‹ Mantinée et l'Arcadie orientaleChapitre 46 sur 73 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l’expansion, la conquête de la parrhasie.

Une force nouvelle venait de s’organiser en Arcadie. Toutefois la prudence conseillait aux Mantinéens de ne point rompre ouvertement en visière avec Sparte. Le plus sage était de faire oublier par une apparente soumission le fait accompli sans l’assentiment de l’État suzerain, de ne point user du synœcisme comme d’une machine de guerre contre lui. L’abstention des Mantinéens à la bataille de Dipaia, leur attitude contre les Hilotes (1) étaient des titres à l’indulgence. Sparte laissa reposer ses foudres. Elle avait plus besoin que jamais de ramener à elle, à défaut de sympathies, le concours des résignés. Athènes, Argos et la Thessalie avaient conclu en 462 la première alliance séparatiste (2). Mantinée se garde de toute démarche compromettante. Il est possible qu’elle ait été forcée d’adjoindre ses milices aux 10.000 alliés qui partirent avec les Spartiates au secours de la Doride et contribuèrent à la victoire de Tanagra (457) (3). On sait peu de chose de l'histoire intérieure du Péloponnèse jusqu’à la réunion des Congrès de Sparte (nov. 432), où la majorité des alliés vota la guerre (4). Sparte avait mis à pro-

(1) Busolt ( Laked , p. 130) explique le bon vouloir des Mantinéens dans cette circonstance « parce qu’ils avaient le môme intérêt que les Lacédémoniens à ne pas laisser la population servile prendre le dessus. » Cette supposition est tout à fait arbitraire. Il n’y avait pas d’Hilotes en Arcadie ; surtout dans un état démocratique comme Mantinée, la légendaire égalité entre maîtres et serviteurs n’avait rien d’oppressif pour ceux-ci.

(2) Bientôt grossie par l’accession de Mégare (Thucyd. I, 102-103).

(3) Thucyd. I, 107-108.

(4) Après la première convocation des alliés de Sparte (Thucyd. I, 66), les Corinthiens vont de ville en ville solliciter des adhésions ; le congrès général des alliés a lieu en novembre (Thucyd. I, 119). Le vote eut lieu par villes, grandes et petites (Thucyd. I, 125).

Les Mantinéens en Acarnanie (hiver 426).

fit la trêve de 30 ans (1) pour fortifier sa domination sur les villes en appuyant les partis aristocratiques (2). Mantinée subit alors une pression qui dut avoir pour etïet de fortifier chez elle le sentiment patriotique.

Entre temps, la guerre était déclarée. Tout le Péloponnèse, sauf Argos et l’Achaïe toujours réfractaires, devait suivre bon gré mal gré les hoplites Spartiates. Le règlement de la Confédération laissait en réserve dans chaque ville un tiers du contingent pour le maintien de l’ordre et les travaux agricoles (3). Les deux autres tiers se rendaient à l’Isthme, désigné comme point de concentration. Quel fut le rôle personnel des Mantinéens dans les expéditions des Péloponnésiensde 431 à 426, nous l’ignorons. Ils ne sont l’objet d’aucune mention particulière ni chez Thucyc-ide ni chez Diodore. Mais la sixième année de la guerre (hiver 426), ils sont distingués parmi les alliés, pendant la campagne d’Étolie, au combat d’Olpai, près d’Argos Amphilochique.

Les deux armées en présence étaient celle des Lacédémoniens sous Eurylochos avec les Péloponnésiens et les Ambraciotes, et celle des Amphilochiens et Acarnanes, commandée par le stratège athénien Démosthènes, escorté de 200 hoplites messéniens de Na u pacte, de 40 archers d’Athènes et d’une escadre de 20 navires.- Les Mantinéens pendant l'action se tenaient à l’aile gauche entre les Spartiates d’Euryloehos et les autres Péloponnésiens, en face des Messéniens de Démostènes. Seuls ils se replièrent en bon ordre dans la déroute des Péloponnésiens (4). Le lendemain, Démosthènes leur accorda par convention secrète, à eux, aux officiers lacédémoniens et péloponnésiens, la permission de se retirer. 11 pensait discréditer Sparte aux yeux de ses alliés d’Ambracie, que cet abandon allait livrera la merci des ennemis. L’exemple édifierait aussi les autres peuples trop confiants en Sparte. De fait, les Mantinéens et autres bénéficiaires de l’armistice sortirent du camp comme pour ramasser du bois et des légumes, et s’éclipsèrent par petits groupes en emportant ostensiblement les provisions

(1) Conclue entre Sparte et Athènes pendant l’hiver 446/3 (Thucyd. I, 113).

(2) Thucyd. I. 76. Yastç yoù’v xàç sv ty) IIeAotcovv7|0-o) itôAsiç èiri tô

OfAÏV OJC&ÉX'.IAOV XaTaiJT7|0-a[A£VOt È;T|yE!(76E.

(3) Thucyd. II, 10.

(4) Thucyd. III, 108, 109, 111.

l’expansion, la conquête de la parrhasie. 381

qu’ils avaient fait semblant d’aller chercher. Une fois à distance, ils accélérèrent leur allure. Arrêtés un instant par une troupe d’Acarnanes, ils s’expliquèrent et purent s’éloigner sans plus être inquiétés (1).

Dans cet épisode, on remarque le traitement de faveur accordé par le stratège athénien aux gens de Mantinée : ils obtiennent un sauf-conduit pour toute leur troupe, officiers et soldats, tandis que, pour les autres Péloponnésiens, seuls les chefs et autres personnages de marque sont admis au même privilège (2). Sans doute on connaissait à Athènes les sentiments intimes de la cité arcadienne : on lui témoignait une bienveillance particulière, comme à une alliée que l’ennemi aurait confisquée.

Tandis que Sparte guerroie sans trêve et sans succès, les Arcadiens de la Haute Plaine ne perdent pas de vue leurs intérêts. La première lutte se terminait mal pour les Lacédémoniens : il y avait trop d’incohérence et trop de lenteur dans leurs opérations. Ils avaient laissé la guerre se transporter près de chez eux, enMessénie. Ils étaient menacés sur leurs flancs par cette forteresse de Pylos, une des idées les plus heureuses de l’habile Démosthènes. Tous les mécontents de la Messénie et du Péloponnèse avaient l’œil sur le théâtre des prouesses militaires de Cléon. Les embarras de Sparte et son découragement permettaient aux indisciplinés une certaine liberté d’allures. 11 leur devenait loisible d’agir pour eux-mêmes.

C’est à ce moment que le parti avancé de Mantinée dut compléter l’œuvre du synœcisme par une réforme de l’antique Constitution dans un sens plus démocratique. L’œuvre législative si vantée, due à la collaboration de Nicodôros et de Diagoras, vit le jour aux environs de l’an 42o (3). Cette réforme

(1) C'est peut-être en souvenir de cet épisode que fut installé à Mantinée un culte de l’Achélôos (Voy. p. 308).

(2) Thucyd. III, t09. MxvTivsüai xoù Mïvsôatco (le général lacédémonion- qui remplaçait Eurylochos tué) jeat to?; gcXXo'.ç xoyo uert xwv neXo7rovv-q(xîcov, xoù cffO! aùxcov rjffav x;ioXoyu>TaToi.

(3) D’après Thucydide (V, 29. - Cf. plus haut, p. 33(i) l’institution de la démocratie était, en 421, un fait accompli. C’est là le terminus ante quein. D’autre part l’association de Diagoras (exilé d’Athènes en 413/4) à l’œuvre de Nicodôros empêche de remonter jusqu’à la date probable du synœcisme, entre 464 et 439. Le début de la période d’émancipation comprise entre 423 et 423 et signalée par la conquête de la Parrhasie, est donc l’époque qui convient le mieux à la réforme démocratique.

Constitution démocratique de Nicodôros (vers 425).

était, comme on l’a vu plus haut, nécessaire pour concilier les vieilles habitudes que la vie en dèmes avait enracinées dans la population rurale, avec la nouvelle situation matérielle résultant du synœcisme. L’ingénieuse combinaison imaginée par le législateur atteste la sagesse et la modération de l’espi'it public à Mantinée. Il y avait peu de villes jouissant alors d’une situation intérieure aussi enviable. Les luttes des partis n’y atteignaient pas cette intransigeance qui, partout ailleurs, mettaient aux prises, sans espoir de conciliation, les aristocrates et les démocrates. 11 semble que l’opinion moyenne se soit tenue entre ces deux extrêmes. Le sentiment patriotique avivé par la haine traditionnelle de Tégée et de Sparte, étouffait les préoccupations égoïstes. Les intrigues de Sparte n’avaient pas encore réussi à pervertir les consciences et à créer entre les citoyens des divisions irréparables; Le parti conservateur, composé des principaux propriétaires, ne pouvait laconiser par principe : en effet, l’antique division de la population en cinq dèmes n’avait pu monopoliser la possession du sol entre les mains d’une classe privilégiée qui eut exploité le travail d’autrui, puisque les propriétaires résidaient la plupart sur leurs domaines et les cultivaient eux-mêmes ; de plus, l’intérêt rural desdits propriétaires-cultivateurs les obligeaient, pour les raisons déjà exposées, à traiter en ennemis naturels le voisin Tégéate et son allié le Spartiate. Le rapprochement qui se fit partout ailleurs entre les intérêts conservateurs et la politique laconienne n’était donc pas de mise à Mantinée, à peine née à la vie urbaine. Les propriétaires mantinéens ne se posaient pas en adversaires intraitables de ceux qui leur proposèrent, dans l’intérêt supérieur de la sécurité nationale, de quitter leurs dèmes pour s’enfermer à l’intérieur d’un rempart. D’autre part, les novateurs, en s’avisant de cette transformation, ne la concevaient pas comme une mesure vexatoire à l’égard d’adversaires politiques, mais comme une nécessité patriotique. Entre les conservateurs et les novateurs, il n’y avait ni haine ni incompatibilité absolue d’opinion et d’intérêts. Aussi, le synœcisme s’accomplit-il sans que la constitution fût d’abord modifiée. Mais, l’expérience de quelques années fit reconnaître que la vie urbaine et la vie rurale avaient des exigences contradictoires. Cette constatation, au lieu d’envenimer la situation et d’amener un antagonisme entre les partis, aboutit à une entente qui trouva sa formule dans la constitution si pratique de Nicodûros.

l’expansion, la conquête de la parrhasie.

La nouvelle Constitution, complément du synœcisme, élargissait la puissance de Mantinée et lui permettait un peu d’ambition. Plusieurs raisons devaient lui inspirer une politique d’expansion et de conquête : le besoin de s’assurer au dehors des points d’appui pour les conllils qu’on prévoyait, la nécessité de compléter vers l’ouest la défense du territoire, déjà protégé à l’est par l’amitié d’Argos.Ace point de vue, l’envoi du contingent auxiliaire à l’ithùme avait pu ouvrir les idées sur le parti qu’on pouvait tirer des populations limitrophes de la Messénie dans une lutte contre Sparte. Mantinée voulait faire acte de puissance en se créant des sujets et des alliés parmi les peuplades non encore inféodées à Sparte. Ensuite, l’idée de procurer des terres vacantes à sa population toujours croissante et de plus en plus à l’étroit, dans les limites de la Mantinique, ne fut pas sans doute étrangère à ses velléités de conquête : la nouvelle constitution permettait d’établir au dehors des citoyens, à une certaine distance du sol natal ; ils ne perdaient rien de leurs droits civiques, la masse populaire n’ayant à intervenir qu’à de rares intervalles. Mantinée était donc impatiente de briser ses entraves pour déborder au dehors. Depuis qu’elle ne formait plus un simple groupe de bourgades, les cantons ruraux des environs l’attiraient comme une proie facile. Elle rêva de leur imposer sa tutelle. Les États centralisés résistaient mal à la tentation de s’adjoindre les cantons encore mal unifiés. Plus d’une grande ville annexa à son territoire quelques dèmes isolés ou simplement confédérés. Orchomène possédait le district ménalien entre le .Mont Phalanthon et le Ladon ; elle y avait fondé Méthydrion (1). Kleitor conquit Lousoi, et Phénéos les Aroania avec Nonacris (2). Les conquêtes n’entrainaient pas l’annexion directe, mais le protectorat sous forme de symmachie : le territoire vassal fournissait des troupes et conservait sa nationalité; parfois, pour le garantir contre lui-même et contre l’étranger, l’État suzerain installait dans le pays des garnisons et des fortins.

Les Mantinéens ne trouvaient le champ libre que vers l'Est, dans la région du Ménale, au Sud du Mont Phalanthon, et, plus loin, par la gorge de l’Hélisson, dans la belle vallée de la Parrhasie, arrosée par l’Alphée. Bien qu’aucun texte ne spécifie

(1) Pausan. VIII, 36, 1.

(2) lb. VIII, 18, 7.

La politique d’expansion.

Conquête de la Menai it*

qu’ils aient assujetti les villes de la Ménalie, la vraisemblance de leurs opérations ultérieures l’exige. La haute vallée enfermée entre le revers oriental du Ménale (1) et la chaîne centrale d’Arcadie rejoignait laMantinique au bassin del’Alphée. D’après les traditions du droit international chez les Grecs, aucune troupe armée ne pouvait traverser un territoire étranger sans l’autorisation de ses habitants (2). Or, ni les Orchoméniens ni les Tégéates (3) n’eussent accordé aux hoplites de Mantinée le libre passage par les routes du N. et du S., qu’ils commandaient (4). 11 fallait qu’une convention avec les peuplades ménaliennes permit aux Mantinéens de gagner directement soit la gorge de l’Hélisson par le défilé de Ivardara, soit celle du Haut Élaphos par les chemins de montagne qui contournaient au S. de la plaine Aleimédon le massif d’Apano-Khrépa et reliaient Mantinée à Mainalos, Davia, Triodoi et Soumateion. Pour être durable, cette convention impliquait une quasi-soumission de la Ménalie. La légende du transfert des restes d’Arcas, soi-disant enlevés à Mainalos pour être inhumés dans l’agora de Mantinée, quoiqu’elle ait été fabriquée après la reconstitution de la ville en 371, paraît impliquer que les Mantinéens avaient pleins droits sur Mainalos (o).

(1) MaiVxXlOV TtEOtOV.

(2) Thuc. IV, 78 : xoïç tcxcc ye ôftotajç '’EXXyciv uttotttov xa0s<TT7jxei XT|V twv TrÉXaç ;j.T| TiE'cravxaç Suévy.i.

(3) Une partie de la Ménalie avait appartenu au lot d’Apheidas, c’est-à-dire à Tégée. Mainalos, Tégéatès et Mantineus sont rapprochés dans la généalogie des Lycaonides (Paus. VIII, 3, 4).

(4) La route la plus commode, mais la plus longue, de Mantinée à la plaine parrhasienne passait par la Tégéatide, Pallantion, Aséa (Route A de la carte de Loring. Journ. of heUen Stud XV (1893), pl. I et II). Le MatviXiov uEoiov communique avec la vallée de l’Alphée par un chemin qui emprunte, en partie le ravin de la rivière de Langadia. C’était la voie la plus directe pour aller de Mantinée au Lycée par Mainalos, Dipaia, ïrikolonoi. De plus cette route évitait le territoire tégéate. Je suppose que ce fut le parcours le plus souvent suivi par les troupes mantinéennes. Les ravins de l’Hélisson et de l’Élaphos ne livrent passage à aucun chemin praticable ; tout au plus (je ne l’ai pas vérifié par moi-méme) pouvait-on, dans la belle saison, suivre comme piste les lits de ces torrents, comme on le fait pour le Saranda-Potamos.

(3) On peut tirer de Thucydide un autre argument pour attester la conquête de la Ménalie par Mantinée. Après la pais de 421, Sparte enleva aux Mantinéens la Parrhasie (V. 33). Cependant, en 418, Mantinée combat contre Agis avec ses alliés propres r/ovxei; xoùç ffcpExâpouç çuy ij.y.youç (V. 38). Ces alliés ne peuvent être que les Ménaliens du canton septentrional. Pendant la même

l’expansion, la conquête de la parrhasie. 38o

Au S.-E. de la Ménalie, le cours de l’Hélisson débouchait sur le vaste bassin de l’Alphée, occupé par des peuplades rurales qui ne subissaient encore la loi d’aucun État centralisé. Le plus important de ces groupes était celui des Parrliasiens, entre les Cynuriens au N., les Ægytiens et les Oresthasiens au S., les Eutrésiens à l’E. Ils occupaient la partie de la plaine comprise entre la rive gauche de l’Alphée et le versant oriental du Lycée. Bien déchue de son antique splendeur du temps des Lycaonides, la Parrhasie, au Ve siècle, vivait dans l’isolement et le calme de la vie cantonale. Les communes, dont quelques-unes avaient été le siège de la royauté arcadienne, n’étaient plus que des bourgades de cultivateurs isolées ou groupées autour de leur antique citadelle. Thucydide (1) les appelle : toc? êv Itappaffiocç 7côXstç. Mais le mot ttôàiç doit être entendu dans le sens de xwp.at, qui est employé par Diodore(2). Le synœcisme de

campagne, des Ménaliens figurent dans les rangs des Lacédémoniens (V. 67) : ce sont ceux du canton méridional inféodé à Tégée : les Pallantiens, les Aséates, les Oresthasiens. Après 418, la Haute-Ménalie fut soustraite à l’autorité de Mantinée (V. 81 : ol MavTiv-/jç... TTjV àpÿrljV acpsTcav xwv toXewv.). Le prétendu rattachement d’Aléa au district ménalien, d’où Curtius conclut que la population d’Aléa constituait le fond primitif de la Mantinique (Pelopon. 1, p. 312) repose sur une faute de texte. 11 faut substituer dans la liste de Pausanias (VIII, 27, 3) le nom d’Aséa à celui d’Aléa. D’ailleurs, au point de vue ethnographique, mythologique et politique, Aléa est une dépendance de l’Argolide (Paus. VIII, 23, 1). On peut reconstituer ainsi qu’il suit l’histoire de la Ménalie. Les cantons ménaliens formaient un crô<rT7]p.a OTjjjuov désigné en bloc par l’ethnique MatviÀtoç. Mais ce lien politique était très lâche. Oresthasion, Pallantion et Aséa appartenaient, de nom, à la Ménalie (Pausan. VIII, 27, 3) et cependant étaient libres. Lors de la fondation de Mégalopolis, la Ménalie fut dépeuplée et son territoire annexé à la Mégalopolitide. Mais au IIIe siècle, les Ménaliens avaient sans doute en partie reconquis leur autonomie, puisqu’ils sont représentés isolément dans la Boulé de la Confédération arcadienne par trois démiurges (Décret en l’honneur de Phylarchos. Foucart. Inscr. du Pélop. 340a. Cf. Hiller von Gârtringen. art. Arkadia dans la Real-Encycl. de Pauly-Wissowa, p. 1132. — Paus. VIII, 27, 4).

(1) V. 33. — Voici, d’après Pausanias (VIII, 27, 3), les localités et les dèmes de la Parrhasie : nappocoaojv oè Auxoccopscç, ©coxvsïç, TpaTrs^oévxtot, üpoffsïç, ’Axa xT|«;iov, ’Axovrtov, Maxapta, AacÉa. On y ajoute Basilis et Brenthé. On attribue aux Parrhasiens une monnaie avec une tète de Zeus et la légende 11. Ilap. (Imhoof Blumer. Mon. gr. p. 204. — Gardner. Cat. of greek Coins. Pelop. p. 192, pl. XXX, 22, propose de l’attribuer à Paroreia).

(2) XV, 72, 4. — Si Thucydide (V.39) prolonge la nappao-tx/j jusqu’aux confins de la Laconie, en y comprenant l’Ægytis, c’est par une simple synthèse géographique dont l’Iliade donnait déjà l’exemple (II, 608) : les districts delà vallée de l’Alphée coexistaient sans se confondre en un xotvôv.

Conquête la Parrhasie (425-422).

MANTINÊE ET l’aRCADIE ORIENTALE.

Conflit uvecTégée, Bataille de Ladokéion (hiver 423).

Mégalopôlis les absorba tous; les noms de Parrhasiens, d’Eutrésiens, d’Ægytiens, disparurent du vocabulaire politique ; il semble que les ethniques de Ménaliens et de Cynuriens subsistèrent, ces pays n’ayant pas été complètement dépeuplés au profit de Mégalopolis (1).

Les Mantinéens descendirent dans cette plaine. Leur plan ne manquait pas d’audace. Maîtres de la Parrhasie, ils fermaient le seul passage qui restât ouvert au centre de la péninsule. Appuyé d’une parta l’Argolide et de l’autre à la Triphylie éléenne (2), leur territoire agrandi complétait la barrière d’états anti-laeonieus opposée à Sparte. Une zone continue traversait le milieu du Péloponnèse d’une mer à l’autre : suivant le plan de Tliémistocle, Sparte se trouvait isolée dans le Sud. De plus, ils pouvaient tendre la main aux Messéniens, les appuyer, comme Athènes faisait à Pylos, inquiétera poste fixe l’arrière-pays laconien et ses débouchés du côté de l’Elide.

D’après les termes de Thucydide, la conquête de la Parrhasie eut lieu entre 423 et 422. L’absence de ville et le morcellement politique de la région la rendirent facile et prompte (3).

La distance de Mantinée à la Parrhasie est de 8 à 9 heures de marche. Pour intercepter les communications du pays avec la Laconie, les Mantinéens avaient construit un fort à Kypséla, sur les confins de la Skiritis, et y entretenaient une garnison (4). Peut-être eurent-ils un instant l'illusion que cette conquête allait les élever au rang de grande puissance militaire et territoriale. Mais il me semble difficile qu’ils aient fait grand fond sur la solidité de leur nouvel établissement. Cette conquête por-

(1) Foucart. Insci'. du Pélop. 340a. — Si l’inscription est du IVe s.; sinon, il faudrait admettre avec M. Foucart, une restauration de ces peuplades au IIIe s.

(2) Lépréon était tributaire d’Élis (Thuc. V. 311 et disputée par Sparte.

(3) Toi; ykp MavxtvEÏÏfft o.Épo; it xyj; Apxaoioc; xaTÉorpanxo uti^xoov, sxt xoïï mo; ’A0V)vcdou; 7toXi[J.oo ovxo;^ xal svoaiÇov ou 7rspid'.!/sciôa'. ccpa; xoù; AaxsSxtiAOviou; àp/Etv, ÈTtEtGTf] xai cyoXv)v yyov. (en 421. — Thuc. V, 29).

(4) ’Aaaox xal xô Èv KuJ/sXot; xsïyo; dvatprjoovxs;, r,v ôûvwvxxt, o ixsly txav Mavxivyj; xoù aÈxol seppoupouv, Èv xâj llccppaotxrj xsiasvov, âxrl xrj — xiptxtSt xrj; Aaxwvtxîjç. (Thucyd. V. 33. — Cf. Steph Byz. ku'fxXa, cppoûptov xsxEi^tffasvov Èv’Apxaoiy utio Mavxivsiov. HouxuSiSi]; tt è ii,”xv‘J ) . D’après l’indication de Thucydide, la place était située au S., sur la route de Laconie, dans la région de Léondari, comme l’admettent Curtius (Pelop. 1. 340) et Bursian (Geoyr. v. Gl'iech. II, p. 243). Pausanias n’en parle pas. O. Muller, rappelant que Kvpsélos avait fondé Basilis (Paus. VIII, 29, il propose, pour cette raison, d’identifier Basilis et Kvpsélos (D-trier. I, p. (ii, n" 2): mais il reconnaît lui-même que celte hypothèse s’accorde mal avec le texte de Thucydide.

l’expansion, la conquête de la parrhasie.

tait ombrage à Tégée, qui considérait sans doute les cantons méridionaux de la vallée de l’Alphée comme compris dans sa sphère d’influence fl), et à Sparte, à qui elle fermait l’entrée de l’Arcadie occidentale. En 423, tandis que Sparte, surmenée par la guerre de Thrace et par les succès même de Brasidas, se désintéresse un instant des atïaires du Péloponnèse (2), les Tégéates se chargent de la police intérieure de la péninsule. Tégéates et Mantinéens, avec leurs alliés respectifs, se livrent un combat indécis dans la plaine de l’Alphée, à Ladokéion, localité de l’Oresthis (hiver 423) (3). Chacune des deux armées mit en fuite l’aile ennemie; après des pertes considérables des deux côtés, le combat ne fut interrompu que par la nuit. On s’attribua la victoire de part et d’autre; les uns et les autres dressèrent un trophée et envoyèrent des dépouilles à Delphes. Cependant les Tégéates, semble-t-il, avaient obtenu un léger avantage; ils bivouaquèrent sur le champ de bataille, où ils se hâtèrent d’élever leur trophée, tandis que les Mantinéens se retirèrent à Boucolion (4) avant de dresser le leur. Un monument commémoratif de cet événement fut consacré à Apollon avec la dîme et érigé à Mantinée dans le Téménos d’Apollon (5).

Ce combat arrêta les progrès des Mantinéens vers le Sud, aux Les traités de 4 confins de l’Oresthis. Ils ne songèrent plus qu’à se maintenir sur leurs conquêtes. La conservation de la Parrhasie devint le grand souci de leur politique. Au congrès de Sparte (avril 421),

(1) Le bourg de Ladokéion, dans l’Oresthis, reconnaissait pour fondateur Ladokos, fils d’Échémos, roi de Tégée (Paus. VIII, 44, 1).

(2) Thucyd. IV, 117.

(3) Thucyd. IV, 134. Cet endroit devint plus tard un faubourg de Mégalopolis, situé au S.-E, sur la route de Tégée, par Aléa et Pallantion (Pausan. VIII, 44, 1. — Polyb. II, 51, 3; üo, 2) : Pausanias et Polybe écrivent xi AaSoxetoc.

(4) Boucolion devait être à peu de distance au N. ou au N.-E. du champ de bataille. Pline cite Bu en lium parmi les villes d’Arcadie entre le Gortys et le Karnion (H. N. IV, 6, 20). — Les alliés dont parle Thucydide étaient, du côté des Mantinéens, les Ménaliens et les Parrhasiens ; du côté des Tégéates, les Pallantiens, les Aséates et les Oresthasiens.

(3) Voy. Foucart. Inscr. du Pélop. N® 352 »>. p. 200. L’attribution de ce monument à la bataille de Ladokéion est conlirmée par des raisons paléographiques et par la consécration à Apollon, qu’on doit rapprocher de l'envoi des dépouilles a Delphes. Le monument de Delphes était probablement l’Apollon de bronze que cite Pausanias, aux environs du trésor des Corinthiens : âx ôï MavxtvUaç TT|ç Apy.âocov ’A-oXXcov yaXxouç écxiv àvx07,u.x (Pausan. X, 13, 4). On peut donc supposer que la base trouvée h Mantinée supportait aussi une statue en bronze d’Apollon.

ils votèrent la paix, avec la plupart des alliés, par crainte des représailles (1); mais l’opposition de Thèbes, de Corinthe, d’Élis et de Mégare rendit cette prudence inutile. La Ligue péloponnésienne se disloqua; la paix de Nicias fut aussitôt convertie en une alliance offensive et défensive (liniAa/Ja) de 50 ans entre Sparte et Athènes (2). La délégation mantinéenne revint du Congrès avec cette inquiétante nouvelle : Sparte, délivrée d’une guerre écrasante, allait régler ses comptes arriérés. Ceux des alliés dont l’attitude au cours des dernières années avait été suspecte commençaient à trembler. Entre tous, les Mantinéens étaient les moins tranquilles. Le synœcisme, leur démocratie, la Ménalie et la Parrhasie, les mettaient dans un mauvais cas. Ils sentaient que l’heure de l’expiation approchait (3).

(1) Thucyd. V, 17, 18 et 29.

(2) Thucyd. V, 22. — Mantinée adhéra aussi à ce second texte qu’on appela la Paix Attique : Iv xoeïç (nrovâatç xaïç ’AxxtxaTç (Thucyd. V, 29). Mais les alliés qui le signèrent se rendaient compte qu’ils n’y trouvaient aucune garantie : en effet, une clause permettait aux Lacédémoniens et aux Athéniens d’y retrancher et d’y ajouter ce qu’ils jugeraient convenable. Les alliés prétendaient se faire admettre au bénéfice de cette clause et qu’aucun amendement ne se fit sans leur approbation. Ils commençaient à soupçonner un danger dans l’entente des deux grandes puissances ; de là des protestations et des défections : Sparte semblait trahir le Péloponnèse. Il suffisait à son égoïsme d’avoir obtenu la reddition de Sphactérie.

(3) Thucyd. V. 29.

Fig. 53. — Tuiles avec inscriptions et pyramides votives. (Voy. aux Appendices. Epigraphie 5»).

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