IX
(3) Hérod., IV, 148 — VIII, 73. — Meyer ( ibid ., p. 195) attribue à ces récits une origine purement mythique, les Minyens désignant les Argonautes. Mais la parenté des Minyens avec les Tripbyliens est déjà attestée par YOdyssée, A, 281 (Nélée de Pylos épouse Chloris d’Orchomène) et par l 'Iliade, A, 722, où entre Pylos et l’Alphée est un fleuve Mivu-qioç. D’autre part, la parenté des Triphyliens et des Arcadiens est symbolisée par Triphylos, fils d’Arcas.
(4) Agamédès, fils de Stymphélos (Paus. VIII, 4, 8) et Lébados, fondateur de Lébadée, siège de l’oracle de Trophonios, fils de Lycaon (Plut. Quœst. gr. 39).
LES HABITANTS
du plus considérable des groupes arcadiens, ensuite les rapports étroits et difficilement explicables autrement entre Cyrène et Mantinée, toutes ces coïncidences constituent autant de présomptions en faveur de cette hypothèse.
Le nom du second fils d’Arcas, Elatos, nous reporte encore à la Grèce centrale et même en Thessalie , si l’on adopte son récent état civil (1). D’après le cycle arcadien, Elatos, né en Arcadie, avait poussé ses conquêtes jusqu’en Phocide où la ville d’Élatée garda son nom (2). Mais cet ordre assez anormal de la légende prouve que les Arcadiens préféraient le rôle d’envahisseurs à celui d’envahis : la marche réelle de la migration devait être inverse. Le point de départ d’Elatos est au pied de l’Ossa, chez les Lapithes (3), dans la ville d’Elatée thessalienne, la première en date. On le retrouve ensuite en Phocide, où il fonda la seconde Elatée, et enfin en Arcadie où il occupe la région du Cyilène et la Haute-Plaine (4) : sa statue se voyait sur l’agora de Tégée (3). Les légendes thessaliennes, celle du combat des Lapithes et des Centaures en particulier, ont envahi l’Élide. On a aussi soutenu que le culte si important, dans le Péloponnèse central, à Thelpousa et à Mantinée, de Poséidon Hippios y avait été introduit par les Lapithes : Elatos serait une hypostase du dieu (6). Mais, on le verra plus loin, ce point est loin d’être établi : c’est déjà beaucoup d’admettre la présence des Lapithes au cœur de la péninsule, à Phénéos (7), à Tégée et au-delà.
On a voulu aussi faire jouer un rôle considérable à une tribu de même origine que les Lapithes, celle des Phlégyens. Les deux peuplades voisinaient en Thessalie : les Phlégyens étaient répartis autour de Gyrton et honoraient spécialement Asklépios, né, disaient-ils, chez eux, dans la plaine dotienne, des amours
(1) Schultz. Phlegyersagen. — Wilamowitz-Mûllendorff. lsyllos.
(2) Pausan. VIII, 4, 4.
(3) Strab. IX, b, 19.
(4) Il avait reçu Orchomène, Mantinée et la Cynurie, suivant les uns (Euslath. ad Dion. Perieg. Didot. Geogr. min. II, p. 417); tout l’empire d’Areas, suivant d’autres (Apollod. III, 9, 2).
(o) Paus. VIII, 48,6.
(6) Immerwahr. Kulle Arcad., p. 40.
(7) Sur les Lapithes à Phénéos, Diod. IV, 70.
Élatos
et les Lapithes
Les Phlégyens.
d’Apollon et de Koronis, fille de Phlégyas (1). Ischys, fils d’Élatos, intervenait dans cette légende comme séducteur de Koronis. Phlégyas et sa bande descendent ensuite en Béotie; on y retrouve Koronis, masculinisée en Koronos, comme éponyme de Koronée. Les Phlégyens s’imposèrent aux Minyens : Phlégyas figure dans les généalogies avant Minyas (2). Ils portèrent secours aux Thébains, attaqués par l’Argien Adrastos et ses mercenaires arcadiens (3). Leur humeur batailleuse les poussa en Phocide ; ils s’attaquèrent au temple de Delphes et à leurs anciens voisins de Tliessalie, les Lapithes d’Élatée, fixés en Phocide (4), car tel doit être le sens de la légende qui représente Élatos accourant d’Arcadie au secours d’Élatée. Ensuite, on les retrouve en Argolide, où ils apportent leur dieu Asklépios (3), qui se répand de là par toute l’Arcadie, à Thelpousa, à Kleitor, à Gortys : le nom même de cette dernière semble un ressouvenir de la métropole phlégyenne, Gyrton (6).
Ces trois rameaux béotiens, les Minyens, les Lapithes et les Phlégyens durent fusionner leurs races et leurs légendes : Azan est censé avoir épousé une femme lapithe, Hippolyte, fille de Dexaménos, symbole de l’union des Azaniens et des Lapithes (7). Une union semblable se produisit entre les Azaniens et les Phlégyens, car la fille de Phlégyas, Koronis, est qualifiée d’Azanienne dans l’Hymne Pythien (8). Enfin, Ischys, fils d’Élatos et séducteur de Koronis, figure dans la généalogie arcadienne des Élatides, entre Kyllen et Stymphélos (9), établissant un trait d’union entre les Lapithes et les Phlégyens.
(1) Fragment 147 des Grandes Éées, ap. Strab. XI, 5, 22. XIV, 1, 40. Sur cette légende, voy. Wilamowitz-Môllendorf. Isyllos. ( Philol . Untersuchungen. 1880, p. 58 et 70) et Schultz. Phlegyersagen (Neue Jahrbiich. f. klas. philol. 1882, p. 345 sq. ) . — Lechat-Defrasse. Épidaure, p. 17-32.
(2) Pausan. IX, 9, 2.
(3) Pausan. IX, 9, 2. — X, 7, 1 .
(4) Ibid., IX, 36, 2. — X, 7, 1.
(5) Paus. II, 26, 4 .
(6) Wilamowitz-Môllendorf. Isyllos., p. 55. L’Asklépiéion de Titané, bourgade perdue dans le ravin de l’Asopos, rappelait ses origines phlégyennes par plusieurs détails : le culte des Asklépiades Alexanor et Evhamérion: le surnom de rofTuvioç donné à Asklépios, et le nom même de Titanos, dérivé de la Titané thessalienne.
(7) Diod. IV, P3.
(9) Paus. VIII, 4, 49, — X, 4, 3. - Pindare, Pyth. III, 27-30.
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Le groupe azanien étendit son influence jusqu’au sud du Lycée, à Phigalie : Kleitor, fils d’Azan, s’installe à Lycosoura. Sous la rubrique générale d’Azanie, Étienne de Byzance énumère trois provinces : l’Azanie propre, la Trapézontie et la Parrhasie avec un total de 17 villes (1). L’ethnique Azanien est toujours resté en usage (2).
Les groupes lapithe et phlégyen représentés par Élatos occupèrent surtout l’Arcadie du nord-est et de l’est, depuis Phénéos jusqu’à Tégée ; mais en réalité ces trois groupes durent se pénétrer et se fondre par d’incessants échanges de population et de religion.
Les Lapithes installés dans la région du Cyllène durent céder le pas à un groupe représenté par l’importante personnalité d’Æpytos. Æpytos, donné comme fils d’Élatos, avait son tombeau sur le mont Sépia, près des sources sacrées d’Hermès, les Tricrènes(3). Ce héros est certainement une hypostase d’Hermès, car outre son tombeau voisin du Cyllène, la montagne sacrée de l’Hermès Arcadien, Pausanias cite, à Tégée, une statue d’Hermès- Æpytos (4). Étant donnée d’une part la liaison entre Hermès et Æpytos, d’autre part l’identité de l’Æpytos du Cyllène avec son homonyme messénien (5) étant alléguée par l’intermédaire de l’Æpytis, région mitoyenne entre la Messénie et l’Arcadie méridionale, on en a déduit l’origine messénienne des Æpytides arcadiens et du culte du Cyllène (6). A vrai dire, la priorité des Æpytides messéniens sur ceux d’Arcadie est affirmée par certains savants, plutôt que démontrée (7). Aucune preuve péremp-
(1) Paus. VIII, 4, 3. — Et. Byz. s. v ., ’AÇavia.
(2) Un olympionique sequalilie d’Azanien de Pellène (Pausan. VI, 8, 5).
(3) Uiad. II, 604. — Hésiod. fr., 133. — Paus., VIII, 16, 2.
(4) Pausan. VIII, 47, 4.
(5) Paus. IV. 3, 8. — 9, 5. — Diod. VIII. 8. — Apollod., II, 8, 5.
(6) Immerwahr. Kulle Arcad., p. 81 et suiv. — Meyer. Gesch. d. Alterth., II, p. 263. — D’après Immerwahr. les étapes de l'Hermès messénien avant d’arriver au Cyllène seraient l’Æpytis, l’Élide et l’Achaïe.
(7) Immerwahr invoque pour cela ( ib . p. 89) : 1° le fait qu’Æpytos et Myrtilos, fils d’Hermès (dont la légende se retrouve à Olympie) sont enterrés à Phénéos. 2° l’absence du nom de Cyllène en Arcadie, au moment du partage entre les fils d’Arcas (Paus. VIII, 4, 3). — A quoi l'on peut répondre : 1° D’attribution d'un tombeau à un héros indique souvent l’autochthonie et le caractère chthonien de ce héros (Sur le tombeau d’Agamemnon, à Amyclées. Pausan. III, 19, 6. Sam. Wide. Lakon. kulte , p. 333.— Meyer. Gesch, d. Allerih., p.187). — 2° La présence de Myrtilos à Phénéos peut s’expliquer par le culte de Poséidon Hippios et l’élevage du cheval à Phénéos. Sa légende peut être d’origine argienne. 3° Le prétendu transfert du nom de Cyllène, port d’Élide, à la montagne arcadienne, n’a rien de commun avec le culte d’Hermès.
Æpytos .
Apheidas et les Achéens d’Argolide.
toire ne peut être opposée à la thèse contraire, qui fait de l’Æpytos du Cyllène l’ancêtre du Messénien(l). Dans le sacrilège d’Æpytos II, puni pour avoir tranché le fil qui barrait l’entrée du sanctuaire de Poséidon Hippios à Mantinée, on peut reconnaître l’indice d’un conflit entre les sectateurs d’Hermès et ceux de Poséidon (2). Mais le lait ne nous renseigne pas sur l’origine des uns et des autres. En somme, les théories nouvelles n’annulent pas celle-ci : l’Hermès du Cyllène serait un dieu local d’origine pélasgique, fortement influencé par les cultes argiens.
C’est, sûrement à l’Argolide que nous ramène le nom d’Apheidas, le cadet des fils d’Arcas, celui à qui échut le pays de Tégée, le lot d’Apheidas, T’AcpetoâvTEioç xX~qpoç des poètes (3). La légende locale de Tégée attestait l’arrivée tardive des Apheidantes, le plus récent des neuf dèmes tégéates. D’où venaient-ils? On peut rapprocher ce vocable de l’épithète d’Apidanéens donnée par les poètes aux Arcadiens : ’ApxâBsç ’A7ttoavrieç, ’Aïuoaveïç, ’Ain- Bôveç, ’AiuSovtieç (4). Or, les noms d’Apia et d’Apidanéens désignaient plus spécialement l’Argolide et ses habitants (5). Apis était un des plus anciens rois d’Argos (6).
Les rapports étroits des descendants d’Apheidas, Aléos, Képheus , Aéropos avec les légendes argiennes attestent une étroite parenté entre cet élément et l’Argolide (7). C’est ici le cas de se rappeler les traditions très précises relatives à l’établissement des Achéens en Arcadie, à une époque qu’on peut placer vers la deuxième moitié du XIIIe siècle avant Jésus-Christ. Le roi de Tégée Échémos avait, disait-on, pour femme Timandra, fille de Tyndareus, et cette union l’alliait à Ménélas et à Agamemnon (8). Quand l’Héraclide Ilyllos tenta la première fois de forcer le passage de l’isthme avec ses Doriens, Atrée, roi de Mycènes, réunit toutes ses forces argiennes et celles des peuples
(1) Niese, Hermès. XXVI, p. / et suiv.
(2) C’est-à-dire, suivant Immerwahr, ib., p. 85, entre les Æpytides (messéniens ?) et les Élatides (Lapithes[?). — Paus. VIII, 18, 3 — Voy. plus bas, p. 258.
(4) Apoll. Rhod IV, 262. — Ét. Byz. s. v. ’Am'a. — Eustath. ad Dionys. Periefî, 1-30 Didot. Geogr. min. II, p. 293.
(5) Strab. VIII, 6, 9. — Æschyl. Suppl. 260 sq. — Agam. 296. — Sophocl. CE d. Col. 1301.
(6) Ét. Byz. s. v. ’Aïu'a.
(7) Immerwahr. Kulte Arkad., p. 65.
(8) Paus. VIII, 5. — Apollod. III, 10, 7.
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qui reconnaissaient sa suzeraineté : les Ioniens d’Ægialée et les Arcadiens delà Haute-Plaine, commandés par Echémos. On sait que ce dernier, choisi comme champion des confédérés, tua l’Héraclide en combat singulier (1). Un peu plus tard, la participation des Arcadiens à la guerre de Troie, sous le règne du Tégéate Agapénor, successeur d’Echémos, et leur embarquement sur la flotte d’Agamemnon, est un nouvel acte de vassalité à l’égard de la puissance argienne. Ensuite, sans doute au moment où les Doriens commencent à pénétrer eh Argolide, les Achéens refluent sur l’Arcadie. Oreste quitte Mycènes et conquiert la plus grande partie de l’Arcadie (2). Il est roi de Sparte et réside à Tégée, où le Spartiate Lâchas retrouve vers 530 son tombeau (3). La Parrliasie même conserve des souvenirs de lui, la ville nommée Oresthasion (4) ou Orestéion, et le monument appelé Doigt d’ Oreste (5). Par une coïncidence significative au moment où Oreste prend possession de la Tégéatide, l’Aplieidante Hippothoos, successeur d’Agapénor, émigre de Tégée à Trapézous (6) : ce transfert de capitale a toutes les apparences d’une défaite ou d’un recul. Avant d’en arriver à une lutte ouverte, l’élément apheidante, représenté par Echémos et Agapénor, fraternise avec les Argiens. On en peut conclure qu’il était lui-même d’origine argienne : il y eut, peut-être au XIVe siècle, une première colonisation de la Haute-Plaine par des bandes achéennes : c’est l’expédition dite d’Apheidas. Puis, à mesure que l’infiltration progressive des Doriens en Argolide
(1) Apollodore (II, 8, 4) a confondu cet épisode avec celui de la deuxième tentative faite par les Héraclides, sous Tisamène, fils d’Oreste. Pausanias aussi rectifie au liv. VIII, 5, la chronologie qu’il avait adoptée au liv. I, 40. Il est d’ailleurs évident que l'invasion dorienne se produisit par petits paquets, comme celle des Francs en Gaule. Cf. Hérod. IX, 26.
(2) Paus. VIII, 5, 14. — II,' 18, 5 et 6.
(3) Hérod. I, 67, 68. — Pausan, III, 3, 6. — 11, 10. — VIII, 54, 4.
(4) Paus. VIII, 27, 3 et 44,2. Cette ville avait inventé un éponyme Orestheus, fils de Lycaon. D’après Meyer, (iesch. d. Alterth ., II, p. 187, Orestès est un doublet d’Orestheus; tous deux désignent le même héros local, dont l’Oreste argien ne serait qu’une adaptation épique, comme Agamemnon, roi de Mycènes, ne serait qu’une adaptation du dieu amycléen Agamemnon. Cela est fort possible. Il n’en reste pas moins vrai que l’interversion de la légende au profit de l’Oreste argien, présenté comme conquérant de l’Arcadie, atteste la prédominance de l’élément acbéen dans ce pays.
(5) Paus. VIII, 34, 2.
(6) Paus. VIII, 5, 4.
rendait aux Achéens la vie plus difficile en ce pays, les colonies achéennes affluèrent sur le lot d’Apheidas. Les Apheidantes dépossédés par leurs frères plus jeunes émigrent en Parrliasie : Argos, en refluant sur Tégée, oblige celle-ci à se replier sur Trapézous. Tel serait le sens du transfert de la capitale d’Hippothoos au pied du Lycée, dans une ville nouvelle rivale de la vieille Lycosoura des Lycaonides (1).
L’Arcadie septentrionale, la Mantinique, l’Orchoménie, la région du Cyllène restaient toujours au pouvoir des Élatides. Pausanias, parlant d’Oreste, roi de la plus grande partie de l’Arcadie, ajoute : « il avait pour alliés les Phocéens, toujours prêts à venir à son secours » (2). Ces Phocéens ne sont autres que les bandes d’Élatides et de Phlégyens dont nous avons déjà parlé. On aurait aussi bien pu les désigner sous le nom de Béotiens : la légende du combat fabuleux d’Aréïthoos, héros Béotien d’Arné, et de Lycurgue, roi de Tégée et fils d’Aléos, combat que les Mantinéens disaient avoir eu lieu sur leur territoire, contient peut-être une allusion à quelque conflit entre les Apheidantes de Tégée et les Phocéens-Béotiens de la plaine septentrionale. Dans ce cas, la Mantinique se trouvait sur les contins des deux domaines, et c’est pour cela que Phérécydes, dans le récit de ce combat, a écrit cette phrase qui ne peut contenir aucune invraisemblance : ’Hv yàp à'j/ig.a/;a tiç Èxeï ’Aoxâfft te xat Bokotoïç... rapt ô'pwv yïjç (3). Plus tard, les Apheidantes relégués à Trapézous, paraissent avoir tenté contre les Achéens un retour offensif. Ne pouvant reconquérir Tégée, iis auraient essayé, sans succès, de prendre position à Mantinée : Æpytos II, successeur d’Hippothoos, viole l’abaton de Poséidon Hippios, perd la vue et meurt bientôt après (4). Son fils Kypsélos reprit la lutte contre les envahisseurs, cette fois avec l’aide des Doriens. L’Achéen Tisaménos, fils d’Oreste, régnait à Argos, à Tégée et à Sparte, quand les Héraclides tentèrent derechef de rentrer dans le Péloponnèse. Ce prince représentait évidemment en Arcadie un parti opposé à celui de Kypsélos, roi de Trapézous. Aussi Kypsélos, pris entre deux dangers, jugea-t-il prudent de pactiser avec les Héraclides. 11 accorda donc aux bandes de Téménos, de Kres-
(1) Voy. une autre interprétation dans Hiller v. Gârtringen. Zur arkad. Künigliste. (Festsch. d. Gymn. zu Jauer. 18 0, p. 153 sq.).
(2) Paus. II. 18, 5.
(3) Pherec. ap Schol. Hom. II. VII, 9 (Fr. hist. gr. I, p. 92, n» 87).
(4) Paus. VIII, 5, 5-10, 3 — Voy. plus loin, p. 258.
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phontès et d’Aristodémos, conduites par l’Étolien Oxylos, le libre passage par ses États. Il maria sa fille Mérope à Kresphontès et ce fut son petit-fils Æpytos III qui régna en Messénie (1) : d’où la sympathie ultérieure des Arcadiens pour les Messéniens. Quant à Tisaménos, chassé de l’Argolide, de la Tégéatide et de la Laconie, il se rejeta avec ses Acliéens sur l’Ægialée, ce qui obligea les Ioniens à s’expatrier en Asie (2), avec un groupe de Pélasges-Arcadiens, probablement des montagnards qui avaient espéré se fixer en Élide et qui en furent empêchés par Oxylos.
Tels étaient les récits qui avaient cours dans l’antiquité. Dans le détail de ces traditions, il faut faire la plus large part à la fiction. Mais l’ensemble paraît contenir un fonds d’histoire approximative qu’on peut résumer de la façon suivante :
Pendant les quatre siècles antérieurs à l’invasion dorienne, l’Arcadie a reçu la visite de peuplades de provenances et de races diverses. Deux grands bassins de dépôt s’offraient aux migrations : celui de la Parrhasie, ouvert aux aventuriers de la mer par les vallées de l’Alphée, du Pamisos et de l’Eurotas, par cette dernière surtout, terme de l’étape qui, des stations insulaires et crétoises, aboutissait aux factoreries de Cythère et de Gythion. Aussi est-ce par là que durent pénétrer les Cariens- Lélèges-Lyciens personnifiés en Lycaon. Le second bassin, celui de la Haute Plaine fermée, paraît surtout destiné à recevoir, par ses débouchés du Nord-Est et de l’Est, le trop-plein de la plaine argolique. Celle-ci, située au confluent de la voie maritime et de la voie terrestre qui lui déversait les apports des vallées de la Grèce centrale (Béotie, Doride et Phocide), les distribuait entre les Hautes Plaines du Nord et les cantons de la Thyréatide, de la Cynurie, de la Laconie inférieure. C’est sans doute par l’Argolide que les Pélasges se répandirent dans le reste du Péloponnèse. C’est par l’Argolide que les bandes composées de Minyens-Lapithes-Pblégyens, personnifiés par Azan et par Élatos, se dispersèrent dans les districts de Telphousa, de Kleitor, de Stymphale, de Phénéos, d’Orchomène et de Mantinée. C’est par la grande route d’Argos à la Tégéatide que les Acliéens d’Apheidas et ceux d’Oreste marchèrent à la conquête de 1 ’Apheiclantéios
(1) Paus. IV, 3, 6. — VIII, 5,6. — 29, 5.
(2) Paus. II, 18, 8. - 38, 1.
Résumé.
Klèros. Môme après l’invasion dorienne cette route de l’Est, reste toujours ouverte (1). Les liens intimes qui unirent l’Argolide et l’Arcadie orientale dès l’époque d’Atrée se continuent dans les temps historiques. Les convulsions de l’Argolide, après l’installation des Doriens, provoquent des expulsions et des émigrations de familles qui prennent le chemin de la Haute Plaine. Les bassins d’Aléa, de Mantinée, de Tégée sont autant de refuges hospitaliers, autant d’asiles où les victimes des partis viennent chercher la sécurité. La Mantinique représente donc, sous le double rapport de l’ethnographie et de la mythologie, un terrain pélasgique, recouvert de bonne heure par des couches béotiennes, auxquelles se superposent une série d’alluvions argio-achéennes. 11 semble qu’à certains moments la barrière de l’Artémision se soit abaissée et que l’Argolide se prolonge jusqu’au pied du Ménale. Quand Aratos incorpora la Mantinique au territoire argien, il ne fit que consacrer officiellement l’œuvre patiente des siècles. Mais cette pénétration des cantons orientaux de l’Arcadie par l’Argolide se produisit lentement, sans superposition brusque d’une tribu conquérante à une race asservie. Aussi les Arcadiens n’ont-ils pas connu les distinctions de castes qui, dans les pays doriens, dressaient leurs barrières entre les divers éléments de la population.
(1) D’après un fragment de Diodore (Fr. Hist. Graec., II, p.VIII, fr. V) on voit qu’un roi d’Argos fut expulsé par le peuple pour avoir rendu aux exilés arcadiens des terres arcadiennes reconquises par les Argiens sur les Lacédémoniens, au lieu de les avoir alloties entre les citoyens d’Argos. 11 est ,Trai qu’on ignore de quel territoire il s’agit; il est probable que c'est de la Cynurie (Cf. dans Pausanias, l’histoire de Meltas. II, 19, 2).