XI 121-134. - XXIII
(4) M. Svoronos traduit à07]p-qÀO'.yôv par fléau , mot certainement impropre. Une rame ne se confond pas avec un fléau.
souvent, reprenant les choses à rebours. Par suite, le devin n’a pu envoyer le héros que dans un pays où Poséidon et lui étaient réellement installés, mais où leur association constituait une énigme : le mythe, d’abord écho lointain de la réalité, en devient, par la suite, la justification ou la glose populaire : c’est aussi le cas pour la légende d’Énée.
Nul autre peuple que les Arcadiens laboureurs, mangeurs de glands, et signalés dans l 'Iliade pour leur ignorance des choses de la mer (1), n’était mieux qualifié pour commettre l’erreur annoncée par Tirésias. Comme, en outre, Ulysse se rencontrait chez eux associé à Poséidon Hippios, il est permis de croire, à première vue, que le devin a voulu les désigner. Pourtant, les anciens tranchaient la question en faveur des Épirotes. Déjà dans YOdyssée (2), il est question d’un premier séjour d’Ulysse chez les Thesprotes; c’est une partie du récit mensonger que le héros débite à Eumée. Cet épisode, développé isolément dans un autre poème appelé la Thesprotis, parut continuer, sous cette forme nouvelle, YOdyssée : on en conclut à un deuxième voyage du héros en Thesprotie, voyage postérieur au massacre des prétendants, et que l’on rattacha à la prédiction de Tirésias. C’est ce qui résulte du récit des aventures d’Ulysse, tel que le présentent les nouveaux fragments d’Apollodore (3), où sont combinées les données de YOdyssée, de la Thesprotis et de la Télégonie. « Ayant sacrifié (aussitôt après le massacre des prétendants) à Hadès, à Perséphone et à Tirésias, Ulysse, traversant à pied l’Épire, arrive chez les Thesprotes; il y accomplit les sacrifices prescrits par le devin Tirésias et apaise Poséidon (4). » Évidement, d’après la Thesprotis, Ulysse avait rencontré son homme en Épire. C’est dans ce sens qu’ont opiné les commentateurs anciens : Pausanias, Eustathe, Tzetzès, Étienne de Byzance (5) ; ils reconnaissaient dans les localités
(1) lliad. II, 612. — Euslath. in h. loc.
(2) Odys. XIV, 315 sqq.
(3) Découverts en 1887, à Jérusalem, dans le couvent de Sainte Sabba, par Papadopoulos-Kérameus ( Rhein . Muséum. XLVI. 1891, p. 163 et suiv. — Cf. ibid., p. 378 sqq. Wagner. Die sabbaitischen Apollodorfragmentc. — Wagner. Mythogr. græci, t. I, p. 237. — Cette publication, postérieure à l’article de M. Svoronos, en corrige certains détails.
(4) Kaxà xàç TeipEd'ou pLavxei'ai; ôutjiâaaç l^iXoccxexat Iloijsiûüiva. f. 121b.
(5) Pausan., I. 12, 5. — Eustath. in Odyss., XI, v. 122. — Tzetz in Lycophr. Alexandr., v. 799. — Et. Byz. s. v. Boüvsip.a. Strabon (XIV, o, 24) n'avance aucun nom.
de Bouneima, ou Kelkéa, ou Trampyia, le culte de Poséidon fondé par Ulysse (1). D’autre part, la Télégonie d’Eugammon de Cyrène, continuateur de l 'Odyssée (2), présentait une version différente, dont la Chrestomathie de Proclus nous a conservé le résumé (3). Après le massacre des prétendants, le héros visitait l'Élide, pour y remonter en bœufs ses étables (4); puis venaient u les histoires relatives à Trophonios, Agamédès et Augias » ; ensuite, de refour à Ithaque, il accomplit les sacrifices commandés par Tirésias. Après cela, il se rend chez les Thesprotes, épouse leur reine Kallidice, et finit sous la lance de son fils Télégonos.
Donc, d’après la Télégonie, Ulysse avait dû rencontrer son homme après le voyage en Élide et avant le retour à Ithaque, c’est-à-dire dans une région du Péloponnèse: or, l’Arcadie, complètement isolée de la mer (5), est le seul pays répondant d’une manière satisfaisante au signalement de Tirésias.
Ni le résumé d’Apollodore ni celui de Proclus ne font allusion à un voyage d’Ulysse en Arcadie. Le silence de la Thesprotis, à ce sujet, s’explique : ce poème développait un épisode particulier de la légende; pour justifier le second séjour d’Ulysse en Thesprotie, l’auteur imaginait que le héros avait entrepris ce voyage en exécution des ordres de Tirésias (6). Quant à la Télégonie d’Eugammon, le sommaire très sec de Proclus ne nous laisse pas deviner s’il y était réellement question du voyage en Arcadie. Un seul détail est certain : d’après ce poème, la rencontre d’Ulysse avec son homme n’avait pas eu lieu en Thesprotie. La divergence des poèmes cycliques n’a rien qui doive surprendre; chaque auteur brodait à sa façon sur le canevas légendaire. Le rédacteur de la Télégonie n’était pas tenu à se mettre d’accord avec celui de la Thesprotis. Il est, en outre, évideut que l’élaboration des légendes n’était pas le monopole des poètes de profession. L’imagination populaire travaillait de
(1) Ce culte, s’il a réellement existé chez les Wiesprotes, est secondaire par rapport au Poséidon arcadien. Cf. les offrandes d’Oulixès dans le sanctuaire des Déesses Mères à Engyon, en Sicile (Plut. Marcell. 20).
(2) Vers la 53' Olympiade (568-565), d’après Euseb. Praep. cvang., X, 2.
(3) Ap. Pbat. Bibl. 239 (Dindorf. Eomeri carm. Didot, p. 584).
(4) Cf. Pausan. VIII, 14, 6, et Odys. IV, 634. — XXIII, v. 354.
(5) Pausan. VIII, 1. ’Apy.ocSsç xà èvxoç oîxoüaiv aTcoxXsiôasvot OaXàccrrjÇ TravxaydOsv.
(6) Odyss. XXIII, 269-270.
son côté, en dehors des traditions versifiées. Il existait ainsi, dans les cantons, nombre de variantes locales, qui ne trouvèrent pas leur expression poétique, mais qui, plus peut-être que les chants des aèdes, serraient de près certaines réalités. C’est ainsi que Pausanias relève la contradiction entre le folk-lore mantinéen relatif à Pénélope et la version de la Thesprotis (11.
Donc, puisque d’une part la Télégonie place dans le Péloponnèse la rencontre d’Ulysse avec son homme; que, d’autre part, les traditions de Phénéos et d’Aséa nous montrent Ulysse installé en Arcadie, on est autorisé à conclure que les Arcadiens se considéraient comme le peuple désigné par Tirésias. Si les commentateurs anciens ont adopté la version de la Thesprotis , c’est que la tradition arcadienne n’avait pas trouvé d’iuterprète poétique. Par suite, l identification avec Ulysse du personnage étrange figuré sur les monnaies mantinéennes devient acceptable; elle est même la seule interprétation plausible de ce type monétaire. Elle précise la version arcadienne en localisant sur le territoire mantinéen l’épisode d’Ulysse plantant sa rame dans le sol et sacrifiant à Poséidon. C’est là que le héros rencontre le paysan capable de prendre cette rame pour une pelle à vanner le blé. Cette erreur était vraisemblable de la part d’un peuple terrien, qui ne connaissait la mer que sous l’aspect du bois Pélagos. Une inscription du Ifir siècle après J.-C. nous montre que, depuis Homère, les Mantinéens ne s’étaient guère familiarisés avec la navigation : ils louent en termes emphatiques un de leurs compatriotes d’avoir « lui, continental, eu le courage de traverser deux fois cette Adriatique que les riverains eux-mêmes appréhendent de traverser une fois (2). »
Ainsi, à Mantinée aussi bien qu’à Phénéos et à Asé.a, Ulysse apparaît comme l’associé de Poséidon Hippios. Le rapprochement est confirmé par un autre détail de la Télégonie. Le poème mettait Ulysse en contact avec Agamédès et Trophonios, les héros minyens introduits dans les généalogies arcadiennes, les fondateurs de l’abaton de Poséidon Hippios à Mantinée et du trésor d’Augias en Élide. Malheureusement, le résumé de Proclus nous laisse tout ignorer du développement donné à cet épisode (3).
(1) Pausan., VIII, 12, a.
(2) "Ov Se -rcapixTtoi irAetv ’ABpiav xïv aira; sùXapoüvTai , toutov b gstycyxio; xat ûEÛTEpov TcXEufffaij xocTEcppôvqcs. Voy. Appendice (inscr.).
(3) M. Svoronos en conclut, avec beaucoup d'ingéniosité, qu'Ulysse est allé à
LA RELIGION MANTINÉENNE.
En résumé, Ulysse, à Mantinée, ne paraît pas indigène. Sa présence résulte d’une réaction du cycle phénéate de Poséidon Hippios. Ce dieu, parti de Mantinée, s’est installé à Phénéos et s’y est substitué à Ulysse, compagnon d’Artémis Chevaline. A son tour, Ulysse, descendu au rang de héros posidonien, a rellué sur Mantinée pour prendre place auprès du Poséidon de l’Alésion. Là, sa légende s’est complétée ultérieurement à l’aide d’éléments vulgarisés par l’épopée : c’est l’importance du Poséidon Hippios mantinéen qui a fait localiser, en cet endroit, la rencontre du héros avec l’homme désigné par Tirésias. 11 s’ensuivait qu’Ulysse aurait dû être considéré, à Mantinée, comme un fondateur du culte de Poséidon. Mais les origines lointaines de ce culte n’ont pas permis à la légende du héros de se développer dans ce sens : son association à Poséidon est ici plus discrète et plus secondaire qu’à Phénéos et à Aséa. Ici» c’est le dieu qui a porté son porteur attitré. Nous voyons dans ce fait une nouvelle preuve de la priorité du Poséidon de Mantinée sur celui de Phénéos.
11 y avait une autre raison pour qu’Ulysse ne fût pas absent des légendes mantinéennes : c’est que Pénélope était installée à demeure sur ce territoire. En dehors de l’attraction exercée par Poséidon Hippios, Pénélope a, de son côté, contribué à accréditer Ulysse dans le folk-lore mantinéen.
Le tombeau de Pénélope est signalé par Pausanias à la sortie de la ville, sur la route d’Orchomène; c’était, dit-il, un tertre élevé. Nous l’avons identifié avec la colline de Gourtzouli (1), en
Lébadée consulter Trophonios pour savoir où il trouverait l’homme signalé par Tirésias, — que Trophonios l’a renvoyé à Mantinée, — que le ridicule costume d’Ulysse sur la monnaie mantinéenne reproduit celui des consultants de Trophonios (Lucien. I, p. 140. — Pausan., IX, .'19, 8), celui que Trophonios luimême portait lorsqu’il apparut aux Thébains avant la bataille de Leuctres (Diod., XV, 53. — Pausan., IV, 32,5. — Cic. De divinat. I, 34), — par conséquent que la frappe de cette monnaie a eu lieu aussitôt après 371, lors de la reconstruction de Mantinée, symbolisée par l’autel : le costume trophonien d’Ulysse serait une allusion à la bataille de Leuctres et un symbole de l’alliance arcado-lhébaine. — Gruppe ( Griech . myth ., p. 78) admet que la Télégonie faisait consulter Trophonios par Ulysse à Lébadée.
(1) Voy. p. 117, note 2. — Peut-être le sommet de la colline, aujourd’hui encore couronné d’une chapelle, portait-il un petit sanctuaire d'Artémis, omis par Paus inias. La bulle désignée comme le tombeau de Kallisto était surmontée d'un liiéron d’Artémis Kallisté.
Pénélope, hypostase [’Artémis Callisto, — originaire de Mantinée.
rappelant à ce propos la butte consacrée à Artémis-Kallisto dans le Ménale. La présence de Pénélope à Mantinée proposait, aux esprits pénétrés de la tradition homérique, une énigme de même nature que celle d’Ulysse à Pbénéos. Elle fut, en somme, résolue par le même procédé. Il se forma sur place une de ces légendes explicatives où se trahit le désir de concilier, avec un fait embarrassant, les fantaisies des aèdes. Le tiyoç, n-qvEÀÔTtT,; représente un culte primitif : tel est le fait sur lequel s’est greffée la glose rapportée par Pausanias. Laissons donc celle-ci de côté pour l’instant, et essayons de reconstituer, en dehors d’elle, le personnage original de Pénélope. En Arcadie, Pénélope nous apparaît comme une divinité ou comme une nymphe de la Nature, comme un doublet de l’Artémis arcadienne ou de Kallisto. Elle est localisée à Mantinée, où son tertre avoisine un sanctuaire démotique d’Artémis et le stade du coureur Ladas. Elle a une légende purement arcadienne, qui s’est développée en dehors de la tradition épique et où s’affirme son caractère naturaliste et pastoral. En effet, elle constitue une triade avec les principales divinités pastorales du pays : d’Hermès, déguisé en bouc, elle a engendré Pan (1). Évidemment, cette maternité résulte d’un jeu de mots, dont la forme IIa^sXÔ7ia a fourni le motif. Mais, si cette fable a pu trouver crédit en Arcadie, c’est que le caractère personnel de Pénélope n’y répugnait pas. Pan et Areas sont donnés, par les légendes lycéennes (2), comme jumeaux, fils de Callisto. Il en résulte que Pénélope, mère de Pan, d’après les légendes du Cyllène, est une hypostase d’Artémis-Kallisto. En cette qualité, sans qu’on soit en état de préciser davantage ses fonctions, elle rentre dans la catégorie des personnifications agrestes ou pastorales, du genre d’Arné, d’Artémis Heurippa, d’Artémis Aiginaia, d’Athéna Hippia. C’est ainsi que l’a célébrée Nonnos, dans ses Dionysiaques (3) :
tov 8e vo|xaTç ôiwv Noatov cpiÀov, ômtozs viiacpT];
SéjAV'.ov ayoaûXoïo ZiiaTv/c n7]V£Xo7t£rr|Ç,
7tO[|A£\'!7] TÛOtyy! [A£fJt.7]XÔ Ta.
L’infatigable fileuse d’Ithaque ne semble-t-elle pas se souvenir
(1) Hérod. II, 46, 445. — Theocr. Syr. 1 et Schol.VII, 100. — Cic. Denat. deor. III, 22. 56. — Hygin. Fab., 224. — Plut, de def. or., 17.— Lucien. Dial. deor.. 22. — Servius in Virg Æn., II, 44 et Georg , I, 16. — Schol Vntic. in Eurip. Rhes., 36 {Fr hist. gr., IV, p. 318). — Cf. Roscher. Die Su g en von der Geburt des Pan. [ Philologus , LIII (1894), p. 368].
(2) Scliol. in Eurip Rhes., 36.
(3) Dionys. XIV, 87 sqq.
LA RELIGION MANTINÉENNE.
du temps où, comme nymphe arcadienne, mère de Pan Nomios, elle régnait sur les troupeaux de bêtes à laine (1)?
D’Arcadie, Pénélope passa par le même chemin qu’Ulysse, dans la Laconie supérieure; elle s’y combina avec le culte d’Aidos (an cienne déesse chthonienne, forme féminine d’Haidès?) tombée ensuite au rang de personnification secondaire de la Pudeur. Les légendes achéennes l’associèrent, avec Ulysse, au cycle des héros tyndarides, en particulier à celui d’Ikarios, frère de Tyndaréos. L’épopée les unit définitivement et leur fit de nouvelles destinées. Pausanias recueillit, sur les bords de l’Eurotas, une fable où se retrouvent les principaux éléments de cette association (2) :
« La statue d’Aidos se voit à trente stades à peu près de la ville. C’est, dit-on, une offrande d’Ikarios, consacrée dans les circonstances suivantes : Lorsque sa fille Pénélope eut épousé Ulysse, Ikarios fit tout ce qu'il put pour décider son gendre à s’établir à Lacédémone, et n’ayant pas réussi à le décider, il eut recours à sa fille elle-même, la suppliant de rester avec lui. Quand elle partit pour Ithaque, il poursuivit son char en continuant de la solliciter. Ulysse qui avait patienté jusque-là finit par dire à Pénélope ou de la suivre de bon cœur ou si cela lui convenait mieux, de retourner avec son père à Lacédémone. On dit qu’elle ne répondit rien, mais qu’elle se couvrit le visage. Ikarios, comprenant qu’elle voulait suivre Ulysse, ne s’efforça plus de la retenir, et érigea une statue à la Pudeur, à l’endroit de la route où Pénélope s’était couverte de son voile. »
Par une coïncidence remarquable, le souvenir de Pénélope, identifié à Aidos, se trouvait ici localisé, comme à Mantinée, près d’un sanctuaire d’Artémis et près du tombeau du coureur Ladas. Celui-ci, fatiguéparsa victoire aux jeux olympiques, était mort à cet endroit, sur la route conduisant en Arcadie : il retournait en son pays, c’est-à-dire à Mantinée, où était son stade d’exercice. Ce détail confirme la provenance mantinéenne du groupe Pénélope, Artémis, Ladas (3).
(1) Ici encore l’inévitable calembour ne perd pas ses droits. Les noms de Pan et de Pénélope, rapprochés de ttijvi'ov (til) et de Xütioç (tissu) ont inspiré aux philologues anciens et modernes d'ingénieuses scholies. (Schol. in Iliad., XXIIf, 762. — in Odys., IV, 797. — Eustath. in Odys., p. 1421, 63. — Cf. Curtius. Grundziige d. gr. Etym., 276). — Pénélope voilée dans Odys. I, 356.
(2) Paus., III, 20, 10. — Sur l'emplacement de la statue d’Aidos, voy. Loring. Journ. of hellen. Stud 1895, p. 42.— Sur Aidos = Ha'fdès,Wide. Lak. culte, p.270.
(3) Le coureur Ladas me parait être un héros artémisien, une hypostase mantinéenne de Meilanion, l'amant de l'Atalante arcadienne. Or, Atalante est, en Arcadie, une forme primitive de l’Artémis du Ménale. On montrait près de Mélhydrion le stade d'Atalante (Pausan. VIII, 33, 10).
Lorsque Pénélope revint en Arcadie transfigurée par l’épopée, il fallut trouver un lien entre sa première et sa seconde incarnation, entre la nymphe arcadienne restée sur place et le personnage exotique de la reine d’Ithaque. De même, Ulysse s’était représenté aux Phénéates aussi méconnaissable pour eux qu’il l’avait été chez lui pour le fidèle Eumée. De là naquit, à Mantinée, une légende mixte où l’héroïne homérique rentrait tant bien que mal — plutôt mal — dans son ancienne peau. Cette version suit naturellement l’ordre inverse de la marche réelle des choses. Les Mantinéens racontaient qu’Ulysse, ayant convaincu Pénélope d’avoir introduit des amants dans sa maison, l’avait répudiée; elle s’était retirée à Lacédémone et de là à Mantinée, où elle finit ses jours (1). A n’en pas douter, cette explication maladroite et puérile est l’œuvre d’exégètes locaux, désireux de justifier à Mantinée l’existence d’un tombeau de Pénélope. Les nouveaux fragments d’Apollodore viennent ici compléter Pausanias (2). Après avoir résumé les données de la Thesprotis et de la Télégonie (3) sur les aventures d’Ulysse après son second séjour chez les Thesprotes, Apollodore ajoute ; « Au dire de quelques uns, Pénélope, séduite par Antinoos, fut renvoyée par Ulysse chez son père Ikarios ; elle se rendit ensuite à Mantinée, en Arcadie (4) et mit au monde Pan, des œuvres d’Hermès. D’autres disent qu’Ulysse la tua de sa propre main, après qu’elle eut été séduite par Amphinomos, car tel serait, d’après eux, le nom du séducteur (5). » Toutes ces
(f) Pausan, VIII, 12, 3.
(2) Rhein. Mu, s., XLVI (1891), p. 181, 10.
(3) D’après la Thesprotis, Pénélope, pendant l’absence d’Ulysse, avait mis au monde un fils, Ptoliporthès, d-mt Ulysse était père. Cette donnée, comme le remarque Pausanias, est en désaccord avec la légende mantinéenne. La Télégonie racontait comment Ulysse avait péri par la main de Télégonos, le fils qu’il avait eu de Circé, et oui, OEdipe d'un autre genre, épousa la femme de son père.
(4) Le manuscrit porte : ysvop. sv-qç ok x"7)ç ApxaSiaç xxxà txavxefav, s;
Eop-oo xsxsïv nâvx. La correction xaxà Mavxtvstav s'impose. (Voy plus bas
une confusion analogue entre u.xvxrxyç et aavx’.v.xÿç dans les textes relatifs à Diotima). Mais, la leçon nouvelle une fois adoptée doit se substituer, non s’ajouter, à la leçon corrigée : Wagner {Rhein. Mus., XVL1, p 413) continue cependant à parler de l 'oracle qui conduit Pénélope à Mantinée.
(o) Une autre version représente Pénélope comme s’étant livrée à tous 1rs prétendants (Trant xotç ijc > iq cxx-r; p <7 1 ) ; Pan aurait été le produit collectif de celle union. (Tzélzès in Lykophr., 772.) Nous avons là une nouvelle glose étymologique des noms de Pan et de Pénélope, dérivée des fables relatives à la séduction. Mais je ne crois pas qu’elle soit proprement d’origine mantinéenne, comme le soutient Roscher [ Philologus . LV (1896; , p. 6 1 ].
LA RELIGION MANTINÉENNE. 231
versions ont pour point de départ l’existence d’un culte mantinéen de Pénélope et le désir de concilier ce fait avec les dounées de l’épopée. Elles se sont formées sur place, probable ment en dehors de toute composition poétique. Par rapport à l 'Iliade et à Y Odyssée, elles représentent une conception décadente : elles procèdent de l’esprit réaliste des homerici minores et appartiennent à la période de réaction contre l’idéalisme homérique. Les continuateurs d’Homère ont, en effet, pris plaisir à travestir les héros de l’épopée. Chez eux, l'immoralité triomphe, la passion prédomine sans vergogne. C’est sous leur influence, sans "doute au VIe siècle, que la chaste Pénélope s’est transformée en une Clytemnestre encore plus éhontée. Cet indice nous prouve aussi la priorité de la légende laconienne citée plus haut : l’héroïne y conserve le caractère de dignité et de pureté popularisé par l’épopée primitive. En altérant grossièrement ces traits, la légende mantinéenne trahit uue époque plus basse et marque le terme extrême de la carrière de Pénélope. — En somme, le couple mantinéen Ulysse = Pénélope répond au couple phénéate Ulysse (Poséidon Hippios) = Artémis Chevaline. Pénélope s’associe au héros Posidonien comme hypostase de la déesse de la Nature. Leur groupement unit le dieu de J’Alésion à la déesse du Ménale.
Aux divinités de l’eau et de la terre, au couple Poséidon — Déméter s’adjoint, et s’oppose souvent, l’élément solaire : à Delphes, Apollon s’ajoute à Poséidon = Gè-Thémis; de même à Ouchestos, puis à Thelpousa, où Apollon Onkeiatès se combine avec Poséidon = Érinys-Déméter. A Mantinée, ce troisième élément intervient aussi, approprié aux conditions locales du climat, sous le nom de Maira. Comme agent de la lumière et de la chaleur, il complète l’action fécondante de l’eau sur le sol; comme agent de sécheresse, il assa'init les plaines inondées ou les stérilise. De toute façon, il ne peut se séparer des autres principes qu’il seconde ou qu’il annihile. Le pays ne subsiste que par l’harmonie de ces forces équilibrées; mais cet équilibre idéal est, la plupart du temps, précaire. Les habitants d’une plaine à katavothres sont exposés à passer de l’extrême sécheresse à l’extrême humidité : ils invoquent l’une comme remède à l’autre, espérant un bien dans ces contraires et n’y trouvant qu’un mal. Ils assistent à leur conflit, subissent leurs triomphes alternatifs, mais jouissent rarement de leur accord : aussi les conçoivent-ils comme toujours en duel.
Maira.
élément solaire opposé
aux précédents.
C’est à la lisière de la plaine, au pied de la bordure montagneuse, que les deux puissances se neutraliseut. Il y a là uue zone intermédiaire, qui n’est déjà plus le bas-fond détrempé et n’est pas encore la roche. C’est le lieu d’élection de la sécheresse productive et salubre. Il échappe à Poséidon, sans échapper à Déméter. Il contraste avec le marécage, surtout aux abords de la Plaine Inculte ( Argon Pédion). Au milieu, celle-ci présente le spectacle le plus attristant. Poséidon Hippios s’y déchaîne; Déméter s’y désole dans la stérilité, auprès d’un katavothre impuissant, sans que la fête annuelle, célébrée dans son sanctuaire, au pied de l’Acropole de Nestané, réussisse à réveiller son inertie. Mais Poséidon perd ses droits dès les premières pentes de l’Alésion. Aussi, ce domaine privilégié de la sécheresse féconde, région neutre, entre les bas-fonds submergés et la roche abrupte, est-il placé sous la protection d’une divinité spéciale, Maira. C’est là qu’elle s’ébat comme en un champ de danse (yopoç Maipaç) (1).
Maira est une héroïne arcadienne, sœur de Maia, la nymphe du Cyllène, et, comme elle, fille d’Atlas, le plus ancien roi d’Arcadie (2). Atlas, porteur du ciel (3), personnifie le haut massif arcadien et ses soumets les plus élevés, colonnes de la voûte céleste. Lui même est devenu une hypostase du ciel lumineux, de Zeus ou d’Hélios (4). Sa fille Maira occupe, au ciel, la place de la Canicule ou de Sirius. Elle personnifie donc la chaleur extrême de l’éte et la saison la plus sèche. Ennemie de l’eau, elle siège aux endroits où sa présence s’impose pour assainir le sol détrempé. Trônant à mi-côte sur les versants cultivables, elle surveille les plaines marécageuses. Son regard
(1) Sur ce lieu-dit, voy. p. 93 — Ce qui suit confirme l’emplacement que nous lui attribuons, contrairement à l’opinion de Curtius. C’est une portion, mais plutôt desséchée, de l’Argon Pédion.
(2) Apollod., III, 10, 1. — Denys d'Hal., 1, 61.
(3) De fXa, supporter. Cf. le nom de TctAexov donné au sommet du Taygète (Pausan., III, 20, 4). Le même radical se retrouve dans Tantalos, héros péloponnésien (Wide. Lak. Kulte, p. 18), dans Talaos, héros argien, et dans le géant Crétois Talos, identifié au Taurus.
(4) Hésych : TâXcoç’ b 7]),ioç. Cf. Zeus Talétitas (Fourart. Iriser, du Pélop., p. 144), Tallaios (C. 1. G. 2254. — Cauer. Del. inscr dial., II, 120, 121), qu’il faut peut-être rapprocher du Zeus Télesios de Tegée (Pausan., VIII, 48, 6) : à côté du monument de Zeus Télesios, sur l’agora de Tégée, Pausanias signale le tombeau de Maira, fille d’Atlas, épouse de Tégéatès.
LA RELIGION MANTINÉENNE.
dévoraut embrase le domaine de Poséidon. C’est ainsi qu’elle s’installe sur le revers de l'Alésion aux confins de la Plaine inculte et sur une terrasse de l’Anchisia, à la lisière de la grande plaine, dans une bourgade qui portait son nom (1).
Les Tégéates symbolisaient le conflit de ces deux éléments, l’aride et l’humide, par le mythe des deux frères ennemis, fils de Maira (2) : Sképhros, c’est-à-dire l’Escarpement desséché (Cf. scaber - Hxapcpeta), et Leimon ou la Prairie humide. Leimou tue son frère, ami d’Apollon, et périt lui-même sous les flèches d’Artémis. Dans cette fable, Leimon représente évidemment une hypostase de Poséidon Hippios, Sképhros une hypostase d’Apollon. Maira, leur mère à tous deux, sert de trait d'union entre ces deux éléments irréductibles. En effet, Maira représente la sécheresse bienfaisante, amie de la culture. Elle favorise la conquête des champs cultivables sur le marais. Elle ne s’isole donc pas sur les roches improductives, apanage de Sképhros. Mais, régnant sur les terres exhaussées qui relient la base des monts aux fonds marécageux, elle aspire à étendre son domaine aux dépens de la plaine humide. Son action subit des alternatives de succès et de revers. Tandis que sou autorité sur Sképhros est entière, Leimon se montre un fils inconstant et rebelle, subissant parfois l’influence de sa mère, mais plus souvent acquis à l’ennemi Poséidon. Quand il tue Sképhros, comprenez que le marais a tout noyé et bloque jusqu’aux rochers, comme cela arrive souvent dans la Korythéis et au lac de Taka. Quand lui-même meurt sous les flèches d’Artémis, concluez à un retour offensif du soleil et à un recul de l’élément humide, car ici Artémis intervient comme auxiliaire d’Apollon. Ainsi,
Maira
et le mythe tégéate de Sképhros et Leimon .
(1) Polygnote l avait représentée, dans la Lesché de Delphes, assise sur un rocher (Pausan., X, 30, 5). — Peut-être, à l'origine était-elle adorée sous la forme du chien, l’animal que la saison brûlante exaspère et rend hydrophobe : en Attique, Maira est le chien d’Érigoné. En Argolide, elle est fille de Prœlos, père des vierges égarées dont la rage est contagieuse (Pherecyd. in Odys., XI, 326. — Eustath. in Homer., p. 1688, 62. — Hesych.. s. v.). La légende attique confirme notre interprétation : Maira est le chien d’Érigoné, fille d’Ikarios, le premier mortel à qui Dionysos ait octroyé le vin. Elle conduit sa maîtresse à l’endroit où le vin nouveau a déjà répandu sa démence. Érigoné, affolée à son tour, se pend. On célèbre en son honneur une fête lors des vendanges. Maira, associée à Ikarios et à Érigoné, personnification du Raisin et de l’Ivresse, symbolise la chaleur propice à la vigne, plante amie des terres sèches, et en même temps signifie que l’Ivresse engendre la même rage que la Canicule.
(2) Pausan., VIII, 48, 4.
Duel d'Aréïtboos le Korynète (héros posidonien) et de Lycurgue (héros solaire).
dans cette légende tégéate, Maira apparaît nettement comme une divinité solaire indigène effacée par les Létoïdes, puis reléguée au rang des étoiles (1).
Les Tégéates et les Mantinéens, au dire de Pausanias, se disputaient son tombeau (2). Le nom de Maira, donné à un bourg de la Mantinique (3) et celui du Xdsoç Maipïç, indiquent que Maira était chez elle à Mantinée. De là, elle passa en Tégéatide, où les conditions identiques du sol justifiaient sa présence. Elle y devint mère des héros locaux, Sképhros et Leimon, puis fut absorbée par eux dans le culte apollinien. Comme protectrice du territoire tégéate, elle a pris place aux côtés de l’éponyme de la ville, Tégéatès. Mais ce mariage officiel atteste sa déchéance, car Tégéatès n’est qu'une abstraction. Dans ce rôle tutélaire, Maira s’est encore laissé dépasser par Athéna Aléa, dont le nom, interprété à la fois dans le sens de Chaleur et <¥ Asile, était un titre suffisant pour déposséder sa rivale.
Au mythe tégéate de Sképhros et de Leimon équivaut la légende mantiuéenne du duel d’Aréïthoos le Korynète et de Lycurgue, roi de Tégée et fils d’Aléos. Cette légende était précisément localisée dans le district voisin de la source Arné et du Poseidion : c’est dans le défilé situé à l’extrémité de l’Argon Pédion et du bois Pélagos que doit être cherché, comme on l’a vu plus haut, le tombeau du Korynète, signalé par Pausanias (4).
Cette légende nous est seulement connue sous la forme de récit guerrier que lui a donnée l’épopée. Nestor raconte un
( 1 j Cette interprétation du mythe de Sképhros et de Leimon renforce celle qu'a proposée Curtius ( Pelop ., I, p. 253).
(2) Pausan., VIII, 12, 4.
(3) Ce nom étonne Pausanias, qui forge à ce propos une légende toute de son invention. A mon sens, il y a dans sa phrase : î: or, êvz aô6a, y.xl a t, Iv Tq TsyeaTwv s-rior,, une première supposition : à savoir que le nom de Maira, donné au village, indiquait que l’héroïne y était enterrée. Était-ce là une tradition locale? Il est permis d'en douter. Les Tégéates montraient le tombeau de Maira sur leur place publique. Ce souvenir a suggéré à Pausanias l'idée d’une prétenlion rivale chez les Mantinéens, mais il ne dit pas expressément qu'on lui ait signalé à Maira une sépulture de la demi-déesse. Obsédé par cette idée d'un tombeau imaginaire, il invente une autre fille d’Atlas, soi-disant enterrée là.
(4) Pausan . VIII, 11, 3. - Yoy. sur ce tombeau et sur le rjTS'.vojTioç ôSoç, p. 108-110, et la carte de la Mantinique.
LA RELIGION MANTINÉENNE.
exploit de sa jeunesse (1). C’était sur les bords du Jardanos, autour de Phéia, pendant une bataille entre les Pyliens et les Arcadiens. Nestor avait tué le géant areadien Éreuthalion, revêtu de l’armure d’Aréïthoos le Korynète ou l’Homme à la massue. Éreuthalion l'avait reçue de son maître, le roi Lycurgue, qui en avait dépouillé le Korynète après l’avoir tué en combat singulier. Le surnom de Korynète venait de ce qu’Areithoos se servait, au lieu de lance, d’une massue de fer. Lycurgue l’avait percé de sa lance en le surprenant dans un chemin étroit où le Korynète n’avait pu déployer son arme. — Un autre passage de Y Iliade (2), nous apprend que le Korynète habitait Arné, et nous savons par Pausanias qu’il était enterré près de Mantinée. C’est donc là qu’on plaçait la rencontre.
Certains scholiastes ont, avec raison, identifié la patrie du Korynète avec Arné de Béotie; pour expliquer son duel avec un roi d’Arcadie, ils invoquent ce témoignage de Phérécyde (3) : les Béotiens et les Arcadiens se disputaient au sujet de leurs frontières; Aréïthoos envahit l’Arcadie à la tête d’une troupe et finit dans l’embuscade où l’attendait Lycurgue (4).
Dès qu’on se rappelle les attaches mythologiques de la Béotie et de l’Arcadie, les difficultés cessent et le mythe devient transparent. Aréïthoos le Korynète est effectivement venu de Béotie à Mantinée avec le Poséidon minyen et la nymphe Arné. Son caractère posidonien éclate. Son nom ressemble à celui du cheval Areion, fils de Poséidon et de Déméter-Érinys à Thelpousa. Son armure passe à Éreuthalion (5), fils d’Hippomédon ou de Xanthippos, puis à Nestor, le cavalier de Gérénia. Aréïthoos appartient donc à la lignée des héros issus de Poséidon Hippios, tels que l’Hippoménès d’Onchestos et d’Athènes
(1) Iliad., VII, 134-156. Cf. un récit du combaL de Nestor, d’après Ariaithos de Tégée dans les Schol. Venet. Iliad. 8' 319. (Fr. hist. graec., IV. p. 318).
(2) Iliad., IV, 8.
(3) Pherecyd. ap. Schol. in Iliad., VII, 9 (fr. 87. Fr. hist. graec., I, p. 92).
(4) Wentzel soutient au contraire que l’Arné désignée par Homère n’est pas celle de Béotie, mais celle de Mantinée (Jahrb. f. kl. Phitol., 1891, p 385). — Cependant les termes d’IIomèie indiquent clairement une ville, non une source.
(5) Iliad., IV, 319. — VII, 134. — D’après le scholiasle d’Apollonius de Rhodes, Éreuthalion s'identifierait avec Aréïthoos lui-mème : la victime de Lycurgue serait Éreuthalion. Mais cette version résulte d’une confusion entre le combat de Nestor et celui de Lycurgue. (Schol. Apol. Rhod., I, 164. — Fr. hist. gr., IV, p. 336.)
et l’Hippothoos tégéate. Mais il n’est pas lui-mème un héros cavalier. Il personnifie l’élément posidonien sous l'aspect silvestre. Son attribut favori, la massue noueuse (/.opûvri) symbolise ici le bois tout entier (1). De même que le cheval est uu don et un symbole de la puissance posidonienne, de même l’arbre, dont l’eau alimente la vie. Le Poséidon mantinéen, pasteur de chevaux, est aussi un dieu silvestre (2). Son abaton s’abrite sous le mystère des grands chênes ; leurs troncs ont fourni les matériaux de son temple primitif à Agamédès et à Trophonios. Sous cette nappe de verdure, dont la couleur et le bruissement donne l’illusion de la mer à ceux qui la contemplent des hauteurs, Poséidon habite comme en son domaine familier : c’est sa mer à lui. Ainsi, Aréïthoos le Korynète apparaît comme la personnification locale du bois Pélagos, don de la terre humide. Il est le congénère du Leimon tégéate, qui représente la Prairie fleurie. Ce même concept, la végétation considérée comme un produit de l’union de la terre et de l’eau, c’est-à-dire du couple Poséidon Hippios= Déméter, se manifeste en chacun d’eux sous un aspect approprié à la nature locale
Dans l’adversaire du Korynète, attendons-nous donc à retrouver un personnage solaire. De fait, la parenté de tous les Lycurgues légendaires avec les dieux de la lumière est depuis longtemps proclamée (3). Le Lycurgue tégéate a de qui tenir : il s’affilie à Zeus Lykaios-Lycaon, dont il est une hypostase pour les Éléens comme pour les Arcadiens (4), à Athéna Aléa par son frère Aléos et par sa sœur Augé, prêtresse d’Aléa. Son duel avec Aréïthoos a le même sens que la lutte de Sképhros et de Leimon. Qu’est-ce que le Korynète serré par Lycurgue dans un défilé où il ne peut déployer sa massue, sinon l’image épique du bois Pélagos, de plus en plus réduit par le rapprochement
(1) Dans Ylliade, la massue du Korynète est en fer. Le choix de cette matière s’explique par la transformation du folk lore local en récit épique Le poète, en faisant du Korynète, dieu agreste, un héros de combat, devait lui mettre entre les mains une arme de guerre à la fois efficace et noble. Le vulgaire bâton noueux, terminé par une masse de fer, devenait une arme rare et originale. La massue d’Hercule a conservé sa forme rustique, parce que son origine silvestre rappelait ses luttes avec les fauves des bois. — Cf les paysans Korynéphores de Sicyone (Théop. fr. 195; Pollux. III, 83. — Et. Byz. s. v. Xîo;.
(2) Cf. Poséidon cpuTàÀutoç, Dionysos AsvopiVqç (Plut Symp. 5).
(3) Voy. Bosclier. Myth. Lexic. Arlicle Lykurgos.
(4) Wilamowitz- Mœllendorf. Hum. Untersuch., p. 285. C’est par l’intermédiaire de Tégée que le mythe du duel avec Aréïthoos a passé en Triphylie.
LA RELIGION MANTINEENNE.
des terres arides et des promontoires rocheux ? La lance du héros tégéate joue, à son égard, le même rôle que les flèches d’Artémis sur Leimon : c’est le rayon solaire vainqueur de l’élément humide.
Aréïthoos est un héros béotien d’Arné, localisé à Mantinée, près de la source du même nom. Son adversaire est de race apheidante, c’est-à-dire Achéen. Leur duel symbolise-t-il l’antagonisme de deux races? La phrase de Phérécyde autoriserait cette hypothèse, dont nous avons signalé déjà la vraisemblance (1). On aurait tort, en effet, de dénier à la mythologie toute valeur historique. Les dieux, en tant que concepts naturalistes, sont nés sur un sol et dans un milieu déterminés; ils ont une patrie et une nationalité. Leurs voyages décèlent souvent des migrations réelles. De plus, la préhistoire tend à se transposer en laugage mythologique. Les peuples primitifs identifient les choses humaines à celles de la nature; l’imagination populaire simplifie son travail en confondant l’histoire des hommes avec celle des éléments ; elle applique aux conflits humains l’explication qu’elle a trouvée pour les conflits naturels. Les personnifications des forces cosmiques s’adaptent ainsi au rôle d’acteurs dans le drame humain; elles finissent par incarner les passions et les intérêts des sociétés. Les héros de la nature, métamorphosés en chefs d’États, deviennent alors des personnalités pseudo-historiques. C’est pourquoi certains mythes comportent deux explications également valables, l’une naturaliste, l’autre humaine et quasi-historique.
Le duel d’Aréïthoos et de Lycurgue, originairement symbole d’une antinomie naturelle, celle de l’élément posidonien et de l’élément solaire, a fini, sous la forme guerrière où l’épopée l’avait fixé, par symboliser l’éternel conflit entre Mantinée et Tégée sur la question des eaux. Aréïthoos est le champion de Mantinée, Lycurgue celui de Tégée : la victoire du Tégéate est un dénouement conforme aux conditions naturelles, qui assurent l’avantage à Tégée.
Un autre exemple d’une semblable adaptation se retrouve
(1) Voy. p. 218. Les scholiastes expliquent dans les mêmes termes le duel Nestor-Ereulhalion. Un conflit entre les Areadiens et les Pyliens, au VIIP ou au VIP s. (Strab. VIII, 3, 12), sur une question de frontières, est plus vraisemblable qu’entre les Béotiens et les Areadiens, même en tenant compte de l’interprétation donnée p. 218. Le scholiaste, en citant Phérécyde, a pu attribuer les causes du combat entre Nestor et Éreuthalion au duel Aréïthoos- Lycurgue.
Légende du sacrilège cl’Æpytos II.
dans la légende d’Æpytos II violant l’abaton de Poséidon Hippios. Æpytos II personnifie à la fois un élément naturaliste et une race: il est la montagne escarpée, op oç a’ntu, c’est-à-dire le Cyllène où repose son ancêtre (1). Son nom le présente donc comme un équivalent de Sképhros, comme l’élément hostile à l’eau; le tombeau de son ancêtre, comme un représentant des Æpytides du Cyllène, lesquels s’installèrent à Tégéeoù l’ancêtre Æpytos avait sa statue sur l’Agora (2). Son père, Hippothoos, avait régné à Tégée, mais il dut transférer sa capitale à Trapézous, juste au moment où l’Argien Oreste occupait l’Arcadie (3). Que son successeur ait tenté de reprendre une partie du domaine perdu en attaquant Mantinée, qu’il ait échoué devant les secours venus d’Argos, rien de plus plausible. La traduction mythologique de ces faits s’est inspirée du mythe de la lutte entre l’élément solaire et l’élément posidonien ; Æpytos est une réminiscence de Sképhros et de Lycurgue. En regard du thème historique, on peut placer la transposition mythique :
Mythologie
1° Statue d’Æpytos - Hermès à Tégée.
2° Hippothoos, roi de Tégée, émigre à Trapézous.
3° Oreste conquiert l’Arcadie.
4° Æpytos II [['Escarpé, réminiscence de Sképhros] viole l’abaton de Poséidon Hippios [réminiscence du stratagème de Lycurgue contre Areithoos] (4).
5° Æpytos II est aveuglé, [donc, il personnifiait, comme Sképhros-Apollon, l’élément solaire; il esta la fois l 'Escarpé et le Lumineux, c’est-à-dire Sképhros et Lycurgue. Mais le dieu chthonien l’emporte sur lui]
6° par un jet d’eau salée [voy.
(1) Iliad., II. 003.
(2) Pausan., VIII, 47, 3.
(3) Pausan., VIII, 5, 4. — Voy. p. 217-218.
(4) Lycurgue, dans la généalogie arcadienne, est plus ancien qu',Æpytos II.
Histoire
1° Les maîtres du Cyllène occupent Tégée.
2° Ils refluent sur l’Arcadie occidentale
3° devant une invasion argienne.
4° Ils tentent un retour offensif sur Mantinée.
5° Ils échouent
6° devant des renforts venus d’Argos.
LA RELIGION MANTINEENNE.
Cette fois, la lutte des deux principes se termine par la défaite de l’élément solaire. Poséidon Hippios, c’est à-dire Mantinée, par la punition d’Æpytos II, a pris sa revanche du meurtre d’Aréïthoos, c’est-à-dire a triomphé de Tégée.
Les Arcadiens célébraient, en souvenir du combat de Lycurgue et d’Aréïthoos, une fête appelée jj-wAeia, de puoAoç, combat (1).
Il est probable que cette fête se célébrait à Mantinée, aux environs du tombeau d’Aréïthoos. Celui-ci, à l’origine héros posidonien, s’était métamorphosé en héros guerrier : son nom semblait contenir celui d’Arès; sa massue de dieu silvestre était devenue une arme offensive. L’épopée avait achevé sa transformation en fixant à jamais sa légende sous la forme d’un récit de bataille. Les termes même de l’Iliade, où l’expression puoAo; "Ao-^oç paraît dans ce récit (2), ont pu contribuer à préciser le caractère de la fête et à lui donner une allure toute militaire (3). Peut-être même le souvenir de quelque combat réel, livré à cet endroit entre les Tégéates et les Mantinéens, est-il aussi intervenu dans le même sens. Mais, à l’origine, il ne s’agissait que d’une fête rurale, symbolisant la dispute des éléments naturels et le travail pénible (puSÀoç) imposé à l’homme pour gagner à la culture un sol ingrat. Elle était localisée en un point où la plaine est rétrécie et comme étranglée par les montagnes. En ce sens, plusieurs cantons arcadiens pouvaient célébrer cette fête, car il n’y avait pas de plaine fermée où l’on ne pût dire :
C’est ici le combat du Sec et de YHumide (4).
(1) Schol. Ap. Rhod. 1,164: àyexac MojXsca sopx 7] Tîapà ’ Apxâacv, ÈirecoY] Auxoüpyo; Aoy/ja aç xaxà uxyTjv scXev ’EpEuOaAtwva (lisez ’ApipOoov)puSAoç 8s 7) [t-â/'i}-
(2) lliad., Vil, 146. Lycurgue dépouille Aréïthoos, dont il porte ensuite l’armure dans les combats.
Tsu^sa 8 ’lçsvxpccjs, xà oc Ttôps yâAxeoç ”Apï]ç, xat xà ij. sv aùxoç siretxa cpôpst [xsxà a ojAov "ApYj oç.
(3) On pourrait rattacher à cette fête les traditions relatives à la danse armée, dont il sera question plus loin. Gruppe ( Griech . mythoL. I, p. 199) soutient que cette danse, inventée par Saon, faisait partie du culte mantinôen de Poséidon A lësios (?), parce que les Saliens dansaient en l’honneur d’Alésos, fils de Poséidon (Interp. Serv. Virg. Æn, VIII, 285). Voy. plus loin, p. 265.
(4) Le texte vrai du vers de V. Hugo :
C'est ici le combat du Jour et de la Nuit,
traduirait avec non moins de vérité le sens de ces mythes, car le caractère chthonien ne se sépare pas de l’élément posidonien. Sur les légendes béotienne et laconienne où Lycurgue lutte avec le dieu chthonien, voy. Wide. Lak. Kulte, p. 283-284.
La fête des prcoAeca.
Les pélïades Au cycle de Poséidon se rattachent aussi les Péliades. On et îoracie primitif rencontrait leurs tombeaux à cinq stades à l’est du Poseidion, du Péiagos. en piein bois Pélagos. Les filles de Pélias s’étaient laissé abuser par Médée. La magicienne, après avoir fait cuire sous leurs yeux un bélier et l’avoir retiré de la chaudière vivant et redevenu agneau, leur persuada d’appliquer à leur vieux père le même traitement. Pélias, découpé et cuit, non seulement ne recouvra pas la jeunesse, mais sortit du chaudron dans un tel état qu’il ne put être enseveli. Ce forfait involontaire obligea ses filles à quitter Iolcos ; elles se réfugièrent à Mantinée (1).
Leur venue dans ce pays s’explique par la diffusion de la légende des Argonautes et sa localisation à Argos. On ne peut qu’y voir un nouveau larcin de Poséidon Hippios à son confrère pélagien : après lui avoir emprunté son flot salé, son Pélagos, son Halirrhothios, il lui prenait, avec les Péliades, un fragment de sa légende la plus populaire, celle des Argonautes. Les filles de Pélias étaient, par leur père, petites-filles de Poséidon. C’est par la route d’Argos qu’elles ont trouvé asile auprès de leur divin aïeul.
D’autre part, les liens mythologiques entre les Minyens et les Argonautes sont si étroits que Pindare désigne les Argonautes par l’expression Mivûat ’Aoyo/aUxai (2). La fable, originaire du bassin du Copaïs, colportée à Iolcos par les navigateurs de Chalcis, y a produit une combinaison du Poséidon minyen avec le Poseidon-Pélias de la Magnésie thessalienne. Elle revint à Argos sous cette forme composite. Originaires d’Iolcos, les Péliades, grâce aux relations du Poséidon argien avec celui de la Haute Plaine, se sont affiliées au dieu minyen de Mantinée, fusion qui n’est qu’une réplique inverse de la combinaison thessalo-minyenne opérée à Iolcos. On y reconnaît les mêmes éléments, originaires de Béotie. A Arné et dans le cycle minyen d’Athamas et de Phrixos, le bélier est un animal posidonien; il reparaît à Iolcos pour se substituer à Poseidon-Pélias, et aussi dans la légende mantinéenne de la source Arné. Ces analogies nous expliquent comment les Péliades ont pu trouver auprès de Poséidon Hippios un accueil hospitalier. Mais pourquoi ont-elles subi l’attraction de Mantinée? Ne le demandons plus à la légende.
(1) Pausan., VIII, 11, 2. — Voy. plus haut, p. 108-109.
(2) Pyth. IV, 69 et Seliol. — Schol. Pind. Isthm. I, 79. — Apol. Rhod. I, 229.
LA RELIGION MANTINÉENNE.
Les poètes tragiques ont poussé au noir le personnage de Médée. Mais, si on le compare à Circé, il devient sympathique. La science de Médée apporte aux humains des soulagements ; elle leur procure l’amour, la santé, la jeunesse, la richesse ; elle connaît les philtres bienfaisants , les herbes salutaires, les sortilèges contre les piqûres, les coups, le feu; elle munit les héros de talismans vainqueurs des monstres, de secrets pour découvrir les trésors. Circé n’use de ses charmes troublants que pour abêtir l'humanité. Aussi Médée est-elle la patronne des magiciennes dont l’humanité, inquiète ou souffrante, implore les pouvoirs surnaturels. On l’invoque dans les villes où les hétaïres joignent à la pratique de l’amour celles des incantations et le don de seconde vue. Corinthe et Athènes lui ont fait une place dans leurs cultes. Les Péliades, disciples maladroites, mais bien intentionnées de la grande magicienne, pouvaient donc prétendre aux hommages d’une cité où les prophétesses étaient en honneur. En Arcadie, la sorcellerie ne paraît pas s’ètre nettement séparée de l’art de guérir et au don de lire l’avenir. Les voyantes de ce pays savaient prophétiser, jeter ou conjurer des sorts, et même philosopher. Pan et Érato, femme d’Arcas, avaient été les premiers prophètes de l’Arcadie (1).
Or, Mantinée possédait une école divinatoire renommée ; elle remontait sans doute à une lointaine époque, au temps des Pélasges. Hérodote, toujours égyptomane quand il recherche les origines de la civilisation grecque, raconte que les filles de Danaos avaient initié les femmes des Pélasges arcadiens aux mystères de la Déméter égyptienne et que ces femmes en gardèrent le secret (2). La femme a toujours été reconnue par les peuples primitifs comme l’instrument par excellence de la révélation. Son inspiration reflète la pensée divine ; elle communique par intuition avec le monde des esprits et des dieux ; elle est même capable d’influer sur les puissances supérieures pour changer l’ordre des choses. Mantinée paraît avoir recueilli à cet égard le legs des traditions pélasgiques. La plupart de ses héroïnes possèdent le don fatidique. Mantinée, elle-même, signifie : la Devineresse (Mavrtveta — Mavxt-vdoç); sa fondatrice s’appelle ï Intuitive (Aùtovôyj) ; elle honore une fille d’Arcas sous
(1) Pausan., VIII, 37, 9.
(2) Hérod. II, 171. — Cf. Pausan. VIII, 37, 6. — Déméter Pélasgis à Argos. (Pausan. II, 22, 2.)
MANTINÉE ET l’ARCADIE ORIENTALE.
le nom de la Pensée de Zeus (Aiojj.évenx). Les oracles jouent, dans son histoire, un rôle important; le dieu-oracle Trophonios a construit son Poseidion; c’est chez elle qu’Uiysse réalise la prédiction de Tirésias. Elle possède un * dont la clair-
voyance est invoquée par la justice humaine (1) ; deux monuments figurés, trouvés dans ses ruines, représentent l’un une devineresse, l’autre une scène d’ornithomancie (2).
Nous étudierons plus loin cette école divinatoire de Mantinée. Il suffit ici d’en signaler l’existence en parlant des Péliades, car c’est elle qui a déterminé leur présence dans le bois Pélagos. Il serait bien tentant d’invoquer à ce propos les fameuses Péléiades (•TCe^eiiùeç) de Dodone, ces trois vieilles qui interprétaient le vol ou le cri des colombes (iréXeiai) posées sur les chênes sacrés (3), ou simplement le murmure des arbres (4). Le bois Pélagos était aussi un bois de chênes (oputjwç). symbolisé par le gland des monnaies mantinéennes (5). Dans le culte pélasgique, la forêt de chênes est la demeure mystérieuse de la divinité. A Dodone, Zeus ■Kela.G'f.yZç haute les arbres séculaires; en Arcadie, le souvenir de l’ancêtre Pélasgos se lie à la découverte du gland doux (6). Les rites de Dodone pouvaient également avoir cours en Arcadie, terre aussi pélasgique que la Thesprotie. Les Selloi et les Péléiades percevaient, dans le murmure des chênes agités par le souffle aérien, le Verbe fatidique de Zeus ; les Mantinéens reconnaissaient de même la grande voix de Poséidon dans le mugissement du Pélagos (7). Poséidon Hippios est, chez eux le dieu souverain. Pourquoi le Pélagos n’aurait il pas eu aussi ses Péléiades, chargées de recueillir la pensée de Poséidon? L’hypothèse d’un ancien oracle attaché au culte de Poséidon Hippios n’a rien d’invraisemblable. Le Zeus dodonéen paraît avoir
(1) Voy. la grande inscription archaïque à l’Appendice.
(2) La Femme au foie et le vase reproduit par la fig. 6, p. 24.
(3) Pausan. VII, 21, 2. — X, 12, 10. -- Hérod, II, 54-57. — Strab, VII, fr. 1-2. — Hesych. s. v. irsXeioci. — Sur les Péléiades, voy. Bouché- Leclercq . Hist. de la divination , II, p. 280 et suiv.
(4) Les Péléiades remplacèrent les Selloi. (Strab, Vil, 7, 12.)
(5) Le fruit du cp-/jydç ffagnsj est aussi représenté sur des couronnes en bronze de Dodone. (Carapanos. Dodone, p. 220.)
(6) Sur le gland comme fruit offert aux dieux en Arcadie, voy. Schol. Æschyl., Prométh., 450.
(7) Cf. le héros mantinéen Halirrhothios, celui qui gronde comme la mer, liypostase de Poséidon Hippios. [Schol. Pind. 01. , XI (10), 83].
LA RELIGION MANTINÉENNE .
supplanté tous les anciens fj.avTeïa pélasgiques. Déchu et absorbé comme celui de Scotoussa (1', le (jtavTeïov mantinéen se serait survécu à lui-même sous la forme anonyme d’une école de magiciennes et de propliétesses. Aux Péléiades oubliées se seraient alors substituées, dans l’esprit populaire, à la place même où celles-ci avaient donné leurs consultations, les Péliades, héroïnes de la magie, montées de la côte argienne avec la légende des Argonautes (2). Le rituel, la méthode et le sacerdoce de l’antique institut une fois disparus, les magiciennes et les devineresses, dont Diotime est le type idéal, recueillirent l’héritage du génie fatidique de Mantinée, la Prophétique.
Le district mythologique que nous venons d’explorer se distingue par l’unité de conception et par la cohésion remarquable de toutes ses parties. C’est le noyau religieux de la Mantinique. On n’y rencontre aucun élément disparate, aucun détail parasite : tout gravite autour de Poséidon Hippios et relève de l’idée maîtresse qu’il personnifie. Les expressions variées de cette conception dominante s’adaptent étroitement aux multiples aspects de la nature locale. L’eau est ici le principe souverain et créateur. Son union avec la terre engendre la vie des plantes et des animaux. Là où cesse le pouvoir fécondant de l’eau, commence le domaine de la sécheresse improductive. Par suite, le troisième élément, le soleil, qui détient ailleurs la souveraineté, se réfugie dans l’opposition. Ce rôle ingrat lui vient de son impuissance à assurer la salubrité du canton. Incapable de lutter avec succès contre Poséidon et de rendre l’Argon Pédion à la fertilité, il ne règne en maître
(1) Strab. VII, 7, 12. Frag. 2. — IX, 5, 20.
(2) L’étymologie la plus accréditée dérivait le nom des Péléiades dodonéennes de -TrÉXeiai, colombes. Ces oiseaux divins venus d’Égypte, au dire d’Hérodote (II, 54-57) faisaient partie de la légende de Dioné, déesse parèdre de Zeus, à la fois Gæa et Aphrodite. Ce caractère mixte s’accorderait très bien avec la nature amphibie de la Déméter arcadienne, parèdre de Poséidon Hippies. Suivant Strabon (VII, fr. 3), le nom des Péléiades venait de TtsXiai et tcsXc ot, qui signifiait dans les dialectes lhesprote et molosse les vieilles et les vieillards. (Cf. le macédonien 7isXiyov£ç, les anciens, les Peligni de l’Apennin, le mot TïcXia; ou xoXiat dans le sens de cheveux blancs à Cos, et enfin le grec commun TiaXa iûç. — Schol. Soph. Trach. 172. — Hesych. s. v. TiiXetai. — Serv. Eclog . IX, 13). Cette étymologie peut s’adapter au nom et à la fable des héritières supposées des Péléiades manlinéennes, les Péliades ou biles du vieillard Pélias.
Résumé.
Déméter
DE l'AlÉSION
(Thémis).
incontesté que sur les roches arides. Si Poséidon se déchaîne, c’est à Déméter d’y pourvoir : c’est aux issues souterraines qu’il faut s’en prendre. Le soleil n’est alors d’aucun secours. Au contraire, son intervention aggraverait le mal : l’action solaire sur la terre détrempée produit le miasme et répand la mort. Or, la mythologie aime à exalter les forts : Poséidon relègue au second plan Zeus et Apollon, parce qu’il est tout puissant, et que sa toute-puissance s’impose à l’adoration par ses effets terribles et surtout bienfaisants. Poséidon Hippios reçoit les hommages dus au dieu père et nourricier.
Pausanias semble avoir soupçonné le sens caché de ces mythes. Après avoir relaté la supercherie de Rhéa, la substitution du poulain à Poséidon et l’élevage du dieu parmi les agneaux, il ajoute (1) :
« En commençant à recueillir les fables des Grecs, j’étais surtout frappé de leur niaiserie; mais, arrivé à celles des Arcadiens, je pressentis qu’il y avait autre chose : ceux des Grecs qu’on honorait du nom de sages enveloppaient leurs discours sous des énigmes et ne les énonçaient jamais ouvertement. J’ai donc supposé que la légende de Kronos recèle quelque idée philosophique, et nous devons en penser autant de tout ce qu’on débite sur les dieux. »
Voilà qui est parlé d’or ! Mais, heureusement pour nous, le Périégète, après cette sage affirmation de ses principes rationalistes, a encore eu le bon sens de ne pas insister.
2° Région de l’Alésion-Mélangéia.
Le trait d’union mythologique entre ce district et le précédent est fourni par la Déméter de l’Alésion (2). Le nom de cette montagne était rattaché au cycle de Poséidon Hippios et Déméter-Gè de Nestané par le mythe de laX?) de Rhéa, évidemment emprunté à la légende de Déméter. Mais cette étymologie n’a que la valeur d’un jeu de mots, mis au service d’une combinaison toute artificielle. Alésion dérive d’àXsa et signifie le mont du refuge ou de l’asile (3). Il existait sans doute sur l’Alésion,
(1) Pausan., VIII, 8, 2.
(2) Sur son àXcroç, voy. p. 102. — Sur le mythe de I’ocXt] de Rhéa, p. 236.
(3) C’est dans le sens de refuge ou d'abri que doit être interprété le nom de quelques loc ilités situées sur des hauteurs, telles que l’Alésion ou Aleision d’Élide, acropole des Épéens ( Iliad . II, 617. — XI, 757), r’AXvjffiov oùo-aç
LA RELIGION MANTINÉENNE.
autour du bois sacré de Déméter, uu ancien asile, reconnu comme terrain neutre par les cinq dèmes de la Mantinique, avant le synœcisme. Plus tard, cet asile fut supplanté par le sanctuaire urbain d’Athéna Aléa. La présence de Déméter sur cette colline du refuge nous la fait entrevoir ici sous l’aspect primitif de Thémis : elle est la gardienne du droit sacré ; les meurtriers qui l’ont offensé sont obligés de l’apaiser pour obtenir leur réintégration dans la cité. Par là aussi elle s’iden tifie aux Érinyes (1).
Le premier culte qu’on rencontre ensuite sur l’Alésion est celui de Dionysos et d’Aphrodite Mélainis (2). Ils demeurent au pied de la colline, près de la source des Méliastes, à quelque distance du bourg de Mélangéia. Ce couple est en liaison étroite avec Poséidon Hippios et Déméter. Pour en comprendre le vrai caractère, ainsi que ses rapports avec les puissances telluriques, il faut bannir de son esprit les idées qu’éveillent d’ordinaire le nom du joyeux éphèbe, fils de Zeus et de Sémélé, et celui de l’aimable Aphrodite. En général , le vieil Olympe arcadien manque de gaîté; les divinités les plus riantes du panthéon hellénique s’assombrissent au contact des anciens dieux indigènes et leur empruntent un certain air funèbre. La religion arca-
de Béotie (Paus. IX, 14, 3), et peut-être l’Alésia du Mont Auxois. Ailleurs, ce nom dérive d’àXÉw, moudre, par allusion aux pierres meulières qu'on tirait de la montagne : tel est le cas pour ’AXeaiai, au pied du Taygète ; on y localisait la légende de Mylès, inventeur de la meule (Pausan. III, 20, 2). La Commission de Morée y a constaté l'existence d’anciennes carrières d’un grès rugueux très apte à fournir des meules (Puillon-Boblaye. Rech. géogr., p. 83). Cette étymologie ne pourrait guère s’appliquer à l’Alésion mantinéen, dont le calcaire dense et lisse est tout à fait impropre à la meunerie. Citons enfin l’Alésion-Pédion d’Épire, qu’il faut probablement écrire Halésion ; son nom lui venait de ses blocs de sel gemme, c’est-à-dire de a Xç. (Ét. Byz. s. v.). Cf. la ville de Halæsa et VHalesus, Nepluni fLlius honoré par les Saliens (Serv. in Virg. Æn. VIII, 285), Apollon Halasiotès, à Chypre {Ber. Berl. Àcad. d. ITiss., 1887, p. 122). Gruppe (Griech. Myth., I, p. 19J) veut établir un lien entre ces deux derniers personnages et l’Alésion mantinéen, par l’intermédiaire d’un prétendu Poséidon Alésios. Ces rapprochements ne me semblent pas justifiés : la liaison des Saliens avec le soi-disant Halesus s'est faite par un calembour sur le radical Sal : (salire, caXeuco, axXoç, rapprochés à tort de àXç.)
(1) La déesse chthonienne s’identifie avec Thémis dans le culte delphique de Gé-Thémis, et à Thelpousa dans celui de Déméter Érinys ou Lousia ( l'expia trice), dont la statue passait pour une image de Thémis (Pausan. VIII, 25, 4).
(2) Pausan., VIII, 6, 2. — Voy. la description des sanctuaires, p. 86 et suiv.
Dionysos et Aphrodite Mélainis
Dionysos.
dienne, d’origine essentiellement rurale et agreste, a gardé de son intimité avec l’âpre nature du pays et des habitants une gravité farouche, dont les cultes urbains des provinces plus civilisées se sont plus tôt départis. Le Dionysos et l’Aphrodite de Mélangéia confirment cette remarque.
Ce qui prédomine dans le Dionysos arcadien, c’est le caractère chthonien. Il est le dieu de l’ombre et de la nuit. A Aléa, les Dionysiaques sont les fêtes de l’ombre («rxiépeta) ; à Phigalie, le pain qui a servi aux banquets dionysiaques sert d’amulette contre les génies nocturnes (2). A Mégare (3), Dionysos est invoqué sous l’épitliète de NuxxéXioç; son temple est voisin de l’oracle de la nuit (vuxxôç (iccvxsïov). A Mégalopolis enfin, le Zeus adoré sous le nom de Philios, épithète euphémique comme Eubouleus, n’est autre qu’un Hadès. Or, à lire la description de Pausanias (4), on le prendrait pour un Dionysos (Aiovüdw êfxcpspéç) . Il porte les cothurnes, le gobelet, le thyrse, la couronne de laurier (5). Dans cet exemple ressort l’identité du Dionysos arcadien avec le Zeus infernal (6). Par là même, il se rapproche de Poséidon, le dieu des eaux souterraines. A Mélangéia, comme à Mégalopolis, il habite près d’une source (7), et son sanctuaire est un piyapov (8). On trouve d’autres indices de son véritable caractère dans l’étymologie de Mélangéia, les Terres noires, c’est-à-dire ombreuses, et dans le nom de ses prêtres, les Méliastes, qui peut être dérivé de p.eXta, frêne.
(1) Paus. VIII, 23, 1.
(2) Athén. IV, p. 148.
(3) Paus. I, 40, (5.
(3) Mionnet, II, 249, n° 37-42-44. Suppl. IV, 281, n“ 55. CI. le Dionysos des monnaies de Cyrène, dont le sceptre aétophore est entouré d’un rameau de vigne. Muller. Numism. de l’Afriq. anc. I, p. 67.
(6) Les Arcadiens n’honorent point Hadès, qui n’a chez eux ni temple ni légende. (Bérard. Orig. des cultes arcad., p. 234.)
(7) Paus. VIII, 32, 3. — VIII, 6, 5.
(8) Ce mot désigne en principe le temple-caverne des divinités chthoniennes. Mais la voûte ombreuse des arbres valait une grotte. L’abaton de Poséidon Hippios devait être en forêt : Agamédès et Trophonios l’avaient construit avec les chênes du Pélagos. De même à ïégée, le temple de Déméter était sous les chênes (Paus. VIII, 5, 44). Les sources de Tripichi sont encore bordées de grands arbres. Il n’y a pas de grottes aux environs, mais on peut admettre qu’il existait jadis au pied de l’Alésion un épais bosquet de frênes (u.e.X'at). — Or, le frêne était l’arbre homicide d'où l’on tirait les hampes des lances (Hésiod. Thëog. 176 sq. — lioucl. d'Herc. 420. — lliad. XVI, 143). — Les MsXi'at Nôac&ai, nymphes des frênes, étaient des divinités meurtrières (voy. Roscher. Hiyth. Lexic. Melia, 9).
LA RELIGION MANTINÉENNE.
Dionysos de Mélangéia est donc bien le dieu de l’ombre, le NoxtéXioç de Mégare, le Extavfh'aç, le Kdû'Jroç (1), le MeXavOto-qç ou MsXâvatytç d’Hermione et de l’Attique (2). C’est un dieu tellurique envisagé dans ses rapports avec la végétation touffue qui produit l’ombre, et par là un équivalent du Dionysos sylvestre (AevSpfxr \ç) (3) : on retrouve en lui la conception symbolisée par le Poséidon du Pélagos et par Aréïthoos le Korynète.
Le culte de Dionysos était orgiastique. Un collège de prêtres, les Méliastes, faisait, comme à Phigalie, office de Bacchants (4), tandis qu’à Delphes, à Elis, en Attique, ce rôle était dévolu aux femmes (Thyiades). Athénée nous a décrit, d’après Harmodios, le caractère gastronomique des orgies dionysiaques de Phigalie (3). Le banquet sacré s’appelait [/.-iÇcov ; les chœurs s’y régalaient de fromage, de viande, devin et d’une galette appelée jjiSÇa, le tout fourni par la ville et par le chorège. Ces agapes étaient le triomphe de le polyphagia ou goinfrerie arcadienne. Elles se terminaient par un péan. Polybe a trouvé plus noble de faire valoir le caractère artistique des Dionysies arcadiennes. Avec lui, on passe à un ordre d’idées moins matériel. Ce ne sont plus qu’hymnes, danses, concerts et spectacles harmonieux (6). La réputation musicale des Mantinéens nous induit à penser qu’ils cherchaient plus dans ces solennités à satisfaire les oreilles et les yeux que l’estomac. Mais, à vrai dire, nous ne savons rien des mystères célébrés par les Méliastes auprès de leur source sacrée (7).
Au sombre Dionysos de Mélangéia s’adjoint comme déesse parèdre une Aphrodite qui rappelle plutôt la triste Érinys de Thelpousa et de Phigalie que la mère d’Éros. Elle est surnommée la Noire (MeXamç). Le commentaire érotique de cette
(1) Gori, Inscr. antiq., I, 3. — Orph. Hym. 30, 3, 52, 5. — Immorwahr, Kulte Arkad., p. 189.
(2) Schol. Aristoph. Acharn, 146. — Conon, A'arr., XV.
(3) Plut. Sympos,, 5. — Cf. Dionysos ’AvSioç (Paus. I, 31, 2).
(4) Voy. p. 72, fig. 8, le satyre ithyphallique à l’outre trouvé dans la source des Méliastes. — Silène épouse Mélia (Roscher. Myth. Lee. s. v.).
(5) Athen. IV, 148 F. — Sur le cri <p(xxa MeXtat, voy. Poil. IX, 127.
(6) Polyb. IV, 20, 8. Voy. plus bas.
(7) Le Dionysos des Méliastes ne ligure pas dans la numismatique mantinéenne. Le personnage décrit par Mionnet (Suppl. IV, 279, n" 6| comme « Bacchus Méliaste debout, la tète couverte du pileus, vêtu d’un habit court et armé de deux lances », n’est autre qu’Ulysse sa rame à la main.
Les Méliastes
Aphrodite
Mélainis.
épithète, recueilli par Pausanias (1), ne saurait être pris au sérieux : « la seule raison en est, dit-il, que les unions sexuelles entre hommes et femmes n’ont pas lieu le jour comme celles des animaux, mais principalement la nuit ». Le rapprochement de ce qualificatif avec le nom de Mélangéia, avec les Méliastes de Dionysos et la Mélaina phigalienne nous met sur la voie d’une interprétation plus exacte, sinon plus aimable. Le Dionysos Nyctélios de Mégare est conjugué avec Aphrodite Épistrophia. Épistrophia, c’est-à-dire Celle qui revient, est une altération euphémique d”Ano<nrpo<fi'a, celle qui s’en va (2). Or, Aphrodite Apostrophia succède directement, à Thèbes, à Érinys Tilphossa (3) et l’on sait par Pausanias la place que tient dans la légende de Déméter Erinys à Phigalie, comme dans celle de sa réplique phénéate, Déméter Eleusinia, l’épisode du départ de la déesse, disparue dans son antre (4). Ainsi Aphrodite Mélainis, par l’intermédiaire d’Apostrophia, se ramène à Déméter Erinys. Les preuves subsidiaires de cette identité d’Aphrodite avec la déesse infernale ne manquent pas : c’est à Delphes, Aphrodite Epitymbia (5) ; à Migonion, l’alliance d’Aphrodite Migonitis avec Praxidiké-Némésis (6) ; à Naupacte, l’Aphrodite à la caverne (7). A Thespies, Aphrodite Mélainis est figurée sur les monnaies avec le croissant lunaire (8) ; à Corinthe, elle est adorée avec Bellérophon dans un bois de cyprès qui abrite aussi le tombeau de Laïs (9). Ce dernier exemple prouve à l’évidence le caractère funéraire de la déesse et réduit à néant l’exégèse de Pausanias (10).
Ainsi, de même que Dionysos de Mélangéia se rapproche de Poséidon Hippios, de même sa compagne Aphrodite Mélainis
(2) Tümpel. Ares u. Aphrodite (IV. Jahrb. f. Kl. Philol. Suppl. Band. XI, p. 699). — O. Muller, Eumen, p. 168 et suiv.
(3) Tümpel, ib.
(4) Pausan. VIII, 42, 1, 4. — Conon. Narr. XV.
(5) Plut. Quœst. rom. 23.
(6) Paus. III, 22, 1, 2.
(8) Pausan. IX, 2, 5. — Head. Hist. num., p. 300.
(10) Et aussi celle d’Atliénée (XIII, p. 588e), inspirée du même esprit. D’après lui, Mélainis apparaissait la nuit à la courtisane pour lui annoncer la venue de riches amants. Ce sont lü des gloses poétiques inspirées par une littérature spéciale; cela fait songer à la Ballade à la lune, d’Alfred de Musset.
LA RELIGION MANTINÉENNE.
semble un doublet de Déméter Érinys. Leur liaison avec le couple de Nestané et avec la Déméter (Thémis) de l’Alésion n’est donc pas une simple affaire de voisinage ; elle procède de réelles affinités de nature.
Or, cette triade mantinéenne n’est pas unique en son genre. origine On en retrouve ailleurs des équivalents. C’est encore en Béotie de ce sr0l,pequ’il faut chercher le prototype de cette combinaison. L’association cultuelle de Dionysos, d’Aphrodite et de Thémis se présente telle quelle à Tanagra, d’où elle est originaire (1). De là, elle passe à Mégare, où Dionysos Nyctélios et Aphrodite Épistrophia vivent aussi dans le voisinage du mégaron de Déméter (2). A Mégalopolis, le Dionysos à la Source est presque contigu au temple de la triple Aphrodite, Ourania, Pandémos et la troisième inconnue, probablement Apostrophia, c’est-àdire Érinys (3), comme dans la triade thébaine unie à Arès (4). Enfin, à Migonion en Laconie, se groupent autour du mont Larysion Dionysos, Aphrodite, Thémis et Praxidiké (5).
L’adjonction de Praxidiké, au mont Larysion, renforce tout alalcoménia. le système d’un élément particulièrement énergique. Il est hors de doute qu’il y ait encore là un legs de la Béotie, d’où les déesses Praxidiques sont originaires (6). Mais, comme intermédiaire entre ce pays et la Laconie méridionale, voici qu’apparaît
(1) Pausan. IX, 22, 1. Apollon, Léto et Artémis y sont adjoints.
(2) Pausan. I, 40, 6.