VII
(3) Hesych. ’EtuSojxocç' Zeùç ev AaxsSatiAOvi.
(4) Pausan. III, 17v 9. Voy. dans Wide, Lakon. Kulte, p. 14, d’autres exemples de personnages désignés tantôt comme dieux, tantôt comme héros ou démons (Athéna Kéleuthéia, Poséidon Hippocourios). Plutarque ( Contr . Epie. 22, 3) énumère Épidôtès parmi les divinités bienfaisantes, avec Meilichios et Alexikakos.
(5) Cf. Acoxt^o sur une inscription de Termessos (Annali. XXIV, p. 177.)
Divinités infkrnales Epidôtès.
divinités chthoniennes à caractère bienveillant : comme tel, il dirige les cérémonies expiatoires destinées à apaiser le courroux des dieux contre les meurtriers. Après l’exécution sacrilège du roi Pausanias dans le temple d’Athéna Khalkiœkos, Zeus Hikésios offensé réclamait des satisfactions : ce fut Épidôtas qui réussit à conjurer la colère du dieu (1).
On le trouve aussi associé à Asklépios. Il dispense avec lui le sommeil réparateur et les songes dorés : les 6soi ’ETn.owxai ont leur autel dans l’hiéron d’Épidaure (2), et Hypnos, hôte d’Esculapeà Sicyone, était surnommé Épidôtès (3). Le culte d’Épidôtès paraît indigène à Mantinée.
zeus Eubouieus. Ce Zeus Epidôtès se rapproche d’un autre dieu infernal, Zeus Eubouleus, c’est-à-dire Pluton. Celui-ci peut être adjoint, comme en maint autre endroit, au couple des déesses infernales, Déméter-Kora. La triade se présentait complète à Hermione, où Pluton était adoré sous le nom de Klyménos (4). Eubouleus, le Bon Conseiller ou le Bienveillant (3), appartient à la catégorie des qualificatifs euphémiques, comme Philios et Géléon, attribués au dieu des enfers (6). Hadès manque au panthéon arcadien. L’union cultuelle de Zeus Eubouleus avec Déméter et Kora se présente dans les îles ioniennes, à Myconos (7), à Délos (8), Amorgos (9), Paros (10), tandis qu’à Eleusis comme à Athènes il n’est plus qu’un héros (11), Eubouleus ou Euboulos, analogue à celui des légendes argiennes (12). La présence simultanée de
(1) Pausan. ibid. Les Spartiates coupables de sacrilège avaient consulté l’oracle de Delphes ; il leur dit d’élever deux statues de bronze à Pausanias. Wide (Lakon. kulte, p. 16) conjecture qu’il put aussi leur conseiller d’empruuter aux Mantinéens le culte d’Épidôtès.
(2) Pausan. II, 27, 6.
(3) Pausan. 10, 2.
(4) Voy. p. 209. nte 1.
(5) Diod. V. 72, 2.
(6) Hesych. EùjüouXeùç 'ô IlAoùxtov. llapà oe xotç ttoAàoïç b Zeuç Êv Kupvjvv]. Voy. Saglio. Dict des anliq. art. Eubouleus, Euboulos. — Foucart. Bull, de Cnrr. hell. VII, p. 400 et suiv.
(7) ’AfJ'/jva'.ov II, p. 237, 1. 16. Aïi BouAeï.
(8) Bull, de Corr. hellén. XIV (1890), p. 303, nle 4.
(9) Ath. Mitth. I.
(10) ’Aôvjvatov, V, p. 13.
(11) Foucart, ibid. — Rech. sur les Myst d’Eleusis, p. 78.
(12) Pausan. II, 14, 2. — Scliol. ined. de Lucien. Rhein. Mus. XXV, p. 348. — Clem. Alex. Protrept. ed. Potter, p. 14, 17.
LA RELIGION MANTINÉENNE .
Zeus Eubouleus à Cyrène et à Mantinée s’ajoute aux autres liens mythologiques entre les deux villes.
A vrai dire, la dédicace A-.bç EùpcnXéwç, en lettres du IVe siècle, trouvée à Mantinée (1), indiquait seulement l’emplacement d’un terrain consacré à ce dieu. Rien ne prouve qu’il fût en relation avec les déesses chthoniennes. La pierre provient du Bouleutérion. Peut-être pourrait-on tirer de ce fait une autre conclusion. Zeus Eubouleus, d’après Diodore, reçoit son nom Sla x-qv Iv tcü (BouXeikffôat xaX<oç auvecriv (2). Il serait alors l’équivalent du Zeus Boulaios d’Athènes (3) et de Pergame (4).
Les rites égyptiens, au dire d’Hérodote (5), avaient fait dans le Péloponnèse une première entrée, aux temps lointains où les filles de Danaos enseignèrent aux femmes pélasges les mystères d’Isis ou Déméter Thesmophoros. Abolis par l’invasion dorienne, ces cultes se réfugièrent en Arcadie, où il serait assez malaisé d’en retrouver la trace. Mais à l’époque alexandrine, Isis et Sérapis reprirent possession du monde grec (6). En Argolide, ils s’associent à Hermione aux cérémonies secrètes de Déméter (7); en Arcadie, le Sérapis figuré sur les monnaies de Phénéos représente à n’en pas douter un dieu infernal, comme le prouve le Cerbère couché à ses pieds (8). C’était le seul exemple connu d’un culte semblable en Arcadie. Une dédicace retrouvée par nous prouve que Sarapis prit aussi place à Man- Linée (9). Etait-ce en qualité de dieu guérisseur, ou comme succédané d’Hadès ? la question reste douteuse.
« Il y a aussi, dit Pausanias (10), un sanctuaire de Déméter et de Kora. On y entretient du feu et l’on pourvoit à ne jamais le laisser s’éteindre. » Les inscriptions publiées par M. Foucart complètent d’une manière très intéressante ce maigre renseignement.
- Déméter et sa fille étaient adorées dans un même temple, le
(1) Fougères. Bull, de Corr. hellén. XX (1896), p. 133.
(2) Diod. V, 72, 2.
(3) Voy. les textes dans Curtius. Stadtgesch. Athens, p. XL.
(4) Inschrift v. Pergam, n" 246, p. 159.
(6) Voy. la statistique de ces cultes dans Roscher. Myth. Lexic. Isis, p. 390.
(7) Paus. II, 34, 10.
(8) Mionnet II, 253, n» 55. Supp. II, 287, n» 86.
(9) |1>[XoxXŸ|[ç] Sapâ7rt eù yâv. Bull. Corr. hellen. XX, p. 158.
(10) Pausan. VIII, 9, 2.
Sérapis.
DEmétek et Kora.
Le Koragion.
Kopaytov qui appartenait à la ville et non à des associations particulières (1). Mais les deux déesses avaient chacune leur culte et leur clergé particulier. Le plus important des deux cultes était, semble-t-il, celui de Koré (à 6sô;) ; elle avait donné son nom au temple et ses fêtes avaient plus de solennité. Dans le culte éleusinien, Koré demeure au second plan, effacée par sa mère et par ïacchos. En Arcadie, au contraire, la déesse fille, sous le nom de Despoina et sous un nom mystique que Pausanias u’a pas osé révéler (2), est l’objet d’une adoration plus fervente. On ne saurait affirmer que la Kora mantinéenne émane de la Despoina parrliasienne, d’autant plus qu’à Hermione Déméter et sa fille possédaient plusieurs sanctuaires, entre autres celui de Déméter Chthonia, dont les fêtes ne sont pas sans analogie avec les Koragia de Mantinée. Kolontas l’Argien n’avait pas voulu recevoir chez lui la déesse, malgré les objurgations de sa fille. Il périt dans un incendié et Déméter se transporta à Hermione sous le nom de Chthonia. Tous les ans, on célébrait en son honneur une Ttop/mj solennelle, conduite par les prêtres des déesses et par les magistrats (3).
Les Kopayofi A Mantinée, Kora avait pour ministres un collège de prêtres annuels, les Kopayoî. Cette société offrait les sacrifices, rendait des décrets obligatoires pour ses membres, infligeait des amendes aux contrevenants, invitait ses bienfaiteurs aux repas sacrés ou leur envoyait des parts de victimes. Les prêtres sortis de charge formaient un conseil qui avait à pourvoira la célébration des Kopz.yta. La préparation de cette fête, l’entretien de la déesse
(1) Cela résulte de l’intervention des magistrats de la cité pour autoriser le dépôt d’une stèle dans le temple. (Foucart, Inscr. du Pélop., 352‘. 1. 11).
(2) Pausan. VIII, 37, 6.
(3) A Hermione, la prêtrise était exercée par des femmes (Paus. II, 35, 8). Immervahr (Kulle Arkad. p. 123) prétend que le collège propre (das eigentliche Kollegium) était composé de prêtres. Pausanias déclare seulement que la procession était conduite par les tepstç tcov Oewv soit par les prêtres des dieux en général, comme le traduit Clavier, soit plutôt par les prêtres des déesses, c’est-à-dire ceux des autres cultes de Déméter et de Kora, si nombreux à Hermione (Paus. II, 33, 5). La Chthonia adorée sur le mont Pron était une Déméter, mais indépendante à l’origine de Kora et de Clyménos. Les dédicaces s’adressent tantôt à Chthonia et à Clyménos, sans Kora, tantôt à la triade infernale. (Voy. C. I. G. 1194 à 1200. — Foucart. Inscr. du Pélup. 139 a, I), c. — Jamot. Bull, ne C nrr. hellen. 1889. p. 198, 24). La filiation carienne de ce culte a été soutenue par M. Foucart. Il), p. 74. Wide (de Sucns IrœzenoriuiitJ lui attribue une origine dryope-minyenne et lo rapproche du mythe de Hyakinthos.
LA RELIGION MANTINÉENNE.
et de son cosmos devaient être supportés par le prêtre en charge, mais il pouvait être assisté dans les dépenses de cette liturgie par un personnage de bonne volonté, comme cette Nikippa, fille de Pasias, dont les Koragoi récompensent la générosité.
La cérémonie des Kopâyia (1) commençait par une procession, par un sacrifice suivi d’un banquet sacré et se terminait par des mystères. Ceux-ci consistaient en une représentation symbolique du retour (avoSoç) de Coré sur la terre (2). La statue de la déesse, parée d’un péplos de cérémonie, jouait un rôle dans cette action mystique. Puis elle était promenée à travers la ville et recevait provisoirement l’hospitalité dans la demeure d’un mortel pour qui cette laveur était très honorifique. Après quoi elle rentrait au sanctuaire, accessible au public pour la circonstance.
Le culte mantinéen de Koré rappelle ceux de Syracuse (3), de Sélinonte (4), d’Alexandrie (5), de Cyzique (6), de Smyrne (7). Mais on ne peut de ces analogies conclure à une parenté commune. De même le voisinage de la Chthonia d’Hermione n’est, pas une raison suffisante pour la considérer, aveclmmerwahr (8), comme le prototype de la Kora mantinéenne. Ce qu’on peut avancer est purement négatif : il n’y a pas de rapports entre les mystères de Mantinée et ceux d’Éleusis, où l’on représentait surtout les courses de Déméter à la recherche de sa fille (9). Il est possible que Kora ait pris à Mantinée la place d’une déesse Fille, de caractère infernal, analogue à la Despoina arcadienne, fille de Poséidon Hippios et de Déméter Érinys, ou à l’antique Daeira éleusinienne, dont le nom devint par la suite une épithète de Kora (tt| Kôprj Tvj Aaefpx) (10).
Le culte urbain de Déméter, subordonné à celui de Kora,
(1) Sur Kopayscv, Kopayô;. voy. Ebert, S'.xeXcojv, 1830, p. 36.
(2) Cf. une inscr. d’origine incertaine. C. I. G. IV. 6830 A. — De Prott. Fasti Sacri. 1896, p. 10.
(3) Diod. V. 4. — Plut. Dio. 56.
(4) Rhein. Mus. 1872, p. 353-
(5) Philolog. XVI, p. 355.
(6) Strab. II, 3, 4, 5.
(7) Athen Mith. XIV, p. 95, n° 25.
(8; Kulte Arkad. p. 125.
(9) Foucart. Rech. sur les Mystères d’Éleusis , p. 47 et 73.