LES ORIGINES DE L’ÉTAT MANTINÉEN
était, en général, le noyau de la ville future qui devait se développer autour d’elle.
Nous avons analysé plus haut les éléments dont se composait Le dème primitif la population de la Mantinique. Quand et sous quelle influence, de Mantinée. de ce mélange pélasgique, béotien, achéen, la nationalité mantinéenne s’est-elle dégagée? On peut, semble-t-il, tirer des légendes et des traditions locales les faits suivants : 1° l’existence d’un abaton primitif de Poséidon Hippios, situé en plaine, à l’extrémité de l’Alésion, sous un bois de chênes. Ce sanctuaire pélasgique, transformé par les occupants minyens, était très probablement pourvu d’un oracle ou (xavxEïov : de très bonne heure, il se forma aux environs de l’oracle et sur les bords de l’Ophis une petite agglomération, appelée Mavxi'vsia, MavxivÉTj,
MavxtvT) (1), c’est-à-dire « l’endroit où l’on interprète les oracles (2) ». De ce nom a été dérivé celui du fondateur mythique,
Mavxivooç, Mavxivoüç ou Maxivxeuç (3).
(1) Mavxtveia est la forme classique dans Thucydide, Xénophon, Polybe Plutarque, etc. . Homère (II, 607) et Hérodote II V, 161) emploient la forme MavxivÉv), qui devient Mavxivsa en dorien (Pindare. Olyinp. II, 73. — Tlieognostos. Can. p. 103-20 et gramm. Cram. Anal. II, p. 306,28). La forme abrégée et sans doute populaire MavxiVq est citée par Ét. de Byzance d’après Hécatée de Milet : ’Ayâ|xp.£ta’ Xéyexai xai Mavxtvq xaxi GuvoAotcp'qv xrap ’ 'Exaxodm.
L’auteur des Fr. hist. gr.de Didot semble avoir conclu de ce passage qu’ ’Ayxpt.fisia avait été le nom primitif de Mantinée. Étienne de Byzance a seulement voulu rapprocher deux exemples de synalèphe, et dire qu’’Ayâu;-i.sta est devenu Ayâu.7] comme MavxîvEia MavxiVq. Cf. ’EpûÔEia, ’FuxxâXeta, et Eustath. Comm. ad Boni., 302. — L’ethnique est Mavxtvsuç au masculin,
Mavxivîç et MavxivixT] au féminin (C. I. A II 3, 3172-38. — Et. Byz. s. v.
Mavxivsia). En latin, on trouve les deux formes Mantinea (Plin. IV, 9, 1. —
Corn. Nep. Epam, 9) et Mantinia (Ammian. 25, 3, 7); comme ethnique Mantiniensis.
(2) Plutôt que « la ville fondée sur l’ordre d’un oracle », étymologie tirée de la légende de la fondation xaxà 1-i.xvxEup.a par Autonoé. Voy. plus haut, p. 315.
— Cf. Etymol. Magn. s. v. Mocvxivsia. — Tozer. Lectures on the geography of Greece. Londres, 1873, p. 335. — Panofka ( Philol . u. histor. Abhandl. der Berliner Akad. 1850. — Berlin, 1841, pp. 14, 35), tire aussi Mavxi'veia de piivxtç et l’interprète dans le sens de Seherstadt, la ville du devin. Nadrowski (Neue Schlaglichter auf dunkeln Gebielen d r griech. u. latein. Etymol.
Berlin, 1888, p. 94) rapproche Mantineia et Mantua, tous deux dérivés de nions.
Grasberger (Studien su den griech. Ortsnamen, 1888, p. 279) critique ces étymologies sans en proposer aucune. Les autres interprétations tirées de la racine p.av (Manthyréa, Mandyrion, mansio) n’ont aucune valeur.
(3) Sur Mantineus, père d’Okhaleia, femme d’Abas et mère d’Acrisios et de Prætos, voy. Apollod. Bibl. II, 2, 1. Dans la liste des Lycaonides (ib. VIII,
1, 3 , il est appelé Mantinous tCf. Tzetzès, Ad Lycophr , 481. — Natal. Connu.
IX, 9, dans les Fr. hist. gr. I, p. 31. — Eustath. Comment, ad Lliad.), 302, 1.
2° Dans la partie septentrionale de la plaine, en face le débouché du bassin d’Orchomène, s’élevait, sur une colline basse, une acropole antique, appelée IÏTÔXtç (1). Cette citadelle étaitelle, à l’origine, une dépendance des seigneurs minyens d’Orchomène? Cela n’est pas improbable. La première occupation étrangère qui parait s’être superposée dans la Mantinique, aux Pélasges aborigènes, est une occupation minyenne : les origines minyennes du culte de Poséidon Hippios et de Déméter-Gè ne paraissent pas contestables. La Mantinique aurait donc subi, à l’origine, la domination d’Orchomène. Ensuite, après l’installation des Apheidantes dans la Haute Plaine, elle aurait été disputée par les nouveaux venus et soumise dès lors à l’influence acliéenne. Argos et Tégée auraient tour à tour dominé dans ce canton. Le déclin de l’hégémonie d’Orchomène dans la Mantinique au profit d’Argos ou de Tégée eut pour conséquence l’abandon de l’ancienne Ptolis : la bourgade de Mantinée, située près de l’abaton de Poséidon, grâce à la célébrité du sanctuaire et à sa position privilégiée sur le carrefour des routes d’Argos et de Tégée, prit un développement considérable; elle devint le centre effectif de la région; son nom servit d’ethnique commun à tous les habitants du canton. C’est elle qui est désignée dans le Catalogue de l’Iliade sous le nom de Mantinée l’aimable, MavnvÊT) spaxE'VYi (2). On peut supposer que, dès le IXe siècle, la population de la Mantinique formait un État composé de cinq dèmes, avec Mantinée pour chef-lieu et Poséidon Hippios pour dieu principal (3).
Toutefois, avant le VIe siècle, Mantinée ne joue aucun rôle personnel dans l’histoire primitive de l’Arcadie; elle ne figure pas parmi les capitales des rois arcadiens; on pourrait conclure qu’elle subit assez longtemps l’hégémonie de Tégée, comme semblerait l’indiquer la légende du duel d’Aréïthoos et de Lycurgue (4). Après quoi, Orchomène reprit pour un temps, avec
(1) Voy. plus haut, p. 118.
(2) 11. It, (307 : xxl TcyÉïiv eiyov xxi MxvtivÉT|V epaTcivVjv. — Eustath. in h. L, 302 : StÔTt irsBtaç èoti xoci TtoXuxairsÀoç. — Ménélas aurait parcouru l’Arcadie pour y lever des troupes (Paus. VIII, 23, 3). On en a conclu que l’Arcadie était sous la suzeraineté des anaktes d’Argos. Par contre-coup, les divinités locales de la Haute Plaine, Ulysse, Pénélope, Aréïthoos, passent dans les légendes achéennes.
(3) D’après Phylarque, cité avec ironie par Poiybe (II, 56, 2J, Mantinée aurait été une des villes les plus anciennes de l’Arcadie.
(4) Schwedler (De reb Mantin. 1) pense que la légende d’Autonoé, fille de Céphée, fils d’Aléos, indique que les Apheidantes de Tégée ont aidé les débuts de la cité. Nous avons interprété différemment cette légende (voy. p. 3151.
LES ORIGINES DE l’ÉTAT MANTINÉEN.
Aristocratès, l’allié des Messéniens dans la seconde guerre (]e Messénie (vers 645), et avec son fils, Aristodémos, la direction de l’Arcadieentière (1). Il n’est pas non plus question deMantinée dans les événements qui accompagnèrent la chute de Phidon d’Argos, ni dans les luttes que soutint Tégée contre les Spartiat es au VIIe et au VIe siècles (2).
(1) Strab. VIII, p. 362. — Pausan. IV, 17,2; VIII, 5, 13. C’est peut-être après la chute ri’ Aristocratès que les Mantinéens et les Orchoméniens conclurent une convention relative à l’administration commune du sanctuaire d’Artémis Hymnia. (Pausan. VIII, 13, 1.)
(2) Un passage de Polyainos (II, 13) fait allusion à une prise de Mantinée par le roi de Sparte Eurypon, vers le Xe siècle. Le fait est absolument invraisemblable à cette époque, surtout dans les circonstances relatées, puisque Mantinée n’existait pas encore comme place fortifiée. Polyainos a confondu avec quelque épisodè des guerres d’Agis et de Cléomène (voy. plus bas, p. 498). La leçon Aîytvav qp-qxÔTaç, qui suppose une prise d’Éginc par les Arcadiens, a induit en erreur Ot. Millier et d’autres historiens (De la Coulonche. Mémoire sur l’Arcud,p. 138) ; elle doit être corrigée en ’Ayiv àv7]p7|xÔTaç — Cf. Holm. Griech. Geschichte , I, p. 211, et Busolt. Griech. Gesch., p. 603, note 3.
Fig. 51.
Tessère en terre cuite.
f)iam. 0.065. — Ép. 0.01. — ’ lu] 'ISO -aç [ TsXa ?] • <T:au ,