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CHAPITRE II

LA RÉGION DES HAUTES PLAINES FERMÉES

1° Le quadrilatère arcadien et ses subdivisions .

C’est à tort que les géographes modernes (1) désignent la Le plaine de Tripolis sous le nom de plateau central d’Arcadie. Cette expression peut éveiller des rapprochements trompeurs avec des contrées d’un caractère bien différent. La constitution géologique et la structure physique de cette région présentent des traits extrêmement originaux. Mieux vaut lui appliquer un terme correspondant plus exactement à sa nature et à son rôle, tel que celui de haute plaine fermée.

Le canton de Tripolis, formé par la réunion des anciens territoires de Mantinée, de Tégée et de Pallantion, n’esl qu’une partie d’un système physique qu’on peut appeler le quadrilatère arcadien. Les côtés de celle figure sont constitués par une suite continue de hauteurs flanquées de bastions avancés, renforcées extérieurement par des contreforts rayonnants qui jonchent en tous sens le sol de la Péninsule (2).

Le front Nord comprend la ligne du Ziria (Cyllène) (3) au Khelmos (Monts Aroaniens), en y rattachant le Mavron Oros (Khélydoréa) et le pic d’Hagia-Varvara (Krathis). Le flanc Est suit la ligne du Ziria au Parnon, par les Monts Vésézo (Titané), Ga-

(1) Reclus. Géogr. univ. t. I, p. 83 et suiv. — Martel. Revue de géogr.

Avril 1892, p. 3.

(2) La carte qui donne le mieux l'aspect théorique du relief péloponnésien est celle de Philippson : Topograpliische und hypsomelrische Karte des Peloponnes. 1891 (au 309.000"). Il va sans dire que, pour les détails, à part les imperfections avouées par Bory de St-Vincent lui-même, la carte de l'Expédition de Morée au 200.000e reste encore la source la plus sûre.

(3) A côté des noms modernes, j'écris les noms antiques, chaque fois que l’identification est autorisée.

quadrilatère

arcadien.

vrias (Koilossa), Pharmakas (Karnéatès), et la chaîne argolicoarcadienne (Lyrkeion, Artémision, Kréopôlon, Parthénion) ; elle rejoint le Parnon à la montagne de Doliana. Le Iront Sud s’appuie aux hauteurs qui soudent la tète du Parnon à celle du Taygète : massif de Doliana, Monts Toka, Rouso (Boréion). Enfin, le flanc Est remonte de ce dernier point au Khelmos par le Rhézéniko, l’Apano-Khrépa (Ménale), le Kastania (Knakalos) le Saïta (Oryxis), et laDourdouvana(Pentéleia). Ce quadrilatère, long à vol d’oiseau de 80 kilomètres et large en moyenne de 25 à 30, se creuse à l’Est du massif péloponnésien en une grande cavité, située dans le prolongement de la vallée de l’Eurotas et dont le front Nord s’arrête à la portion du littoral achaïque comprise entre Sicyone et Ægira. Elle offre cette particularité d’être enclose de toutes parts et de n’avoir aucune communication hydrographique à ciel ouvert avec la mer. Elle est séparée des plaines côtières par un bourrelet continu, surélevé de 1000m en moyenne au-dessus du radier intérieur, exhaussé lui-même de 580 à 670m au-dessus de la mer. Les eaux de cette plaine n’ont donc d’autre échappée sur le dehors que des émissaires naturels qu’elles se sont forés à la base des montagnes. La haute plaine fermée domine bydrographiquement la zone intermédiaire des vallées à demi-ouvertes, situées en contre-bas, et celle des plaines côtières (1). Cette région, murée par la nature, justifie la division du pays arcadien en deux sections distinctes: l’Arcadie fermée et l’Arcadie ouverte (2), l’une à l’Est, l’autre à l’Ouest du Ménale, leur commune frontière. A l’Arcadie ouverte appartiennent les bassins supérieurs du Ladon et de l’Alphée ; mais, à vrai dire, les vallées de Kleitor et de Mégalopolis, comme celles de Sparte et de Stényclaros, étaient elles-mêmes à l’origine des bassins clos; seulement, leurs cours d’eau plus puissants, se heurtant à des barrières moins élevées, ont converti leurs galeries souterraines en tranchées découvertes.

Cette disposition générale du quadrilatère arcadien se complique d’une particularité remarquable : la subdivision en compartiments intérieurs. Des contreforts transversaux joignent les

(1) Altitudes comparées : Aséa 640” ; Mégalopolis 430m ; Messénie supérieure 60m; vallée de Sparte 200,D ; fond de la plaine d'Akhlado-Kambos (Hysiai ) 280”' (d'après le nivellement de la voie ferrée de Myli à Tripolis par la mission française des travaux publics).

(2) Das verschiossene Arkadien et das offene Arcadien (Curtius Pelop. I, p. 185 et p. 270).

LA RÉGION RES HAUTES PLAINES FERMÉES

bourrelets latéraux et coupent le fond de la grande cavité en plusieurs petits bassins contigus, mais autonomes. Ce sont comme des cours intérieures dans le vaste réduit de l’Acropole péloponnésienne.

On en compte six, échelonnés du Nord au Sud : 1° Le bassin de Stymphale prolongé au N.-E. par la gorge de Klimendi; 2° celui de Phénéos ; 4° celui d’Aléa; 5° celui d’Orchomène, subdivisé en deux parties reliées par un sillon (plaine d’Orchomène et plaine d’Amilos et de Kaphyai) ; 6° celui de Mantinée et de Tégée (1).

Toutes i^es cellules se suffisent à elles-mêmes; nulle ne dépend delà voisine; chacune possède sa ceinture de montagnes et son régime particulier de cours d’eau et de torrents. Mais elles sont apparentées par la communauté de leur formation géologique (2), par l’analogie de leurs systèmes de débouchés souterrains et par des conditions d’existence sensiblement pareilles. On conçoit à quel point ce morcellement du sol favorisait le particularisme politique. Dans chacun de ces alvéoles s’installa un État particulier, réduit aux dimensions d’un canton minuscule; des capitales se fondèrent, entourées d’une banlieue de terre cultivable. Il s’en faut cependant qu’elles aient occupé dans l’histoire une place égale. Leur importance était proportionnée à l’étendue de leur territoire, à la qualité du sol, aux avantages de leur position relative sur le réseau des routes naturelles. La vie économique se réglait d’après la facilité des transactions avec les échelles de la côte comme avec les grands marchés de l’intérieur.

(1) En d'autres points du Péloponnèse, les croisements de chaînons divisent le sol en bassins fermés : par exemple, les Monts Didyma et Avgo, en Argolide, enferment complètement la petite plaine de Didyma et ses torrents. Dans les contreforts méridionaux du Parnon, on remarque plusieurs cuvettes contiguës et isolées, munies de cours d’eau et de katavothres (environs de Kharax, de Pistania, de Niata, d’Apidiu); de même, le vallon de Khrysovitzi dans le Ménale. Mais, toute vallée à katavothres n’est point par le fait un bassin fermé : ii arrive souvent qu’une partie des eaux s'écoule d’un côté par les émissaires les plus proches, et l’autre par les rigoles superficielles des torrents, affluents d’un bassin voisin : telle la plaine de Franco-Vrysi (Aséa). qui possède deux débouchés : l'émissaire souterrain de Marmaria, et le thalweg découvert du Mont Tsimbérou, lequel dépend du bassin supérieur de l’Alphée; tels aussi le vallon de Karaklinou, au N. de Kleitor; les Leucae campi, sur la route de Yéraki (Géronthrae) à Monemvasie.

(2) Voy. Expéd. de Morée, Sc. pliya., II 1 2, p. 325. — Philippson, der Peloponnes, p. 10t>.

Les bassins du Les bassins du Nord, berceaux de Phénéos, de Stymphale, Nord. d’Aléa, de Kaphyaio se trouvaient les moins privilégiés sous tous les rapports. Emprisonnées entre de hautes et puissantes parois, isolées sur elles-mêmes, ces villes n’ont connu que la médiocrité d’une existence végétative et précaire. Au dedans, leur territoire exigu suffisait tout juste à leur subsistance. Encore vivaient-elles dans des transes continuelles ; leurs champs nourriciers étaient à la merci d’un accident. Qu’un tronc d’arbre, une pierre, un obstacle quelconque vînt à obstruer leurs émissaires, les voilà inondées et ruinées. L’ennemi intérieur, l’eau, envahissait les cultures et les fermes. Vite, il fallait trouver moyen de l’évacuer. Quand il n’était pas présent, il était toujours imminent : avec lui, pas d’établissement durable en dehors de l’étroite acropole assise sur une éminence, pas de récolte assurée. C’était un travail d’Hercule que de pourvoir à l’assainissement de ces plaines fangeuses ; aussi, les habitants se débattaient-ils dans l’impuissance. Il est vrai que leur isolement avait pour corollaire la liberté. A condition de ne pas hausser les yeux au delà de leurs montagnes, ils réussissaient à se faire oublier. Personne ne se souciait d’eux. Sans les hasards de la guerre qui jetaient d’aventure sur leur territoire quelque parti d’hoplites fuyant les chemins connus, ils auraient vécu en marge de l’histoire. Les grands capitaines allaient ailleurs porter leurs coups ; ils ne s’attardaient parfois à ces bicoques que pour consoler leurs soldats de quelque gros échec. Ces républiques n’ont été, dans le développement du génie grec, que des non-valeurs. Leur contribution à l’œuvre collective se réduit à des contes prétentieux sur leurs origines : les gens dont la vie est nulle ont toujours la ressource d’exalter leur enfance.

Le bassin de Dans le grand habitat arcadien, ces cellules du Nord jouent Tripoiis. je r5ie d’arrière-logis ou de communs réservés aux comparses.

Ils ne communiquent avec le dehors que par d’obscurs couloirs et des entrées dérobées. Déjà Orchomène, à cheval sur deux plaines contiguës, est un personnage de plus d’importance et une manière de puissance. Mais la pièce principale, celle où se concentra la vie des maîtres effectifs, où s’ouvraient les grandes entrées, où se sont débattus les intérêts primordiaux de l’Arcadie et du Péloponnèse, c’est la plaine de Mantinée et de Tégée. Là est le pivot de l’histoire pélojionnésienne. Un état détaillé des lieux fournira d’utiles éléments à l’intelligence des faits dont on lira plus loin le récit.

LA REGION DES HAUTES PLAINES FERMÉES

2° Le bassin fermé de Tripolis : structure et constitution géologique.

L’étude géologique des terrains dans le quadrilatère arcadien constitution ne révèle qu’un petit nombre de formations assez simples, qui y géologique du apparaissent superposées de bas en haut dans l’ordre suivant (1) : massif arcadiensur un soubassement de schistes cristallins repose, en stratification discordante, une première formation de calcaire (calcaire inférieur de Tripolis, que j’appellerai calcaire du Ménale ou calcaire bleu) ; sur celle-ci se sont déposés, également en stratification discordante, des grès verts, des marnes, des schistes argileux, ensemble complexe qu’on désigne d’un mot sous le nom de flysch; enfin, en haut, une dernière formation de calcaire blanc (1 ’Olonoskalk de Philippson, que j’appellerai calcaire supérieur de l’Artémision ou calcaire blanc) forme en beaucoup d’endroits le revêtement des assises précédentes. Tels sont les éléments géologiques du terrain aux alentours du bassin de Tripolis, à l’état normal.

Pendant les grands mouvements orogéniques qui ont travaillé ifAxes la péninsule des Balkans, ces terrains ont subi dans l’Arcadie des pllssements : orientale les mêmes plissements que dans le reste du Péloponnèse. CV

On peut distinguer deux axes de plissements principaux dans JLie. notre région; à l’Est, la chaîne argolico-arcadienne ; à l’Ouest, le Ménale. Entre les deux s’étend le bassin fermé de Tripolis, qui doit son origine à un affaissement.

Le plissement oriental est dirigé du N.-O. au S.-E. Il laisse Structure de apparaître toutes les formations énumérées plus haut, mais la chaîne arsolic°l’érosion a agi de telle sorte que l’axe de plissement ne corres- a,cadienne' pond pas exactement à la ligne faîtière. Cette ligne elle-même n’est pas simple. Elle chevauche d’un tronçon à un autre : au Nord, alignement de l’Arménia; au Sud, alignement du Kréopôlon. Dans le Kréopôlon même, elle bifurque à angle presque droit au S. 0. et au S. E.

(1) Sur la géologie de cette région, voy. Exp. de Morée. Sect. des sc. phys .

II-, p. 133 (Boblaye), p. 175 (Virlet d'Aoust) et 209 ( id .). — Profils et coupes du Ménale dans l’Atlas 'Relation et géologie). — Si les théories générales de cet ouvrage ont vieilli, les observations de détail sont encore très précieuses.

Le travail plus récent et très complet de Philippson ( Pelotonnes , 1892, p.82sq.

— Atlas, avec deux excellentes cartes et une planche de coupes et profils) confirme en bien des points essentiels les conclusions de ses devanciers.

Structure du Ménale.

Les sommets sont constitués par du calcaire supérieur (calcaire blanc de l’Artémision), fortement relevé, dont la tranche, mise à vif, forme un épaulement au-dessus du flysch et du calcaire inférieur (calcaire bleu du Ménale). Cette roche donne à ce massif montagneux sa physionomie lumineuse et déchiquetée. Elle est, en effet, de couleur gris clair, nuance cendre blanchâtre, de nature compacte, presque lithographique. Mais sa résistance est faible; elle se fendille aisément, se réduit en lamelles ou en plaques, se crevasse, se démantèle et s’éparpille en éboulements.

Sur le versant oriental, si l’on excepte quelques talus en pentes douces dus au flysch, les pentes sont raides, abruptes, escarpées, ce qui est dû au calcaire inférieur et surtout au calcaire supérieur, qui reparaît au delà de l’axe de plissement. Il s’étale ensuite en strates peu inclinées, allongées au loin vers la plaine d’Argos et profondément creusées par les ravins d’érosion.

Sur le versant occidental, le même calcaire supérieur plonge si rapidement au-dessous du niveau de la plaine qu’il forme un véritable escarpement. (Voy. fig. b.)

Coupe géologique de la haute plaine fermée et de sa bordure (d’après Philippson. Profiltafeln, 1).

a = Alluvion. — ca = Calcaire blanc. — cm = Calcaire bleu du Ménale. f = Flysch. — g = Schiste cristallin.

La structure du Ménale est plus simple. Ce massif est formé par un pli anticlinal du calcaire inférieur (calcaire bleu du Ménale), aligné également du N. -O. au S.-E. C’est un plissement très ample ; de plus, l’érosion en a démantelé la moitié orientale et l’a modelée en une espèce de socle trapu et arrondi, peu accidenté et dominé par la crête constituée par une partie des couches restées en place. La ligne de faîte court le long de la crête et, comme celle de l’Artémisiou, elle se dédouble vers le Sud. Le calcaire qui constitue les cîmes et le socle du massif est une roche bleu foncé, un peu grenue, brillante à la cassure et d’une dureté extrême. A la partie supérieure surtout, elle offre une texture très compacte, de couleur sombre, reconnaissable au loin. Plus

LA RÉGION DES HAUTES PLAINES FERMÉES

bas, elle apparaît cl’une nuance plus claire et devient plus grossière et plus rugueuse. Pulvérisée et décomposée au contact de l'air et de l’eau, elle produit un sol favorable à la végétation; par suite, elle donne aux lieux où elle domine un caractère plus luxuriant que l’aride calcaire blanc.

Sur le versant occidental, une faille fait reparaître le flysch redressé, auquel succède par endroits le calcaire blanc, lequel s’épand ensuite largement sur tout le district montagneux de l’Ouest.

Sur le versant oriental, les assises du calcaire inférieur plongent lentement en pentes assez douces sous les alluvions de la plaine; mais, en plusieurs points, une faille ramène contre cette roche des lambeaux du calcaire inférieur, qu’on aperçoit appliqués jusqu’à une hauteur variable contre les premières pentes et respectés par l’érosion. En ces points, le relief des pentes redevient plus accidenté.

Entre les deux massifs principaux, à droite comme à gauche, des avant-monts plus ou moins allongés ont été découpés par l’érosion. Leurs croupes massives et abaissées viennent mourir en pentes assez rapides au niveau de la plaine.

Telle est la constitution géologique des bourrelets qui dominent le bassin fermé de Tripolis. Celui-ci est le résultat d’un affaissement local des terrains. Il semble que, par suite d’une dislocation, le flysch et le calcaire supérieur aient glissé sur le liane oriental du Ménale. Le flysch a presque totalement plongé; mais le calcaire supérieur apparaît encore, comme nous l’avons dit, sur plusieurs points, en contact avec le calcaire inférieur ; il ondule au-dessous de la plaine avant de remonter brusquement sur le flanc du massif argolico-arcadien ; la crête de ces ondulations souterraines est marquée, au milieu même de la plaine, par un certain nombre de roches et de buttes qu’on voit émerger en plusieurs points, isolément, au-dessus des alluvions (1). Celles-ci forment une nappe d’argile à brique, de graviers, de sable fin et de limon bleuâtre.

Au N. comme au S. de la plaine, dans la dépression principale, la couche de calcaire supérieur n’est plus cachée et joint, par des séries de hauteurs, les deux grands massifs parallèles.

(1) Telles que les roches éparses dans le col de la plaine et la butte de Gourtzouli, au N. de Mantinée.

Structure de la plaine.

3° Le bassin fermé de Tripolis : description du relief.

Le modèle. L’érosion a remanié la surface structurale de cette région.

Elle en amôdelé le relief, sculpté les cimes, ébréché les crêtes, raviné les côtes et façonné tous les traits plastiques. Ce sont ces formes et ces détails extérieurs qu’il nous reste à décrire, à dénommer et à localiser topographiquement.

Chaîne argolico- Suivant la chaîne argolico-arcadienne à partir du Cyllène, on arcadiknne. trouve d’abord un premier alignement de sommets qui couronne la bordure orientale du bassin de Phénéos (1). La ligne des cimes se continue au S. à partir du M* Skipéza (Oligyrtos 1930m), par une puissante arête aux flancs mamelonnés : c’est le Trachys, compris entre les deux défilés de Scotini à l’E. et de Kandyla à l’O. (2). Le faite court du N. au S. offrant à l’œil un alignement de sommets coniques régulièrement espacés comme des créneaux et d’égale hauteur (3). A l’Ouest, les pentes trapues du roc couvrent en partie les territoires de Kaphyai et d’Orchomène, et dominent les plaines de leurs escarpements grisâtres. A l’Est, sombres et broussailleuses, elles ferment le vallon de Bougiati (Aléa). L’extrémité Sud, avant de mourir au-dessus de la plaine de Mantinée, se relève en un dôme imposant, l’Arménia ou Arméniadis (1756m), qui forme un large écran à l’horizon septentrional de la grande cuve de Tripolis. La base de cette masse se termine ensuite vers le Sud par une sorte de terrasse, allongée de l’Est à l’Ouest, où s’est établi un monastère d’Hagio.s Nicolaos.

L’échine faîtière du Trachys s’interrompt avec l’Arménia. Mais, en contrebas du sommet, à l’Est, à la naissance des hauts ravins de Plirosouna, au Nord, et du torrent de Sanga, au Sud, existe un col de 1115m d’altitude (4). A l’Est de ce col se dresse une nouvelle ligne faîtière, située à 5 kil. vers l’Est de la précédente. Là commence, à proprement parler, le tronc de la chaîne frontière argolico-arcadienne, qui court obliquement et sans interruption vers le S.-S.-E. sur une longueur de 35 kil. jus-

(1) Monts de Mosa (Sépia), de Kaslan a (Gérontéion), de Ghiosa (Skiathis) Skipéza (Oligyrtos).

(2) Au N. d’un premier pic, l’Hagios Conslantinos. Le col répond au défilé actuel du Lykorrhevma, entre l’Apélauvon et l’OIigyrtos (Polyb. IV, 68).

(3) Mont Karyoumbalo (1809'").

(4) Relevée par nous au baromètre anéroïde, en 1888.

LA ^RÉGION DES HAUTES PLAINES FERMÉES

qu’au ravin d’Aklilaclo-Kambos, et se prolonge même par sa grande ramification méridionale jusqu’à la gorge du Tanos, en face des monts de Cynurie.

Au début, au-dessus d’Apano-Bélessi, la crête est à 1648m d’altitude. La section de l’arête comprise entre Sanga et Tsipiana (Ml 2 3 Lyrkéion) se dresse parallèlement à l’Alésion, durant 7 kilom. rectiligne et sans déviations, comme un mur de 1600m de hauteur sur 4 à 5 kilom. d’épaisseur. Puis elle s’exhausse en bosse jusqu’au pic de Tsipiana, situé sur le faite même. A l’Est de ce pic, en dehors de l’alignement, plane dans les régions supérieures le sommet aérien du lMalévo (Artémision. — 1772m) (1). C'est le point culminant du système. A partir de ce point, le versant oriental de la chaîne est creusé par les ravins d’érosion, qui l’ont sillonné d’entailles profondes, dirigées du côté de la plaine d’Argos, et entre lesquelles s’allongent de petits massifs de calcaire blanc, perpendiculaires à la ligne des sommets.

Plus au S., la crête, comme une nef dressée sur d’immenses arcs-boutants, s’allonge au-dessus des contreforts perpendiculaires qui semblent l’étayer des deux côtés. Sa hauteur se maintient à 1600m (2). C’est une frange de dentelures aiguës, sèches et claires, isolées dans l’espace. Les anciens donnaient à cette chaîne le nom de KpsôirwXov (3), c’est-à-dire marché à viande, peut-être par antiphrase pour caractériser son aspect décharné. Les Grecs modernes l’ont débaptisée pour l’appeler, d’un mot aussi expressif et plus approprié à l’état actuel, le Peigne (KxeviSç). Au delà du Kténias, il y a une virgation de la chaîne.

La ligne des sommets se continue un peu plus basse par le Ml Rhoïno (Parthénion : 1217m). A l’Ë. , un affaissement a creusé la petite plaine d’Hysiae, cuvette située à 280in d’altitude et reliée à la mer par un long ravin d’érosion, celui de la rivière d’Akhlado-Kambos.

Au-dessus du niveau de la plaine intérieure, cette longue barrière rocheuse se dresse en muraille presque abrupte et lisse. Extérieurement, au contraire, elle se hérisse et se

(1) Il y a deux pics distincts, souvent confondus à tort, le pic de Tsipiana et le Malévo.

(2) 1599 d’après la cote de l’État-Major.

(3) Srab. VIII, (>. 17 Voy. la note de Millier. Ind. var. lect., p. 997, col. 2, 1. 32. - Meineke considère le passage comme interpolé.

Bas-côtés et avant-monts.

Alantinée. — 3.

MANTINÉE ET l’AKCADIE ORIENTALE.

répand vers la côte en ondulations lointaines, perpendiculaires à l’alignement. Celles-ci jonchent une partie de la plaine argotique et vont plonger jusqu’à la mer (Xéro-Vouni, Monts Lycone, Chaon, Pontinos, Zavitza). Des tissures profondes, creusées par les dislocations et les érosions entre ces ondulations latérales, encaissent les torrents, collecteurs des pluies qui dévalent sur les talus décharnés (Charadros, Inachos et leurs affluents). L’aspect de ces immenses déchirures aux parois raides et aux tons fauves est effrayant. Le sombre couloir du Charadros débouche brusquement sur la verte vallée d’Argolide, dominé à l’arrière plan par l’édifice menaçant des escarpements et des créneaux de l’Artémision : on dirait l’entrée d’un labyrinthe sous les assises de la forteresse arcadienne.

Sur le versant intérieur, la distance entre le faîte principal et le niveau de la plaine est beaucoup moindre. Seulement, entre le Parthénion et l’Arménia, une ligne d’avant-monts court parallèlement à la chaîne principale, séparés d’elle par de petites vallées d’érosion. D’abord, au Sud, entre les villages de Louka et de Sténo, la chaîne principale est doublée par une terrasse rocailleuse et stérile, le plateau karstique , où s’est installé le monastère d’Hagios Nicolaos ou de Varsai. Il se prolonge vers le Nord par un plissement long de 6 kilomètres, dirigé, semble-t-il, suivant le môme axe que l’Arménia. Cette colline, rocheuse, pelée, tachetée d’une végétation courte et clairsemée, aux teintes fumeuses, est désignée dans le pays sous le nom de Kapnistra (l’Enfumée). Un autre pli, un peu plus au Nord, situé dans le prolongement du précédent et long d’environ 7 kilomètres, émerge de la plaine, qu’il domine de 250 à 300 mètres.

C’est l’Alésion, avec le pic de Koukoras (le Coq) au dessus de Pikerni, l’ Atogovrakhos (roche du Cheval) et le Yéladovrakhos (roche de la Vache) un peu au Sud du village. Au bout de l’Alésion, au Sud, se dresse une excroissance rocheuse, âpre et biscornue, que les paysans appellent aujourd’hui le Nez tordu (Stravomyti). Elle bouche l’entrée du vallon latéral situé au N.-E. delà Mantinique.

Vis-à-vis la chaîne argolico-arcadienne court la paroi occidentale de la plaine fermée; le nom antique du Ménale est le seul qui puisse lui être appliqué en l’absence de toute dénomination moderne pour désigner l’ensemble de cette chaîne. Le Ménale s’étend sur une longueur de 32kilom. entre la plaine de Dara au

la' RÉGION DES HAUTES PLAINES FERMEES.

Nord et le torrent de Valtetsi au S. C’est un massif compact de calcaire bleu orienté du N. au S.-O. La ligne des sommets comprend au N. le M* Kastania (1248™), séparé du massif principal par la brèche de Bézénicos. A partir de là, ce n’est plus, comme la chaîne opposée, une crête faîtière continue, mais une masse trapue, étalée sur une largeur moyenne de 9 kilomètres, un socle arrondi, d’où émergent en désordre des pics aigus, pyramidaux ou coniques. La hauteur moyenne du plateau est de 1500 à 1600™. Certains pics atteignent plus de 1800™, tels que l’Hagios Ilias (Ostrakina), le point culminant dont la cime fait face à celle de l’Artémision, à une hauteur de 1981™. En contrebas de l’Ostrakina, la ligne de faite s’abaisse au col de Kardara pour se relever en un massif hérissé de pics, que surmonte la hère pyramide de l’Aïdini (1849™). Plus loin, le Mont Apano-Khrépa (1559™) domine les hauteurs contre lesquelles s’adosse la ville de Tripolis. Au delà, la ligne s’abaisse en terrasses dégradantes jusqu’au col de Pallantion, qu’on peut regarder comme la limite de la chaîne au Sud.

La configuration du Ménale est moins simple et moins régulière que celle de la chaîne orientale. Il est plus étendu et plus complexe. Son dos, aussi large qu’un plateau montueux et houleux, crevassé de longues fissures, de gorges profondes, abrite dans ses replis des vallées, des bois, des torrents, des clairières, de vastes pâturages, des cantons cultivables, des solitudes dénudées, des sources innombrables. C’est un monde touffu, où la faune et la flore pullulent sans ordre, au gré d’une nature capricieuse et prodigue. Les villages y sont semés comme au hasard, sans liens les uns avec les autres, à l’image des anciens clans qui n’avaient pu se grouper sous une loi commune (i).

(1) Ce caractère chaotique s’aggrave à mesure qu’on s’avance à l’O. du Ménale vers la région montagneuse du centre. On rencontre d’abord, au piecl du versant occidental, une dépression houleuse, large de 3 à 6 kilom., surélevée de 600 à 750 m. au-dessus de la mer. C’est le district que les anciens appelaient la Plaine inénalienne (MaivàÀiov ttsoiov. — Pausan. VIII, 36, 5. — Loring. Journ. of. hellen. Stud. XV. 1893, p. 76-77), bassin tourmenté dont le fond est encombré de mamelons et d’ondulations entre lesquels serpentent les thalwegs du Haut Hélisson et de ses affluents (auj. Barbanséna-Potami). Celte cuvette serait elle-même un bassin fermé, si le Barbanséna-Potami et la rivière de Langadia n’avaient réussi à se frayer deux étroits passages dans les brèches de la paroi méridionale, de chaque côté du Mont Rhénissa : c’est par ces deux couloirs abrupts que les eaux de la Plaine inénalienne

Bas-côtés Du côté de la plaine intérieure, le long du versant oriental du et avants-monts. Ménale, court une ligne d’avant-monts dénudés, d’une altitude moyenne de 200 m. au-dessus du pied du Ménale. Ils joignent le massif d’Apano-Khrépa à la fermeture septentrionale de la plaine. Ce petit plissement latéral est séparé du Ménale par une cuvette longitudinale (ancienne plaine Alcimédon), d’environ 12 kilom. de longueur. Dans cet étroit vallon débouchent trois principaux torrents qui l’encombrent des éboulis pierreux arrachés à leurs hauts ravins. Deux sillons, celui de Kapsia et de Simiadès, séparent le chaînon en trois tronçons et mettent la plaine latérale en communication avec le bassin central.

Symétrie Si l’on jette maintenant un coup d’œil d’ensemble sur la carte, des on est frappé du parallélisme des deux systèmes argolico-arcasys> temes. ^jeQ et ménalien ; les dispositions générales et les particularités topographiques de l’un se répètent dans l’autre presque à la même place, au point de donner l’illusion d’une ordonnance symétrique.

D’abord c’est du côté de la plaine intérieure que sont tournés les versants les plus escarpés, dans la chaîne argolico-arc ulienne comme dans le Ménale. C’est au contraire au dehors que l’une et l’autre chaîne s’étalent en ondulations largement épandues,

parviennent à la vallée de l’Alphée, située à 300 m. en contre-bas. Ce district isolé, mal connu des anciens, est situé en dehors du quadrilatère arcadien proprement dit. Il communique avec la plaine de Mantinée par le long défilé de Kardara. Politiquement, il dépendait en partie du territoire mantinéen. L’abondance des eaux lui assurait une certaine fertilité.

A l’ouest, la plaine ménalienne est limitée par un plissement oriental du massif gortynien. Ce chaînon, aujourd’hui anonyme, compris entre le Mont Rhénissa au S. et le Mont H"' Ilias (Ménale, 1869 m.) au N., correspond à l’ancien Phalanton (Pausan. VIII, 33, 9. — Et. Byz. s. v.). Au col situé audessus d’Alonistaina, à une altitude de 1315 m., il est traversé par le chemin issu du défilé de Kardara. C’est là, à Pétrosaka, qu’était la frontière mantinéenne (Voy. p. 126).

Au pied du Phalanthon, à l’O., se creuse le ravin de la rivière de Vytina (anc. Maloitas), affluent du Ladon ; ensuite s’élève le plissement principal de l’Arcadie centrale, le massif Gortynien ou Chaîne centrale arcadienne. Ce plissement, parallèle au Ménale et à la chaîne argolico-arcadienne, s’étale entre le ravin du Ladon et la plaine de Franco-Vrysi avec les pics Madara (1586'"), Franco-Vouno (1646"'), Roudia (1533m), Rhapouni (1546m), Rhénissa (1346"'), Rhézéniko (1273'"). Comme configuration et comme dimensions, la chaîne centrale arcadienne se rapproche du Ménale. C’est une masse de 7 à 9 kilom. de large, d’une hauteur moyenne do 1400 à 1300 m. (Voy. Philippson. der Pelop. p. 101).

LA RÉGION DES HAUTES PLAINES FERMÉES

d’une part sur la plaine argolique, d’autre part sur la plaine ménalienne. C’est aussi sur ces versants extérieurs que les longs torrents se sont creusé leurs ravins profonds, Charadros et Inachos d’un côté, Hélisson et ses afïlueuts de l’autre.

Ensuite le parallélisme des deux lignes d’avant-monts, qui doublent intérieurement les grandes chaînes, a produitce curieux système des plaines latérales de la Mantinique, réparties symétriquement autour de l’aire centrale comme les chapelles des bas-côtés autour d’une grande nef ; à l’Est, les deux vallons affrontés de Louka et de l’Argon Pédion ; à l’Ouest, la longue galerie de la plaine Alcimédon. Ces pièces annexes ou encoches sont moins des vallons indépendants que des niches ou baies (xôAtioi) de la grande vallée principale (1). Tous ces recoins constituaient autant de domaines séparés, autant de centres d’exploitation rurale. Aussi cette disposition physique du territoire mantinéen n’a-t-elle pas manqué d’influer sur la répartition de la propriété et des dèmes ruraux, ainsi que sur les institutions politiques.

Les raisons d’une ordonnance aussi originale doivent être cherchées dans l’unité du phénomène auquel ce bassin doit son origine. L’affaissement s’étant produit suivant une fosse parallèle aux grands axes de plissement, il a déterminé de chaque côté des dislocations et des cavités symétriques. Au S. la tête d’un des plissements méridionaux du Péloponnèse (Monts delà Skiritis), restée en place, assure la clôture du bassin de ce côté. Au Nord, un tronçon de calcaire blanc (Mont Anchisia) est également resté émergeant, et forme, en travers de la fosse, la cloison transversale qui clôt au Nord le bassin de Tripolis. La fosse se continue, plusieurs fois coupée par des barrières analogues, jusqu’au bassin de Phénéos.

Étant donné cette origine du bassin de Tripolis, il serait insou- Nature du fond tenable de prétendre que la mer y ait jamais pénétré. La couche de la cuve, alluviale qui recouvre le sous-sol calcaire de la plaine n’a rien d’un sédiment marin. On y trouve, avec l’argile et le limon, des bancs de graviers agglomérés et cimentés par l’argile durcie. Ces graviers font en plusieurs points un conglomérat délitable, dont les cailloux se détachent aisément s. ms le doigt. Les anciens se sont servis de cette pierre pour les fondations et les colonnes

(1) Xénpphon désigne l’Argon Pédion de Pausanias par le terme de 6 ÔTrcpOsv HÔX7ro; TYjç MavTtviXTjÇ ( Eellén . VI, 5,, 17).

de plusieurs édifices. Tous ces dépôts proviennent de la dénudation des versants limitrophes par les eaux de ruissellement, et sont les dépouilles des montagnes dévastées par les torrents d’érosion. D’autre part, on ne constate sur les flancs de la bordure ni terrasses, ni gradins, ni traces d’un lac ancien ou de grands dépôts fluviatiles (1). Selon toute vraisemblance, les

(1) M. Bérard admet pourtant l’existence d’un grand lac primitif qui aurait occupé toute l’étendue du bassin de Tripolis ; il décrit ainsi les effets de ce lac sur la topographie du sol et la répartition des katavothres : « A l’origine, ce bassin dut contenir un lac. Enfermées dans cette enceinte, les eaux s’élevaient jusqu’au seuil le plus bas (le passage de Maskéna, entre le Roinos et le Marmaro-Vouno) et se déversaient dans l’Archipel par la vallée et le golfe d’Astros. Ce lac, étranglé dans son milieu par le rapprochement des contreforts du Ménale et du Kténia, avait à peu pès la forme d’un huit (8) dont la boucle supérieure pencherait vers la gauche : cette boucle fut plus tard la Mantiniké, et la boucle inférieure fut la Tégéatide. Les montagnes de calcaire qui forment aujourd’hui l’enceinte étaient alors revêtues de dépôts de grès verts, dont nous retrouvons aujourd’hui des témoins dans les alluvions de ce lac (Expéd. de Morée, texte, t. II, p. 327). Ces alluvions amoncelées s’étendaient sur une couche uniforme élevée de 20 à 23 mètres au-dessus du niveau de la plaine actuelle (690 à 670, au-dessus du niveau de la mer; les montagnes environnantes atteignent de 1100 à 1600 mètres). — Mais, dans ce fond d’alluvions et dans les parois de l’enceinte, des crevasses se produisirent ; pour la disposition de ces catavothres, le bassin présente deux aspects différents : dans la boucle supérieure, on a surtout des catavothres de fond (petits catavothres de Bédéni, Parori, Bosouna ; surtout, grands catavothres de Capsia et de Simiadès) ; dans la boucle inférieure, ce sont des catavothres de paroi, tels les grands gouffres de Vertsova, au pied de Parthénion, dans la paroi de l’Est, et le gouffre plus grand encore de Taka, dans la paroi du Sud, au pied du Boréos. Les courants traînant les eaux vers ces crevasses ridèrent la surface du lac, puis la couche d’alluvions, qu’ils entamèrent, en se creusant des rigoles de plus en plus profondes à mesure que les eaux baissaient. — Quand la plaine desséchée apparut, la boucle septentrionale du lac, vidée par les catavothres du fond, était beaucoup plus creusée et beaucoup plus plane que l’autre : la Mantiniké est de 30 à 70 mètres inférieure au niveau moyen de la Tégéatide; du niveau primitif des alluvions, il ne reste que deux buttes isolées au milieu de la plaine marécageuse, c’est la citadelle de Mantinée et la colline voisine que Pausanias appelle « tombeau de Pénélope » (Paus., VIII, 12, 6-7). Dans la Tégéatide, au contraire, entre des plateaux, restes de l’ancien fond d’alluvions, des lignes d’eau ou de marais indiquaient le passage, des anciens courants : c’était d’abord une grande ligne, bordant toute la chaîne de l’Est et s’en allant de la paroi du Sud aux catavothres de la Mantiniké (le Saranda-Potamos emprunte une moitié de cette ligne qui se continue par les rivières de Bédéni et par l’Opliis) ; puis, coupant celle-ci à l’angle droit, une autre ligne traversait la plaine dans l’autre sens depuis le Ménale jusqu’au gouffre de Vertsova ; enfin, dans l’angle Sud-Ouest de la plaine, deux autres lignes moins importantes convergeaient vers le eatavothre de Taka. » Ce système me semble discutable pour les raisons suivantes : 1° le col qui relie,

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couches alluviales que nous venons de signaler s’étendent directement sur le tond de calcaire blanc, dont les saillies rocheuses de la plaine attestent la présence souterraine. Les autres inégalités de ce fond rocheux ont été comblées peu à peu ; le niveau général s’est maintenu à peu près constant par l’exhaussement progressif de toutes les parties du radier au détriment des montagnes, dévalisées de leurs terres par les torrents. Ces faibles différences de niveau n’étaient pas assez accusées pour canaliser les cours d’eau dans des lits définitifs. Ceux-ci, par leurs déplacements délit et leurs apports, ont nivelé la surface en dirigeant leurs douves vers les points perméables de la bordure, qu’ils convertissaient tour à tour en émissaires.

La cuve renfermée entre ce bourrelet continu de hauteurs a la forme d’un 8, dont l’axe est un peu incliné vers l’Ouest. Entre le pied des parois N. et S., la distance est de 30 kilomètres. La largeur varie : elle est de 12 kilomètres pour la boucle méridionale, à la hauteur de Tégée et de Pallantion, de 1.800 mètres à l’étranglement compris entre la pointe de Kapnistra et celle de Mytika, de 7 kilomètres pour la boucle septentrionale, entre Sinnadès et Pikerni. Le fond de la cuve suit un plan incliné du S. au N. entre Tégée, située à une altitude de 670

à l’E. de la colline de Saint-Élie (carton spécial de la Commission de Morée) la plaine de Versova et le torrent supérieur du Tanos, par le ravin d'IIagia- Sophia, est à 680 mètres, soit à 30 mètres au-dessus do la plaine de Versova (630 mètres). Si le lac s’est jamais écoulé parla, sa profondeur moyenne était donc de 30 mètres ; dans ces conditions, il n’aurait pu amonceler sur le sol une couche alluviale de 20 à 23 mètres d’épaisseur. 2° Les collines éparses tant dans la Mantinique que dans la Tôgéatide (Ptolis, Gourtzouli, Hos Sostis, Mertsaousi, Mouzaki, Tsiva, Vouno), ne sont pas des buttes alluviales, mais des verrues de calcaire blanc, saillies du sous-sol rocheux. 3° La constitution des katavothres de la Mantinique et de la Tégéatide ne permet pas de supposer qu’ils aient jamais pu jouer le rôle actif qui leur est attribué. Us n’ont jamais pu déterminer des appels d’eau ni drainer de leur côté des courants assez puissants pour creuser des sillons dans le fond alluvial : la plupart d’entre eux, celui de Taka en particulier, derrière les larges cavernes qui font illusion sur leur capacité, se continuent intérieurement par de petits boyaux très étroits. 4" Aucune trace des niveaux successifs du lac supposé ne se remarque sur les versants montagneux du bassin, tandis que ces traces sont parfaitement visibles ailleurs, par exemple à Phénéos. 5° Les grès verts observés par la Commission de Morée peuvent avoir été entraînés dans la plaine par le Saranda-Potamos ; peut-être le lit de ce cours d’eau a-t-il suivi, à l’époque préhistorique, la direction de l’O. (voy. la note sur la carte de la Tégéatide). En réalité, ce qu’on observe, dans la partie occidentale de la Tégéatide, entre Tsiva et le Mont Kravari, ce sont des formations de chotts.

La cuve.

mètres, et Mantinée, dont la cote est de 630 mètres, La pente est de 40 mètres (1). La boucle Nord est donc la plus basse, détail important pour l’hydrographie et l’histoire locale. L’arène de ce cirque est loin d’être plate. Une série d’ondulations descendent de la plaine de Tégée et viennent mourir en vagues de plus en plus basses jusqu’à l’entrée de la plaine mantinéenne. Entre ces ondulations du terrain et la ceinture rocheuse, de longs thalwegs serpentent, où s’attardent de paresseux ruisseaux. De plus, du milieu des terres alluviales émergent, comme on l’a vu, quelques buttes isolées, îlots rocheux de 50 à 100 mètres audessus des champs labourés. Des roches éparses hérissent le sol au passage des deux boucles, entre les deux promontoires.

Ainsi la cavité entière se trouve naturellement partagée en deux compartiments par les contreforts avancés en travers de la plaine, comme deux portants de théâtre. Chacun de ces bassins était un local tout prêt pour recevoir une ville. Celui du Nord renferma Mantinée, celui du Sud Tégée.

Il nous reste maintenant à étudier, dans ce cadre et sur ces matériaux ainsi disposés, l’action des forces naturelles, afin de dégager les phénomènes qui ont influé sur la vie des hommes, déterminé leur histoire et fourni la matière première de leur religion.

(1) La station du chemin de fer de Tripolis porte la cote 655mll. Elle est un peu en contre-bas de la ville, adossée au Ménale.

Fragment d’un vase en marbre «à relief, trouvé au temple de Poséidon Hippios, (Haut. et larg. 0,21). Au-dessus de la tête, «à gauche, se voit la queue éployée d’un oiseau volant.

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