‹ Mantinée et l'Arcadie orientaleChapitre 40 sur 73 · I. Les constitutions de Mantinée · texte numérisé non relu

I. Les constitutions de Mantinée

Le couple Poséidon Hippios et Déméter, qui domine toute la mythologie mantinéenne, représente l’union de deux divinités agricoles : Poséidon Hippios protège l’élevage, Déméter les moissons. De tait, labourage et pâturage étaient les deux mamelles de la Mantinique. Les cinq dèmes se partageaient les domaines de la grande plaine. Le peuple mantinéen rentre donc dans la catégorie des populations agricoles et pastorales dont Aristote a si heureusement défini les besoins et les préoccupations : à ces peuples il faut des institutions spéciales, correspondant à leurs habitudes rustiques. Le gouvernement qui leur convient le mieux c’est, d’une manière générale, la démocratie, parce que leurs mœurs sont égalitaires, et, d’une manière plus particulière, une démocratie compatible avec la vie en plein air dans des domaines souvent éloignés du centre de l’État. «Le meilleur de tous est le peuple agriculteur et la meilleure démocratie s’établit dans une population qui vit de labour ou d’élevage. Comme elle n’a pas grosse fortune, elle manque de loisir et n’a pas le temps de s’assembler souvent. Pour acquérir le nécessaire, elle s’absorbe en son labeur et y borne ses désirs : elle aime mieux le travail que la politique et l’autorité, dont elle n’aurait lias grand profit à tirer : car le peuple recherche le gain plutôt que les honneurs. Après la population agricole, le meilleur peuple est le peuple pasteur qui vit de ses troupeaux. Il mène une existence analogue à celle des agriculteurs, y acquiert un tempérament merveilleusement préparé aux exercices de la guerre, des corps vigoureux et endurcis au bivouac... Presque tous les autres éléments dont se composent les diverses démocraties sont très inférieurs. Leur genre de vie est dégradé. La

Raisons

qui ont favorisé la démocratie de Mantinée.

1° Caractère agricole et pastoral du

peuple mantinéen.

MANTINÉE ET l’âRCADIE ORIENTALE.

vertu n’a rien à faire avec les occupations des artisans, des marchands et des salariés. De plus, à circuler autour de l’agora et dans les rues, tous ces gens-là prennent facilement l’habitude de se réunir en assemblée, tandis que les cultivateurs, disséminés dans les terres, n’ont pas l’occasion de se rencontrer et n’éprouvent pas le même besoin de s’assembler. Lorsque le pays est constitué de telle sorte que les terres sont à grande distance de la ville, il est aisé d’établir une démocratie et un gouvernement excellents : car le peuple est forcé d’émigrer aux champs (1). S’il y a une plèbe urbaine, il lui sera interdit, dans de pareilles démocraties, de former des assemblées sans le concours de la masse des campagnards (2) ».

Dans sa Politique, Aristote juge les gouvernements plutôt en théoricien qu’en historien; ses définitions ont un caractère général et idéal, mais les lignes essentielles en sont empruntées à des exemples particuliers. En esquissant le tableau dé la démocratie rurale, Aristote avait dans l’esprit un modèle réel qu’il est aisé de reconnaître, puisqu’aussi bien il le cite luimême : c’était la république de Mantinée. Les traits particuliers qui devaient déterminer la forme politique de cet Etat se déduisent des recherches précédentes sur la constitution du sol, et sur l’origine de la population. Ce sont exactement les mêmes qu’Aristote a signalés comme des facteurs de la bonne démocratie.

Le peuple mantinéen réunit le caractère agricole et pastoral. Le sol morcelé en petits domaines par les chaînons, par la diversité des terres et par la répartition des eaux se prête à la culture variée et à la petite propriété (3). L’absence de capital industriel et commercial oblige le citoyen à travailler pour vivre. Il vit d’ordinaire loin de l’agora parce que son domaine réclame de lui une vigilance assidue : cultivateur, il lui faut défendre sa terre contre le caprice des eaux, faire boire son champ sans détremper du même coup ni assoifi'er celui du voisin. Seul le citoyen libre et responsable peut mener à bien cette tâche délicate. Propriétaire de troupeaux, il doit leur assurer de bons pâturages, les protéger contre les vols et les bêtes fauves, diriger ses bergers, surveiller ses laitages et la

(1) Voy. sur la vie rurale en Grèce, Guiraud. Propriété fonc. en Grèce, p. fifl et suiv. et p. 448.

(2) Aristote. Politique éd. Susemihl. Vil (VI), 4, p. 1318b et 4319®.

(3) L’inscription archaïque publiée aux appendices, mentionne des lots (XpTj|i.dTcov to Àcxyoç), qui représentent les domaines héréditaires.

LE GOUVERNEMENT ; LES INSTITUTIONS

fabrication de ses fromages, désigner les bêtes à tuer, celles à vendre. Ici encore l’œil du maître doit toujours rester ouvert. Cette vie rustique entretient la vigueur des corps et crée les aptitudes guerrières ; elle entretient aussi la simplicité des goûts et des mœurs, elle maintient l’égalité sociale : le labeur commun rapproche les rangs ; le maître se distingue à peine de l’esclave ; à plus forte raison de citoyen à citoyen les distances disparaissent. Dans ces conditions , la plèbe urbaine n’a pas d’existence propre ; elle vit par et pour les campagnaVds producteurs ; son influence n’est pas prépondérante et elle doit subir la loi de la masse rurale.

A ces traits, ajoutons en d’autres qu’Aristote indique ailleurs. 2° intégrité de la On peut lui objecter que tous les peuples agriculteurs n’ont pas raceaimé la démocratie (1) : par exemple, les Thessaliens, les Béotiens et les Lacédémoniens. Cela se comprend : dans ces pays, surtout en Thessalie, l’étendue des terres cultivables favorisait la grande propriété; de plus, la sujétion d’une race vaincue à une tribu guerrière avait créé le servage. Ces deux causes ont donc aidé à la formation d’une aristocratie militaire et terrienne et divisé la population en deux classes : les nobles et les serfs. Rien de semblable en Arcadie, et particulièrement à Mantinée, où les migrations n’ont pas été assez brusques pour altérer l’unité primitive de la race et créer des distinctions de castes entre les indigènes et les envahisseurs.

La démocratie était donc le régime normal de la Mantinique. La démocratie au Elle était un produit du sol comme les moissons et les vignes du terroir. Elle paraît d’ailleurs s’y être épanouie de très-bonne heure, puisque dès le VIe siècle elle avait acquis assez de prestige pour être proposée comme modèle aux États en quête d’une bonne constitution (2). C’est ce qu’il est permis d’inférer du rôle joué vers 550 à Cyrène par le Mantinéen Démonax, que l’oracle de Delphes désigna au choix des Cyrénéens pour mettre un terme à leurs discordes et réformer leurs institutions (3).

VI1 2 3 * * * * 8 siècle.

Démonax de Cyrène.

(1) Arist. Politique, id. 1269a> b. — De la Coulonehe,Afewi. sur V Arcadie, p. 180.

(2) Hérod. IV, 161. — Diod. VIII, 30.

(3) Hérodote écrit Arjjjuovaç; mais la vraie forme du nom paraît s’ètre

conservée dans le nom d’un magistrat monétaire de Cyrène au III' s.

AajjLojva/.roç. (Zeitschr. f. Numism. III, pl. VII, 3, 4). — R. Weil. ib. IX,

p. 20. — Imhoof Blumer. Mon. gr. p. 290. — Voy. Stuniczka. Kyrene p. 15 et

98. — L’autlienticité de l’oracle de Delphes est niée par Benedict. De oracul.

ub Herod. comment, p. 35.

L’œuvre de Démonax avait un caractère en quelque sorte démocratique. Appelé en qualité de conciliateur (xaxapxiffTrjp (1), SiatTTiTTj;) (2), le législateur jugea que le mal dont souffraient les Cyrénéens provenait des prérogatives exagérées de la royauté, de la confusion et de l’impuissance du peuple. Aussi usa-t-il de ses pleins pouvoirs pour dépouiller la couronne de ses attributions politiques (3) : il ne laisse à la royauté qu’un rôle honorifique, en lui octroyant en guise de compensation les revenus de certaines propriétés sacrées et l’exercice de quelques sacerdoces. La souveraineté fit retour au peuple, organisé en trois tribus correspondant aux divers éléments de la population (4). Hérodote (o) représente Démonax comme un des citoyens les plus notables de Mantinée. D’autre part, l’oracle avait trop de tact potitique pour confier une pareille mission à un personnage qui fût en mauvais termes avec le gouvernement de son pays. Il choisit donc l’homme que les suffrages de ces concitoyens proclamaient comme le représentant le plus autorisé de la cité tout entière, de son esprit et de sa constitution. D’où l’on peut conclure sans témérité que Mantinée jouissait déjà d’une démocratie sagement établie, à une époque où la plupart des cités grecques traversaient une crise de croissance marquée par les dernières convulsions de l’oligarchie et les premières exigences du or^oç, crise qui profitait en fin de compte aux tyrans démagogiques.

En dehors de cet hommage rendu par la Pythie au bon sens du législateur mantinéen, ce que nous savons de positif sur les institutions de Mantinée avant le Ve siècle se réduit à peu de chose. La république en était encore à la forme primitive du crô<7TT|(jt.a oTjuwv (6), c’est-à-dire qu’elle n’était pas centralisée, tout au moins matériellement et à l’intérieur d’une ville fortifiée. Cet état n’implique pas forcément l’absence d’un lien politique entre les cinq dèmes mantinéens. Entre le régime classique de l’État grec concentré dans les remparts d’une capitale et le régime

(1) Hérod. IV, 161.

* (2) Diod. VIII, 30.

(3) M. Guiraud (Propriété fonc. en Gr. p. 37) a réfuté l’opinion qui attribuait à Démonax un partage des terres.

(4) Cf. Aristote. Polit. VII. 2, 10, H.

(3) Hérod. Ib. ’'Avopa xiov àxxwv Sox'.puoxaxov. Cf. Hermippos Kallimacheios ap. Athen. IV. p. 134. — Le nom même de Démonax est caractéristique. D’ailleurs la racine oTjp. tient une grande place dans l’onomastique mantinéenne.

(Ü) Strab., p. 337. Voy. sur les 3 dèmes mantinéens, p. 127 et suiv.

le gouvernement; les institutions.

rudimentaire des peuples subdivisés en groupes isolés et autonomes, sans autre lien qu’une vague communauté de race et d’intérêts (1), il y a place pour un système intermédiaire, le a-û'jTTjjj.a oVjjAwv, qui est un véritable Etat (nolmla.). Ce système suppose un gouvernement commun : chaque dème reste maître de son administration intérieure sous l’autorité du démiurge (oa^topyô;), magistrat qu’Hésychius compare aux démarques des communes attiques (2). Les atïaires communes sont sans doute discutées par deux assemblées, l’une composée de la masse des citoyens, l’autre comprenant un nombre plus restreint d’élus et le pouvoir exécutif est confié au collège des démiurges.

Entre 464 et 461, la situation politique du Péloponnèse et l’influence d’Argos (3) déterminèrent les Mantinéens à concentrer leurs cinq dèmes en une ville fortifiée.

L’agglomération des habitants de la Mantinique eut pour conséquence le développement de la classe ouvrière et commerçante : celle-ci prit dans l’Etat une place que les propriétaires et paysans durent trouver trop considérable. Car le synœcisme n’entraîna pas la désertion complète des anciennes bourgades, nécessaires comme centres d’exploitation agricole : il était impossible de supprimer les fermes, les étables et les parcs à bestiaux avec leur personnel. Les citoyens que les travaux de la terre retenaient aux champs se trouvaient dans une situation désavantageuse, au point de vue politique, par rapport aux habitants de la ville. Les nécessités de la vie risquaient de faire tort au devoir civique. S’ils négligeaient leurs cultures pour suivre les assemblées, ils s’appauvrissaient; s’ils s’abstenaient de voter, ils abandonnaient la direction de l’État aux propriétaires aisés, qui pouvaient résider à la ville sans inconvénients pour leurs intérêts. D’autre part, les gens qui ne vivaient pas de la terre, mais de leur industrie et du négoce, devaient, comme partout, aspirer à faire partie de la TcoXtTeîa au même titre que les détenteurs du sol. L’ancienne constitution ne répondait donc plus aux besoins de la situation nouvelle : une révision s’imposait. Il s’agissait d’une part d’ouvrir le corps

(1) Arist. Polit, ed. Susemihl, 1261a, 29.

(2) Les démiurges figurent sur une inscription archaïque de Mantinée (Bull, de Corr. hellén. 1892, XVI, p. 577) sans qu’on puisse exactement déterminer leur rôle.

(3) Strab., p. 337.

Le synœcisme et la démocratie au Ve siècle.

Constitution de Nicodoros.

Les catégories d’électeurs d’après Aristote.

électoral aux citoyens dépourvus de biens fonds, et d’autre part de dispenser les agriculteurs de déplacements trop fréquents, sans leur faire perdre leur part légitime d’influence dans la conduite des affaires publiques. Sur ces deux points, la réforme devait avoir un caractère démocratique. C’est pourquoi on dut profiter, pour procéder à ces changements, du moment où l’attention de Sparte était distraite par les embarras de sa situation. Le chef du parti démocratique était alors l’ancien athlète Nicodoros, devenu un personnage influent depuis qu’il avait dans sa jeunesse remporté le prix du pugilat aux jeux olympiques : « Nicodoros le pugiliste, dit. Élien (1), un des Mantinéens les plus considérables sur la fin de sa vie, ayant renoncé à l’athlétisme, devint le législateur de ses compatriotes, en quoi il fît œuvre bien plus utile à sa patrie qu’en obtenant pour elle les proclamations du héraut dans les stades. On dit que Diagoras de Mélos, qui l’avait aimé, collabora à ses travaux législatifs. J’en aurais plus long à dire au sujet de Nicodoros ; mais comme je ne voudrais pas lui associer dans mes éloges Diagoras, car Diagoras était un ennemi des dieux, et qu’il ne convient pas de parler de lui davantage, restons en là.» Sans ces malencontreux scrupules du trop pieux Elien, peut-être aurions-nous le secret de cette œuvre si intéressante et tant prônée du nomothète mantinéen. Ce fut dans les premières années de la guerre du Péloponnèse, vers 425, qu’eut lieu la réforme (2). De cette époque datent, les institutions qui valurent aux Mantinéens la réputation d’euvopuoraxoi (3) et de Six-q; ©uXaxe; (4).

Tous les auteurs anciens, au dire de Polybe (5), et Polybe luimème ont vanté l’excellence de la constitution de Mantinée,

(1) Var. Hist. Il, 22, 23.

(2) L’intimité de Diagoras et de Nicodoros doit dater de leur jeunesse et précéder l’olymp. 91, 2 (415/4), année où Diagoras fut proscrit d’Athènes pour avoir révélé et ridiculisé les Mystères d’Éleusis. (Diod. XIII, 6. — Schol. Aristoph. À ves. 1072. — Ran. 350. A cette époque, Mantinée, par la paix de 30 ans conclue en 417, était vassale de Sparte qui n’eut pas autorisé une réforme démocratique. Il faut remonter à une dizaine d’années avant le traité, jusqu’à la période d’émancipation qui précède l’alliance avec Athènes pour trouver un moment favorable aux réformes de Nicodoros. La phrase de Thucydide : (V, 29) 8‘qp.oxpaxoup.évqv (Argos) te ëxntsp xod aùxot' (Mantinée) s’applique à l’an 421. — Voy. plus loin, p. 375.

(3) Élien. ibid.

(4) Eustath. ad. Hom. p. 1860.

5) Polyb. VI, 43, I. üyeôôv o/j navre; oi Tuyypa (psï; nspi xouxu>v V) ;a.ïv

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LE GOUVERNEMENT ; LES INSTITUTIONS

supérieure à celle d’Athènes et de Thèbes. Malheureusement, elle nous est plus connue par leurs éloges que par leurs descriptions. Aristote, Polybe, Élien, Maxime de Tyr, quand ils parlaient de la sagesse des législateurs mantinéens, savaient sans doute à quoi s’en tenir ; mais ils nous réduisent un peu trop à admirer de confiance, se dispensant de nous donner leurs preuves. Aristote seul nous permet d’entrevoir un coin de la réalité. Son opuscule sur la Mavxtvswv iroXixEi'a est perdu ; mais l’auteur en a extrait une courte note qui a passé dans la Politique. Après avoir, dans le passage cité plus haut, proclamé les aptitudes du peuple laboureur et pasteur pour la démocratie, et montré que ce peuple laborieux a peu de goût pour les vaines discussions politiques, Aristote ajoute : « Le droit d’élire ses magistrats et de les contrôler comble tous ses désirs, pour peu qu’il ait d’ambition. Car, dans certaines démocraties, le peuple se contente d’attributions encore plus réduites : il abandonne le droit de nommer ses chefs à quelques électeurs choisis à tour de rôle dans la masse entière, comme à Mantinée. Pour lui, le droit de délibérer souverainement lui suffit. Et c’est encore là, on peut le dire, une variante de la démocratie, comme celle qui existait autrefois à Mantinée (1). » Cette brève indication est un précieux témoignage. Le législateur mantinéen avait trouvé la conciliation entre les intérêts et le devoir de ses concitoyens, dans la restriction du droit d’élire les fonctionnaires, le plus absorbant de tous. Le démos déléguait à une fraction de luimême l’exercice de ce droit, et cela par roulement, de manière que l’ensemble des citoyens, au bout d’un certain temps, eût passé par le jury d’électeurs. Les déplacements fréquents exigés

AaxESatfxovtcov xal Kp7]xcov xal Mavxtvstov, ’éxt 8k KapyTjSovûov. Maxime de Tyr (Dissert. XXIII, 4 [I. 429J) s’inspirant d’Aristote et de Polybe, sans les bien comprendre, attribue à la constitution de Mantinée un caractère aristocratique ; il l’émunère à côté de celles de Sparte, de la Crète, de Pellène et de la Thessalie : ta^upà p.kv xi; xal TrpaxxcxT) xaxà xvjv Aaxamx7]V, vj Kp'qxtXTjv, 7j MaVXtVLXTjV, 7) n£ÀX71VlXT|V, 7) 0EXXaXlX7]V TtoXlXEtaV tffXap.Év7|, cptXôxttxoç 8k àyav xal cptXôvEtxo; xal Süffsptç xal 7roX>nipxy|x<i>v, xal tx7]xix7], xal OaptjaXéa. Ce luxe d’épithètes dissimule assez mal l’ignorance des faits.

(1) Arist. Polit, ed. Susemihl. 1318b 22. 'Ext 8k xb xopt'ouç slvat xoo éXécG at xal £ÙfJûv£tv ava7iX7|poi X7,v Ivostav, si: xt cptXoxipu'aç k'/owy, Êire'nrap ’ Ivtotç 8'jqpcotç, xav [xr, asxe/cofft XTjç atpkffscjç xtov àpycov, àXXà xiveç acpExoi xaxà p.Épo; I x •xâvxojv, (ocTisp lv Mavxtvsla, xou 8k fiouXsÛEC-Ôat xüptot ojo-iv, ixavcoç e^s'. xoïç -xoXXoli;, xal Set vop.i^Etv xal xoux ’ eivai <jyy\u.i. xt STiptoxpaxiaç, tôd7t£p èv MavxtVEta 7tox ’tjv.

Les pouvoirs publics.

par la nomination des magistrats ne gênaient qu’un nombre restreint de citoyens, électeurs au 2e degré. Aucune condition de cens, semble-t-il, n’était exigée pour faire partie de ces assemblées, ainsi que l’indique l’expression d’Aristote : s* Trdvxojv (1). Quelle était la proportion des électeurs du 2e degré par rapport à l’ensemble du corps électoral, Aristote ne le dit pas. Comment étaient-ils désignés ? Sans doute à l’élection (alpexot). Avec ce système, les paysans, les pâtres de la montagne n’avaient à prendre le chemin de la ville qu’au jour des grandes assemblées populaires, quand le démos avait à se prononcer sur la paix ou la guerre, ou à légiférer, car il conservait la souveraineté, ou bien, quand il se réunissait en assemblée primaire pour désigner les électeurs du 2e degré (2).

Le texte du traité de 420, entre Argos, Élis, Athènes et Mantinée, que Thucydide (3) nous a conservé, contient quelques renseignements sur les pouvoirs publics à Mantinée.

Outre l’assemblée plénière et l’assemblée secondaire, délégation de la première pour la nomination des magistrats, il y avait à Mantinée un Conseil, poiA-r,, chargé, dans le texte du traité de 420, de prêter le serment après les démiurges. Les attributions de ce Sénat ne nous sont pas autrement connues. Ces sortes d’assemblées avaient en général pour attributions la préparation des projets de loi, de l’ordre du jour de l’assemblée populaire, les relations diplomatiques et le contrôle financier. On ne

(1) Le nom rte ces électeurs ne nous est pas connu. On ne saurait leur appliquer l’expression rte Xénophon (Hell. V, 2) xoùç sv Mavxiv£''a tou Sïju.ou TcpO'TT xtocç, qui désigné, non pas des magistrats, mais des démagogues (Cf. ihid. (, 7, 2). .l’ai retrouvé à Mantinée, dans le théâtre et dans les portiques de l’Agora, une centaine de tessères en terre cuite, les unes lenticulaires, les autres rectangulaires, portant des noms propres, en caractères assez anciens, et suivis, en général, du patronymique. Peut-être ces tessères sont-elles des tablettes d’électeurs du second degré qui avaient à les présenter pour entrer à l’assemblée? Dans la constitution du xoivôv lycien, les villes déléguaient à l’assemblée des citoyens qui prenaient le nom d’électeurs des magistrats : àpydffxaxai (Voy. Fougères. De Lycinrum coin muni , pars II, cap. III). Ce qui faisait l’originalité du système mantinéen, c’était le principe du roulement. On ne saurait parler à ce propos de système représentatif, ni même invoquer les électeurs des Constitutions de 1791 et de 1793.

(2) En 371, quand Agésilas vint protester contre la reconstruction du rempart, les démiurges (ol apvovxeç) lui objectèrent qu’il n’y avait pas à revenir sur un vote du peuple : oxt aSûvaxov eï-q èiriayeïv, SoypiaToç yeye vygsvou Tria-/] TYj ttoXsi Y|Srj xeiyi'Çetv (Xen. Hellen. VI, 5, 3). — Sur l’absentéisme des paysans de l’Attique aux assemblées, voy. Guiraud. Prop. fonc., p. 140.

(3) Thucyd. V. 47.

LE gouvernement; les institutions.

sait rien sur le mode de nomination des sénateurs mantinéens.

Le pouvoir exécutif était représenté par le collège des Les démiurges, démiurges (Sapuopyoi). Dans l’ancienne constitution antérieure au synœcisme, ces magistrats devaient être les chefs des dèmes. Dans le traité de 420, ils sont nommés en première ligne, avant la Boulé et les autres autorités. Dans le traité du Koivôv arcadien en l’honneur de Phylarchos, ils représentent Mantinée au Conseil fédéral des cinquante délégués des villes fédérées (1). A n’en pas douter, ils sont les autorités supérieures de la cité, comme les archontes à Athènes (2). Le titre de démiurges (oT|fjuoupyoc, Sapuoupyot, Sapucopyot, Sapuopyoi, Sau.iepyoi,

ÇamwpyoQ existait dans nombre de cités grecques ; mais leurs attributions sont imparfaitement connues. Ils convoquaient l’assemblée populaire et se réunissaient eux-mêmes en Conseil exécutif : ce sont eux qui, en 371, reçoivent Agésilas et écoutent les doléances de Sparte au sujet de la reconstruction du rempart (3). Xénophon les appelle ol ap^ovxsç. L’assimilation, dans Hésychius, des démiurges doriens avec les démarques attiques, le nombre de cinq démiurges mantinéens sur l’inscription du xoivôv arcadien, permet de supposer que, même après le synœcisme, ce chiffre de cinq, correspondant aux cinq dèmes anciens ou aux cinq tribus, fut conservé pour la composition du collège exécutif. Après l’abolition de la division territoriale des cinq dèmes, les cinq démiurges durent dépouiller, comme individus, le caractère de magistrats ruraux que conservèrent toujours les démarques attiques.

Après les démiurges et la Boulé, le traité de 420 stipule que le serment sera prêté par les autres autorités : xaî al 811 ai àp Mais les titres de ces magistrats ne sont pas spécifiés : il s’agit là sans doute des fonctionnaires de l’ordre judiciaire et sacerdotal. Parmi ces derniers, le prêtre de Poséidon Hippios, qui figure sur les actes d’affranchissement de la période romaine comme éponyme annuel de la cité, devait déjà occuper une place prépondérante.

(1) Foucart. Inscr. du Pélop. 340a. — Sur la date, voy. plus loin, p. 480.

(2) Tite Live (XXXVIII, 30) dit des démiurges achéens : « Damiurgis civitatium, qui summus est magistratus. » A Andanie, les démiurges convoquent l’assemblée du peuple (Insc. du Pélop ., 331). Hésychius : Ay|puoupyô;' xocl •rcapà Awpieoc.v ol àp^ovxsç, xà ov^dcca 7rpàxxovxeç, toOTtsp ’À07jv7]<7tv ol OYji/.apy’Ot. Cf. Etvm. Magn. : ol ttsoi xà xêXt).

(3) Xén. Hellen. VI. 3. 4.

Théores.

P démarques.

Les dèmes et les tribus.

Le serment devait être reçu par les Théores (0sw?o;, Gsaoot) et les Polémarques. Les Théores doivent être les représentants de l'État aux grands sanctuaires panhelléniques, à Delphes, à Olympie, à l’Isthme et dans les tètes panarcadiennes, au Lycée, aux fêtes d’Aléa. Mais on voit dans Xénophon les Qeapoî tégéates jouer un rôle politique actif, au milieu des luttes des factions. Vu l’analogie des institutions dans la plupart des villes arcadiennes, il est permis d’attribuer aussi aux théores mantinéens une certaine compétence politique (1).

Quant aux Polémarques, sans qu’on sache combien ils étaient, il ne subsiste aucun doute sur leurs fonctions. Ils possédaient les attributions militaires des stratèges dans toutes les républiques, la direction du recrutement et de l’entretien des troupes, la surveillance du territoire en temps de paix, et, en temps de guerre, le commandement de l'armée mantinéenne et de ses alliés, quand les opérations avaient lieu dans les limites de la Mantinique.

Xénophon donne le titre de TrpotrTx-rai toS BVj^ou aux chefs du parti démocratique expulsés par Agésipolis en 385 et qui durent se réfugier à Athènes. Bien que ce titre soit officiel à Tégée, il semble avoir ici un sens général, et désigner les personnages les plus influents de la faction populaire.

Quant aux citoyens, après le synœcisme, la population des cinq dèmes fut répartie en cinq tribus, mais il est peu probable qu’il y eût corrélation entre l’ancienne division par dèmes et la nouvelle division par tribus. Celle-ci était, sans doute, purement urbaine et topographique (2). La division en tribus suppose-t-elle des cultes et des magistrats particuliers, comme à Athènes ? Rien ne prouve que le culte de la tribu eût aucun rapport avec celui de la divinité dont elle portait le nom. Enfin les rapports entre les bourgs ruraux et les tribus ne sont pas connus. La xu>ur, était-elie une subdivision de la tribu comme le dème attique ? Les gens de Xestané, de Mélangeia, de Maira,

(1 Cf. des collèges analogues à Égine, à Trœzène, etc... Leur influence politique était capable de pousser les ambitieux à la tyrannie (Arist. Polit., p. 217, 4 : t b yx; xpp'xïovo; gtjU.0'. xa6ÎGTx<rxv — oXuy pov'ouç Ta; S'qpuûupy'xç xat ôswpixç). Ils étaient les dépositaires du droit divin, dénonçaient les infractions aux règles communes des dieux panhélléniques, et veillaient à l’exécution des ordres de la Pythie, en ce qui concernait l’expulsion des criminels et les relations internationales.

(2) Voy. plus haut, p. 163 et 287.

LE GOUVERNEMENT ; LES INSTITUTIONS

par exemple, étaient-ils inscrits dans une des cinq tribus ? Chacune de ces bourgades avait-elle ses magistrats locaux ? Bref, quel était, à côté de celle de l’Etat, l’organisation municipale ? Nous n’avons là-dessus aucune donnée. Il semble, d’après les noms des tribus mantinéennes, que cette division ne dépassait pas les limites de l’enceinte fortifiée. D’ailleurs, elle avait beaucoup moins d’importance dans les villes arcadiennes qu’à Athènes, où elle était la base à la fois religieuse et familiale de toute l’organisation politique. A Tégée, les métèques se répartissaient entre les quatre tribus. Celles-ci n’avaient plus alors que le caractère de circonscriptions administratives, comme les arrondissements ou les quartiers de nos villes modernes.

Telle était, d’après les renseignements que nous possédons, la constitution démocratique de Mantinée au Ve siècle jusqu’en 385, celle à laquelle se rapportent les indications de Thucydide et d’Aristote.

Nous décrirons plus loin le régime imposé par le diœcisme, de 385 à 371, et que Xénophon qualifie d’aristocratique.

Après le second synœcisme et la reconstruction de la ville en 371, la démocratie présidée par Lycomèdes reproduisait-elle l’ancienne constitution ? On ne saurait se prononcer sur ce point. Quelles modifications subit cette démocratie après la mort de Lycomèdes, en 366 ? Y eut-il une restauration aristocratique, sous l’influence du parti laconien, comme l’a pensé Curtius, ou seulement une atténuation des tendances démagogiques après la disparition du brillant stratège ? Nous inclinons vers cette dernière hypothèse, bien que les textes laissent planer une grande obscurité sur l’évolution de la politique intérieure de Mantinée jusqu’à la conquête achéenne en 222 (1).

Aratos et Antigone Doson abolirent la Constitution mantinéenne, et remplacèrent le nom de Mantinée par celui d’Antigonéia. Les cultes locaux subsistèrent seuls. Les institutions achéennes elles-mêmes furent retouchées par les Romains, qui substituèrent dans plusieurs villes un régime timocratique à la démocratie (2). Le départ entre les institutions propres à la

(1) Les termes d’Aristote : (Polit, éd. Susemihl.p. 1318b27) : os? vojjdÇstv xa! tout sivac ay-?|[j.â ti OY|;j.oxpaTiaç, olffTisp èv Mavrivsia ttot ’tjv indiquent bien que l’organisation qu’il loue n’existait plus de son temps. — Voy. p. 473.

(2) Polyb. XL, 8-10. — Paus. VIII, 16, 6. — CIG. 1343. Lettre de Flamininus aux habitants de Dymé 1. 9 et 19.

Constitution après 371.

Constitution à l'époque achéenne et romaine.

période achéenne et les remaniements de l’époque romaine n’est pas aisé à établir pour Antigonéia, les textes épigraphiques dont nous pouvons grouper les données paraissant tous postérieurs à l’an 146. On y relève d’abord : 1° Un collège de magistrats (àpyov-reç) nommés en première ligne (1). Ils étaient sans doute réunis en auvapyya, c’est-à-dire en conseil de gouvernement pour préparer les résolutions à soumettre aux assemblées délibérantes (2) ; 2° Les SuvéSpoi. Dans beaucoup de villes d’Achaïe, le truvÉSpiov prit la place de l’ancienne J3ouXïj (3). Les séances des synèdres étaient fixées par la loi (ffûwofxot xuvaywyai ou lxxXr|fftai), comme l’attestent des inscriptions d’Andanie et d’Elatée. Ils discutaient les mesures qui leur étaient soumises par les âpyovxeç ou qui provenaient de leur propre initiative et les présentaient sous forme de Trpo(3oiAeup.axa à l’assemblée du peuple. Le auvÉSpiov avait un ypau.|j(.axEuç. Cette charge donnait à son titulaire une importance considérable dans la cité. Un secrétaire des synèdres, qui devait sa place à l’empereur Hadrien, lui témoigne sa reconnaissance en lui élevant à ses frais, àMantinée, une statue et un temple (4). Toutes ces fonctions étaient annuelles (5) ; 3° La yepousi'a. Cette assemblée est signalée à Mantinée par une inscription gravée sur un gradin du théâtre (TE POT CI AC). Les places réservées aux membres de la Gérousia étaient de 10 à 12. Cette institution est mentionnée à Andanie en même temps que les synèdres (6). Certains épigraphistes n’ont, pas voulu admettre l’existence séparée de ces deux assemblées, qui leur ont semblé faire double emploi. D’après Sauppe (7) et Dittenberger (8), le titre de ffûvsSpoi était porté par les membres de la yspouen'a. Mais rien ne le prouve, et M. Foucart (9) admet que le conseil des synèdres s’appelait

(1) Cf. CIG. 1343, 1. 4: Aupiodwv xoïç aoyouci xai ffjvÉopotç xai x7| tcoXsc ■f atosiv.

(2) Inscr. du Pélop. 332', 1. 42.

(3) Par ex. à Mégalopolis (Inscr. du Pélop. 332. — Excavations al Mégalopolis, p. 126etsuiv.), Thouria (Inscr. du P:lop. 303 a.), Andanie (il). 326 a.); Coronée (’A07|vaïov, IV, p. 104) ; Pagai (ib. II, p. 4SI', Dymé (CIG, 1343). Élatée (C. I. G. S. III1 2 3 4 5 6 7 8 9. 120-127). Leurs décisions sont appelées oiyaaxa.

(4) Inscr. du Pélop. 352 g.

(5) Ib. 352‘, 1. 42.

(6) Ib. 326a, J. 47.

(7) Mysterieninschrift ans Andania. Gôtting. 1860.

(8) Sylloge, n“ 388, Nle 2.

(9) Inscr. du Pélop., p. 166.

LE GOUVERNEMENT ; LES INSTITUTIONS

(juvéopto-/ ou pouXvj (1); 4° L’assemblée du peuple : elle n’est plus désignée par le terme de Btkjloç, mais par ceux de ol lomoi TtoXïxai [Aéooyôai toïç SuvéSpoiç xac xocç Xoiuoïç TroXixa'.t;] (2).

Les magistratures et fonctions dont on trouve la mention sur Magistrats, les inscriptions de basse époque sont les suivantes : 1° Le prêtre de Poséidon Hippios (l epeùç xoC notreiSiôvoç), éponyme annuel de la cité sur les actes d’affranchissement (3) ; 2° L’èmyvwjjia (o 6^ yv(üjjtqo) ou £7iiyvcü[i.oveû(üv, second éponyme annuel. La nature de ses fonctions est inconnue (4); 3° Le osxxïjp, analogue à l’àito8o/eûç ou receveur, d’après Hésychius (3). Il perçoit des esclaves, au nom de la ville, le droit d’enregistrement de l’acte constatant leur affranchissement; 4° L’agoranome (6).

L’ère d’Achaïe, qui commence en octobre 146, fut adoptée à Antigonéia après la conquête de l’Achaïe par les Romains. Quatre inscriptions (7) sont datées, de l’an 83 (61 av. J. -G.), de l’an 103 (43 av. J.-C.), de Fan 406 (260 ap. J.-C), 407 (261 ap. J. -G.).

Les mois sont désignés par des adjectifs numériques (8). La

(1) Ibid,.. 352". La question est tranchée par une inscription de Mégalopolis, où l’on voit un secrétaire des Synèdres distinct de la F spo uaia.En Asie mineure, la Gérousia forme un corps distinct de la Boulé et de l’Ecclésia,et dont le caractère n’est pas encore nettement défini. [Voy. Lévy. Études sur la vie municip. de l’Asie Mineure. Rev. Ét. gr. VIII (1893.) p. 231 et suiv.]. M Lévy affirme (ib. p. 231, n. 7) que la Gérousia du type asiatique, c’est-à-dire une corporation mi-privée, mi-officielle, resta ignorée de la Grèce européenne : pourquoi?

(2) Nous devons ces renseignements à un décret des Antigonéens en l’honneur d’un Argien, rendu en 198 et 146. Voy. Bull, de Curr. hellén., XX 1896, p. 120. N" 1, 1. 14.

(3) Inscr. du Pélop. 352 i. 1. 32 et 352™ 1. 2.

(4) Ib. 3521. 1.32. — 3o2'>. 1. 2.

(5) Ib. 352° 1. 4. —Le mode d’affranchissement desesclaves, à Mantinée, n’était pas l’hiérodoulisme ou vente à la divinité ; il n’avait aucun caractère religieux, du moins à l’époque impériale à laquelle appartiennent les actes étudiés par M. Foucart (Inscr. du Pélop. 352 ko, p. 218-220). Les formalités indiquées pour que l’affranchissement devienne définitif, sont la lecture trois fois répétée de l’acte constatant la volonté du maître et la proclamation par le héraut du nom des esclaves affranchis. (Cf. Mitteis. Reichsreclit. p. 376). Il semble que l’esclave affranchi avait à payer une redevance pour que son nom fût inscrit sur les listes publiques d’affranchis que la ville faisait graver chaque année (Inscr. du Pelop 352 n,o). La liberté était accordée par le maître à titre gratuit ou contre paiement d’une rançon (352m), avec ou sans restriction (par ex. à la condition de rester au service du maître jusqu’à sa mort).

(6) Bull Corr . Iiellén., XX, 1895, p. 157, n“ 23.

(7) Inscr. du Pélop. 352\ 1. 10. — 352', 1. 42. — 352°, 1.5. — 352“, 1. 3.

(8) Inscr. du Pélop. 352 j. 1. 20. yeveÔAi ov 7)jj.Épav à si xov 7t£(i,7cxou «.Yjvoç.

352 n. 1. 9. p.7|Voç xpixou xpiaxâSi.

Ligue achéenne avait répandu ce genre de notation uniforme pour éviter les confusions qui naissaient de la diversité des calendriers locaux. L’administration romaine, pour les mêmes raisons, encourageait cette habitude et en lit la règle générale en Asie-Mineure.

IL Moeurs et éducations.

La société. Ce serait une entreprise puérile et fantaisiste que de vouloir retracer un tableau de la vie et de la société mantinéennes, en se fondant sur les vagues données des auteurs anciens. On a vu que les mœurs et coutumes de Mantinée avaient paru assez intéressantes à Aristoxène de Tarente pour qu’il en fit un traité (1).

Les Mantinéens possédaient, avec la piété, les vertus arcadiennes par excellence, la simplicité, l’hospitalité, la philanthropie (Z). Les mœurs patriarcales et accueillantes de l’Arcadie, le rapprochement des classes dans une familiarité laborieuse, l’absence de morgue dans les rapports entre maîtres et serviteurs avaient frappé les Grecs (3). Tandis qu’en Laconie l’hostilité, tantôt sourde, tantôt déclarée, des classes inférieures tenues à l’écart dans une étroite sujétion, mettait en danger la sécurité de l’État, on voyait en Arcadie maîtres et esclaves s’asseoir à la même table rustique, où les galettes de gros pain (uAE», la viande de porc, le cratère de vin et le fromage salé se trouvaient à la portée de toutes les mains, indistinctement. Ils travaillaient en commun. La terre rapprochait ceux qu’elles nourrissait et supprimait entre eux toute hiérarchie. Périclès, parlant en Athénien, relève comme une infériorité l’obligation où sont les hommes libres du Péloponnèse de mettre euxmêmes la main à la charrue et de faire œuvre servile (4). Chez les plus distingués des Arcadiens le travail manuel était en honneur : Philopœmen se faisait, à ses heures, laboureur et ouvrier des champs, vivait au milieu de ses .gens, et couchait sur un grabat (o). L’égalité démocratique était alors dans les

(1) Voy. plus haut, p. 330.

(2) cpiXoçsvca xcd cpiXav0pu>7t''a Polyb. IV, 20, 1.

(3) Theop. ap. A thon. IV, p. 149. — Hécatée, ib., p. 148.

(4) Thucyd. I, 142.

(3) Plut. Philop. IV, 3, 4. — Philostr. Vit. Apoll. Tyan, p. 162 (Kayser). — Delà Coulonche. Mém. sur l’Arcad., cité p. 180 et suiv.

LE GOUVERNEMENT ; LES INSTITUTIONS

mœurs comme dans les institutions. Même sous les régimes politiques les moins libéraux, quand la classe des riches propriétaires ou pÉÀTKTTot, détenait à Mantinée la ■nolmia. à l’exclusion des citoyens plus pauvres, les citoyens de la classe moyenne trouvaient quelque douceur dans le travail en plein air. Ils supportaient beaucoup mieux que les Athéniens la privation de l’agora. Sans doute Xénophon exagère en disant qu’ils accueil tirent avec une sorte de soulagement d’être rendus à leurs bourgades. Mais, en tait, cet amour de la campagne était en eux un goût inné autant qu’une nécessité vitale. L’histoire de leur constitution, à la plus belle époque de son développement, prouve chez ces descendants des Pélasges un attachement profond aux habitudes patriarcales. Ils subissaient la vie urbaine, par raison, parce qu’elle leur garantissait l’indépendance nationale ; mais leurs instincts personnels les attiraient hors des murs, dans leurs champs, au milieu de leurs fermes, de leurs troupeaux et de leurs vignobles.

Cette organisation sociale donnait une base solide aux communautés arcadiennes. Malgré le nombre considérable des serfs (ireXâxat) employés comme cultivateurs, ou comme bergers (1), porchers, chevriers ou bouviers, l’Arcadie craignait moins que la Laconie ou l’Argolide, les soulèvements d’esclaves. Le danger était d’autre nature. La prédilection de l’Arcadien pour son domaine aggravait en lui la tendance à l’isolement. Déjà prédisposé par la structure du pays à se cloîtrer dans ses gorges et ses vallées, la vie pastorale achevait de le rendre insociable. A l’écart de toute civilisation, cet enfant de la nature retournait à l’état sauvage (2). Le dédain de la vie policée, de la culture intellectuelle le rejetait de plus en plus en dehors du progrès et des lois humaines. Dans les cantons montagneux du Ménale, dans les grandes plaines de la Parrhasie, la race semblait rebelle à tout ce qui faisait l’orgueil des cités helléniques. Aujourd’hui encore les populations de la Gortynie ont la réputation méritée d’être farouches et peu maniables. Dans l’antiquité, les habitants de Kynaitha s’étaient mis par leur barbarie et leur impiété au ban de l’Arcadie (3). Hors des grandes villes, il n’y avait ni instruction ni culture. Le pays qui a inspiré tant de poètes en a fort peu produit.

(1) Philostr. ibid. — Curtius. l’elop. I, p. 182, n10 29.

(2) 'H KuvaiÔscüV àyptÔTYiç. Polyb. IV, 20, 2.

(3) (LpLÔxvjxi xaî itapavofju'a. Polyb. ib. 3.

Rôle éducateur Au dire de Polybe, les anciens législateurs s’étaient préoccude la musique p^s ^ cet qe choses inquiétant. Ils avaient cherché dans la

en Arcadie. . . , ,

musique un dérivatif a la rudesse et a la fougue brutale du tempérament national. C’était, avec la danse, le seul art qui pût faire concurrence à la passion de la chasse et de la gymnastique. Ce n’est qu’à coups de règlements que l’Arcadien est devenu un personnage idyllique. Nous devons là dessus nous en rapporter à Polybe, qui, apparemment, connaissait bien ses compatriotes. .Jusqu’à l’âge de 30 ans, les lois rendaient la culture de la musique obligatoire pour les jeunes gens : « Ils croient pouvoir sans honte ignorer tous les autres talents, mais ils ne peuvent ni refuser d’apprendre à chanter, ni s’en défendre sous prétexte de le savoir, parce qu’ils croiraient par là se déshonorer. » La belle musique n’était pas pour eux un art de simple agrément, mais une nécessité : Polybe le démontre par la théorie du milieu (l) : « C’est parce que nos pères avaient étudié le naturel des Arcadiens et qu’ils voyaient que leur vie dure et laborieuse avait besoin d’être adoucie par quelque exercice agréable. Une autre raison en fut la rudesse des mœurs de ce peuple, défaut qui lui vient de la rigueur et de la tristesse du climat dans la plupart des cantons de cette contrée. Ce fut donc pour adoucir et tempérer la dureté et la férocité des Arcadiens qu’ils introduisirent les chansons et les danses et qu’ils établirent en outre des réunions et des sacrifices publics tant pour les hommes que poulies femmes, et des chœurs d’enfants de l’un et l’autre sexe. En un mot, ils mirent tout en œuvre pour cultiver les mœurs et humaniser le caractère intraitable de leurs concitoyens. » Les dieux de l’Arcadie semblaient avoir donné l’exemple : Pan avec sa flûte, Hermès du Cyllène avec sa chétys, Artémis Hymnia et Zeus Charmon avec leurs chansons incarnaient les aptitudes musicales de la race et égayaient les solitudes des bois et des rochers. On s’explique que les Mantinéens aient accueilli et fait glorifier par Praxitèle le mythe du concours musical entre Apollon citharède et Marsyas le joueur de flûte, concours où les Muses figuraient comme arbitres.

Programme Le programme de l’éducation musicale de la jeunesse arcade réducation dienne nous est retracé par Polybe. Dès l’âge le plus tendre les musicale. enfants commençaient par le répertoire ancien du plain-chant classique, composé d’hymnes et de péansen l’honneur des héros

(1 ) IV, 20-21. Ce passage est inexactement cité par Athénée, XIV, p. 026 a.

LE GOUVERNEMENT ; LES INSTITUTIONS

et des dieux locaux. Plus tard, ils abordaient la musique moderne, plus compliquée et plus troublante, les dithyrambes de Philoxénos de Cythère et les nomes de Timothéos de Milet, l’ami d’Euripide (1). La méthode de ces deux réformateurs de la musique antique, vers la lin du Ve siècle, avait beaucoup de peine, dans Sparte et dans Athènes, à vaincre l’opposition des partisans du chant liturgique apollinien et de l’orchestique officielle. Il est curieux de constater que l’Arcadie retardataire avait accueilli ces innovations, réputées ailleurs dangereuses pour les mœurs, comme un bienfait pour elle : peut-être les raffinements qui pouvaient être un dissolvant pour les Athéniens délicats et les Spartiates décadents, n’avaient-ils qu’une heureuse influence sur des nerfs plus obtus. Chaque année, dans les villes, pendant les Dionysies, il y avait au théâtre des chœurs avec accompagnement de flûte, des concours d’enfants et d’adolescents. Chaque année aussi, les jeunes gens exécutaient au théâtre des figures militaires (Ip.pax7)pia), des danses armées au son de la flûte. L’Etat faisait les frais de ces sortes de carrousels (ÊTrisTpocp-r)).

Mieux avisés que les habitants de Kynaitha, les Mantinéens u école musicale n'avaient point négligé les sages prescriptions des anciens de ManUnéelégislateurs. Sans doute Démonax ne fut point étranger à toutes les mesures qui devaient contribuer à l’adoucissement des mœurs, à l’assouplissement des caractères et à la joie de la cité. Il y avait à Mantinée une école célèbre de musique et d’orchestique.

D’après le traité sur la Musique , attribué à Plutarque, les tendances conservatrices dominaient à l’école musicale de Mantinée. Cet ouvrage cite le nom d’un maître mantinéen, Tyrtaios, qui, comme Andréas de Corinthe, Tlirasyllos de Phlious et beaucoup d’autres, proscrivait de parti-pris le genre chromatique, les changements de ton, les instruments à cordes nombreuses, et quantité de rythmes alors en honneur, d’harmonies, d’expressions, de mélodies et d’interprétations. On s’en tenait sans doute au genre diatonique et aux modes de caractère dorien, dont la simplicité et la grandeur paraissaient exercer la meilleure influence : « On ne doit pas, dit le traité en ques-

(1) Polyb. ibid. — Sur Philoxénos, voy. Antiphane, ap. Athen. p.6i3 d. Sur Timothéos, Boeth. de Music. 1,1. — Pherecrat. ap. Plutarch. de Music. 30.

Meineke, Frag. comic. II, 326. — Sur la musique en Arcadie, cf. De la Coulonche, Me m . sur l’Arcad., p. 193.

tion. apprendre aux débutants tous les modes. D’ordinaire, on les enseigne et on les apprend au hasard des goûts du maître ou de l'élève. Au contraire les sages excluent le hasard, comme faisaient autrefois les Lacédémoniens, les Mantinéens et les Pelléniens. Ils bornaient leur choix à un seul mode ou à un très petit nombre de modes, qu’ils jugeaient convenir à une œuvre de moralité, et par là ils usaient delà vraie musique il). » L’auteur dit : « autrefois. » On sait, en effet, par Polybe. que, avec le temps, l'intransigeance des principes fléchit devant les goûts nouveaux. Toutefois, à Mantinée, vers le milieu du IVe siècle, il semble que la doctrine classique triomphait encore : on retrouve dans le bas-relief exécuté par Praxitèle l'écho des querelles qui mettaient aux prises les différentes écoles et leurs théoriciens. Dans l’Apollon majestueux et serein, on peut voir une personnification de l’art de Tyrtaios. et du mode dorien, vainqueur de la musique passionnée venue de Phrygie et de Lydie et qu'incarne l’impétueux satyre (2).

L’école mantinéenne brillait alors d'un très vif éclat, puisque c’est précisément à cette époque vers 343) qu’elle attira le fameux Aristoxénos de Tarente. auteur de nombreux ouvrage? sur l’harmonie, la rythmique, l'orchestique et les différents instruments, et l’autorité la plus considérable de toute l’antiquité en matière de musique (3). Suidas semble dire que son séjour à Mantinée lui suggéra sa vocation de philosophe et de musicien (4). C’est sans aucun doute une erreur. Caria présence d’Aristoxénos à Mantinée me paraît s’expliquer surtout par le désir d’étudier sur place la musique et l’orchestique mantinéennes, à titre de documents pour ses ouvrages didactiques et historiques (5>. Comme critique d’art, Aristoxénos réservait ses prédilections à la musique classique > 6).

|1) Plut. De music, 32.

(2) Voy. la discussion relative au monument, a l’Appendice.

(3j Voy. Fr. Hist. graec. II, p. 269 et suiv. — Gevaerl, fli.il. de la Musique, I. p. 36. — Pauly. Real-encycl. Is93', art. Aristox<nos, 7.

4' Suidas. Aeieteeevoç. .. Aixte.Ax; Èv Mzvtive-i ^'./.o^cAo; yEyovs aojff’.zŸ, È-iÜsasvoç oux T(<rroyTj'7sv.

5> Dans un catalogue agonistique (postérieur à Hadrien des jeux Ptoia. au sanctuaire d’Apollon Ptoios. un Mantinéen est vainqueur au concours des xuxAtcov aj/.TjTùiv. Le même avait aussi pris part au concours de cithare en solo (rbv j-EE tsè Ae./.eè xiéxeietoè lyevï . Holleaux. Bull, de

Corr. hellén. XIV, p. 191.

6) Tliemist. Orac. XXXIII : xya— ôv -x ivo::/.we eex tùv xeovjlxtcov.

LE GOUVERNEMENT J LES INSTITUTIONS

Mais, la réputation de l’école orchestique de Mantinée surpassait celle de son école musicale. Les anciens lui accordent le mérite de l’originalité. La Mocv-nvix-rj opy^cnç se distinguait surtout parle mouvement des bras, et c’est pourquoi Aristoxénos de Tarente lui donnait la préférence sur les autres (1). Cette danse nationale rentrait dans la catégorie des danses armées (I vô-X-.o; op/Ticuç) ; ses succès furent nombreux, à en juger par les récits, les témoignages d’admiration et les légendes qui l’ont popularisée dans le monde ancien. Pendant la fête militaire donnée en l’honneur des Paphlagoniens par les Dix-Mille de l’Anabase (2), des soldats de différents pays exécutèrent de curieuses danses armées, qui ressemblaient à des pantomimes. Celle des Mantinéens avait un autre caractère : couverts de leurs plus belles armes, ils s’avancent en cadence, au rythme d’une marche guerrière jouée sur la flûte; ils entonnent un péan et dansent comme il est d’usage dans les cérémonies religieuses (upouoSo'.). L’analogie de cette danse armée avec celle des Saliens à Rome frappa les Romains. Comme ils se plaisaient à rapporter à l’Arcadie une partie de leurs origines, certains auteurs, comme Polémon le Périégète et Servius, prétendaient que Salius était un Mantinéen emmené en Italie par Enée : c’est lui qui aurait appris à la jeunesse romaine l’art de danser en armes, au son de la flûte et en chantant (3). De même, une autre tradition (4) attribuait à Évandre l’importation en Italie de la musique arcadienne. Mais, d’après Critolaiis, cité par Plutarque et par Festus, l’inventeur de la danse salienne était un certain Saon, originaire de Samothrace, et dont Enée fit la connaissance. D’après une légende bithynienne rapportée par Lucien (5), Arès, afin de régler les écarts de sa force, avant d’apprendre l’escrime, se fit donner par Héra des leçons de danse. Entre tous ces guerriers danseurs, il existe une indéniable parenté, qu’ils s’appellent Dactyles de l’Ida dardanien ou crétois, Kourètes, Korybantes, Ka-

(1) Op^vjceu; os lOvtxai atoe ' Aaxomxai, TpoiÇYjvixai, 'ETriÇscpûptoi, KpTjTtxai, ’lwvtxal, MavTtviaxai, aç ■xpoxpivst ’ÀpiffTÔçsvoç 8 là TTjv xiov ygipwv xi'vTjaiv. Athen. I, p. 22, b. — Fr. hist.græc. II, p. 284, 49.

" (2) Xen. Anab. VI, 1.

(3) Polem. Fr. Hist. Gr. II, p. 120, 37. — Servius ad Virg. Æn. VIII, 283. — Festus. Epit. p. 238 ed. Muller. — Plutarch. Numa, XIII, 4. — Voy. plus haut, p. 263, note.

(4) Denys d'Halicarnasse, I, p. 26.

(3) Luc. Sait,, 21. — Apollod. II, 2, I. — Bachofen. Mutterrechl, p. 339.

L’orchestique

niantinéenne.

L’escrime (ÔTt)vO[i.ayîa) et le duel ( [AOvo|Aayta) .

bires, Telchines (1). Ce sont les défenseurs de Zeus enfant, sur l’Ida, sur rithôme et sur le Lycée, et les ministres inspirés de Rhéa-Cybèle. A Mantinée, la légende de Rhéa et de Zeus s’est transposée dans celle de Poséidon Hippios. Le caractère religieux de la danse armée, originaire de Phrygie et propagée avec les rites des Cabires de Samothrace dans le monde pélasgique, se justifierait à Mantinée soit par le culte de Poséidon Hippios (2), soit par celui des Anakes, soit par celui d’Envalios, soit enfin par celui d’Hoplodamos, (Zeus Hoplosmios, patron des hoplites). Les législateurs empruntèrent au culte cette pratique où ils voyaient des avantages pour l’éducation militaire de la jeunesse.

Les anciens attribuaient volontiers à un peuple, par esprit de simplification, l’invention des armes ou des exercices où il excellait. La danse en armes supposait un équipement militaire, d’un genre particulier, qu’on appelait l’armure mantinéenne : otiXigtç gavT’vixvj. Éphore, cité par Athénée, s’exprimait ainsi : « Les exercices militaires étaient en faveur à Mantinée et en Arcadie. Aujourd’hui encore, l’équipement guerrier et l’armement archaïque s’appellent, du nom de ceux qui les ont découverts, l’armure mantinéenne (3) ».

Ce n’était pas tout ce que l’on devait aux Mantinéens dans cet ordre d’idées. La danse en armes pesantes s’accompagnait de combats simulés [biz'kop.a.yia.) . L’escrime en armure d’hoplite était, disait-on, née à Mantinée ; l’école des hoplomaques mantinéens se reconnaissait pour chef un nommé Déméas, si toutefois le texte d’Éphore relatif à ce personnage n’est pas altéré (4).

Cette institution de l’escrime hoplilique nous apparaît liée à une autre invention mantinéenne, celle du combat singulier (jAovojjia/i'a). Au dire d’Hermippos Kallimacheios (5), c’est le

(1) Strab. X, p. 16(3.

(2) tin Saon figure dans le cycle de l’oracle de Trophonios (Pausan, IX. 40, 1). Ce nom appartient aussi à l’onomastique mantinéenne. Voy. l’Appendice.

(3) Ath. IV, p. 154, D. — Fr. hist. </?’., I, p. 261, fr. 97. — ”Ecpopo; 8 'sv ext/] 'Icxopicov "Hgxguv. c&7](7!, xà TroÀspxxà ol Mavx'.vsïç xat ’ÂpxxSsç'

XT|V TE <7TGÀ7|V XY,V 7îoXeU.!XY|V XK 1 T/,V 07CAU71V TYjV ap^ataV, CO Ç SÜpGVXCOV

ÈXEcvcov, ’Éxt xai vov MavxiviXTjV aTooxaÀoùffi. — Cette apyaîa gtïÀi ffiç devait être une armure complète d’hoplite.

(4) Eph. ibid. Tipoç os toutou; xai biïAou.x.y iaq jjiaâ'qffEtç sv Mavx’.vsia ttgcùxgv EÛpÉÔ'qoav, A'qaÉ&o xg xÉ^v'/|U.a xaxaoei'çavxoç.

(o) Auteur d’un livre -txs pt No[aoOéxcov. Il vivait dans la deuxième moitié du IIIe s. avl 2 3 4 J.-C. Sur rêTctjAsXsia et l’àxotëEta d’Hermippos, voy. Joseph. c. Apion. I. 22. — Dcnys d'Halic. ilr Isœu. 1.

LE GOUVERNEMENT ; LES INSTITUTIONS

législateur Démonax qui aurait fait adopter à ses compatriotes la coutume du duel; il l’aurait ensuite implantée à Cyrène (1).

Qu’étaient au juste ces ^.'.ovoga/iai ? S’il s’agissait de combats de gladiateurs, on ne comprendrait guère l’admiration d’Hermippos pour une innovation si contraire au génie grec. On comprendrait moins encore que le nom du pacificateur Démonax y fût associé. Si l’on pense à des tournois à armes courtoises, on peut juger l’institution peu digne de la sollicitude d’un législateur. On est donc induit à une autre supposition. La coutume du combat singulier, en temps de guerre, remontait à l’âge héroïque de la Grèce. Les poèmes homériques et les légendes locales sont remplies de ces duels épiques entre héros de marque (2). On vit parfois deux peuples, désireux de vider leur querelle sans une grande effusion de sang, confier leur cause à un nombre limité de champions (3). C’était faire œuvre de législateur que de transporter cette coutume dans le droit privé, de façon à restreindre les représailles entre particuliers. Il est fort probable, en effet, que dans l’Arcadie primitive, prototype de la Corse et du Magne, la vendetta était en honneur. 11 y avait dans le tempérament arcadien un fonds de violence indomptable. On le vit à l’œuvre à l’époque d’Épaminondas et de Lycomèdes; plus tard encore, comme Polybe nous l’apprend, il exigeait une surveillance attentive de la part des législateurs. La rudesse native des caractères, les instincts pillards devaient multiplier les rixes et entretenir les haines de clans (4). Même

(1) Ap. Athen. IV, p. 154 D. — Fr. liist. græc. III, p. 36 : ‘'Eûij.itîtco; 8'sv TtpojToj JA sol NoaofJcTÔiv tcov fjiovogayoïJVTtov sùpexàç aTrosaîvst Mxvxivstç, AtiJjuôvxjctoç Ivôç xojv ttoX'.twv <jup.pouÀeu(7avTOç' y.xi Ç7)X(oxàç xoûxoo yevÉtrOai Kupvjvaiouç . Suit le passage cité plus haut, où Éphore attribue à Déméas l’invention de l’escrime. On soupçonne que l’invention de Déméas et celle de Démonax n’en font qu’une : reste ù savoir si le nom de Déméas est authentique et ne doit pas être remplacé, dans le texte d’Éphore, par celui de Démonax, ou, au contraire, si Hermippos n’a pas arbitrairement mis au compte du fameux législateur Démonax l’œuvre d’un autre. On sait tout ce que les anciens ont fait endosser à Lycurgue.

(2) Voy. plus haut, p. 254 et suiv. le duel d’Aréithoos et de Lycurgue.

(3) Par exemple, le fameux combat de Thyréa entre les trois cents Argiens et les trois cents Lacédémoniens (Hérod. I, 82.— Homolle. Bull, de Cor. hellén. XXI, p. 296). Cet épisode (vers 547 avl 2 3 4 J.-C.i était contemporain de Démonax. Cf. la légende du combat des Horaces et des Curiaces.

(4) Les Arcadiens modernes, si respectueux de l’étranger et si accueillants, ne se ménagent pas entre eux. Nous avons assisté, en quelques mois, à plusieurs rixes entre indigènes. Un jour, notre champ de fouilles, envahi par

dans une ville pieuse comme Mantinée, et cela durant la première moitié du Ve siècle, un épouvantable forfait ensanglanta les lieux saints : plusieurs hommes et une jeune fille furent massacrés dans l’asile d’Aléa (1). Un meurtre engageait toute la famille de la victime à recouvrer sur celle du meurtrier le prix du sang. Les réparations en argent, prévues par le droit primitif, ne suffisaient pas, dans la pratique, à apaiser les ressentiments et à satisfaire l’honneur. Il n’est donc pas impossible qu’au VIe siècle, un législateur prudent ait eu la pensée de couper court à ces mœurs déplorables par l’institution du duel légal : on mettait aux prises, loyalement et devant témoins, deux champions qui représentaient les familles ennemies. Le résultat du duel devait mettre fin à la querelle, étant accepté comme un signe de la volonté divine. Ainsi comprise, l’institution attribuée à Démonax marquait un progrès sur le désordre des coutumes antérieures. Elle ne procède pas, comme l’a cru Bacbofen (2), du même esprit que le duel judiciaire au moyen âge. On ne sollicitait pas de la divinité une sentence qui fit reconnaître l’innocent du coupable. C’était une simple mesure de préservation sociale, et une application au droit privé de la coutume guerrière des combats singuliers. Elle avait pour but d’obliger les familles à régler d’un seul coup leurs mauvais comptes ; elle supprimait en même temps les traîtrises, les perfidies de l’aveugle vendetta, habituée à frapper au gré de ses inspirations haineuses (3).

deux bandes adverses, présenta le spectacle d’un champ de bataille avec fusillade. Une autre fois, on apporta à notre khani un jeune berger, le ventre ouvert d’un coup de couteau : il mourut sous nos yeux. Nous vîmes, sur la place de Tripolis (c’était, il est vrai, en pleine période électorale), un individu décharger son revolver sur un groupe d’adversaires : il y eut morts et blessés. Le maire et l’adjoint d’un des gros villages de la Mantinique avaient chacun perdu un œil à la bataille. Les vols de moutons et de vendanges, les contestations à propos de pâtures entraînent souvent de sanglantes querelles : il s’organisait autour de nous des expéditions nocturnes pour l’enlèvement des troupeaux et des marcs de raisin. Il n’est pas rare de lire, sur les stèles funéraires dans les cimetières de Laconie, du Magne et de Messénie, sous le nom du mort, la mention : c& oveoOefç. Les paysans de ces pays circulent toujours le fusil sur l’épaule.

(1) Voy. l’inscription archaïque aux Appendices.

(2) Mutterrecht, p. 360. — Sur le droit de vengeance privée, voy. Guiraud. l’rop. fonc. p. 25.

13) On pourrait interpréter dans un sens analogue le mythe de la Lykanthropie. L’homme qui a goûté de la chair humaine, c’est-à-dire le meurtrier, est métamorphosé en loup, autrement dit, il est rejeté hors de la société ; il

LE gouvernement; les institutions.

Tous ces exercices et ces parades formaient un art complexe, à la fois musical, poétique, orchestique, gymnastique et guerrier, où toutes les aptitudes de l’Arcadien trouvaient leur emploi. Tous les Arcadiens, nés guerriers, cultivaient avec ardeur les exercices du corps, comme en font foi les catalogues d’olympioniques où les vainqueurs originaires de Mantinée abondent (1). Mais il appartenait en propre aux Mantinéens, estimés entre tous pour leur bravoure (2), d’avoir fait de la préparation à la guerre un élément d’éducation artistique. Par l’heureuse association de la musique vocale, de la danse et de l’escrime, ils avaient imaginé un genre de spectacle où se combinaient les effets divers de chacun de ces exercices : l’adresse, la vigueur, la souplesse individuelle développée par l’escrime en armes • pesantes, la discipline et la précision collectives acquise par les évolutions des chœurs d’hoplites manœuvrant en cadence comme une petite armée ; enfin l’émotion profonde des chants graves, religieux ou patriotiques, scandant les pas guerriers et soutenus par le choc rythmé des boucliers et des glaives. Ce symbole de la force pliée aux lois harmonieuses de l’eurythmie devait charmer entre tous l’imagination des Grecs. Et comme, à

devient bandit. Il ne trouve de sécurité qu’en cherchant asile au sommet du Lycée. Si, pendant dix ans, il n’a pas commis de nouveau meurtre, la prescription couvre son crime ; il redevient homme, il peut rentrer dans la société. Sinon, il reste bandit à perpétuité (Pausan. VI, 8, 2. — VIII, 2, 6. — Varron ap. August. Civ. Dei. XVIII, 17. — Plin. H. N. VIII, 34). — Sur les hommes séparés, v. Guiraud. Prop. fonc., p. 82.

(1) Krausc. Gynm. d. Hellen., p. 733. — Olympioniques mantinéens: Sumos ou Seras, lils d’Halirrhotios et premier vainqueur à la course île

chars à quatre chevaux à la fête héracléenne d’Olympie, cité par Pindare. ül. XI, 69-70. Cf. Schol. ad. h. lue.

Pytliarchos (course des enfants) Olymp. incertaine. Paus. VI, 7, 1. Kyniskos (pugilat des enfants) ; sa statue en bronze fut exécutée par Polyclète. (Paus. VI, 4-11). Cf. l’inscription de la base Arch. Zeit., 1882, XL, p. 190 :

n ûxxoc; [tov o ] àv£07]X£v àTr’eùS 6;oto Kuvicxoç Mavxivéaç vtxov itaxpbç ïyov bvoga.

Protolaos , fils de Dialcès. (Pausan. VI, 6, 1). Statue par Pythagoras de Rhégium.

Agamétor (Paus. VI, 9. 9).

Épicradios, statue par Ptolichos d’Égine. Paus., VI, 40, 9.

Nicodoros , pugiliste (le législateur). — Ælien. Var. Hist. II, 22, 23. Promeus, qui remporte le prix du pancrace àxovixî, dans l’Olympiade 75 (480). Paus. VI, 11, 2.

(2) Diod. XV, 12.

Les parades.

leur goût, la suprême beauté se composait d’ordre, la plus belle vision qu’ils eussent de la patrie prenait l’apparence d’un chœur de guerriers évoluant aux sons de la flûte en chantant les dieux nationaux. Comme l’Arès bithynien, l’hoplite mantinéen disciplinait sa fougue dans ces tournois où la force pacifiée glorifiait la Cité tout en égayant les yeux.

Lu poésie, les Ainsi les arts, à Mantinée, marchaient de pair avec la religion lettres et les arts, et avec les goûts d’un peuple agricole et pastoral. Ils étaient surtout un instrument d’éducation. La poésie jouait son rôle dans cette œuvre d’édification. En effet, le chant choral suppose forcément l’existence d’une poésie hymnique. Les hymnes religieux ou moraux qui servaient de support aux mélodies d’un Tyrtaios devaient ressembler à ces chants doriens en honneur à Sparte. On y célébrait les dieux et la patrie, on y mettait en . vers des règles de conduite, des sentences morales, des préceptes de sagesse. Photius nous a transmis le nom d’un auteur d’hymnes originaire de Mantinée : le poète Philostéphanos. Tout ce qu’il en sait, c’est que de sa vie il ne porta de manteau (1). Ce trait nous fait surtout connaître en ce poète un Arcadien endurci; mais on peut présumer que le mérite littéraire d’un Arcadien comportait moins de délicatesse que de force et d’élévation dans la pensée.

En dehors des législateurs, des hommes politiques et des hiérophantes-philosophes dont nous avons déjà parlé, on ne cite, en fait de littérateur mantinéen, que Kydippos, auteur d’un traité des inventions : irspi eùgyiuxtwv (2), c’est-à-dire encore un de ces esprits pratiques qui abondaient en Arcadie : l’historien Polybe en est le type accompli.

Les arts qui n’avaient pas au même degré que les précédents le caractère sacré et moralisateur, qui comportaient plus de « dilettantisme », n’y trouvaient pas un terrain favorable à leur éclosion. La poésie bucolique a-t-elle fleuri en Arcadie autant que l’a cru Virgile ? Elle semble nécessaire et facile à des bergers, déjà pourvus d’aptitudes musicales, qui ont à distraire les loisirs de leur vie nomade et qui ont des sensations et des élans, plutôt que des idées, à exprimer. Les Arcadiens du Ménale savaient-ils donc chanter l’amour et la nature aussi bien que

(1) Photius ed. Bekker. 1, p. 190, 41a Extrait de Ptolémée. — Le nom du citharède-aulète cité p. 348, note 3, doit être A. Oùev[oü<rroç Eùipp]ô<7uvoç

(2) Ctem. Alex. Strom. I, p. 308.

LG GOUVERNEMENT; LES INSTITUTIONS

3üo

les pâtres siciliens? On le suppose, mais oo n’en sait rien (1).

Quant aux arts plastiques, ils ne pouvaient prétendre en Arcadie à l’originalité des écoles doriennes et attico-ioniennes. La religion, pas plus que la société, ne favorisait leur essor. Ce sont fleurs de serre chaude qui veulent une civilisation raffinée et une imagination inventive. Le symbolisme naturaliste des divinités arcadiennes, moins personnel et moins vivant que l’anthropomorphisme hellénique, s’accommodait d’emblèmes plus grossiers, d’idoles frustes (2), de simples pierres pyramidales (3) ou de représentations monstrueuses dépourvues de caractère esthétique (4). Les sanctuaires les plus vénérés étant impénétrables, les statues n’y servaient de rien. Zeus Lycaios, Poséidon Hippios se passaient d’effigies. Aussi, bien qu’on puisse citer trois ou quatre noms de sculpteurs arcadiens (5), dont deux élèves de Polyclète, n’y eut-il pas d’école arcadienne originale. Ce sont des étrangers (6), surtout des sculpteurs et des architectes d’Égine, d’Argos et d’Athènes qui se chargèrent de l’éducation artistique de l’Arcadie et durent la pourvoir de temples et de statues. Quand les alliances eurent noué entre Athènes et Mantinée des rapports d’intimité, l’art attique fit dans la Haute Plaine une entrée triomphale avec les œuvres d’Alcamène, de Praxitèle et d’Euphranor (7).

Les malheurs de la démocratie ne furent pas étrangers à ce mouvement. En exilant en 383 les démagogues mantinéens,

(1) Voy. De la Coulonche. Mérn. sur l’Arcadie , p. 197. Sur Cercidas de Mégalopolis, ib., p. 200.

(2) Les colonnes de Zeus Lycaios (Paus. VIII, 38, 6; 30, 2); le doigt d’Oreste (VIII, 34).

(3) Paus. VIII, 35, 6; 48, 6. — Inscr. du Pélop. 352e, 352a. — Bull, de Corr. Iiellén., XX (1896), p. 158, n° 26. — Voy. plus loin fig. 53, p. 388.

(4) Eurynomé (Paus. VIII, 41-4) et Déméter chevaline de Pliigalie (Paus. VIII, 42, 4, 7j ; Bérard. Orig. des cultes arcad. ch. 2. — Cf. (Kavvadias. Fouille ; de Lycosoura ) les figures représentées sur le manteau sculpté par Damophon de Messène.

(5) Daméas et Athénodoros de Kieitor, élèves de Polyclète (Paus. X, 9, 7) ; Nicodamos et Mainalos, vers 420 (Paus. VI, 6, 1) ; Samolas, vers 369 (Paus. X, 9, 5). Voy. sa signature sur le monument des Arcadiens à Delphes (Bull, de Corr. hellen. XXI, 1897, p. 281. — Une dédicace de l’époque impériale (Bull. Corr. hellén., XX (1896), p. 163, n° 31), trouvée à Mantinée, fait connaître un sculpteur nommé Épitynchanos qui exécuta la statue en hronze de son fils.

(6) Ictinos à Bassæ, Scopas à Tégée. Voy. p. 353, n. 2, les noms des sculpteurs qui ont exécuté les statues d’olympioniques mantinéens.

(7) Paus., VIII, 9.

MANTINÉE ET l’aHCADIE ORIENTALE.

Agésipolis obligea tout un groupe d’hommes intelligents à passer hors de leur milieu ordinaire un laps de temps assez long. La plupart des bannis se réfugièrent à Argos et à Athènes. Ils revinrent ensuite dans leur patrie renouvelés par l’exil, affinés par le contact des plus beaux esprits de la Grèce, ouverts désormais à des idées plus larges et plus modernes. De ce nombre était Lycornède, en qui s’allient l’énergie morale de l’Arcadien et les dons intellectuels de l’ Athénien.

Les institutions Les institutions que nous venons de retracer n’étaient pas et rhistoire. une œuVre artificielle et de pure spéculation comme tant d’autres constitutions grecques. Elles nous ont apparu comme le produit naturel du sol, de la race et de la religion. Cette démocratie modérée et si heureusement équilibrée faisait corps avec la cité. Elle s’adaptait si bien à la tournure d’esprit et aux besoins de la population qu’elle était comme le moule de la patrie. On s’explique que les Mantinéens l’ait défendue avec acharnement, également réfractaires à l’oppression lacédémonienne ou thébaine et à l’anarchie des montagnards. Les péripéties de cette lutte remplissent son histoire et déterminent ses inimitiés et ses sympathies. Tandis que Tégée suivait une politique d’intérêt bien entendu et achetait son repos au prix de sa dignité, Mantinée mit plus d’idéal dans les ambitions qui lui valurent tant de souffrances.

a. Fig- 50. b.

Tessères en terre-cuile (Voy. Appencl. Épigr. 3°). a. Diiim . 0.05.— Ép. 0.02 : IlaVTlvac; ’Ep£Tf tavo . — 0. Diam. 0.045. — Ép. 0.02 :

’Avtitoç.

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