque est fourni par le tertre de Khrysovitsi où l’on plaçait le tombeau de Kallisto (Rangabé. Excursion en Arcad., p. 109). Voyez aussi le tombeau d’Aréïthoos. Sur l’Identité de Pénélope et d’Artémis, voy. p. 247.
Première route.
Stade de Ladas et sanctuaire d’Artémis.
Tombeau de Pénélope (Butte
de Gourtzouli).
Ptolis.
Fontaine Alalcoméneia .
incommode ; le sommet trop pointu suffit, tout juste à la petite chapelle qui le couronne. On ne retrouve aucune trace d’un travail quelconque pour aménager une plate-forme un peu plus spacieuse, et sur les flancs, aucun vestige de fortification ni de soutènement. Quant à dire que cette butte était l’Acropole désignée de la ville située en plaine, c’est ne tenir nul compte de l’état des lieux. Le centre de la colline est à mille mètres en dehors de l’enceinte. Elle n’a jamais été comprise dans le tracé, ni de l’ancienne, ni de la nouvelle Mantinée; elle n’a pas été reliée au système défensif imaginé par les ingénieurs d’Epaminondas. Son éloignement la rendait inutile, en cas de siège, à l’ennemi comme à l’assiégé (1).
La route ancienne ainsi que la chaussée actuelle de Tripolis à Kakouri, passait au pied de la butte ; on l’avait à main droite en allant a Orchomène.
« A partir de ce tombeau, il y a une petite étendue de plaine, et au milieu de la plaine une montagne qui porte encore les ruines de l’ancienne Mantinée : l’endroit s’appelle aujourd’hui Ptolis (2). » En effet, à 2000™ au N. de Gourtzouli, on rencontre une seconde colline isolée, moins haute de moitié et plus étalée que la précédente. Bien qu’aucune ruine n’y ait été remarquée, on peut admettre, avec Leake, que la position était propice à l'établissement d’une ville primitive. En tous cas c’est celle qui concorde le mieux avec les indications suivantes de Pausanias.
« En s’avançant quelque peu au nord de ce point, on trouve la source d’Alalcoméneia (3). » — Nous avons signalé (4) deux sources qui peuvent répondre à la fontaine Alalcoméneia : 1° la source Karyda, située, d’après Yirlet(o), à 1.200 mètres au S. de Kakouri et à 5.300 mètres des ruines de Mantinée ; 2° la source
(1) Voy. plus loin, p. 134. — Leake avait défendu la même opinion (Pelop., p. 281) ; ses arguments me semblent avoir gardé toute leur force.
(2) Le texte de Pausanias (VIII, 12, 4) : xoü xxcpou Se 'éyexai toutou Tteotov où (Asya, xai opoç eartv èv xùi TteSup, xi IpeiTtta ext Mavxivetaç ’éyov x-qç àpyataç ' xaXetxai 8s xb yioptov xouxo ecp ’ tjjjuov IItqAiç, pourrait être corrigé, comme le propose Leake, delà façon suivante : eyexai toutou 7ieotov, xat opoç où (j.éya. x. t. À. Le simple déplacement de la virgule après çreotov Redonnerait pas une construction bien correcte M. Loring rappelle que Pausanias qualifie la butte du Krésion, en Tégéatide, de opoç où pi.éya (VIII, 44, 7).
(3) Paus. VIII, 12, 4 : xaxà Se xb ttooç aoxxov aùxr|Ç TtoosXfJûvxi bobv où fxaxpàv ’A^aXxop-svetaç ecxt irqyTj.
(4) Voy. plus haut, p. 50-51.
(5) Puillon-Boblaye. Rech. géogr., p. 149.
LES ROUTES HISTORIQUES DÉCRITES PAR PAUSANIAS
marquée sur notre carte et un peu plus rapprochée de la Ptolis semble mieux répondre au npoeldovn bohv où p.axpàv de Pausanias. Ces mots, en tous cas, se comprennent très bien, si l’on prend pour point de départ la dernière colline. Mais si l’on vise celle de Gourtzouli, ces termes, appliqués alors à une distance de 4 kilomètres ou 22 stades au moins, paraîtront bien impropres, surtout en un pays où les plus longs trajets ne dépassent guère 30 ou 40 stades de la capitale à la frontière.
« A 30 stades de la ville (1), sont les ruines du bourg appelé Maira. Cette distance (3530 m.) conduit exactement aux premières maisons situées en contre-bas du village de Ivakouri, à l’entrée de la passe. Là, sur un petit mamelon qui traversait l’ancienne route, Virlet avait remarqué <x les soubassements d’un temple et diverses ruines (2). » Rien de tout cela ne ligure sur le carton spécial de la Commission.
La bourgade antique dominait donc la lisière de la plaine, tandis que le village moderne de Kakouri est plus au nord sur un bastion rocheux au croisement de deux ravins torrentiels. La frontière coupait la gorge de Kakouri vers le milieu. Ce passage était carrossable, car la montée est peu sensible. On passe presque de plain pied de la Mantinique dans la plaine d’Orchomène, avantage qu’on pouvait acheter au prix d’un détour. Mais cette route en avait un autre, plus précieux encore : traversant la partie la plus haute et par conséquent toujours sèche de la plaine mantinéenne, elle restait praticable en toute saison, tandis que la partie occidentale, en hiver, devenait boueuse et peu sûre.
« Reste l’autre route d’Orchomène, celle qui rencontre le Mont Anchisia, et, au pied de cette montagne, le tombeau d’Anchise... Près du tombeau d’Anchise sont les ruines d’un sanctuaire d’Aphrodite (3). » Cette route partait de la porte A et traversait la plaine presque en ligne droite jusqu’au pied de l’Ancbisia. A gauche s’étendait la partie la plus basse de la Mantinique, aujourd’hui le Kumbos tis Milias (Champ du Pommier). Submergée en hiver, détrempée tout l’été, elle est le réservoir marécageux
des eaux que les katavothres refusent d’absorber. L’Ophis, le
(1) Schubart, dans son édition, a eu tort d'écrire : ttjç IlTÔAetoç, au lieu de ttjç TtôÀstoç, leçon des anciens textes.
(2) Puillon-Boblaye. Rech. géogr., p. 149.
(3) Pausan. VI 11, 12, 5 : AsutETai os eti tûv ôotov vj èç ’Op/ojxevov, xa6 vjvTiva ’A^yiG'.a te opoç xat ’Ayyloou p-v-Tigct scttiv bnb toü opouç toiç 7tog,,'v . . . llpôç Se toü ’Ay^ttjou tco Tâa>cp êpsiTuâ sgtiv ’AcppooiTy; ÎEpoü.
Maira .
Deuxième route d’Orchomène.
Tombeau d’Anchise et sanctuaire d’Aphrodite.
Mont Anchisia.
Temple d'Artémis Hymnia.
ruisseau de Pikerni, la source et le ruisseau de Sartsi, ne la laissent jamais à sec(l). Aussi le maïs et le hachisch y prospèrent dans l’humidité. Au bout de 6 kilom. (32 stades) on atteint le pied de l’Anchisia, à une auberge marquée sur la carte de la Commission de Morée sous le nom de Khani de Bilaï (2).
Des pierres de taille antiques sont encore reconnaissables parmi la bâtisse moderne. Aussi tous les voyageurs sont-ils unanimes à identifier cet emplacement avec celui du temple d’Aphrodite. Aussitôt après, le chemin actuel (route de Tripolis à Patras), gravit la pente abrupte de l’Anchisia, haut d’environ 130 mètres au-dessus de la plaine. On arrive après une montée de 20 minutes à un col où devait passer la frontière entre Mantinée et Orchomène.
« Les limites des Mantinéens du côté d’Orchomène sont sur les Anchisiai (3).
« Sur le territoire orchoménien, à gauche du chemin qui descend des Anchisiai sur le penchant de la montagne, se trouve le temple d’Artémis Hymnia : il est communaux Orchoméniens et aux Mantinéens (4). » En effet, à la descente de l’autre revers, la route directe d’Orchomène (Kalpaki) croise un chemin qui se dirige à l’Est du côté de Lévidi (Elymia). A 1.300 mètres du croisement se détache de l’Anchisia une petite butte ombragée d’arbres et couronnée d’une chapelle. Là est l’emplacement probable du temple. La Commission de Morée parle de soubassements antiques sous la chapelle ; nous ne les avons pas reconnus.
Les deux routes précédentes devaient se rejoindre sur le territoire orchoménien, au pied du Trachys. Il semble que Pausanias les a parcourues toutes deux en personne. C’est par
(t) Puillon-Boblaye (Recherches géngr . , p. 142) semble rapprocher ce fait du nomdes Elisphasiens « nom peut-être altéréd’un dème qui occupait l'emplacement marécageux, au couchant de Mantinée. » Il est possible, en effet, que tout ce district dépendît, autrefois comme aujourd’hui, du bourg installé sur l’emplacement de Kapsia. Car jamais cette partie de la plaine n’a pu être habitée : tout au plus pouvait-elle servir à la culture.
(2) Aujourd’hui xoïï Toupvtxuôxq.
(3) Paus. VIII, 12, 5 : xai Mavxtv;cov opot Txpoç ’Op^op.Evtouç xal âv xatç ’Ayyrai'at; slalv. — Le nom de la montagne était 7] ’Àyytcia ; le col, qui la divisait en deux, s’appelait ou 'Ay/ictat.
(4) Pausan. V III, 13, 1 : ’Ev oe xvj yuipa ir\ ’Op^op-svtwv, Iv àpicxepa xrjç booü xtjç cnto ’Ayyuïuov, ev Ü7rxiu> xoù opouç xb ieoov saxi xqç 'Tjj-viaç ’ApxéjjuSoç.
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la seconde qu’il a passé du pays de Mantinée dans celui d’Orchomène.
Le tracé précédent des deux routes d’Orchomène concorde Théorie de Leake de tout point avec les données positives de Pausanias. Les et de
. . M. Loring.
distances qu il indique s y retrouvent sans le moindre écart.
Notre combinaison ditïère de celle qu’on avait adoptée jusqu’ici en ce qu’elle reporte les deux voies à l’ouest des buttes de Gourtzouli et de la Ptolis. Cet amendement me paraît imposé :
1° par la mention du //ou. a à droite de la route ; 2“ par
l’orientation N. -O. des deux portes (A, B) de la ville qui regardent l’Orc’noménie. De lait, aujourd’hui la route nationale moderne de Tripolis à Kakouriqui sort de Mantinée entre ces deux portes est obligée d’incliner sensiblement vers l’E. pour côtoyer à l’O. la base de Gourtzouli et celle de la Ptolis. Elle coïncide assez exactement avec le parcours de la plus orientale des routes de Pausanias. L’étude du terrain, jointe à celle de Pau sanias, semble favorable à notre tracé.
Cependant M. Loring (1), tout en reproduisant les anciens tracés de la Commission de Morée, propose de leur adapter la combinaison suivante : 1° la route Ouest, qui aboutit au Khani de Bilaï et prise d’ordinaire pour la route de l’Anchisia, devient celle de Maira. Pour cela, il transporte Maira aux environs dudit Khani ; 2° la route Est répond à la route de l’Anchisia.
Par suite l’Anchisia est lui-même reporté au Mont Arméniadès et le temple d’Aphrodite, avec le tombeau d’Anchise, émigrent aux alentours de Kakouri. C’est en somme une transposition sur l’ancien thème topographique du texte de Pausanias.
M. Loring il est vrai, prétend non pas transposer, mais redresser une transposition traditionnelle et mal fondée. En effet, l’ancienne théorie suppose de la part de Pausanias une infraction à son plan descriptif. Or, tandis qu’il a énuméré dans leur ordre topographique, à partir du coin N.-E. en passant par l’E. et le Sud, toutes les voies rayonnant autour de Mantinée, pourquoi romprait-il cet ordre à la fin? Pourquoi la route qui est, par l’orientation, la dernière du cycle, prendrait-elle dans le texte le pas sur l’avant-dernière ? — Cette objection ne me paraît pas décisive. Pausanias, devant passer en Orchoménie, sait qu’il trouvera sur sa gauche, presque aux confins des deux territoires, le temple d’Artémis Hymnia. Ce sanctuaire, commun
(1) Journ. of. hellen. Stud. XV (1895), p. 84.
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aux deux États, lui sert de transition d’un chapitre à l’autre, transition nullement artificielle, mais obligatoire, puisque l’édifice est le premier qu’il rencontre au delà de la frontière mantinéenne. Il s’arrange donc de façon à terminer la description de la Mantinique par l’itinéraire le plus voisin du temple, c’est-à-dire par sa route de sortie.
Maintenant, doit-on adopter comme telle celle de Kakouri identifiée au chemin de l’Anchisia par M. Loring? En ne tenant compte ni de l’orientation des portes (1), ni des chemins modernes, ni de l’existence de Kakouri et des sources voisines, on pourrait prétendre d’une part qu’au temple d’Aphrodite et au tombeau d’Anchise répondent le mamelon et les ruines signalées par Virlet; d’autre part que le Khani de Bilaï et ses vestiges antiques tombent précisément à 30 stades de Mantinée ; qu’ils répondent donc aux ruines de Maira, enfin qu’à la 7rqy7j d’Alalcoménéia correspond le puits voisin (2) du khani.
En somme, abstraction faite de toutes les difficultés de détail que le tracé de M. Loring ne résout pas, la question décisive reste celle de l’emplacement de Maira. Ce bourg est-il susceptible du déplacement proposé? Je ne le crois pas. pour plusieurs raisons : 1° Reporté au Khani de Bilaï (et même un peu plus au Sud), installé en plaine (car ni la distance ni la montée ne permettent de le reculer plus au Nord), situé à la descente du col, ce village se serait trouvé dans la pire position défensive qu’on puisse imaginer à l’égard des Orchoméniens. Il aurait eu à craindre toutes les surprises d’un ennemi dévalant de la montagne en avalanche. Or, tous les autres bourgs de la plaine sont situés dans une position dominante ; 2° cette partie basse de la
(1) On pourrait, à ta rigueur, alléguer la porte C et le chemin qui en sort, d'après le carton de la Commission de Morée, pour contourner à l'Est, les deux buttes. Mais alors, des deux portes A et B, l’une demeure sans emploi.
(2) Encore cette position n’est-elle guère satisfaisante, eu égard aux termes de Pausanias : xaxà oe 7cpbç aoxtov aù'rqç (de la Ptolis) TtpoeXOôvTt 68ôv où gaxoàv. En efïet : 1° la Ptolis est bien loin sur la droite de la route, qu'on est censé suivre à partir de Gourtzouli, pour être décrite sur cette route plutôt que sur l'autre, qui passe tout auprès. [On peut, il est vrai, répondre par l’exemple de l’Alésion et du Stade et corriger le texte (voy. p. 118, n1 2* 2)) ; 2° la direction est transversale, N. -0., non pas Nord, surtout prise de la Ptolis pour allerau Khani. On reproche à Pausanias de manquer de boussole Raison de plus pour ne pas réclamer quand il prend la peine de nous orienter; 3° enfin, entre la Ptolis et le Khani, on compte plus de 3 kilomètres, soit 17 ou 18 stades. C’est une dislance, surtout pour la Mantinique. Or, Pausanias dit : npoeXOcrm oSov où piaxoav. Que d’invraisemblances !
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plaine, inondée en hiver, ne comportait aucun établissement fixe : toutes les eaux venues de l’Est s’y donnent rendez-vous. Route impraticable en hiver, séjour malsain en tout temps, tel eût été l’apanage de Maira ; 3" enfin, il n’y a pas d’autre trace d’une habitation permanente à cet endroit que le Khani où les agoyates et leurs bêtes viennent boire le coup de la montée ; au contraire, de l’autre côté Kakouri existe en un point où la présence d’une iroÀfyvij s’imposait pour défendre le défilé. Maira s’y trouvait à l’abri d’une surprise et dans une position saine ; 4° Après Maira, Pausanias ne dit rien de la frontière. Si Maira eût occupé le site du Khani, il y aurait là une lacune, puisque la frontière devait courir sur la crête du col. Avec Maira postefrontière dans la cluse de Kakouri, cette mention devenait superflue (l).
Pour toutes ces raisons et d’autres que la seule vue de la carte suggère, il me semble impossible de placer Maira ailleurs qu’à Kakouri, et par suite d’adopter sur les routes de Mantinée à Orchomène l’interprétation de Leake, reprise par M. Loring. Elle soulève trop d’invraisemblances pour un scrupule de symétrie arbitrairement prêté à Pausanias.
VI0. Autres chemins omis par Pausanias.
Les itinéraires que nous venons de passer en revue sous la conduite de Pausanias ne donnent pas une idée complète du réseau mantinéen. Il existait d’autres voies de communication dont le Périégète n’a point parlé. Au sud, entre les de ux Xewcpôpot de Pallantion et de Tégée, un chemin desservait le milieu de la plaine et aboutissait sans doute au fond de la
(1) M. Loring, en donnant le nom d’Anchisia au moderne Arméniadis, semble vouloir rendre hommage à l'importance de cette montagne : « a conspicuous landmark visible from ail paris of the Mantineian plain. » Précisément, cette importance me paraît hors de proportion avec le personnage d’Anchise. C’est vouloir infliger à la montagne le nom du ridicuLus mus. Les héros avaient droit aux honneurs d'un tertre, d’un ywp.a yqç naturel ou artificiel, comme ceux de Pénélope, de Callisto,d’Aréïttioos ; mais les grands monts appartenaient aux dieux. La hauteur qui domine le Khani de Bilaï, avec ses proportions plus modestes, convient mieux au vieux Dardauien. De plus, on doit remarquer que Pausanias est capable de passer auprès des montagnes les plus colossales sans éprouver le besoin de savoir ni de nous dire leurs noms. De toule façon, l'argument est p u f >nde : mieux vaut continuer à considérer l’Arméniadis comme partie du Trachys. — Voy. sur Maira et Alalcoménia, p. 273.
Tégéatide, au bourg des Manthyréens. A l’Est, un raccourci gravissait directement l’Alésion par un ravin qui fait face à la poterne voisine de la source Yaréli, suivait un sillon intérieur de la montagne, desservait le stade et le bois de Déméter, et rejoignait la route de Nestané dans l’Argon Pédion. Au Nord Est, un autre chemin contournait la butte de Gourtzouli à l’Est, et gagnait le point de suture de l’Alésion et de l’Arméniadis : de là il montait, par un ravin rocailleux, à un col fort élevé (1115 m.) entre l’Arméniadis et le Lyrkeion et redescendait dans la vallée d’Aléa. A l'Ouest un embranchement de la route de l’Anchisia conduisait à la plaine Alcimédon par le défilé de Simiadès ; de là obliquait au Nord pour aboutir à Élymia. De même un autre chemin bifurquait de la route de Méthydrion dans la partie sud de la même plaine, puis se subdivisait en plusieurs sentiers qui donnaient accès, d’une part dans la gorge de l’Hélisson, dans le pays de Mainalos (aux Triodoi) et de là dans la Parrhasie et le pays de Mégalopolis, d’autre part dans la plaine d’Aséa. Il va sans dire que nombre de sentiers vicinaux reliaient entre elles les parties éloignées des routes principales et donnaient accès dans les coins les plus reculés de la plaine. Les bourgs devaient communiquer directement entre eux ; aujourd’hui, par exemple Pikerni et Kakouri sont rattachés par un sentier particulier.
Fig 18.
Chapiteau provenant du temple de Poséidon Hippios.