SOUMISSION ET OPPOSITION
Le pacte subi par Mantinée l’engageait pour trente ans (1), trente ans d’effacement et d’obscurité voulue, mais non de servilité. Il n’etait plus permis aux Mantinéens de se désintéresser de ce qui se passait autour d’eux : même abattus, ils n’étaient plus une quantité négligeable. Si l’intérêt leur dictait de ménager le présent, le devoir leur ordonnait de préparer l’avenir. Or, après les premières effusions de leur liaison avec Sparte, les Argiens s’en dégoûtèrent vite. Les défaillances et les incohérences de la politique extérieure dans les villes grecques étaient presque toujours l’œuvre des factions, qui vivaient à l’état d’équilibre instable. Les mœurs admettaient qu’un parti vaincu cherchât à ressaisir le pouvoir par tous les moyens. Aussi les relations des cités suivaient-elles les fluctuations des discordes intestines. Les amitiés se nouaient ou se dénouaient avec une étrange désinvolture. Ces revirements subits ne scandalisaient personne; on n’en rendait pas l’ensembledescitoyens responsable. Chacun des deux camps entretenait des intelligences au dehors. S’il survenait une défection, comme elle n’engageait qu’un parti, l’autre parti conservait les sympathies de la nation trahie. Il semblait qu’Athènes et Mantinée ne dussent jamais pardonner à Argos de les avoir abandonnées. Au contraire, les démocrates mantinéens et athéniens n’en furent que plus indulgents pour
(1) Xén. Helt. , \\ 2, 2 : At cnto voa\ . . . at (astx ty(v ev MavTtvei'x u.iyrp TptaxovTOCETstç yEvc)[i.Eva'. — (Diod. XV, 5).
Luttes des partis dans le Péloponnèse.
Réaction démocratique à Argos (été 417).
Coups de main des Argiens et des Mantinéens contre la Laconie (417-41 4).
ceux de leurs amis qui ne s’étaient pas faits complices à Argos des menées oligarchiques. Le malheur rapprochait par delà les frontières les gens de même opinion. On se promettait officieusement un fraternel appui; on mettait en commun ses espérances; on complotait ensemble une révolution, et, si l’on réussissait à renverser la faction adverse, ces sentiments de solidarité se traduisaient aussitôt par uoe alliance d’Élat à État. Or, les démocrates d’Argos n’avaient pas désarmé. A peine les Lacédémoniens eurent-ils tourné le dos, que le peuple massacra et expulsa les oligarques. 11 s’attendait ensuite à être assiégé par les Spartiates, qui, au premier bruit de ce mouvement, étaient accourus à Tégée, d’où ils menaçaient les révolutionnaires. Ceux-ci se hâtèrent de rejoindre par de longs murs leur ville à la mer, de façon à se tenir en contact avec les escadres d’Athènes. Certaines villes du Péloponnèse, dit Thucydide (1), les assistèrent dans la construction de leurs murailles. Il n’est pas douteux que Mantinée et, peut-être, Élis aient joint sans bruit leurs ouvriers aux maçons venus d’Athènes (été 417). Ainsi l’ancienne alliance revivait de fait. La réconciliation était complète. Plutarque (2) a raison de dire que les Lacédémoniens n’avaient tiré aucun avantage réel de leur victoire à Manl inée.
Aussi bien l’habituelle apathie de Sparte encourageait l’audace de ses ennemis En pleine paix, les Athéniens installés à Pylos dirigeaient des incursions armées en Messénie et sur les côtes du Péloponnèse. Des Argiens et des Mantinéens collaboraient à ces coups de main (3); ce n’était pas une guerre ouverte, mais des actes de brigandage sans caractère officiel. D’ailleurs, ces corsaires n'osaient se risquer sur le territoire laconien; en vain les Argiens sollicitèrent les Athéniens d’opérer une descente subite en Laconie et de se retirer après en avoir ravagé quelque coin isolé. Les Athéniens refusèrent, jusqu’à l’été de 414, où ils surprirent certaines échelles laconiennes : Épidaure Lirnéra, Prasiai et autres; mais alors ils n’avaient plus à compter sur la longanimité de Sparte (4).
(2) Plut. Alcib. XV, 2. Los Éléens liront acte d’opposition à Sparto : Agis, sur l’ordre d’un oracle, était venu sacrifier à Zeus olympique en l’honneur de sa victoire. Les Éléens lui fermèrent l’entrée de l’Altis. (Xén. Uell. 111, 2).
(3) Thucyd. VI, 105.
(4) Ibid.