II). I
LE SYNOECISME.
sens sur les Éléens : le synœcisme et l’avènement de la démocratie à Élis sont contemporains de la régénération d’Argos. Il semble qu’une même pensée inspire au même moment les trois États libéraux du Péloponnèse : Argos, Mantinée, Élis. ïhémistocle lomenta peut être une coalition de ces trois jeunes puissances sous la direction d’Athènes. Après son départ. (1), les esprits étaient éclairés, le plan d’action dressé. Restait, à guetter l’instant propice pour passer à l’exécution. ,
Les intrigues d’Argos provoquèrent un soulèvement de l’Arcadie. Elle sut raviver dès 473 les sentiments d’amitié qui l’avaient jadis reliée aux Tégéates : les plus fidèles alliés de Sparte chancelèrent. Les Lacédémoniens inquiets se hdtent d’accourir contre Tégée : l’armée argéo-tégéate y est battue (472 ?) (2). Alors les Tégéates appellent à eux l’Arcadie qui répond à leur appel, sauf Mantinée, retenue par sa haine implacable contre sa voisine. La défaite de Dipaia dans le Ménale brise l’insurrection (vers 471) (3). Mais pendant plusieurs années Sparte, ruinée par le tremblement de terre de 464, est absorbée par la révolte des Hilotes et des Messéniens. Immobilisés au siège d’ithôme, les Lacédémoniens sont réduits à subir les secours d’Athènes. Ils le font de si mauvaise grâce que les Athéniens s’en retournent, à jamais brouillés avec eux (4).
C’était bien le moment où les avis de Thémistocle pouvaient le mieux porter leurs fruits. Les Mantinéens endormirent la vigilance d’Archidamos en lui prêtant un concours empressé contre les Hilotes (5). Dans un danger si grave, Sparte avait d’autres soucis que d’approfondir les arrière-pensées de ses alliés. Lui voyant les mains liées, les Mantinéens s’éman-
(1) Après l’exécution de Pausanias en 472/1. les Lacédémoniens accusèrent Thémistocle de médisme et obtinrent des Athéniens qu’on le poursuivit. 11 dut s’enfuir du Péloponnèse dans l’été 470. (Thucyd. I, 133. — Busolt. Griech. Gesch. III, p. 1241.
(2) Hérod. IX, 33.
(3) Hérod. IX, 33. — Pausan. III, 11, 17. — VIII, 8, 4; 43, 2. Argos, alliée de Tégée, mais sans doute retenue par la guerre de Tirynthe, manquait aussi à Dipaia. En revanche, on vit, vers 465, les Tégéates aider les Argiens à séduire Mycènes. Strab. p. 377. — Diod. XI, 65.
(4) Thucyd. I, 102. — La chronologie de ces événements est très discutée. (Voy. Busolt. Griech. Gesch. III, p. 200, 260 et 298).
(5) Xén. Hellén. V, 2, 3. — Printemps 462 (?).
ripèrent. Les Argiens les y poussaient (1). Le synoecisme eut donc lieu, suivant toute probabilité, entre 464 et 459(2), sans soulever d’opposition. Tégée troublée par sa défaite et brouillée avec Sparte, laissa croître aux bords de l’Ophis une formidable forteresse. L’opération dut être menée rapidement : le dème principal, celui qui portait proprement le nom de Mantinée, reçut l’appoint des quatre autres dèmes de la plaine. Pour économiser le temps et l’argent, on se contenta d’un mur en briques crues : l’Ophis passait au milieu de la ville. Un Foyer commun, installé sur l’agora, symbolisa la fusion des cinq dèmes (3).
(1) Il y avait probablement à Mantinée un parti démocratique avancé, déjà lié avec les démocrates d’Argos (xoy oAîÇovteç. Xen. HclLén. V, 2, 6), et qui rêvait un rajeunissement de la constitution. Toutefois, comme on l’a vu p. 336,1a réforme constitutionnelle de Nicodoros est postérieure au synœcisme. Celui-ci ne semble pas avoir été le résultat d’une révolution intérieure, comme à Élis. Peut-être y eut-il concomitance entre le mouvement démocratique qui triompha à Athènes pendant l’absence de Cimon et un mouvement analogue à Mantinée, lequel se serait prononcé tandis que le contingent mantinéen opérait en Messénie? Dans ce cas, la date du synœcisme serait limitée entre 462 et 469. — Keil (Nackr. d. k. Gesellsch. d. VPz'ss. zu Gotting. Hist. Klassc. 189a, p. 339) limite entre 463/4 et 430, année où Argos conclut avec Sparte une paix de 30 ans (Thucyd. V, 14, 28), la date du synœcisme. Cette limite est trop large. L’envoi d’un contingent auxiliaire à l’Ithôme n’indique pas forcément, comme le croit Keil, que Mantinée n’ctait pas encore amie d’Argos. Le refus de ce secours eût été un acte de rébellion caractérisé ; en toute cette affaire, Mantinée a dû procéder avec ménagements. — Sur la Niké de Kalamis consacrée à Olympie (à l’occasion du synœcisme ?) voy. plus haut, p. 314. — Les plus anciennes monnaies mantinéennes attribuées par les numismates au début du Ve siècle, doivent avoir été frappées au moment du synœcisme. Elles portent d’un côté un ours, de l’autre un ou plusieurs glands. (Gardner. Cat. of. qreek. Coins, l'elopimnesus , p. 184, pl. XXXIV, 18. — Head. Hist. num . p. 376).
(2) Date de la capitulation des Messéniens, d’après Busolt. ( (iriecli . Gescli. III, p. 298).
(3) Peut-être la division de la ville en 5 tribus fut-elle adoptée pour correspondre avec l’ancienne répartition en 3 dèmes ? — C’est sans doute pour commémorer leur synœcisme que les Mantinéens consacrèrent dans l’Altis d’OIympie la statue de Niké, exécutée par Calamis (Voy. plus haut, p. 314).