CHAPITRE Y
LA RÉVOLTE. LA LIGUE ATTICO-ARGIENNE
Des agents corinthiens faisaient alors de la propagande en Traité faveur d’une contre-ligue dont Argos recevrait la prostasie (1). entre Arg°s>'Éiis La prospérité d’Argos n’avait fait que s’accroître. Elle se trouvait prête à de grandes choses au moment où sa trêve avec Sparte allait expirer (2). Le renouvellement de ce pacte dans les mêmes conditions n’étant pas possible, la guerre semblait imminente.
Les Argiens laissèrent venir à eux toutes les adhésions. Les Mantinéens avec leurs alliés Ménaliens et Parrhasiens se tirent inscrire les premiers dans la nouvelle symmachie. Argos devenait lé refuge contre l’inévitable rancune de Sparte. L’initiative des Mantinéens donna le branle au reste du Péloponnèse (3) : les plus hésitants se décidèrent à rompre leurs liens, persuadés que les Mantinéens en savaient plus long qu’eux. Du coup, l’ancien système politique de la péninsule était bouleversé :
Argos supplantait Sparte dans la direction des États ; Sparte était honnie et méprisée.
Les Éléens, en guerre ouverte avec Sparte à propos de Lépréon, entrèrent dans l’alliance (4) ; ils furent suivis par Corinthe et
(1) Thucyd., V, 27.
(2) Ib. V, 28, 41.
(3) Ib . V, 29. MavxiVT); S’auxoî? xai ot çuaacr/oi aùxwv 7tpwxot Trpoxîycop7|Cav, oeSiÔTsç xo'j; Aaxcôatpumouç. . . ’tfcxE aspiEvot lîpoç xoù; ’Aoyaouç Ixpaiîovxo,
TroXtv xe pL£yiXv)v vopuÇovxe; xoù AaxeSo»(i.ovtotç cxe'i Sticpopov, Ôv][j.oxpaxouu.Év7jv xe wdTOp xal aùxoi .
(4) Ib. V, 31.
par les villes de Chalcidique (1). On essaya en vain de séduire la Béotie et Tégée : la vieille rivale de Mantinée se montra inébranlable dans sod ressentiment. Elle n’oubliait pas l’absence des Mantiuéens à Dipaia. Alors Sparte, encouragée par la fidélité des Tégéates, se décide à l’offensive.
Pe,te Les Lacédémoniens en masse conduits par le roi Pleistoanax, de la Parrhasie fj]s Pausanias, envahirent en masse la Parrhasie (été 421).
Le pays supportait avec impatience le joug de Mantinée ; les cantons avaient appelé Sparte en libératrice (2). D’ailleurs le fort de Kypséla importunait l’orgueil laconien. Les Spartiates firent porter contre lui leur principal effort. Tandis qu’ils assiégeaient la garnison mantinéenne tout en ravageant le pays, les Mantinéens confièrent la garde de leur ville à des troupes argiennes et accoururent en Parrhasie. Mais, repoussés du fort et des bourgades, ils durent rétrograder. Les Lacédémoniens rasèrent Kypséla et rendirent aux Parrbasiens leur autonomie (3). intervention Les débuts de la ligne argienne n’étaient guère heureux, a Alcibiade et Les apiés s’étaient crus capables d’improviser un nouvel ordre a Athènes. de choses avec beaucoup d’illusions, des moyens médiocres et une préparation insuffisante. Leurs échecs diplomatiques et leurs revers militaires les firent réfléchir sur ce que l’entreprise avait de prématuré. Pour avoir voulu jouer à la grande puis sauce, Mantinée tombait de son rêve dépouillée de ses conquêtes : exemple qui prouvait aux États secondaires l’inanité des ambitions trop vastes. De son côté Argos, depuis si longtemps isolée, avait perdu l’habitude de diriger. Son rôle nouveau la déconcertait. Elle ne sut pas inspirer aux autres États la confiance qui eût provoqué la défection générale du Péloponnèse, ni persévérer dans ses vues. En face de l’alliance attico-laconienne, elle se troubla. La faction dirigeante avait plus de bonne volonté que d’expérience politique. Il manquait alors un homme d’État de la trempe de Phidon. Aussi Argos se disposaitelle à abdiquer pour rentrer dans l’orbite de Sparte (4), qui l’eût accueillie avec joie (5), quand Athènes intervint, poussée
(1) C’est sans doute à ce moment que fut conclue entre Élis, Argos et Mantinée l’alliance offensive et défensive à laquelle Thucydide fait allusion (V. 48). Les Corinthiens se contentaient d’une alliance défensive avec Argos : xr,v 7TpCOTVjV y£VOU.ÎV/|V £TTt(A0£/taV. (V, 48. — Cf. V, 31.)
(2) Thucyd. V, 33.
(3) Thucyd. V. 27-33.
(4) Thucyd. V, 40.
(o) lb. 3G.
LA RÉVOLTE . LA LIGUE ATTICO-ARGIENNE
par Alcibiade. Son ardeur ranima -les Péloponuésiens découragés et sa clairvoyance les remit dans le bon chemin. Avec une remarquable finesse, Alcibiade perça à jour la diplomatie ambiguë des éphores qui se jouaient d’Argos (1), et dissipa les malentendus qui empêchaient les Argiens de tendre la main à Athènes (2). La paix de Nicias était pour Athènes une duperie : l’incident du fort de Panacton, démantelé par les Lacédémoniens et les Béotiens avant d’être rendu aux Athéniens, venait d’indisposer les esprits contre Sparte et contre le parti de l’alliance personnifié par Nicias. Alcibiade, jeune, avide de jouer un rôle, se fit un tremplin de cette question. Il dénonça le Traité Attique, envoya de son chef des agents à Argos, à Mantinée et à Élis pour les engager à solliciter l’amitié d’Athènes et leur promettre son concours personnel (3). Argos n’avait renoncé que par impuissance au patronage des intérêts antilaconiens. Mais du moment qu’un État ami de longue date, sympathique aux vœux des Péloponuésiens séparatistes, démocratique et habitué à l’hégémonie, s’offrait pour prendre la direction dont elle-même se sentait incapable, elle n’avait plus qu’à se laisser mener. Les combinaisons d’Alcibiade se rencontraient avec celles de Thémistocle : Argos, unie à Mantinée et à l’Élide, deviendrait dans les mains d’Athènes un instrument contre l’omnipotence Spartiate. Le Péloponnèse cessait de former un bloc inaccessible aux hoplites athéniens. Jusqu’alors Athènes n’avait pu que l’assaillir extérieurement avec ses escadres ; pour la première fois, elle allait l’entamer à l’intérieur. Les truis États envoyèrent donc à Athènes une délégation (4) ; elle y rencontra celle des Lacédémoniens qui venait proposer au peuple un arrangement. 11 était à craindre que le parti de l’alliance ne l’emportât. Mais Alcibiade sauva la situation à force d’intrigues, malgré l’opposition de Nicias et de ses partisans (5). Enfin le peuple conclut avec les plénipotentiaires d’Argos, d’Élis et de Mantinée, le traité fameux copié par
(1) Thucyd. V, 39, 41.
(2) Argos s’inquiétait d’un traité conclu entre Sparte et les Béotiens et, pensait-elle, approuvé par Athènes. Au contraire, à Athènes, on le jugeait comme une infraction à la paix de Nicias (Thucyd. V, 40).
(3) Thucyd. V, 43.
(4) Thucyd. V, 44.
(o) Thucyd. V, 43. — Cf. Diod. XII, 73. — Plut. Alcib. 14, 15. — Ces deux derniers textes n’ajoutent rien à Thucydide.
Le traité avec Athènes, Argos et Élis
(Mai ou Juin 420)
Thucydide et dont un fragment authentique a été retrouvé sur l’Acropole (printemps 420) (1). Il était stipulé dans ce document :
1° Les Athéniens d’une part, les Argiens, les Mantinéens et les Éléens de l’autre s’engagent pour cent ans à se respecter et à se défendre mutuellement sur terre et sur mer, eux et leurs alliés respectifs.
2° Les parties contractantes s’interdisent toute attaque les unes contre les autres.
3° En cas d’attaque d’Athènes par un ennemi, les trois autres États sont tenus, en cas d’appel, de lui porter secours.
4° L’agresseur sera déclaré ennemi des trois États, dont aucun ne pourra traiter avec lui sans l’assentiment des autres.
5° Ces clauses sont réciproques et engagent également Athènes, en cas d’attaque par un ennemi de l’un des trois États contractants.
6° Les États contractants interdisent le passage des hommes d’arme par terre ou par mer sur leur territoire et sur celui de leurs alliés, à moins de décisions spéciales prises à l’unanimité.
7° L’État qui enverra des troupes auxiliaires leur fournira 30 jours de vivres à compter du jour où ces troupes seront entrées sur le territoire de l'État demandeur.
8° Au-delà de 30 jours, l’entretien des auxiliaires incombe à l’État demandeur, à raison de trois oboles d’Égine par jour et par hoplite, par psile et par archer, d’une drachme par cavalier (2).
9° L’État demandeur exercera le commandement des troupes auxiliaires sur son territoire. Dans le cas d’une expédition extérieure entreprise en commun par les contractants, chacun aura part égale au commandement.
10° Les Athéniens jureront pour eux et leurs alliés ; les Argiens, Mantinéens, Éléens jureront par villes, tous par le plus fort serment de leur pays, d’après la formule suivante : « Je serai fidèle aux clauses du traité, sans dol ni dommage ; je ne chercherai à l’enfreindre par aucun artifice ni d’aucune manière. »
(1) Thucyd.V, 47. — C. I.A. IV suppl. I46t>. — Cf. Kirchoff. Hernie*. XII, 36 et suiv. — Sehône. ib. p. 472. — Les différences de rédaction entre l’original et la copie de Thucydide sont légères; elles sont imputables soit à Thucydide luimême soit au secrétaire qu’il chargea de lui transcrire le document, soit aux copistes des manuscrits. Hicks. Greek histor. inscr. 52. — Classen. Tliuci/d. Vorbemerk. VIII, p. XXV. — Stahl ad Thucyd. lib. V.
(2) Voy. Bœckh. Slaalshaushaltung. II, p. 6 et suiv.
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11° Le serment sera prêté à Athènes par le Conseil et les autorités ’Évo7|U.ot, et reçu par les Prytanes : à Argos, prêté par le Conseil, les 80 et les Artynes, reçu par les 80; àMantinée, prêté par les Démiurges, le Conseil et les autres autorités, reçu par les Théores et les Polémarques (1) ; à Élis, prêté par les Démiurges, les magistrats, les 600, reçu par les Démiurges et les Thesmophylaques. Les serments seront renouvelés par une délégation athénienne qui se transportera à Élis, à Mantinée et à Argos 30 jours avant la fête Olympique, et par des délégations argienne, éléenne et mantinéenue qui se rendront à Athènes dix jours avant les Grandes Panathénées.
12° Les clauses relatives au traité, au serment, à l’alliance, seront gravées sur une stèle de marbre exposée à Athènes sur l’Acropole, à Argos sur l’agora, dans le temple d’Apollon, à Mantinée dans le temple de Zeus sur l’agora. Une stèle de bronze sera placée à frais communs à Olympie pendant la fête Olympique qui va s’ouvrir (Olymp. 90, 1 = 420).
13° Les amendements seront l’objet d’une décision commune qui fera loi.
La portée de cet acte ne pouvait échapper à Sparte. C’était la Conséquences rupture de la Paix Attique (2). La guerre allait reprendre de plus du trnitébelle. L’équilibre des forces helléniques se trouvait déplacé : voici qu’Athènes s’ingérait dans les affaires du Sud et dirigeait une ligue péloponnésienue, situation nouvelle grosse de surprises pour Sparte. Celle-ci voyait l’œuvre lente du siècle précédent remise en question par la dislocation de l’ancienne symmachie péloponnésienne. La barrière centrale, tracée par Phidon et par Thémistocle, se dressait par les soins d’Alcibiade, avec un front de trois villes puissantes : Argos, Mantinée, Élis.
L’effort de Sparte pour se dégager porterait sur cet obstacle. Il lui fallait s’ouvrir une trouée au cœur du Péloponnèse. Ainsi le théâtre des hostilités allait descendre de la Grèce centrale en pleine péninsule ; la guerre attique (3) se changeait en guerre mantinéenne (4).
Le premier acte de la quadruple alliance fut de mettre les Les hostilités. Lacédémoniens hors la loi, en leur interdisant l’accès de l’Altis Campagne aAici
biade (été 420).
(1) Voy. plus haut, p. 340.
(2) Officiellement, les traités antérieurs ne furent pas annulés IThucyd. y, 48).
(3) xttg'.ôç TtdÀEf j.oç. ïhucyd- V, 31.
(4) 0 MavT'.vtxdç 7tôXEp.o<;. Tliucyd. V, 26.
Guerre Olympique (1). Une troupe de mille Argiens, de mille Manti-
d Epidaure néens renforcés par de la cavalerie athénienne vinrent aider les
(09 us). pjiéeus y faire respecter l’excommunication. Un Lacédémonien fut même bâlonné dans l’Hippodrome : Sparte ne bougea pas (été 420) (2). On tenta ensuite une démarche collective auprès des Corinthiens, mais sans succès : un tremblement de terre interrompit les pourparlers. D’ailleurs l’entrée en scène d’Athènes était plutôt faite pour éloigner Corinthe de la Ligue et l’incliner vers Sparte (3). Athènes prit ses mesures pour parer à ces mauvaises dispositions. Après avoir établi nue ligne d’attaque intérieure, il lui restait à compléter l’investissement des côtes péloponnésiennes (4) en s’assurant d’un port sur le littoral Sud du golfe de Corinthe, en face de Naupacte, de façon à boucher l’entrée de cette mer close. Alcibiade, élu stragège (été 419), entra dans le Péloponnèse, à la tête d’une poignée d’hoplites et d’archers athéniens, que grossirent bientôt les contingents des trois républiques. Il promena les troupes alliées pour consoli 1er sur son passage les affaires de la Ligue (5). 11 aboutit à Patraiet décida les Patréens à prolonger leur mur jusqu’à la mer (6). Patrai acquise à l’alliance, Corinthe pouvait être bloquée au fond de son immense rade. De l’autre côté de l’isthme, sur le golfe Saronique, Athènes et Argos se partageaient la souveraineté. Seule l’oligarchique Épidaure tenait pour Corinthe et pour Sparte. La possession de cette escale, outre qu’elle permettait de compléter le blocus des ports orientaux de la Corinthie assurait les communications rapides entre Athènes et les membres de la Ligue. La roule de terre entre Athènes, Argos et Mantinée appartenait aux Corinthiens. La voie de mer obligeait les navi res chargés d’hoplites à doubler le cap Scyllaion au bout de l’Argolide. La route mixte, maritime du Pirée à Épidaure par Égine, teireslreà partir cl’Épidaure, coupait le massif argolique par le milieu. C’était la plus directe de toutes (7). Alcibiade,
(1) Thucyd. V, 49.
(2) Thucyd. V, ‘JO. — Xén. Hellén. III, 2.
(3) Thucyd. V, 48-30.
(4) Athènes, par la Quadruple Alliance, voyait s’ouvrir a ses escadres les ports d’Argos, de Pylos, de Pheia, de Kyllène. Contre Corinthe, elle disposait de Naupacte, de l’Acarnanie et d’Argos amphilochiquc.
(3) Thucyd. V, 52.
(6) Il tenta vainement de fortifier Rliion (Thucyd. V, 52).
(7) Les trières pouvaient effectuer le trajet du Pirée à Épidaure en 8 ou 9 heures et mémo moins par un bon vent. D’Épidaure à Argos, on compte
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pénétré de l’importance stratégique d’Épidaure, voulut l’acquérir à la Ligue (1). La ville, serrée de près parles Argiens, appela Sparte à son secours (été 419) (2). En même temps, sur l’invitation des Athéniens, un congrès se réunissait à Mantinée pour régler la situation de la Ligue à l’égard de Corinthe (ü). Les députés de Corinthe, par la bouche d’Euphamidas, protestèrent contre l’expédition d’Épidaure, alléguant qu’ou ne pouvait traiter de la paix alors qu’ou faisait: la guerre. Ils réclamèrent, avant tous autres pourparlers, la suspension des hostilités : elle leur fut accordée. 11 y eut aussitôt une seconde conférence, mais sans résultat. Les Argiens retournèrent ravager l’Epidaurie, soutenus par les mille hoplites d’Alcibiade. Les Lacédémoniens s’avancèrent jusqu’à Caryai (4), puis chacun rentre chez soi vers la fin de l’été (5). Les Argiens teutèrent sans succès le siège d’Épidaure durant l’hiver de 419/418 (6).
Nonobstant ces hostilités, la paix de 59 ans entre Sparte et Athènes n’avant pas été dénoncée formellement, subsistait ; mais les deux alliés se traitaient en ennemis. Thucydide (7) a raison de compter cette période pacifique dans l’histoire de la guerre du Péloponnèse, car c’est vraiment alors que la lutte devint péloponnésienne. Les guerres d’Épidaure et de Mantinée marquent les premiers épisodes de cette seconde phase. Sparte, voyant le Péloponnèse en feu, comprit qu’il fallait agir avec vigueur, à peine de déchéance définitive. Au milieu de l’été 418, elle fit donc appel à toutes ses forces valides, incorpora sous les ordres du roi Agis les hilotes et les prisonniers de Pylos réhabilités. Elle réclama contre les séparatistes le concours de
10 heures de marche. Du Pirée à Nauplie, en contournant l’Argolide, les vaisseaux rameurs, dans les circonstances les plus favorables, devaient compter au moins 30 heures de route continue (00 milles marins, à 3 milles à l’heure).
(1) Thucyd. V, 33.
(2) Thucyd. V, ai.
(3) Le choix de Mantinée comme lieu de réunion s’explique par sa position au centre des États alliés. — Voy. une allusion à cette conférence dans le discours d’Alcibiade (Thucyd. VI, 16).
(i) Une première démonstration avait déjà été faite par Agis du côté de l’Élide et de la Parrhasie ; mais il s’était arrêté à Leuctra, sous prétexte que les présages n’étaient pas favorables (Thucyd. V, ai).
(а) Thucyd. V, 33.
(б) Ib. V, 56. Diodore (XII, 78) substitue Trœzène à Épidaure : c’est une erreur manifeste.
Action (le Sparte.
Camp igné d'Agis en Argolide.
Armistice d’Argos (Juillet 418).
MANT1NÉE ET l’ARCAUIE ORIENTALE.
tous ses alliés péloponnésiens et autres. Entre autres Arcadiens fidèles, les Tégéates, les Ménaliens du Sud, les Orchoméniens, les Phliasiens au complet, puis Sicyone, Pellène, Épidaure, Corinthe (2000 hoplites), Mégare mirent sur pied leurs milices. La Béotie fit un grand effort : 5000 hoplites, 5000 psiles, 500 cavaliers, 500 hamippes vinrent renforcer ce qui restait de l’ancienne symmachie péloponnésienne. L’objectif était Argos. Agis avait désigné aux corps auxiliaires comme point de concentration la plaine de Phlious, contiguë à l’Argolide. Luimême, à la tète des Lacédémoniens, prit pour s’y rendre la route de Tégée, puis contourna le territoire mantinéen par la Ménalie et Méthydrion, possessions d’Orcbomène. Il y rencontra les troupes séparatistes qui avaient de leur côté fait de grands préparatifs ; les Argiens comptaient auprès d’eux 3000 hoplites éléens et presque autant de Mantinéens accompagnés de leurs alliés ménaliens (1). Leur plan consistait à attaquer Agis isolément avant sa jonction avec ses auxiliaires et à lui couper la route de Phlious. Mais Agis les déjoua en se dérobant à la faveur de la nuit et gagna rapidement son point de concentration (2). Au matin, les ennemis, le voyant échappé, crurent qu’il marchait sur Argos. Ils se hâtèrent de courir au secours de cette ville (3), puis, quand ils surent les Lacédémoniens à Phlious, ils s’attendirent à les voir déboucher par la route la plus commode, celle de Némée. Ils commirent l’imprudence de s’y embusquer sans surveiller les autres passages. Agis les trompa derechef. Il divisa son armée en 3 corps, en assignant à chacun une direction différente, qui les ferait converger dans la plaine d’Argos (4). Les troupes de la Ligue,
(1) Thucydide (V, 58) dit seulement : è(3oT(6'/)rnxv S’aoxotç xal Mavrivvjç, ’éyovxEç to-jç ffîpsxÉpouç (juy.jxiyouç, xoc'i ’HXetwv xpta^tXiot ôitXîxai. Diodore (XII, 78) en a conclu que les deux contingents alliés étaient à peu près égaux. En comptant 10 à 12.000 hoplites pour l’effectif d’Argos, l’armée séparatiste peut être évaluée à environ 18.000 hommes de grosse infanterie. Voy. l’Appendice.
(2) Sans doute par Orchomène (Lévidi), Kandyla, Scotini (marche de 20 heures).
(3) Par Màntinée et la route du Prinos (Tsipiana).
(4) Thucyd.V, 60. Quatre roules franchissent les montagnes limitrophes de la Phliasie et de l’Argolide : 1" à l’E. par Némée, Cléonai, Ténéa et les Kontoporeia (route ancienne de Corinthe à Argos); 2° au N. par Némée et le Tréton (route moderne par le défilé de Dervénaki) ; 3" plus à l’ouest, par les défilés du Polyphengi (ancien Kélousa. — ai mxpà Kï]Xoïï<7av èapoXou. Xén. Hell. VII, 7) et du Karnéatès. Cette route venue directement de Phlious rencontre la précédente
LA REVOLTE. LA LIGUE ATTICO- A R G I E N NE
tournées par les habiles manœuvres d’Agis. cernées par l'armée grecque la plus magnifique qui se fût jamais réunie, se trouvaient fort compromises, prêtes pourtant à se battre avec acharnement. Agis eut peur sans doute de celte effroyable mêlée. Deux Argiens sans mandai étant venus le trouver, il conclut avec eux de son propre chef un armistice de 4 mois : puis il ramena par Némée ses troupes, fort mécontentes de se voir frustrées d'une victoire certaine 1 .
A Sparte aussi, ce dénouement imprévu fut très mal accueilli. On avait espéré infliger aux séparatistes une rude leçon: et voilà que la politique sentimentale d'Agis avait fait avorter les promesses de cette belle entrée en campagne 1 2 1. A Argos. le peuple désavoua l'initiative des deux citoyens qui l'avaient engagé sans son ordre» 3. Il craignait surtout les reproches
Indécision d'Argos ; retour d Alcibiade eî prise d’Orchomène.
(i«r æ i5 août
encontre-bas de M y cènes ; 4" au S. O. par Ornéal Palaio-Léondi'. Lyrkeia et I’Inachos. L’armée d’Agis se divise en trois corps : i les Béotiens-Mésrariens- Sïcyoniens prennent la route directe de Némée par le Tréton route suivi' aussi par Agësipolis en 390. Xén. llell. VII. 7 : i Agis avec les Lacédémoniens. le; Arcadiens et les Epidauriens ( SXkrpi gtapijsE yiicZT,» xai zjt:; il: to ’Apyâuy seosov |. O. Muller ‘Dorier. II. p. 434 et P,oss Reisen. p. il ; ont pensé qu’il s’agissait de la route du Kélousa. Curtius Pelopnn. II. p. 5S3 opine pour la route de Cléonai. Mais c’est imposer un bien long détour au chef de l’armée, pressé de eoup-r aux Argiens. embusqués sur 1a route de Némée, le chemin le leur ville et de les prendre- a rever- entre ses propres troupes et son 1“ corps. Je pense donc qu’Agis prit le chemin d ’Ornéai et que le hameau de Saminthos se place entre Skala et Koutzopodi. De plus, les termes de Thucydide conviennent mieux à un chemin Je montagne qu’à la grande route de Corinthe; 3 les Corinthiens. Pelléneens. Phliasiens prennent opOtov =T£iav, c’est-à-dire une autre route escarpée, sans aucun doute celle du Kélousa, entre les deux précédentes. En effet, les Argiens, des qu’ils sont avertis de ces dispositions, reviennent en arriére sur la route de Némée, rencontrent ce 3* corps d’armée qui les a dépassés par une marche parallèle, et ont avec lui un engagement.
1 Thucyd. V, 00.
i' Agis n’avait pas réuni le conseil de guerre, n avait seulement communiqué sa décision a l’un des deux éphor^s chargés de contrôler en silence les actes du roi. maître absolu des opérations militaires Thucyd. V, 66i. Depuis lors, on jugea bon de restreindre ces pouvoirs illimités en adjoignant au roi un Conseil Je 10 Spartiates (oexi ' jaSo-jy.o:. Thucyd . V, 63). Agis ne pouvait plus conduire une armée au dehors sans ce comité consultatif. Au siècle suivant, il y a. autour du roi, 30 conseillers choisis par lui 'Plut. Lys. Hi. Agés. 36. — Diod. XTV, 79. — Xén. fiel . V. 3. 8 . Le commandant en chef devait prendre leur avis, mais il restait maître et responsable de sa décision.
:3i Thucyd. V, 39.
AI ANT1NÉE ET l’aRCADIE ORIENTALE.
de ses alliés, trompés et trahis par cette brusque conclusion (1). Mais d’autre part le formidable déploiement des forces adverses, la science consommée du commandant Spartiate avaient produit une impression profonde. Au contraire, malgré leur bravoure, les troupes de la Ligue argienne avaient été conduites avec une impéritie notoire. La lutte paraissait inégale. Ces réflexions poussèrent les Argiens à la prudence : le traité ne fut pas rompu. Aussi quand les nouveaux stratèges athéniens, Lâchés et Nikostratos, arrivèrent avec un renfort de 1000 hoplites et de 300 cavaliers et Alcibiade comme envoyé diplomatique, on refusa d’abord de les recevoir. 11 fallut l’insistance des Mantinéens et des Éléens, qui ne voulaient à aucun prix abandonner la partie ni subir seuls les risques de cette équipée. Alcibiade déclara qu’un traité conclu sans l’aveu des alliés était nul et non avenu ; il fit valoir les intérêts de la Ligue, réclama une action immédiate et collective, alors que toutes les forces fédérales se trouvaient rassemblées. Le séduisant Athénien n’avait qu’à parler pour convaincre. Il avait pour lui le charme de l’éloquence et le prestige de l’intelligence : les alliés sentaient en lui un chef digne de confiance. Son plan se présentait clair, logique, impérieux. Il fallait abattre l’une après l’autre les forteresses de l’influence lacédémonienne, Orchomène, Tégée, puis entraîner avec soi toute l'Arcadie. Les alliés étaient tout feu tout flammes. Les Mantinéens s’exaltaient à l’idée d’assouvir leur vieille haine contre leurs rivales ; les Eléens calculaient qu’on irait pour eux reprendre Lépreon, occupé par une garnison lacédémonienne. Mais cet enthousiasme mettait les Argiens dans une fausse position. Au fond, ils avaient envie de suivre Alcibiade: mais un reste de scrupules et de timidité, sans doute aussi l’influence du parti lacouien qui avait fait survivre l’œuvre des négociateurs improvisés à l’indignat'on populaire, paralysaient leur élan. Ils laissèrent donc les alliés aller surprendre Orchomène, et ne les rejoignirent qu’un peu plus tard. La ville, après plusieurs assauts, se rendit et fut obligée de s'adjoindre à ses nouveaux maîtres. Le bénéfice de cette recrue était déjà considérable en lui-même; mais Alcibiade en avait
(t) Le camp des séparatistes, de son côté, ne manquait pas de confiance : ils s’imaginaient que jamais la partie ne s’était présentée plus belle, puisqu’on devait combattre à proximité de la ville, avec des troupes aussi nombreuses que braves. (Tbueyd. V, (iO-lio).
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escompté un profit encore plus étendu. En effet, les Lacédémoniens avaient confié aux habitants d’Orchomène la garde des otages qui leur garantissaient la fidélité des cantons arcadiens englobés dans leur symmachie (1). Depuis le serment prêté à Cléomène (2), Sparte jugeait prudent de prendre certaines eau tions. La capture de ces otages était un coup de maître. La ligue argienne tenait par eux les mains liées aux États de l’Arcadie du Nord et de l’Ouest. Pour plus de sûreté, ce précieux gage fut confié aux Mantinéens. Comme l’exemple de Sparte était bon à suivre, on y ajouta des enfants pris parmi les Orchoméniens eux-mêmes et des otages parmi les Ménaliens suspects (3).
Le rôle de Mantinée grandissait. Ce premier triomphe la rendait plus impatiente d’obtenir une satisfaction suprême, l’avilissement de Tégée. Quand, dans un conseil de guerre tenu à Mantinée, les alliés délibérèrent contre quelle place ils marcheraient d’abord, les Mantinéens insistèrent pour Tégée. C’était leur intérêt et celui de la Ligue: aussi ceux d’Argos et d’Athènes se rangèrent-ils à leur avis. Mais les Éléens, las de ne rieu récolter, réclamaient la prise immédiate de Lépréou. Ils s’obstinèrent dans cette prétention déraisonnable. Quand ils virent la majorité décidée à ajourner leur récompense, le dépit l’emporta et ils rentrèrent chez eux. Leur départ affaiblissait l’armée notablement, en lui enlevant 3.000 hoplites à un moment critique. Tégée, épouvantée par la chute d’Orchomène et par les préparatifs des troupes concentrées à Mantinée, songeait à se ren-
(1) Thucydide ne nomme pas lus peuples arcadiens qui avaient suivi Orchoméno et Tégée. Il y avait probablement parmi ces otages des gens de Stymphale, de Phénéos, de Klcitor, et des États de l’Arcadie septentrionale. Thucydide (V. 77) cite parmi les otages, que les Argiens s’engagent à restituer, des Ménaliens. Il est probable que la Ménalie avait voulu, comme la Parrbasie, s'affranchir de la domination mantinéenne et que Mantinée s’était assuré des gages parmi eux-
(2) Hérod. VI, 74.
(3) Thucyd. V, (il et 77. Zuvi6-/]G-av w<jt£ ;uau.xy ot ~i zvm xxt ôp/qpouç ocpîiv te aùxôiv Soïïvai xat Mavxtvcïïtn ou; xaxÉÔevxo AaxsSatao'viot, TCotoaSouvat, ou bien : ooïïvat Mavrivsucr xat ou; xa xiflîvxo AaxeSaïutoviot Tiapaooüvat (Voy. Thucyd. trad. Firmin-Didot, II, p. 702). Les commentateurs n’ont pas compris pourquoi les Mantinéens étaient seuls qualifiés pour recevoir le dépôt des otages. Ils ont supposé qu’il s’agissait des anciens sujets de Mantinée, des Parrhasiens. Mais la Parrhasie était affranchie; elle, avait sollicité elle-même de Sparte sa libération. Si Sparte avait eu des gages à prendre sur les cantons parrhasiens, c’est à Tégée, non à Orchomène qu’elle les aurait confiés. A mon avis, il n’y a aucun rapport entre les Parrhasiens et les otages en question.
L;i guerre de Mantinée (15-20 août 418).
Bataille de Mantinée (fin Août 418).
dre (1). Mais il fallait se hâter, en présence des armements de Sparte. Agis brûlait de prendre sa revanche. Il avait promis de se réhabiliter d’une faiblesse qui avait failli lui coûter sa fortune et sa maison (2). Sparte fit des prodiges d'activité pour reconstituer l’armée péloponnésienne. Spartiates, Périèques, Hilotes, toute la population fut mise sur pied avec une incroyable promptitude. Celte fois l’objectif était Tégée, mais c’est à Oresthéion qu’Agis alla concentrer ses premières troupes, afin d’entraîner la Parrhasie. Son armée organisée, il en élimina les éléments trop jeunes et trop vieux, soit environ le sixième de ses forces et les envoya en Laconie garder le pays. Puis il entra à Tégée par la route d’Aséa-Pallantion ; ses auxiliaires Arcadiens, Héréens et Ménaliens du Sud, vinrent l’y rejoindre (3). De là, il lança des convocations aux alliés du Nord, Corinthiens, Béotiens, Phoc.idiens, Locriens en leur donnant rendez-vous devant Mantinée. Mais il ne pouvait guère compter sur leur concours immédiat : l’ordre de mobilisation allait les surprendre à l’improviste ; il leur faudrait s’attendre les uns les autres, pour ne pas s’aventurer isolément sur le territoire ennemi d’Orchomène, qu’ils étaient obligés de traverser avant d'opérer leur jouction avec le roi. Agis s’empressa de couvrir la place, en prenant position sur le territoire mantinéen, qu’il ravagea.
Les troupes séparatistes s’installèrent sur les pentes de l’Alésion. Agis dut employer la ruse pour les en déloger (4). Puis les deux armées se rangèrent en bataille dans la plaine. Avant d’en venir aux mains, les généraux haranguèrent leurs soldats de part et d’autre (5). Les polémarques de Mantinée rappelèrent à leurs concitoyens que cette bataille allait décider le sort de leur patrie, lui assurer la domination dont ils avaient joui ou les faire tomber en esclavage. Après les discours, on en vint aux mains.
Dans cette mémorable journée (6), la moitié de la Grèce était engagée : « Ce fut, dit Thucydide (7), qui en a soigné le récit avec une attention particulière, la plus grande rencontre qui eût
(1) Thucyd. V, 62, 64.
(2) Thucyd. V, 63.
(3) Thucyd. V, 66.
(4) Voy. l’explication de sa manœuvre plus haut, p. 44.
(3) Alcibiade n’avail pas de commandement (Thucyd.V, 61). Diodore en conclut qu’il se trouvait dans les rangs athéniens comme simple soldat (Diod. XII, 79).
(6) Voy. l’étude détaillée de la bataille elle-même, aux Appendices.
(7) Thucyd. V, 74.
LA RÉVOLTE. LA LIGUE ATTICO ARG1E.NNE
encore mis aux prises des forces grecques et les États les plus considérables. » Elle se termina par la déroute des séparatistes. C’en était fait pour longtemps de l'indépendance péloponnésienne- Athènes fut reléguée chez elle. Sparte redevenait ce qu'elle était avant la guerre, la souveraine maîtresse de la Péninsule (1 . C'était aussi une défaite pour la cause démocratique. Partout, les partis laconiens se redressèrent. Le faisceau des quatre États, qui devait durer cent ans, se rompait au bout de deux ans à peine.
Ce qui avait triomphé dans cette bataille, c'était le nombre, la discipline et la ténacité lacédémoniennes. Agis avait commis des fautes. Les Mantinéens et leurs amis d’Argos montrèrent plus de bravoure et d’audace que de résistance. Les Athéniens et les Éginètes, trop peu nombreux, s'étaient débandés en laissant leurs stratèges sur le terrain. En tout, la Ligue perdait 1100 tués, dont 200 Mantinéens. Malgré ces pertes et l'écrasante affirmation de la supériorité militaire de Sparte, les confédérés ne jugèrent pas la situation tout à fait perdue. A peine les Lacédémoniens s’étaient-ils retirés pour célébrer les fêtes carnéennes que les Éléeus. repentants de leur défection, accouraient à Mantinée avec leurs 3000 hoplites : Athènes envoya un renfort de 1000 hommes. L'armée séparatiste, reconstituée, marcha sur Épidaure, qui avait profité de l’absence des troupes argiennes pour ravager l'Argolide. Le siège ne fut bien conduit que par les Athéniens. Les autres alliés s'acquittèrent mal de leur tâche : il s'agissait d’élever un mur autour de la ville. L'opération fut abandonnée: chacun fournit son contingent à la garnison qu'on laissa dans le fort bâti par les Athéniens, puis on rentra chacun chez soi vers la fin de l’été 418 (2).
Alors, les Lacédémoniens s'aperçurent qu'ils n'avaient pas recueilli tout le bénéfice de leur victoire. Ils se remirent en campagne dès l'hiver 418 et s'installèrent à Tégée pour mieux diriger les événements qui se passaient à Argos. La démocratie argienne subissait le contre -coup de la défaite. On lui reprochait de n’avoir tenu aucune de ses promesses. L’opposition oligarchique, qui avait déjà affirmé son influence par l'étrange conclusion de l'armistice avec Agis, profita du désarroi de ses adversaires et de
■ 1 Elle s’était réhabilitée aux yeux des Grees qui lui reprochaient son apathie, son imprévoyance et ses lenteurs Thueyd. V. Ta . i Thueyd. V. T.'i.
Campagne d Epidaure .sept.
Traités entre Sparte et Argos (oct.-nov.-déc.
Isolement de Mantinée.
Paix de 30 £ avec Sparte (avril 417).
l’appui des Lacédémoniens pour tenter un rapprochement définitif avec Sparte (1). Le débat fut très chaud. Aux menées des partisans de Sparte, Athènes opposa les siennes. Alcibiade revint à la charge. Mais l’armée réunie à Tégée faisait tort à son éloquence. Aussi l’assemblée adopta le principe de l’accord sur les bases suivantes (2) :
1° Restitution aux Orchoméniens, aux Ménaliens et aux Lacédémoniens des otages et prisonniers enfermés à Mantinée.
2° Rupture de la trêve avec Athènes si les hoplites athéniens n’évacuaient pasÉpidaure.
3° Autonomie de toutes les villes du Péloponnèse, tant grandes que petites, laissées libres de se gouverner à leur guise.
4° Coopération des armées argienne et lacédémonienne en cas d’invasion du Péloponnèse.
Rientôt après l’adoption de ces préliminaires, les oligarques remportèrent un succès plus décisif. Ils firent dénouer l’alliance avec Mantinée, Élis et Athènes, et conclure un traité avec Sparte aux conditions que voici (3) :
1° Les deux villes sont sur le pied d’égalité.
2° Indépendance des villes péloponnésiennes signataires du traité et leur égalité.
3° Statu quo pour les alliés de Sparte et d’Argos.
4° En cas de contestation entre les villes alliées, on recourt à l’arbitrage.
5° Sommation aux Athéniens d’évacuer le Péloponnèse.
6° Engagement de ne faire la paix et la guerre avec qui que ce soit que d’un commun accord.
Sans plus tarder, les nouveaux alliés entrèrent en pourparlers avec le roi de Macédoine Perdiccas dont la famille se rattachait aux Téménides d’Argos et avec les villes de la Chalcidique pour les affilier à leur Ligue.
La défection d’Argos créait une répartition nouvelle des forces politiques du Péloponnèse. Les alliés abandonnés se trouvaient dans une situation des plus délicates. Le premier mouvement des Mantinéens fut de tenir tête à l’orage, avec l’appui d’Athènes.
(1) Arist. Polit. V, 3, o : K al iv 'Âpy£i ot yvtépi|J.oi euooxig.Y|ffavi£; 7tspi xf,v Èv MavTivciy a 7. y y v xr,v Ttpo; AaxeSa[[J.ovtouç £ix£y£i'p7)<70tv xaxaXuetv xov oÿ,ij.ov . Cf. Thucyd. V, 76.
(2) Thucyd. V, 77. Le texte est en dialecte laconien.
(3) Thucyd. V, 78 et 79. Texte en dialecte laconien.
LA RÉVOLTE. LA LIGUE ATTICO-ARGIENNE
Mais ils ne tardèrent pas à reconnaître leur impuissance et leur isolement. Ils se résignèrent donc à abdiquer encore une fois: ils firent la paix avec Sparte, en renonçant à la domination de la Parrhasie et de la Ménalie (1). Leurs rêves de grandeur s’écroulaient. La courageuse cité, vaincue par la mauvaise fortune, sut du moins conserver son honneur au milieu des trahisons qui se tramaient autour d’elle. Elle restait fidèle de cœur à la cause séparatiste. Tandis que Lacédémoniens et Argiens intriguaient de concert en faveur des restaurations oligarchiques, elle se renferma dans une abstention pleine de dignité. Elle attendit avec patience des jours meilleurs : la crise n’était-elle point passagère (2), les plus solennelles alliances bien précaires et l’amitié
(1) Thucyd. V, 81. Il importe, pour la suite des faits, de fixer avec précision la date de cet événement diplomatique. Il ressort de Thucydide, que les expéditions militaires avaient lieu Tété, les négociations et les préparatifs remplissaient l’hiver. Voici le programme de la 14e année 418-417 :
Milieu de Tété 418 (Ospou; iLSffoïïvTo;)
de Tété
flspoç ÈxeXsu-raj
Fin ha Hiver
( y stjj.covoç àp^ouÉvoo)
21' quinz. juillet : campagne de Phlious et d’Argolide ; armistice d’Agis. Les armées se dispersent.
lre quinz. août. Alcibiade à Argos. Siège et prise d’Orchomène.
2" quinz. août. Concentration à Mantinée. Va et vient entre Mantinée, Tégée et Sparte.
Fin août : bataille de Mantinée.
septemb. Siège d’Épidaure. Fêtes carnéennes.
octobre , Les Lacédémoniens à Tégée.
Propositions à Argos.
Débats contradictoires entre Lichas et Alcibiade, i 1er traité argéo-laconien.
j Reprises des relations entre | les deux peuples, décemb. ; 2' traité argéo-laconien.
Négociations avec la Thrace, Perdiccas, etc...
Fin de l’hiver
janv.-
/ Résistance de Mantinée.
(ys'Utovo; f v' yovto; )
mars
Commencement du printemps
1 Alliance Mantinéo-Lacédé-
(upo; ï«p). Fin de la 14“ année.
avril
j monienne.
Campagne de Sicyone.
(2) Alcibiade, dans le discours où il pousse les Athéniens à l’expédition de Sicile, se vante d’avoir soulevé contre Sparte les États les plus puissants du Péloponnèse et d’avoir forcé les Lacédémoniens à jouer leur fortune dans la journée de Mantinée : « Bien qu’ils aient eu l’avantage dans le combat, certes ils n’ont plus aujourd’hui la même confiance dans leur audace. » (Thucyd. Vf, 1. — Plut. Akib., XV, 2).
d’Argos et de Sparte anormale et anti-traditionnelle (1) ? Aussi, bien que soucieuse d’éviter les actes d’hostilité déclarée, elle gardait intactes, avec sa foi en sa mission et son amour des institutions libérales, ses sympathies pour la démocratie athénienne, alors la meilleure sauvegarde des constitutions populaires contre la violence des partis rétrogrades.
(1) Elle se rompit, en effet, l’année suivante : une réaction démocratique rejeta Argos dans l’alliance athénienne iThucyd. V, Si;.
Fig. U.
Tète féminine (Hygie?) trouvée dans le Bouleutérion (Haut. 0 m. 35). Voirie profil. PI. VI, et sur le culte d Hygie à Mantinée, plus haut, p. 310-311.